TOME V
j3o philosophie PO#ltïVE.
manière à eu altérer sensiblement la nature primitive, comme on verra aü chapitre suivant. 11 est donc aisé de concevoir pourquoi l’esprit d’ensemble, aujourd’hui si rare, devait, au contraire, se rencontrer fréquemment en un temps où, nonseulement la faible étendue des diverses notions permettait à chacun de les embrasser toutes, mais où surtout leur commune subordination à une même philosophie tbéologique les rendait toujours immédiateùient comparables entre elles. Quoique ces rapprochemens dussent alors etie le plus sou— * vent chimériques, cependant leur usage spontané et continu devait certainertient constituer, à la longue , un état plus normal que l’anarchie philosophique qui caractérise la situation transitoire des modernes , et que tant d’esprits faux ou étroits s’efforcent maintenant d’éterniser. Aussi ne suisje point surpris que d’éminens penseurs, appartenant surtout à l’école cÿholique, aient, de nos jours, expressément déplore, comme une sorte de dégradation fondamentale de notre intelligence, l’irrévocable décadence de cette philosophie antique , qui , se plaçant directement à la source de tout, ne laissait rien sans liaison et sans explication quelconques , par l’uniforme application de ses fcoiîceptions théologiques. Tous ceux qui, dans ce siècle, ont profondément senti la nécessité so-
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ciale de l’esprit d’ensemble, mais sans apprécier les vraies conditions essentielles qui lui sont désormais imposées, ont pu être conduits à une telle aberration, dont l’illustre de Maistre a oSert un exemple si mémorable, surtout par son parallèle général, admirable à beaucoup d’egards, entre le principal caractère de la science antique et celui de la science moderne. Sans se laisser entraîner à ces regrets stériles, et même irrationnels, où l’on méconnaît directement la destination purement provisoire de la philosophie tbéologique , il est certainement impossible de ne point adnlirer son aptitude spéciale, non-seulement à déterminer, comme je l’ai tant prouvé, le premier essor fondamental de notre intelligence, mais encore à favoriser long- temps son développement graduel, en fournissant spontanément à sou activité continue un aliment et une direction également indispensables, jusqu’à ceque.le prc^rès des connaissances réelles ait pu enfin permettre un meilleur r^ime mental. En considérant même la détermination de l’avenir comme le but final de toutes les spéculations philosophiques quelconques, on doit reconnaître , en général , que la divination tbéologique a véritablement ouvert la voie à notre prévision scientifique, malgré l’inévitable antagonisme qui a dû ultérieurement s’établir entre elles, et
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qui a surtout manifesté l’irrécusable supériorité propre à la philosophie positive , sous la seule condition, encore inaccomplie, d’une généralisation suflisiinte.
Sousun rapport plusspécial et plus direct, on peut enfin reconnaître que cette philosophie religieuse, surtout à l’état de polythéisme, quoique toute de fiction et d’inspiration , tendait immédiatement à exciter un certain développement éléinenlaiie de l’esprit d’observation et d’induction. Malgré qu’elle ne dût lui assigner qu’un office purement subalterne , toujours subordonné aux besoins et aux. indications théologiques, elle lui oifrait cependant un champ très vaste et un but fort attrayant, qui n’auraient pu alors autrement exister, en liant profondément tous les phénomènes quelconques à la destinée de l’homme , principal objet du gouvernement divin. Les superstitions même qui nous paraissent aujourd’hui les plus absurdes, telles <jue la divination par le vol des oiseaux, par les entrailles des victimes, etc., ont eu primitivement , outre leur haute importance politique, un caractère philosophique vraiment progressif, comme entretenant habituellement une énergique stimulation à observer avec constance 'des phénomènes dont l’exploration ne pouvait, à celte époque, inspirer directement aucun intérêt
