‹ Cours de philosophie positive (volume 2)Chapitre 13 sur 40 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

l’admirable ' propriété fondamentale suivant la-* quelle l’essor libre et naïf de l’activité militaire, spontanément issue, avec une irrésistible énergie, du premier état de l’humanité, tend nécessairement, de la manière la plus directe, à discipliner, à étendre, et à réformer les sociétés humaines, dès lors graduellement conduites, par cette indispensable préparation , à leur mode final d’existence. C’est ainsi que, par une heureuse conséquence de sa supériorité intellectuelle et morale , l’homme a naturellement converti ' en un puissant moyen de civilisation cette énergique impulsion qui , chez tout autre carnassier, reste bornée au brutal développement de l’instinct destructeur.

L’appréciation sommaire d’une semblable nécessité-préliminaire, suffit pour faire sentir l’aptitude générale du polythéisme à seconder et même à diriger convenablement cet essor graduel de l’activité militaire. Quand on a cru que, chez les anciens, les guerres- n’étaient point religieuses, c’est par suite d’une extension abusive du point de vue social propre aux nations modernes, chez lesquelles le spirituel et le temporel sont nettement séparés, tandis qu’ils étaient intimement confondus dans l’antiquité. Si l’on peut dire, eh un sens, que les anciens ne crni-

nurent presque jamais- les guerres spécialement dites de religion , c’est précisément parce que toutes leurs guerres quelconques 'avaient nécessairement un certain caractère religieux, comme nous le voyons encore dans les phases sociales analogues ; puisque, les dieux étant alors essentiellement nationaux , leurs luttes se mêlaient inévitablement à celles des peuples, dont ils partageaient toujours également les triomphes et les revers. Ce caractère se manifestait déjà sous le fétichisme, pendant les guerres acharnées, quoique presque stériles, auxquelles il devait présider , mais , par suite même de la trop grande spécialité des divinités correspondantes , alors pour ainsi dire particulières à chaque famille, les luttes militaires ne pouvaient comporter aucune grande dficacité politique. Les dieux du polythéisme ofiiaient essentiellement ce juste degré de généralité qui permettait de rallier sous leurs drapeaux des populations suffisamment étendues, et, en même temps, cette mesure de nationalité qui les rendait propres à stimuler davantage l’essor spontané de l’esprit guerrier. En un tel système religieux , qui com- })ortait l’adjonction presque indéfinie de nouvelles divinités , le prosélytisme ne pouvait consister qu’à subordonner les dieux du vaincu

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à ceux du vainqueur ; mais > sous cette forme caractéristique, il a certainement toujours existé, à un degré quelconque, daus toutes les guerres anciennes, où il devait naturellement contribuer beaucoup à développer l’ardeur mutuelle , même chez les peuples dont les cultes étaient les plus analogues^ et qui cependant adoraient cba- ' cun., d’une manière pliis prononcée, quelque divinité éminemment nationale, familièrement mêlée à l’ensemble de leur histoire spéciale. Or, en même temps que -le- polythéisme, stimulait ainsi directement l’esprit de conquête, il en assurait, non moins spontanément, la principale destination sociale, en facilitant l’adjonction graduelle des populations soumises, qui pouvaient alors s’incorporer à la nation prépondérante , sans renoncer aux croyances et aux pratiques religieuses qui leur étaient chères, à la seule condition de reconnaître l’inévitable supériorité des divinités victorieuses, ce qui, sous un tel régime théoli^que, n’exigeait point la suliversion radicale de la première économie religieuse. Telles sont, en général, les propriétés militaires fondamentales qui caractérisent le polythéisme, et qui devaient le rendre, à cet égard, très supérieur j ,non-seolementi au fétichisme, mais au monothéisme lui-même, dont

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la destination politique eât, en efièt, d^une tout autre nature, comme je l’expliquerai au chapitre suivant. Le monothéisme, essentiellement adapté à l’existence plus pacifique des sociétés plus avancées, ne pousse point spontanément à la guerre, on plutôt en détourne nécessairement, chez les peuples également parvenus à cette phase plus éminente du "développement social. Envers les nations restées en arrière, le fanatisme monothéique n’inspire pas la passion de conquête proprement dite, parce qu’une telle religion ne saurait comporter l’adjonction réelle des autres croyances : sou génie exclusif doit naturellement provoquer à l’entière extermination des vaincus idolâtres, ou à leur avilissement continu, à' moins d’une immédiate conversion totale j ainsi que l’histoire en offre tant d’exemples décisifs , chez lôs peuples prématurément passés à un monothéisme avorté, avant d’avoir accompli suffisamment les diverses préparations sociales indispensables pour assurer reificacité d’une telle transformation , comme les Juifs, les Musulmans, etc. On në peut donc méconnaître cette double harmonie fondamentale qui rendait lè polythéisme spécialement.apte à diriger le développement militaire des sociétés

anciennes.

