‹ Cours de philosophie positive (volume 2)Chapitre 10 sur 40 · TOME V. ' lO · texte numérisé non relu

TOME V. ' lO

1 PHII.ÔSOPHIE POSITIVE.

la conception dü' monde physi(|tlè i que

le polythéisme , sâns perdre un tel Caractère fondamental, plus ou moins inhérèrit, de toute nécessité, comme je l’ai établi, à une théologie quelconque, possédait spontanément la propriété capitale d’être' essentiellement applicaMë dti* divers phénomènes moraux et même sôciàùx: Aussi est-ce surtout dans ce second âge religieuse que la philosophie théblogiqüe est devenue Vnti-. inerit universelle, eu recevant ce grand et indispensable complément, qüi dès lors a constitué de plus en plus, et encore davantage souS le ménotRéisme, sa principale attribution, et là seule même qu’elle s’eflbree vainement de conserver aujourd’hui. Il serait assurément superflu de faire ici expressément ressortir l’évidente importance esthétique de cette extension spontanée de la philosophie, à l’état polythéique, au monde moral et sbCial, si clairement apte à fourbir .aux beaux-arts leur champ principal et presque exclusif. Enfin , leur développement général a été directement favorisé par le polythéisme ; sous un quatrième et dernier aspect fondamental, d’aprèa la base éminemment populaire qu’une telle religion «assurait si largement à l’action esthétique.' Les beaux-arts, destinés surtout aux masses, ded-vent , en effet, par leur nature, éprouver l’indis-

Djgit:-;

pensable besoin de s’appuyer sur un système convenable d’opinions familières et communes , dont la prépondérance préalable est ^lement indispensable pour produire et pour goûter,, afin tle préparer sulfisamment entre l’interprète actif et le spectateur passif cette harmonie morale qui d’avance dispose l’un à seconder spontanément les moyens d’expression employés par l’autre, et sans laquelle aucune œuvre d’art ne saurait être pleinement efficace, même sous le point de vue individuel, et, à plus forte raison, sous l’aspect social. C’est le défaut d’une telle condition , trop rarement accomplie dans Fart moderne, qui permet d’y expliquer le peu d’effet réel de tant de chefs-d’œuvre, conçus sans foi et appréciés sans conviction, et qui, malgré leur éminent mérite, ne peuvent exciter en nous que les impressions générales inhérentes aux lois fondamentales de la nature humaine ; en sorte qu’il en résulte prescjue toujours une influence trop abstraite , et par suite peu populaire. Or, la supériorité esthétique du polythéisme est, à cet égard , encore plus irrécusable qu’à tout autre ; car aucune philosophie quelconque n’a pu, évidemment, jamais obtenir depuis une plénitude de popularité comparable à celle du polythéisme au temps de sa prépondérance. Le monothéisme lui-même, au moment

Diyl by Googlt

i48 philosophie positive.

de sa plus grande splendeur, ne fut pas certainement aussi populaire que cette antique religion, dont les hautes imperfections morales tie devaient d’ailleurs que trop seconder et propager l’influence primitive. Une régénération fondamentale, encore trop confusément appréciable, surtout sous ce rapport, pourra seule ultérieurement établir, par l’ascendant universel de la philosophie positive , un système d’opinions fixes et unanimes aussi susceptible de fournir une base vraiment populaire au large développement des beaux-arts, pourvu que leur essor soit enfin conçu dans un esprit réellement conforme à la nature caractéristique de la civilisation moderne, comme je l’indiquerai au soixantième chapitre.

Par cet ensemble de motifs, l’aptitude nécessaire du polythéisme à seconder spécialement l’évolution esthétique de l’humanité, se trouve donc icisuflisamment expliquée. Or, n’eût-il rendu que cÊt éminent service, il aurait certainement concouru, suivant un mode indispensable, au développement fondamental de notre espèce, dont une telle évolution devait constituer, par sa nature, l’un des principaux élémens. Dans le vrai système de l’économie humaine, individuelle ou sociale , les facultés esthétiques sont, eu quelque sorte, intermédiaires entre les facultés purement

PHYSIQUE SOCIALE, iz(q

morales et les facultés proprement intellectuelles :