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soutenu. . A quelque chimérique emploi que l’on destinât ainsi les observations de tous genres, elles ne s’en trouvaient pas moins recueillies d’avance pour un meilleur usage ultérieur, et n’auraient pu , sans doute , alors être autrement obtenues. Il est, par exemple, incontestable, suivant la juste remarque de Kepler, que les chimères astrologiques ont long-temps servi à maintenir le goût habituel des observations astronomiques , après l’avoir primitlvementinsplré. C’est ainsi pareillement que l’anatomie doit, ce me semble, avoir nécessairement puisé ses premiers matériaux dans les explorations spontanément résultées de l’art des arus|)ices, sur la détermination de l’avenir par l’examen attentif du foie , du cœur, du poumon , etc. , des animaux sacrifiés. Il existe, même aujourd’hui, des phénomènes qui, n’ayant pu être soumis jusqu’ici à aucune théorie vraiment scientifique, laissent en quelque sorte regretter encore que cette Institution primordiale des observations, malgré ses immenses daugers, ait été détruite avant de pouvoir être convenablement remplacée, et sans garantir seulement la conservation des renseignemens déjà obtenus. Tels sont surtout , ))Our la physique concrète , la plupart des phénomènes météorologiques, et principalement ceux de la foudre , qui , dans l’antiquité , étaient le sujet
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spécial d’une exploration scrupuleuse et continue, rtelativement à l’art des augures. Quiconque saura s’-afiranchir aussi bien des préjugés modernes que des anciens, déplorera sans doute la perte totale des nombreuses observations que les augures étrusques, par exemple, avaient dû recueillir à ce sujet pendant une longue suite de siècles, et que la saine philosophie pourrait utiliser aujourd'hui , d’une manière même plus fructueuse, j’ose l’avancer , que nos puériles compilations météorologiques, dépourvues de toute direction rationnelle. On a beau maintenant vanter outre mesure l’absence totale de prédispositions et d’intentions quelconques; il n’y a certainement d’eflicacité durable, pour les progrès de nos vraies connaissances, que dans les observations instituées avec un but déterminé, dût-il être essentiellement chimérique, à défaut d’une sage impulsion théorique. Aucun autre exemple ne pourrait mieux manifester cette invariable nécessité mentale, que celui de l’exploration vague et insignifiante de nos prétendus météorologistes, qui, malgré le vain étalage d’uue exactitude minutieuse , dressent habituellement des tableaux assez infidèles pour ne pas mêmerappeler à chaque spectateur le véritable caractère atmosphérique de la journée précédente : il serait difficile , sans doute , que les registres des augu-
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PIIYSIQUK SOCIALE.
rt's (i) eussent élc plus mal tenus. Eu étendant à tous les cas possibles la même appréciation, chacun pourra mettre en pleine évidence , envers tous les phénomènes quelconques , l’indispensable office du polythéisme quant au premier essor de l’esprit d’observation; sans excepter même les phénomènes intellectuels et moraux, dont l’enchainement fondamental avait dû être alors, pour l’interprétation des songes , le sujet inévitable d’observations très délicates. Journellement poursuivies avec une scrupuleuse persévérance, qui ne pourra se retrouver plus convenablement que sons l’influence ultérieure d’un développement plus avancé de la philosophie positive.
Telles sont, en principe,, les éminentes propriétés intellectuelles du polythéisme sous le seul point de vue scientifique., qui devait néanmoins
(i) La manière même dont ce» antique» ob»ervations oui été irrévorablement perdue» e*t éminemment propre & confirmer 1 indi»pen»able nécessité de diripter toute ciploration réelle d'après une théorie quelconque, théologique ou positive, afin d’assurer, outre son efficacité l>riraitive, la conservation de se» résultats. Car, l’histoire ne nous indique aucune cause spéciale de deslrnclion pour ^c» rccueil| d’observations augnrales , qui ne sauraient fl’aillenrs avoir si complètement disparu par de simples accidenw, ni par suite des luttes religieuses. Il est clair ici que l’influence la plus destructive a surtout consisté dans la profonde indifférence de l’espiit humain pour un tel ordre d’observations , d’après le changement général Je» croyance» théologiqnes , et avant que le développement de la science réelle ait pu suffisamment inspirer 11 leur égard une autre sorte d’inlérét spéculatif.