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Afin de qsieux caractériser lé principe de celle importante attribution , je me suis expressément attaché à l’appréciation eiclusive et directe de l’influence la plus intime et la plUs générale, sans m’arrêter aucunement aux considérations accessoires, quelle qü’en soit l’importance réelle^ et sur lesquelles d’ailleurs aucune indication essentielle n’est ici nécessaire. C’est ainsi, par exemple, qu’il serait inutile d’expliquer la propriété, maintenant très connue, suivant laquelle le polythéisme devait spontanément ofirir les plus puissantes ressources spéciales pour faciliter l’établissement et le maintien d’iine rigoureuse discipline militaire, dont les diverses prescriptions quelconques pouvaient alors être placées, avec tant d’aisance, sous une protection divine toujours convenablement choisie , par la voie des oracles , des augures, etc., presque’ constamment disponibles, d’après le .système régulier de communications surnaturelles que le polythéisme avait organisé, et que le monothéisme a dû essentiellement supprimer. On doit seulement appliquer, à cet égard, les réflexions générales indiquées au cliapitre précédent sur la sincérité spontanée qui devait ordinairement présider à ‘l’emploi de tels moyens, que nous sommes trop disposés à qualifier aujourd’hui de jongleries, faute de nous re-

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porter suffisaimuent à un tel état intellectuel , où les conceptions tbéologiques , profondément incorporées à tous les actes humains, à un degré qui n’a plus existé ensuite, et dont) par suite, nous n’avons pas une juste idée , devaient si aisément /disposer à décorer naturellement d’une consécration religieuse les plus simples inspirations directes de la raison humaine (i). Quand l’histoire ancienne nous offre quelques rares exemples d’oracles sciemment faux répandus à dessein dans des vues politiques, elle ne manque jamais de nous montrer aussi le peu de succès réel de ces misérables expédions, par suite de cette solidarité fondamentale des divers esprits, qui doit essentiellement empêcher les uns de croire, avec

(i) Qaaod on yoil, presqne de no* jonn, nn aussi éminent esprit que l’Ulnstre Franklin, croire naïrement, snivant le précieux et irrécusable témoignage de Cabanis, avoir été souvent averti en songe de la véritable issue de* afibires qn’il poursuivait, on doit aisément comprendre, à plus forte raison , comment les grands hommes de l'antiqnité ponvaientétre sincèrement convaincus de la réah'té des explications sornatnrelles qu’ils proposaient habituellement au vnlgaire. Je dois recommander, k cet egard , la remarque générale , indiquée au chapitre précédent, sur l’inconséqnence évidente de* philosophes actuels qni, après avoir reconnu qne les ancieiu ne pouvaient journellement se dispenser de telles explications sur les moindres sujets de la philosophie naturelle proprement dite, croient devoir snspecter leur bonne foi dans l’extension très spontanée dn même prrKédé logique aux déterminations beanconp pins complexes de la philosophie morale et sociale.

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une profonde conviction, ce qui a pu être arbitrairement forgé par les autres. Sans insister davantage sur un sujet aussi aiséinent appréciable, je dois enfin plus spécialement signaler, dans le polythéisme, une autre propriété politique secondaire, qui lui appartient d’une manière directe et exclusive, et dont les modernes n’ont point assez compris la haute portée. Je veux parler de cette faculté d’apothéose, évidemment particulière. à ce second âge religieux, et qui devait y tant concourir à exalter, au plus éminent degré, chez les hommes supérieurs, toute espèce d’enthousiasme actif, et surtout l’errthousiasme militaire. L’immortelle béatification que le monothéisme a dû substituer ensuite à cette divinisation réelle, n’en aurait pu offrir, par sa nature, qu’un très faible équivalent: puisque, l’apothéose, tout en satisfaisant aussi pleinement au désir universel d’une vie indéfinie, avait, en outre, le privilège spécial de promettre aux âmes vigoureuses l’éternelle activité de ces instincts d’orgueil et d’ambition dont le développement constituait pour elles le principal attrait de l’existence. Quand nous jugeons maintenant cette grande institution d’après le profond avilissement où elle était graduellement tombée pendant la caducité du polythéisme, où elle s’était réduite à une sorte de formalité

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mortuaire, uniformément applii^uée, même aux plus indignes empereurs, nous ne saurions concevoir une idée convenable de la •puissante stimulation qu’elle devait imprimer, aux temps antérieurs de foi et d’énergie , lorsque les plus éminens personnages pouvaient espérer, par un digne accomplissement de leur destination sociale^ de s’élever un jour au rang des dieux ou des demidieux, à l’exemple des Bacchus, des Hercule, etc. Rien n’est plus propre qu’une telle considération à faire nettement comprendre que tous les principaux ressorts politlqnes de l’esprit religieux avaient été réellement tendus par le polythéisme autant que leur nature puisse le comporter, en sorte que leur intensité n’a pu éprouver ensuite qu’un inévitable décroissement. Cette incontestable diminution, alors tant déplôrée par divers philosophes arriérés, qui voyaient ainsi l’humanité à jamais privée del’un de ses plus puissans leviers, sans que toutefois le développement social -en ait certes aucunement souffert , peut d’ailleurs nous disposer aujourd’hui, par un rapprochement spontané, à pressentir, en général, le peu de solidité réelle des craintes analogues sur la prétendue dégénération sociale qui menacerait désormais de succéder à l’extinction totale du régime théolbgique,- dont notre espèce a graduellement appris à sf passer.