' 'leur but les rattache aux unes, leur moyen aux autres. Aussi leur développement convenable peut-il très heureusement réagir à la fois sur l’esprit et sur le coeur, constituant ainsi spontanément l’un des plus puissans procédés généraux d ^ucation , soit intellectuelle, soit morale , que nous puissions concevoir. Chez le très petit nombre d’organisations éminentes , où la vie mentale devient prépondérante, surtout à la suite d’un long exercice continu et presque exclusif, l’influence des beaux-arts tend à rappeler la vie morale, alors trop souvent oubliée ou dédaignée. Mais , dans l’immense majorité de notre espèce, où, au contrairé, l’activité intellectuelle, spontanément engourdie, doit être essentiellement absorbée par l’activité affective, le développement esthétique sert habituellement de préambule indispensable au vrai développement mental , outre son importance propre et permanente, trop inconleslablê pour qu’il faille la signaler ici. Telle est la grande phase spéciale que l’humanité devait accomplir sous la direction du polythéisme, si éminemment propre, d’après les explications précédente», à celte heureuse destination. C’est ainsi qu’il a indirectement tendu à exciter, non-seulement cliez quelques hommes choisis, mais surtont dans la

masse entière, un premier degre de vie intellectuelle permanente, par une douce et Srrésfistlble ■influence , que chacun alors subissait avec délices, indépendamment fl’aillears de son action mentale proprement dite, ci-^essus analysée. L’observa^ tion journalière du développement individuel d^ hommes ordinaires suffirait seule a hiire afpprécier toute la valeur de «et indispensable office, en vérifiant clairement qu’il n’y a presque jamais ' d’autre moyen d’éveiller, ou même d’entretenir , une certaine activité jnurenDent spéculative , distincte de l’exercice forcé que les nécessités hn-«maines imposent habituellement à 'notre chétive intelligence ; témoigner quelque intérêt pour les beaux*arts, sera certainement, en tout temps, le symptôme le plus commun d’une vraie naissance à la vie spirituelle. Sans doute, un tel progrès est encore loin du terme naturel de l’éducation humaine, individuelle ou collective, comme je l’ai indiqué au cinquantième chapitre. Car, le but essentiel, dans l’un et l’autre cas , consiste finalement à transférer, autant que possible , l’influence directrice à la raison, et non à l’imagination. Mais, si le caractère [)ropre de l’humanité a commencé à se prononcer, dès sa-première enfance, par l’ascendant du sentiment sur l’instinct animal , ce qui a été essentiellement le résultat spontané du

PUYSJQLIK SOCIALE. ^ <5l

félicbUme^ U u’esl pas douteux que cet,ie (uépuudérance de l’imagination sur le sentii'neut, constituée par l’évolution esthétique accomplie sous le polythéisme, n’ait déterminé un grand pas général vers l’état définitif et pleinement normal, où la raison prend enfin directement et ouvertement les rênes du gouvernement humain j situation finale, dont le monothéisme a puissamment tendu à nous rapprocher, comme l’expliquera la leçon suivante, mais qui ne saurait être sufiisamment réalisée que sous l’empire universel de la philosophie positive. Ainsi, la phase philosophique que no^s apprécions dans le polythéisme ne pouvait, par sa nature , constituer qu’un degré intermédiaire, qu’il serait très dangereux de prétendis ériger, en terme véritable de l’éducation humaine; mais c’était, non moins évidemment, un intermédiaire strictement indispensable , qui n’était pas susceptible d’être franchi , et sans lequel l’essor ultérieur des plus hautes facultés de l’iiomme serait resté essentiellement impossible. Quoique l’esprit esthétique et l’esprit scientifique diffèrent certainement beaucoup, cependant ils emploient réellement, chacun à sa maiiière,les mêmes forces fondamentales du cerveau , eu sorte que le premier genre d’activité inlellecluelle peut servir, à un certain degré, de préambule ou d’introduc-

D-jiîi-j by Gckj^I

l5a . PHILOSOPHIE POSITIVE.

tiou au second, sans dispenser aucunement toute'' fois d’une autre préparation plus spéciale, que nous apprécierons en son lieu , et à laquelle devait surtout présider le monothéisme. Sans doute, le génie, éminemment analytique et abstrait, de la principale observation scientifique proprement dite, envers le monde e.\téiieur, est radicale-, ment distinct du génie, essentiellement synthétique et concret, de l’observation esthétique, qui, dans tous les phénomènes quelconques , s’attache à saisir presque exchisivement le côté humain , en y étudiant leur influence effective sur l’homme, spécialement envisagé 'quant au moral. Néanmoins , il y a évidemment entre eux quelque chose de profondément commun, la disposition, également nécessaire, à observer avec justesse, qui exige ou suggère des précautions mentales fort analogues pour prévenir et rectifier les aberrations dans l’un ou l’autre cas. L’analogie est beaucoup plus complète en ce qui concerne l’étude de l’homme lui-même , où le savant et l’artiste ont également besoin de certaines notions identi(|ues, quoiqu’ils n’en doivent pas faire le même usage. On ne saurait donc méconnaître la secrète aflinité directe qui existe, à divers titres, entre l’un et l’autre esprit , malgré leurs profondes différences caractéristiques, et qui, par suite, dok