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lui être plus défavoralile qu’aucun autre. Quoique son influence ait été nécessairement beaucoup plus intime et plus décisive envers les beaux-arts, elle > doit être ici bien plus aisément appréciable, comme plus évidente et moins contestée, notre examen devant surtout consister à en caractériser nettement la vraie’ source générale, bien plus que les résultats elFeclifs. '
Il importe d’abord de rectifier, à ce sujet, une irrationnelle exagération , encore trop commune, qui attribue aux beaux-arts un ofiiee tellement fondamental dans la société antique, • que son économie générale n’aurait pas eu réellement d’autre base intellectuelle. C’est abusivement confondre la philosophie et la poésie, qui, en tout temps, ont dû être profondément distinctes, avant même d’avoir pu recevoir leurs dénominations propi’es, et sans excepter l’époque, d’ailleurs bien moins prolongée qu’on n’a coutume de le supposer , où elles étaient également cultivées par les mêmes esprits ; à moins toutefois qu.’on ne prît sérieusement pour de la poésie l’artifice mnémonique d’après lequel ou versifie les formules religieuses, morales, scientifiques, etc. , afin d’en faciliter la transmission permanente. Dans tous les degrés de la vie sauvage, il est aisé de reconnaître que la puissance sociale de la poésie et des
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autres beaux-arts, quelque considérable qu’elle . puisse être, demeure toujours nécessairement secondaire envers l’influence tbéologique, qu’elle peut utilement aider, et dont ejle doit être hautement protégée , mais sans jamais pouvoir la dominer. b«e grand Homère, quoi qu’on en ait dit, n’était certainement point un philosophe ou* un sage, encore moins un pontife ou un législateur : seulement sa haute intelligence s’était profondément imbue de tout ce que la pensée' humaine avait produit jusque alors de plus avancé en tous genres, comme l’ont toujours fait ensuite tous les génies poétiques ou artistiques, dont il demeurera sans cesse le type le plus éminent (i). Platon,
(i) C’ëuit une aberration r^aervde à notre aiècle que celle de prctendns portée se glorifiant syslcmatiqncment de leur ignorance scientifiqnc et philosophique, qu’ils tentent Tninement d’ériger en garantie d'originalité. 11 ne serait cependant point nécessaire de remonter jusqn'à l’exemple fondamental d’Hodière , et ensuite de Virgile, et en général de tons les grands poètes de l’antiqnité, ponr faire ressortir liantement cette condition préalable dn développement normal de tout véritable génie poétique, de s’étre d’abord intimement familiarisé avec tontes les éminentes conceptions contemporaines. L’observation même des temps modernes la manifeste spontanément de toutes paru, quoique une telle obligation ait dû y devenir plus pénible, par snite d’un développement plus avancé. Dante, Arinstc, Shakespeare , etc., étaient rertaiuement au niveau général des connaissances humaines correspOD' danles, anssi bien que Corneille, Millon, Molière, etc. ; tous avaient d’abord trempé leur génie dans la philosophie corileraporaine la plus avancée , avant de l’appliqner h la plus cminente poésie. Il en est essentiellement de même envers les antres beaux-arts, comme le montibni.
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PHII^SÜPHIE PUSITIVE.
qui, sam demie, a dû cotuprendre le vérilable esprit de l’antiquité, n’aurait certainement point exclu de sa célèbre utopie le plus général des beaux-arts , si une telle influence était réellement aussi fondamentale qu’on le suppose dans l’économie ides sociétés anciennes. Aux temps du polythéisme, comme à tout autre âge de l’humanité, l’essor et l’action des divers beaux-arts ont toujours reposé, de toute nécessité, sur une philosophie préexistante et unanimement admise, qui seulement, à cette première époque, devait leur être plus spécialement favorable, ainsi que je vais l’expliquer. Quoique, par une réaction inévitable, l’influence poétique ait dû alors contribuer beaucoup à étendre et à consolider l’empire théolologique, elle n’a pu certainement l’établir. Soit
pour l’individu, suit pour l’espèce, jamais les facultés d’expression n’ont pu dominer directement les facultés de conception, auxquelles leur nature propre les subordonne toujours nécessairement, quel qu’ait pu être le développement respectif des unes et des autres. Toute inversion réelle de celte
pour {wialiah:, !<’* ezemplec décisifs .de Léonard de Vinci,. de Michel-Ange , de Poqgsin,', etc. De telle* conQmiatipot.d’uRe maxime d’ailleurs cTideote,; peuveut faire conTeoahUmeat apprécier le stja(ûdc orgueil de .CCS vecsidcalaurs qui s’applaodisseal aujourd’hui d’ep être restés encore & J« physique de Lucrèce et d’Épicorc, etc.