Pour compléter cette appréciation abstraite des propriétés politiques du polythéisme, il ne nous reste plus maintenant qu’à considérer, sous un point de vue plus spécial , les conditions fondamentales du régime correspondant, dont nous venons de déterminer le but essentiel et l’esprit général ; en d’autres ternies, nous devons examiner enfin les caractères principaux, qui, toujours communs aux diverses formes réelles d’un tel régime, se montrent directement indispensables à son organisation effective. Ils consistent surtout dans l’institution nécessaire de l’esc)avage, et dans l’inévitable confusion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel ; double différence capitale de 1 organisme .polytheique des sociétés anciennes à l’organisme monothélque dè la société moderne.

Quoique personne n’ignore aujourd’hui comfiien 1 esclavage était radicalement indispensable à l’économie sociale de l’antiquité, cependant le principe général d une telle relation n’a pas encore été convenablement approfondi. Il nous suffira essentiellement,.a cet égard, d’étendre jusqu’au point de vue individuel, notre explication fondamantale., ci^essiis limitée au point de vue national, sur ta destination nécessairement guerrière des sociétés anciennes, considérée comme une fonction prélimi* naîre sans laquelle l’ensemble de l’évolution hti-

pyitiza^by t

niaine n’aurait pu s’accomplir'. On conçoit d’abord aisément comment la guerre engendre spontanément l’esclavage, qui y trouve sa principale source , et qui constitue son premier correctif général. La juste horreur 'que nous Inspire aujourd’hui cette institution primitive, nous empêche d’apprécier l’immense progrès qui dut immédiatement résulter de son établissement originaire, puisqu’elle succéda partout à l’antbropophagieouà l’immolation des prisonniers, aussitôt que l’humanité fut assez avancée pour que le vainqueur, maîtrisant ses 'passions haineuses, pût comprendre l’utilité finale qu’il retirerait des services du vaincu , en l’agrégeant, à titre d’auxiliaire subalterne, à la famille qu’il commandait : progrès qui suppose un développement industriel et moral bien plus étendu qu’on ne le croit d’ordinaire. Suivant la lumineuse remarque de Bossuet , la seule étymologie devrait encore suffire pour nous rappeler constamment , d’une manière irrécusable, que l’esclave n’était primitivement qu’un prisonnier de guerre dont on avait épargné la vie, au lieu de le dévorer ou de le sacrifier, selon l’usage le plus ancien. Il- est fort probable que, sans une telle transformation, l’aveugle passion guerrière du premier âge social aurait déterminé depuis long-temps la destruction presque entière de notre espèce. Les services

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iinmédiats d’une semblable institution n’ont donc besoin d’aucune explication, non plus que son inévitable spontanéité. Mais son office capital pour l’évolution ultérieure de l’humanité n’est pas moins incontestable, quoique plus mal apprécié. D’une part, en effet, elle était évidemment indispensable à ce libre essor militaire de l’antiquité, dont nous avons ci-dessus reconnu la destination vraiment fondamentale, et qui eût été certainement impossible, au degré convenable d intensité et de continuité, si tous les travaux pacifiques ü’avaient pas été confiés à des esclaves , soit individuels , -soit collectifs : en sorte que l’esclavage, d’abord résulté de la guerre, servait ensuite a l’entretenir, nôn-seulement comme principale recompense du triomphe^ mais aussi comme condition permanente de la lutte. En second lieu, sous un aspect essentiellement méconnu, mais non moins capital, l’esclavage antique n’avait pas une moindre importance relativement au vaincu , ainsi forcément conduit à la vie industrielle, malgré son antipathie primitive. A cet égard,

1 estlavage a eu, pour les individus, la même destination générale que celle ci-dessus attribuée , pour les nations , à la conquête. Plus on méditera sur l’aversion profonde que le travail régulier et soutenu inspire d’abord à notre défectueuse na-

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lure, que l’ardeur guerrière peut seule arracher primitivement à son oisiveté chérie, mieux on comprendra que l’esclavage offrait alors la seule issue générale au développement industriel de l’humanité. Cet éloignement primordial pour la vie laliorieuse ne pouvait être, en effet, radicale» ment surmonté, chez la masse des hommes, que par l’action combinée et long-temps maintenue des plus énergiques stimulans; ce qui a dû spontanénaent résulter d’une pareille institution , oi\ le travail , d’abord accepté comme gage de la viç, devenait ensuite le principe de l’airranchissement. Tel est le mode fondamental suivant lequel l’esclavage antique devait constituer, dans l’ensemble de l’évolution humaine, un indispensable moyen d’éducation générale , qui ne pouvait être autrement suppléé, en même temps qu’une condition nécessaire de développement spécial.