raVSiQUE SOCIALE. l53

rendre le développement plus rapide du premier susceptible "de préparer utilement i’essor pins tardif du second. Si cette relation a lieu nécessairement chez ceux d’abord qui , à l’un ou l’autre -é||;ard, participent activement à la culture intellectuelle , une influence analogue doit s’exercer aussi, à un moindre degré, sur la masse passive. Pour plus de clarté , je me suis borné , dans une telle appréciation , à- considérer seulement, de part et d’autre, ce qui concerne la simple élaboration préalable, destinée à procurer les matériaux convenables. Or, le rapprochement serait jugé bien plus intime si je pouvais ici comparer également la combinaison Anale de ces premiers élémens, inévitablement soumise aux mêmes lois essentielles, soit qu’il s’agisse d’une œuvre esthétique ou scientifique. Mais les notions ordinaires sur la marche générale des compositions intellectuelles, surtout quant aux beaux-arts, sont encore beaucoup trop' vagues et trop obscures pour qu’un • semblable parallèle pût avoir toute son utilité philosophique, à moins d’entraîner dans des explications fort étendues, entièrement incompatibles avec la nature et la destination de cet ouv.n^e;<^uoi qu’il en soit, les indications précédentes suffisent, sans doute,- à'rendre incontes«> table l’influence spéciale que l’essor primitif du

^éuie estliétique a dû exercer, sous le polythéisme, sur l’état mental de l’iuimauilé , pour y préparer, sous le mouothéisme, la naissance consécutive du vrai génie scieDtifique , indépendamment de son oflice général, ci-dessus apprécié, quant au premier éveil de l’activité spéculative, dans le seul mode qui fût d’abord possible. Les limites nécessaires de ce traité m’ont prescrit aussi de ne faire ici aucune distinction foruielle entre les divers beaux-arts, soit en ce qui concerne leur relation au polythéisme, soit relativement à la liaison de leur développement avec l’évolution fondamentale de l’humanité. Mais, si je pouvais ici plus .spécialéinent examiner cet intéressant sujet , il me serait aisé d’étendre la théorie que je viens d’esquisser jusqu’à la détermination rigoureuse de l’ordre spontané suivant le(|uel ces dilTérens arts ont dû historiquement surgir et croître, en tout temps et en tout lieu, sauf les perturbations exceptionnelles, où la succession essentielle deviendrait encore appréciable à une scrupuleuse analyse. Ne devant point insister davantage sur les considérations esthétiques, je me borne donc à énoncer cet ordre, que tout lecteur familiarisé avec la vraie philosophie des beaux-arts pourra facilement examiner. 11 consiste en ce que chaque art a dû se développer d’autant plus tôt, qu’il

t, vioogk

Diciiii.!- I

était, par sa nature, plus général, c^est-à-dirfr susceptible de l’expression la plus variée et la- plus complète, qui n’est point toujours, à beaucoup près , la plus nette ni la plus énergique : d’où résulte, comme série esthétique fondamentale, la poésie, la musique, -la peinture, la sculpture, et enfin l’architecture, en tant que moralement expressive (i).