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relation élémentaire tendrait directement à la désorganisation fondamentale de l’économie humaine, individuelle ou sociale, en abandonnant la conduite générale de notre vie à ce qui ne peut que l’embellir et l’adoucir : d’où résulterait une .sorte d’aliénation chronique. Or, quoique la philosophie directrice dût avoir alors un tout autre caractère qu’au jourd’hui, l’état moral dej’humanité, aussi pleinement normal que de nos jours, n’eu était pas moins soumis aux mêmes lois essentielles. Au fond , ce qui était alors accessoire a dû réellement demeurer tel, aussi bien que ce qui était principal, les formes seules ayant changé, d’après le degré de développement. Combien d’éminens personnages l’antiquité ne nous offre-t-elle point presque insensibles aux charmes de la poésie et des autres beau.\-arts, sans cesser néanmoins de représenter avec énergie l’élat social correspondant, ce qui eût été évidemment impossible dans l’hypothèse exagérée que nous examinons ! Pareillement, en sens inverse, les peuples modernes sont aujourd’hui bien loin de se rapprocher du vrai caractère antique, quoique le goût de la poésie , de la musique, de la. peinture, etc., s’y purifie et s’y propage toujours davantage, et y soit probablement déjà plus répandu, surtout en Italie, qu’il n’a jamais pji l’ètre chez aucune so-
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ciétë ancienne , du moins en égard aux esclaves ,, qui en formaient toujours la masse principale.
Après cet indispensable éclaircissement préliminaire, sans lequel celte grande question ne saurait être convenablement posée, nous pourrons e-iiactement apprécier l’admirable essor général que le polythéisme a dû spontanément imprimer à l’ensemble des beaux-arts, et qui les a élevés alors à un degré de puissance sociale, dont l’équivalent n’a pu se reproduire ultérieurement, (aule de conditions suüisamment favorables : abstraction faite d’ailleurs de la haute parlicijiation que leur réserve notre prochain avenir, et que je caractériserai sommairement à la fin de cet ouvrage. La ferme initiale de la philosophie théologique à l’état de fétichisme, tendait déjà, d’une manière évidente et directe, à favoriser le développement poétique et artistique de l’humanité, en transportant immédiatement à tous les corps extérieurs notre sentiment fondamental de la vie, comme je l’ai indiqué au chapitre précédent. Afin de comprendre suffisamment la portée de cette première appréciation , il faut considérer que , par leur nature," les /acuités esthétiques se rapportent surtout à la vie affective, bien plus qu’à la vie intellectuelle , habituellement trop peu prononcée, dans l’organisme humain, pour
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comporter aucune véritable expression ou imitation, susceptible d’être communément sentie avec énergie et jugée avec justesse, soit par l’interprète, soit par le spectateur. Or, nous avons reconnu combien celte pbilosophie primitive est en barmonie générale avec cette prépondérance fondamentale de la vie affective , qui n’a jamais pu être, à aucune époque ultérieure, aussi pleinement consacrée. Telle est donc, en principe, la tendance nécessaire du félicbisme à favoriser directement l’essor spontané des beaux-arts, et surtout de la poésie et de la musique, par les- (|uelles a dû principalement commencer le développement esthétique de l’humanité. Jamais l’ensemble du monde extérieur n’a pu être conçu depuis dans un état aussi parfait de correspondance intime et familière avec l’ame du spectateur, qu’il l’était naturellement sous ce naïf régime de notre première enfance, individuelle et sociale, où le double caractère essentiel de la philosophie théologique se prononçait le plus complètement possible, soit quant à l’immédiale vitalité de tous les corps quelconques, soit en ce <jui concerne l’étroite subordination de tous les phénomènes à la destinée humaine. Les trop rares fragmens de poésie fétichique, ancienne ou contemporaine , que nous pouvons maintenant
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apprécier, manifestent surtout cette supériorité caractéristique relativement aux êtres inanimés, dont la description a toujours été ensuite beaucoup moins favorable à l’art poétique, et, à plus forte raison , à l’art musical , même sous le règne du polythéisme, qui, malgré ses ressources spéciales à cet égard, n’en avait pas moins déjà cessé de \jivifier directement la matière. Toutefois , le polythéisme compensait, en partie, ce genre d’infériorité esthétique par l’ingénieux expédient , spontané des métamorphoses , qui du moins conservait l’intervention du sentiment et de la passion dans chacune des principales origines inorganiques, quoique ce reste indirect de vie affective, dès lors borné à la première formation de l’individu, ou même de l’espèce, fût loin d’ailleurs d’équivaloir , en énergie poétique , à la conception primitive d’une vitalité directe, personnelle, et continue. Mais, les beaux*arts devant, par leur nature, avoir surtout pour objet le monde moral, cette incontestable supériorité poétique du fétichisme à l'égard du monde physique n’avait évidemment qu’une très faible importance, en comparaison des immenses avantages que, sous tout autre aspect, le polythéisme présentait spontanément pour seconder l’évolution esthétique de l’humanité : ce qui doi,t
inainlenant nous t^uduire à considérer ainsi exclusivement ce second â{»e religieux, après avoir suflisaminent rempli l’indispensable obligation de rattacher l’ensemble de cette explication à son vrai point de départ, sans lequel sa rationnalité eût été gravement altérée.