Les modernes doivent éprouver, comme je l’ai indiqué ailleurs, des difficultés presque insurmontables à juger sainement une telle économie sociale, parce qu’ils ne s’en forment ordinairement l’image que diaprés notre esclavage colonial, véritable monstruosité politique, qui ne peut donner aucune idée’ juste delà nature de l’esclavage ancien. Cette aberration partielle et momentanée, si déshonorante pour notre civilisation,

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tend nécessairement à la compression commune de raclivllé du maître et de celle de l’esclave, par suite de leur caractère également industriel , qui fait envisager le repos de l’un comme une conséquence spontanée du travail de l’autre, et qui cepeudant doit inspirer toujours à l’inquiète jalousie du premier une intime répugnance contre l’essor graduel du second. Tout au contraire, dans l’esclavage antique, je vainqueur et lé vaincu' i»e secondaient mutuellement pour le développement simultané de leurs activités hétérogènes mais corelatives, militaire chez l’iin, industrielle chez l’aùtre,.qui, loin d’être alors rivales , se présentaient comme réciproquement indispensables, de façon à permettre franchement, des deux parts, et même à faciliter directement, jusqu’à un degre déterminé, cette double évolution préliminaire, doutle terme naturel sera posé au chapitre suivant. Le maintien des institutions devant être d’autant moins pénible qu’elles sont mieux adaptées à J’état social coiTespondant , rien n’est plus propre, assurément, à vérifier cette appréciation comparative, que le contraste caractéristique ebtre la conservation presque spontanée, pendant une longue suite de siècles , de l’esclavage ancien , sans occasionner de crises dangereuses, si ce n’est en quelques cas extrêmement rares, quoique les esclaves

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fu&ienl .habiluellement beaucoup' plus nombreux que les maîtres, et les immenses efforts continus des modernes pour procurer, sur quelques points secondaires du monde civilisé, une chétive existence de trois siècles à cette anomalie factice, au milieu d’horribles dangers toujours imminens, malgré la prépondérance matérielle des maîtres , puissamment assistés d’ailleurs de la civilisation métropolitaine, qu’ils tendaient - aveuglément à faire ainsi dégénérer en une inqualifiable barbarie, entièrement étrangère à l’évolution fondamentale del’humanité.Sous quelque aspectqu’on l’examine, l’esclavage ancien présente tous les caractères essentiels d’une institution pleinement normale, puisque , né de la guerre , ou le voit cependant se produire alors, sans aucune irrésistible contrainte , par une foule de voies secondaires, comme la vente volontaire des enfans, l’assujétissemcnt des insolvables , efc. j outre que la possibilité constante, et fréquemment réalisée, d’une telle infortune, chez les hommes même les plus libres et les plus puissaus, y compris les rois, par suite de l’intensité et de la ci^mtiuuité des guerrés anciennes, devait nécessairement inspirer une répugnance beaucoup moindre pour un semblable changement de situation, dont nul ne pouvait jamais se croire suffisamment préservé. Dans la phase sociale ana- )

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logue que nous pouvons explorer aujourd’liuiyiie voit-on pas souvent des sauyagés spontanément amenés , par la fureur graduelle du jeu , à proposer même leur renonciation volontaire à la liberté comme une sorte d’extrême enjeu? Ce n’est pas sans une profonde raison que tous les philosophes de l’antiquité , et notamment Aristote , regardaient beaucoup d’hommes comme essentiellement nés pour la servitude J pourvu que, au lieu du sens absolu alors faussement attaché à cette maxime, on la restreigne constamment à l’état d’enfance sociale qui l’avait réellement inspirée, et envers lequel elle n’offre rien de révoltant : puisque l’insouciante sécurité et l’irresponsabilité totale propres à l’existence servile doivent long-temps la. rendre supportable, et quelquefois même désirable ^ aux âmes peu élevées, où la nature caractéristique de l’humanité n’est pas encore suffisani'ment développée; comme les sociétés les plus avancées ne cessent point d’en offrir aujourd’hui des exemples irrécusables, quoique heureusement exceptionnels.

Au premier aspect, on ne saisit pas nettement la corelatioh naturelle du polythéisme à l’institution de l’esclavage , malgré l’éclatant témoignage que nous présente, à cet égard, l’ensemble de l’analyse historique. Mais, puisque nous avons re-

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connu ci-clessus Taptilude; nécessaire du polythéistne à seconder directement le'développenient spontané de l’esprit de conquête, il faut Lien, par un prolongement plus spécial des mêmes motifs, que cet- éta't ihéologiqüe soit essentiellement en harmonie avec une telle conditiçn sociale, spontanément inséparable de la vie guerrière. Une appréciation immédiate montre, en cflèt, qué le polythéisme doitj’à cet égardj correspondre généralement à l’esçlavage,nQmme, d’une part, le fétichisme à l’extermination, habituelle des prisonniers , et , d’une autre part , le monothéisme à l’affranchissemerit .final #de*s serfs-, ainsi que je l’expliquerai plus spécialement au chapitre suivant,. Car, le fétichisme est une religion trop individuelle .et trbp locale pour établir , entre le .vainqueur et le vaincu, aucun lieu spiritue^, susceptible de contenir suffisamment, à l’issue du combat, la- férocité naturelle ; tandis que le monothéisme est , ail contraire , tellenaeot universel,’ qu’il, tend à interdire-, entre* les adorateurs’ du même vrai dieu, une aussi profonde inégalité,, sans leur permettre uéatimoiris une aussi intime familiarité avec les partisans d’une autre croyance. Eu un mol, l’un et l’autre, quoique en sens inv'erse, sont egalement contraires a l’esclavage, par suite des memes caractères essentiels qui le.s .rendent ro-ME V.