En terminant cette appréciation capitale, pro-

(i)Iia stricte czflctitnde historique, et même philosophiqoe, exigerait peut-être que l’on fît commencer une telle setie |>ar cet art, pins spontané et plus primitif qn’ancnn antre, qni, intimement lié an langage mimique, dont il ne constitue qn’nne sorte d’exagération natnrelle, i peu près comme la musique envers la parole, offre, avec tant d'fvidence, dans les moindres degrés de la vie sauvage, le psemier moyen d’expression animée , et jusqu’il nn certain point idéalisable , de nos sentimens individnels ou soeianx, et snrtont de nos passions les pins énergiques. Mais un tel ar^ essentiellement tombé en déané- Inde, depuis que le langage d’action a dû perdre graduellement presque tonte son importance initiale , doit être de plnS en pins envisagé comme éteint, si Ce n’est à titre de simple. auxiliaire. subalterne de la plupart des antres; ainsi que le témoigne clairement, malgré tant d’encouragemcas systématiques, sa misérable réduction, chez les modernes , b une froide et stérile combinaison de éignes essentiellement conventionnels , devenns presque inintelligibles pour ceux même qui les assemblent, et ob les cervelets émonssés Uronvent seuls habituellement une stimulation réelle, bien qn’acccsaoire. Il y a longtemps, sansdonte, que l'idéalisation îles senWmens hnmàins ne s’exprime plus que par des moyens pins parfaits et pins nobles; quoique leur dcvcloppemcnl ail dû être, en effet , posterienr, cette circonstance né saurait désormais être prise en considération que dans nn traité tout spécial sur l'ensemble de révolution eslliélïqnc de l’bnmanité.

pre à nous disperreer essentiellement de toute explication analogue dans presque tout le reste de notre opération historique, il importe d’y signaler son aptitude spéciale à résoudre spontanément la grande et célèbre objection que les beaux-arts semblent offrir nécessairement à la théqrie générale du progrès continu de l’humanité, par le seul fait deleur incontestable prééminence en un temps qui, à- tout autre titre, ne représente évidemment que l’enfance de notre espèce. On voit maintenant, eu eSèt, comme je l’avais annoncé au quarante-huitième chapitre, a quoi tient ce paradoxe' appa— rent , en reconnaissant ainsi par quel concours nécessaire de causes naturelles le principal essor des beaux-àrts devait avoir lieu sous l’empire du polythéisme, sans qu’une telle correspondance puisse rationnellement indiquer aucune vraie diminution ultérieure dans l’ensemble de nos facultés esthétiques, qui seulement, malgré leur développement'toujours continu, n’ont pu retrouver depuis ni une stimulation aussi directe et aussi énergique, ni d’aussi importantes attributions, ni des dispositions aussi favorables, toutes circonstances entièrement indépendantes de leur activité intrinsèque et dù mérite propre de leurs productions. Sans renouveler la fameuse discussion sur les anciens et les modernes, il est impossible de méconnaître les

D^iüjed by Cooglc

nombreux et éclataiis témoignages qui prouvent, avec une irrésistible évidence, que le génie humain n’a nullement baissé au fond, même pendant la prétendue nuit du moyen-âge, surtout en ce qui concerne le premier des beaux-arts, dont le progrès général est, au contraire, incontestable. Même dans le genre épique, quoique le mode e^sentiel de conception en ait été Jusqu’ici le moins adapté à la nature de la civilisation moderne, on ne saurait certainement citer, en aucun temps, un génie poétique plus fortement organisé que celui de Dante ou de Millon, ni une imagination aussi puissante que celle d’Arioste. Quant à la poésie dramatique, l’énergie spontanée de Shakespeare, l’admirable .élévation de Corneille, l’exquise délicatesse de Racine, et l’incomparable originalité de Molière, ne redoutent certainement aucun parallèle antique. A l’égard des autres beaux-arts , on ne peut plus contester aujourd’hui la haute prééminence de la musique moderne, soit italienne, soit allemande, malgré une moindre influence sociale dans un milieu moins favorable, sur la musique des anciens, essentiellement dénuée d’harmonie, et réduite, comme celle de toutes les sociétés peu avancées, à des mélodies extrêmement simples et uniformes, où la seule mesure constituait le principal moyen d’expres-

l5S PHILOSOPHIE POSITIVE.- .

sion. 11 en est sans doute de même relativement à la peinture, considérée non-seulement dans sa partie technique, flont le progrès continu est évident, mais dans sa plus haute expression morale, pour laquelle nous n’avons certes aucun sujet de penser que l’antiquité eût rien produit d’équivalent, par exemple, aux chefs-d’œuvre de Rapliaël , ni à beaucou]) d’autres ouvrages- modernes. L’exception apparente relative à la sculpture s’expliquerait aisément, .si elle est suflilsamment réelle, comme essentiellement due aux mœurs et à la manière de vivre des anciens , qui devaient naturellement leur procurer une connaissance plus intime et plus familière des formes hümaines. En6n, pour d’architecture, indépendamment des immenses progrès qu’a évidemment reçus, chez les modernes, sa partie industrielle la plus usuelle, on ne saurait méconnaître ^ ce me semble, sous le seul point de vue esthétique, l’éminente supériorité dé tant d’admirables cathédrales du moyenâge, où la puissance morale d’un tel art est certainement poussée à un degré de sublime perfection, que ne pouvaient offrir, malgré leur régularité, les plus beaux temples antiques, comme j’aurai lieu de l’expliquer sommairement au chapitre suivant. Apres avoir judicieusement opéré ces diverses comparaisons directes, il'faudiait ensuite, pour