On doit d’abord regarder comme éminemment favorable à l’essor général des beaux-arts la propriété fondamentale du polythéisme, ci-dessus notée, d’éveiller nécessairement , de la manière la plus spontanée et la plus directe, le plus libre et le plus actif développement de l’imagination humaine , ainsi éngée en principal arbitre de la philosophie primitive , en tant qu’immédiatement investie de la détermination spéciale des divers être-s fictifs auxquels on attribuait alors la production de tous les phénomènes quelconques. Pour l’espèce, comme pour l’individu, ce second âge mental constitue évidemment la prépondérance franche et explicite de l’imagination sur la raison ; tandis que, sous le pur fétichisme, la domination intellectuelle appartenait surtout au sentiment, bien plus qu’à l’imagination proprement dite, encore peu excitée. C’est ainsi que le polythéisme, en stimulant toutes nos facultés, a dû plus particulièrement et plus fortement seconder l’élan de celles d’où dépend prinoipale-
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ment l’évolution esthétique l’humanité. Telle est, sans doute, la première cause de cette con- ' fusion philosophique, précédemment rectifiée, qui a fait envisager, par une dangereuse exagération, le polythéisme tout entier comme une vraie création poétique, parce que sa formation avait naturellement exigé le même genre essentiel d’activité mentale qui a présidé ensuite au développement des beaux-arts, quand ce systèmq^. général de conceptions a été suffisamment établi. Mais, quoique ce système ait dû, au contraire, évidemment servir de base préalable à ce développement, il faut reconnaître, en second lieu, que, sous un semblable régime, la fonction, soit intellectuelle, soit sociale, de la poésie et des autres beaux-arts , sans jamais avoir pu , même alors, devenir réellement prépondérante, devait être cependant, de toute nécessité, beaucoup moins secondaire qu’à aucun âge ultérieur de l’humanilé. En effet, une telle constitution religieuse attribuait spontanément aux facultés ^ esthétiques une participation accessoire, et pourtant directe, aux opérations théologiques fondamentales; tandis que, sous le monothéisme, les beaux-arts ont été nécessairement réduits à un office de culte, et, tout au plus, de propagation , sans avoir désormais aucune part quelconque à
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l’élaboration dogmatique, comme je l’eipliquerai au chapitre suivant. Sous le polythéisme, quand la philosophie avait introduit, pour l’explication des phénomènes physiques ou moraux, une divinité nouvelle, la pçésie devait évidemment s’en emparer afin d’achever l’opération en donnant', à cet être d’abord abstrait et peu déterminé, un costume et des mœurs convenables à sa destination , ainsi qu’une histoire suffisamment* détaillée; de manière à lui imprimer nettement ce, caractère concret, si indispensable, surtout alors, à la pleine efficacité, sociale et même men« laie, d’une semblable conception. Or, cetteémportante attribution, que le fétichisme n’avait pu admettre, puisque les divinités s’y trouvaient spontanément concrètes, a dû certainement concourir avec énergie à l’essor général des beauxarts, ainsi* investis, d’une manière continue et régulière, d’une sorte de fonction dogmatique, éminemment propre à leur procurer une autorité et une considération que l’état ultérieur de la philosophie théologique n’a pu comporter au même degré. En troisième lieu , le fétichisme ne pouvait, par sa nature, s’étendre que fort tard et très imparfaitement à l’explication du monde moral, dont l’intuition immédiate lui servait, au contraire, directement de base générale ppqr