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impropres ù la cDaquéte ^ sauf les perlurbations accidentelles , .qui , bien analysées, confirmeront toujours la rclatiôii principale. Saus doute, le mo> nolbéisme n’est point , de sa nature , absolument incompatible avec l’esclavage, ..pas plus qu’avec La conquête : mais il n’en a pas moins sans cesse tendu à en détourner pareillement l’humanité ; et cette influence s’est pleinement manifestée dans tous le^ cas où le régime monothéique, véritablement spontané et opportun, *a pqsuccédec convenablement aux préparations ‘sociales indispensables, comme le. montrera la leçon suivante. Les deux âges extrêmes déla.vie religieuse étant ainsi généralement exclusd’une telle explication , il faut bien que l’âge moyen et principal, caractérisé par le polythéisme, fournisse la base spirituelle de cette grande institution, qui, saus doute, n’a pas dû se passer d’un pareil appui plus que tant d’autres moins importantes., Or, on reconnaît directement, en effet, quant à l’esclavage comme envers la con:quète, que le polythéisme avait, par sa nature, à la fuis assez de généralité pour servir de lien , et assez de spécialité pour niaiptenir les distances i Je vainqueur et le vaincu, quoique conservant chacun ses dieux propres, avaient assez de religion commune pour comporter entre eux une cërtaine harmonie liabitnelle, pendant que, d'un autre côté.

pnvsiQüt; soctalë: igj

la profoii<ie suL^rilination de l’iiii à l’autre était consacrée par celle "des divinités correspondantes. G’est ainsi que le polytliéis’iue, en général , s’opposait spontanément , presque au même degré , d’ulie part à l’immolation journalière des prisonniers, d’une autre part à leur affranchissement régulier, -et conduisait immédiatement à sanctionner et à consolider leur esclavage habituel.

Examinons maintenant le second caractère essêiitielde l’ancienne économie sociale, c’est-à-dire, la confusion profonde qui s’y manifeste , à tous égards , entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, habituellement concentrés chez les mêmes chefs; tandis que leur séparation régulière constitue l’un des principaux attributs politiques de la civilisation moderne, comme je l’expliqùerai spécialement au chapitre suivant. L’autorité spéculative , alors purement sacerdotale , et la puissance active, ’essentiellement militaire, furent toujours intimement unies sous le régime 'polytbéique de d’antiquité; et cette combinaison inévitable était en relation nécessaire avec la destination générale que nous avons reconnue ci-dessus devoir être propre à ce régime pour l’ensemble de l’évolatioD humaine : telle est l’importante erpli-^ cation qui nous reste àétablirsômmairement, afin que le système fondamental de la politique an-

PUI1.0j>Oi>HlE i^OSlTlYK.

cienue soit ici suiHsaminetU analysé. Nous u’avouà j)as d’ailleurs à distinguer encore entre les deux modes très dilFérens qu’a dû offrir nécessairement cette concentration caractéristique, suivanlque les attributions militaires éuient subordonnées aux fonctions sacerdotales, ou -que, au .contraire , le caractère militaire avait absorbé, par un dévelop- • peinent plus spécial, l’esprit sacerdotal.' Quoique nous devions bientôt considérer ces deux modes comme nécessairement relatifs, l’un à l’origine du polythéisme, l’autre à sa destination principale , cette distinction , ici prématurée, compliquerait Inutilement notre appréciation abstraite et générale, quien sera d’ailleurs ultérieurementconfirmée.

L’antiquité ne pouvait ni ne devait aucunement connaître cette admirable. séparation , spontané-, ment établie, au moyen-âgé, sous l’heureux ascendant du catholicisme, entre le pouvoir purement moral, essentiellement destiné ù' régler les pensées et les inclinations, et le pouvoir proprement poli-tique, ' directement appliqué aux actes et aux résultats. Cette division capitale suppose nécessairement, comme je l’expliquerai au .chapitre suivant, un développemçnt préalable dans' l’organisme social , qui était certainement impossible à une telle.époque, où la simplicité et la confusion primitives des idées politiques n’eussent même pas