PHYSIQUE SOÈIALE. 1 5c)

parvenir à une appréciation vraiment rationnelle, prendre, d’une autre part , en haute considération la stimulation esthétique nécessairement beaucoup moindre inhérente jusqu’ici au caractère essentiel de la civilisation moderne, malgré de plus grands éncouragemens personnels’, dus surtout à la vulgarisation croissante du goût. Les beaux-ftrts étant, en général, destinés à rietracer avec énergie notre existence morale et sociale , il est clair que,- quoique spontanément convenables à toutes les phases de l’humanité, ils doivent nécessairement s’adapter de préférence à une sociabilité. plus homogène èt plus fixe, doht le caractère, plus complet et plus prononcé, comporte une représentation plus nette et mieux définie; ce qui avait éminemment lieu dans l’antiquité, sous l’empire du polythéisme. Or, nous reconnaîtrons, au contraire, que , depuis le commencement du moyen-âge, l’état social moderne n’a, pour ainsi dire, constitué jusqu’ici qu’une immense transition, essentiellement accomplie, sans une physionomie assez stable et assez tranchée, sous la présidence indispensable du monothéisme, qui, par sa nature, devait moins encourager -le développement esthétique, et seconder davantage l’essor scientifique. Toutes les causes principales devaient donc concourir à y ralentir notablement

lÜO

la marche des beaux-arts; et, cepeadant, loin d’avoir subi aucune dégénération réelle, les faits témoignent,- avec une éclatante évidence, que . leur génie s’est élevé, dans presque tous les genres déjà créés, au niveau et même au-dessus des plus éminentes • productions antiques, indépendamment des nouvelles issues qu’il est parvenu à s’ouvrii* par beaucoup d’admirables chefs-d’œuvre, par exemple, dans ces compositions, éminemment modernes, qualifiées du nom impropre de romans : il n’y a eu de diminution réelle que dans -l’influence sociale correspondante, d’après les motifs précédemment expliqués. Ainsi, l’açcoraplissement , même en ce genre , ,d’un véritable progrès, malgré des conditions peu favorables, montre clairement que les facultés esthétiques de l’humanité, loin de décroître, sont assujéties, comme toutes les autres, à un développement continu : aux yeux du moins de tous les vrais philosophes qui, à cet égard, sauront se préserver sudisamment de la tendance vulgaire à juger les beaux-art? uniquement sur l’effet produit; d’où il résulterait, par exemple, si l’on pouvait être pleinement conséquent à cet étrange principe, qu’il faudrait accorder le premier rang à la composition-d’une danse nègre, susceptible, en cas opportun, de’détermlner un entrainement plus ir-

PHYStQUE SOCIALE.

résislibk que celui dû à la plus puissante poésie ancienne ou moderne. Quand , après une longue et pénible préparation, la civilisation moderne auraflnalemeiit développé, avec la prépondérance suffisante, son vrai caractère propre, .ce qui serait impossible sans l’ascendant général de la philosophie positive, l’humanité s’élèvera à un état social éminemment progressif, et néanmoins plus ho- <: mogène et plus stable que celui de l’antiquité polythéiste, où les beaux-arts trouveront à la fois un nouveau cbamp et des attributions nouvelles, aussitôt que leur génie essentiel se sera convenablement adapté au nouveau régime intellectuel, comme je l’indiquerai sommairement à la fin du volume. C’est alors seulement que pourra être directement utibsée, dans toute sa plénitude, pour le bonheur commun de notre espèce, cette admirable éducation graduellede nos facultés esthétiques, qui, continuée, avec tant de succès, chez les modernes, malgré tant d’entraves, y témoigne si clairement de leur irrésistible spontanéité : c’est alors enfin que se manifestera familièrement, aux yeux de tous, cette irrécusable affinité fondamentale qui, d’après les lois nécessaires de l’orgaïiisation humaine, unit spontanément le sentiment du beau, d’une part, au goût'du vrai, et, d’une autre part, à l’amour du bon.

Page 1