PHTSIQtE SOCIALE. ' 1 Q';;

permts de comprendre la distinction l ëyulière dü maintien des principes généraux de la sociabilité d’avëc leur usage spécial et journalier. Outre ces conditions intellectuelles, une pareille séparation ne pouvait se réaliser qu’autant que chacun des lieux pouvoirs aurait déjà spontanément établi son existence propre , d’après une origine indéjiendante; tandis que, chez les anciens, ils dérivaient toujours nécessairement l’un de l’autre',' soit que le commandement nriilitaire ne constituât qu’un simple accessoire de l’autorité sacerdotale , soit, au contraire, que celle-ci fût réduite à servir d’instrument habituel à la domination des* chefs' dfi guerre. Enfin, là nature nécessairement étroite et locale de la politique ancienne, essentiellement bornée à une ville prépondérante, lors même qué sou empire a dû ensuite s’étendre progressivement à des populations t rès considérables, s’opposait évtdemtnçnt, d’une manière spéciale, à t,9ute idée d’une semblable division, dont le principal motif immédiat, au moyen-âge, est précisément résulté du besoin de rattacher à un pouvoir spirituel commun des nations trop éloignées et trop diverses poür que leurs gouvernemens temporels ne fus,sent pas inévitablement distincts. Aussi rien^ne cardCtér isct-il mieux le vrai génie politique de l’antiquité que cette confusion fondamentale et continue

iqS philosophie positive.

entre les mœurs et les loisj ou les opinions et les. actions ; les mêmes autorités y étant toujours occupées à régler indlfféreinment l’un et l’autre, quelle que fût d’ailleurs la forme eflèctive du gouvernement. Jusque dans les cas qui, par leur nature , semblaient devoir indiquer spontanément la possibilité d’un pouvoir spirituel, distinct et indépendant du pouvoir temporel, ce mélange intime se reproduit encore ‘au plus haut degré : comme le .témoignent 'clairement ces, mémorables occasions, alçrs assez; fréqueute^ où -une ville con- fiait expressément la puissance constituante à .un citoyen sans magistrature active, et qui j ainsi devenu momentanément législateur suprême, ne pen^ sait néanmoins jamais à organiser aucune se’paralion permanente entre le pouvoir moral et le pouvoir politique, quoique sa propre position dût tendre év idemment à lui ensuggérer l’idée. Les philosophes eux-mêmes, dans leurs utopies Içss plus hasardée's,, offrant toujours un inévitable reflet du génie dominant de la société contemppraiao, ne disliuguaient pas davantage entre le réglement des opinions et celui des actions, également confiés a une seule autorité fondamentale; et, cependant, l’existence régulière de cette classe d’hommes spéculatifs, chez les princifiales nations grecques, doit être regardée comme le premier germe Véritable

Di. -

PHYSIQUE SOCIALE. 'iqt)

de celte grande division sociale, ainsi que je l’expliq^uerai cL-dessous. Ceux d’en ti'e^ eux ^qui avaient le plus exagéré le chimérique eçpoir ultérieur d’une société finalement régie par des philosophes, ne concevaient ainsi qu’une pareille concentration de tous les pouvoirs essentiels eiî dé telles maius ; ce qui, d’ailleurs, bien loin de constituer, suivant leur pensée , un vrai .perfectionnera eut politique, n aurait, pu réellement aboutir qu’à une rétrogradation capitale, même comparativement à l’ordre social très imparfait qu’ils prétendaient améliorer,, comme j’aurai lieu de le faire bientôt sentir.

^Envisagée sous, un autre aspect général, cette Conliision fondamentale, che^ les anciens, entre les. deux grands [>ouvoirs sooiâu^) sera aisément jugéé) non-sèulement inévitable d’après les diverses indications précédentes, mais, en outre, strictement indispensable à l’entière réalisation de Jp haute destlnatiqu politiique que nous avons recpn nue ci-dessus devoir appartenir à cet âge préparatoire de l’humanité. .>11, e.st, clair, en effet , que; l’activité utilitaire n’an^ ail pu, alors .se déve-^ lof>per convenablement, de maoiàrft,à remplir sufijsatUmeht sa mission principale^ si l’autorité spirituelle et la dontination jenqYorélle.n’eussedt pas jéirf, habituellement epuceptrées chez une même, classe di|-ige«nteu., Ce double caractère

200 philosophie positivé.

journalier des chefs militaires, à la fois poritifcs et guerriers , coiislituait le plus puissant appui de. la rigoureuse discipline intérieure que devaient exiger, à cette époque, la nature et 'la continuité des guerres, et qui n’aurait pu autremenf'acquérir l’énergie • et la stabilité nécessaires.. De riiëme, l’action collective de chaque nation àrihée sur les sociétés extérieures eût été radicalenienl entravée par toute séparation essentielle entre les ïfeux autorités fondamèn laies, dont les Inévitables cènflits eusseut alors, lendix presque toujours à troubler k direction générale des giiérreS et à gêrter la réalisation finale de' leurs principaux Vésultats. Ainsi, soit au dedans, soit au d^brs, Ic.dévé?-. loppement continu de l’esptit dé^Cohqtfêtè^.'eliciigeait, dans l’antiquité,* une plénitude ' d'obéls»- , sance et une unité de conception et d’exéc^iition, également incompatibles ’aveé‘lhos4déiea‘filoder^ nés sur ta division élémentaire déS' ‘deux 'grands pouvoirs* sociaux . Le chapitre suiVaHt'cxplîqùéra -directement, ép elFét-,^d’«ne manière irréctisfibléi, la liaison intime èt réciproque’^ui a dù'ëiîster entre l’établissement d’une telle divisiohTrel le décroissement .'général du système 'mlHWÎié, dès lors devenu essentiellement défensifj'conformément à la nature propre du monothéisme. Dans les cas exceptionnels,' ci-dessus indrc(aés.

DigTti5r

PHYSIQUE SOCIALE.' 'aO-I

où le monolliôisme s’est montré favorable à l’essor intense et prolongé dé l’esprit de conquête., comme chez les Musulmans surtdut, on doit noter que cette anomalie a constamment coïncidé avec la conservation, aussi peu normale, sous cette nouvelle .phase -religieuse, de l’ancienne confusion des pouvoirs : tant une tèlle concentration est nécessairement inséparable du libre et plein développement de l’activité militaire.

Après avoir ainsi reconnu -combien cette inrtinte combinaison était à la (ois' inévitable et indispensable dans la politique générale de l’antiquité,- il est aisé 'de çoncevoir maintenant . corelation fondamentale, avec la ■ nature propté du polÿtliéisme.‘corres}iondant. Nous constaterons spécialement, au chapHre* suivant, la tendance nécessaire du monolhéisme à ’sépaper le pouvoir spirituel du pouvoir temporel, du moiils . quand il s’établit spontanément, chez nne popu^ latbn convenablement préparée^ où, sans «ne telle' séparation , il ne saurait réaliser^sa p'rirtéipale destination' sociale^ -Il suffit ici- de 'Tfecdnpaître,' en sens invene, combien polythéisme est radicalement' incompatible avec tonte ‘sem-^ blabledi vision; Or, il est évident que la m'uhtplîcité des dieux, par l’inévitable'dispersiob- qui ^ réaulte dans l’action ihëologiqu'e, s’oppose dirçcn

aoa PHILOSOPHIE POSITIVE.

•téraeat à ce-É|ue le sa certltocc acquière spontanément une laomogénéité ^ une consistanoe qui lu* scÔ6nt propres,- et, sans lesquelles néanmtoins son indépendance envers le.pouvoir temporel ne saurait être aucunement assurée.: Trop éloignés désormais d’un pareil régime,' nos esprits modernes méconnaissenjt ou négligent la rivalité fonda mentale qui'devait habituellement régner entre les divers ordtfis ;de prêtres antiqnesi, par suite •de; l’inévitable concurrenxÆi<le leurs nombreuse.s lUvinités, dont les 'attributions respecüyes , quoi- <|ue soigneusement réglées, ne pouvaient manquai’ d’engendrer dp fréquens conflits; ce qui^ malgré l’instinct commun du saéèlxlace^ tendait nécessiqrement à prévenir pu à dissoudre loutéi’grande coalition sacerdotale j-pour,ppu quele pduvmr temporel, youlû.t sérieusement l’empècher» Cheï les natipiis polythéistes les mieux connhéa^lesdifférenSi^cerdoceS;, quoique, ayant tenté dé ^unir pit»»' I^MéieiH'slîénSj.séitosteBsiblesjSOitseerefcs., * pré^ sentent, .en effet, comme iies^nlieUement isolés dans leur existence, priopre et indépendante, et ne spitrouv^nt finaJenient' rappi-oobés: que par leur uniforme assujétissement à l’autorité temporelle^ aisément parvenue à s’emparei^ directement flefe princijialesfonctions religieusés.<Le pouvoir théolpgique n’a pu plors éviter une telle subalternité que

. . PHYSIQUE SOCIALE. ■ 2o3

dans.les cas Wi il a dû,/au.conti'aire, devenir, on plutôt rester, absolument prépondérant, par si^ite d’un essor très rapide de la première évolution intellectuelle, coïncidatit avec un •'dëvçlo^ement encore peu prononcé de ^'activité militaire, comme je l’expliqnerai ci*après. En aucune occasion, la nature du polythéisme n’a pu comporter l’existence d’un véritable pouvoir Spirituel, pleinement distinct, et indépendant du pouvoir temporel correfcpondant, sans que l’un des deux fôt réduit .li ne constituer habituellement qu’un simpte appendice dp l’autre ou soin instrument général.

' Cette explication sommaire achève de feiré con>^ venablément ressortir l’éminente I aptitude du polythéisme ’• à correspondre ‘^spontiinément aux principaux besoins politiques dé l’antiquité; ■puisque , après • avoir précédemment ' constaté sa tendance directe , à: seconder le i développement naturel de l’esprit de conquête j, nous reeonuaissonsri maiiltenant sou;i influence spéciale' pour établir nécessairement la concentralibu fob* damentale des pouvoirs sociaux , indispensaUle.à la plénitude de ce'développement.cTelle est,' du moinsi le jugetnent esserttiel qu’il fâ ut i porter de celte' grande corelatidn,, qui (doit être, sur toql appréciée d’après la deslinaliou générale), si capitale,^quoique puremeqt provisoire j qui devait

Di

ür>4 THILOSOPHIE POSITIVE. . .

carautéri^r cet âge social, ‘dans l’ehsemblp del’évolution humaine, suivant nos démonstratious antérieures. On méconnaîtrait railicalement, à cet égard; 4e véritable esprit de l’histoire, si,- selon de.s habitudes enCore-trop dominantes, au lieù’de considérer principalement 4e polythéisme dans sa. période active et progressive, pu persistait, au contraire, à' ÿ faire prévaloir l’examen de son époque de décomposition , où il est incontestable,' en effet, que le maintien trpp prolongé dc' cette concentration caractéristique, si long^temps nécessaire, devint-, chez tant d’indignes empereur^, le principe du plus dégradant despotisme qiiè l’humanité ait pu jamais subir. Mais n’est-il pas évident que le système de conquête, alors suffisamment développé, avait déjà pleinement atteint sa 'princi[iiale destination Sociale ; ce.qui, en dîssi-' pant à jamais' l’ntiiité provisoire îde cette confusion spontanément établie^ par le polythéisme, ‘entre le pouvoir spirituel et le pouvoir tempoi'el -, n’eh laissait plus subsister que les inéviiàbles dangers, jusque-là contenus ou dissimulés? Qu’y a-t-il , en ce cas, qui ne soit essefitiellemént commun à toute vicieuse 'j>répondérancé d’une' institution quelconque, survivant mal à propos à l’accomplissement total de son office provisoire? En lep-^ minant cette importante appréciation, je croip

PHYSIQUE SdCIÀLB. 300

d’ailleurs ne devoir pas négliger ici roccasioii très .naturelle <!ju’elle m’offre de -signaler clairement ^ sous un rapport capital, l’inconséquence radicale qui caractérise aujourd’hui ^lOtre philosophie politique, considérée en ce qu’elle a de commun- à tous. les partis ^t à toutes, les écoles.. J’ai .remarqué, au commeuceracnt du volume précédent, -avec quelle déplorable unanimité on repousse maintenant ^ les uns en haine dû-catholicisme , les autres par désuétude de son véritablê espritj'toute division réelle entre les deux pouvoirs, mais eu continuant cependant à réver le monothéisme comme base liécessaire de. l’ordre social. Or, il est désormais évident que l’on 's’eP force aipsl de concilier deux conditions essentiellement incompatibles; et le chapitre suivant achèvera de dissiper implicitement toute incertitude à ce sujet, en rendant irrécusable la corelation spontanée du monothéisme avec une telle division. Ceux qui, de nos jours, dans leurs éti:auges pensées de progrès, dictées par une aveu-^ gle imitation de l’antiquité, prétendraient rétablir cette concentration primordiale , alors aussifondamentale qu’elle serait maintenant dangereuse et heureusement impossible, devraient. donc, d’après les explications précédentes, pour être suffisamment conséquens à leurs vains projets, ne pas

tto6 PHILOSOPHIE POSITIVE.

s’urréler au- monotliéisrue, ualureliementautipathique à un tel rëf'ime, et’rétrograder de plein saut jusqu’au pdytliéisnie proprement dit, qui en constituait certaiuemeiit. l’indispensable fondement.

Telles sont, en généi^l, les relations nécessaires du polythéisme avec les deuji principales conditions caractéristiques de la politique de.l’anliquité. 'Après les avoir ainsi séparément appréciées, il su0it ici, en les rapprochant , de. signaler d’ailieürs leur intime et constanteaflinïté.Or,iliaut bien que l’iuslitution de l’esclavagë et la confusion élémentaire des deux pouvoirs soient, en réalité, étroitement liées, puisque l’abolition del’une a toujours bistoriquemciit coïucidé avec la cessation de l’autre, comme je l’expliquerai spécialement au chafâtre suivant. 11 est clair directement, en effet , que l’esclavage aucien était nécessairement en harmonie avec cette réiinion fondamentale de l’autorité spirituelle à d’autorité temporelle, qui donnait spontanément, à l’empire du maître une certaine consécration religieuse, et qui, en même temps, affranchissait cette subordination domestique de toute interposition sacerdotale distincte, propre à contenir cet ascendant absolu.

Les principales propriétés politiques du polythéisme étant désormais assez ueltemeut caractérisées, il ue nous reste plus, ici, pour eu avoir conve-

PHïSlQUt üOCIAL,ë; 207

Nablemeuj. acc<nnpli l’appréciation abstraite, qu’à. , l’examiuereutin sous le point de vue moral proprement dit. Outreque (^analyse politique devait avoir^ envers un tel régime, une importance beaucoup plus capitale, en même temps que les difficultés jiropres en devaient être bien -supérieures, l’influence morale du polythéisme, d’ailleurs plus aisément jugeable et ordinairement mieux connue, pourra maintenant être déterminée d’une manière très sommaire , et néanmoins suffisante à notre but essentiel, d’après sa correspondance nécessaire avec l’ensemble des explications précédentes, et surtout avec le double .jugement que nous venons d’établir sur la corelation fondamentale du polythéisme à l’institution de l’esclavage antique et à la concentra tjiou des deux pouvoirs sociaux. Car, ces deux caractères essentiels du- régime polythéique sont l’un et l’autre éminemment propres , comme nous l’allons voir, à expliquer directement cette pro-* fonde, infériorité morale que tous les philosophes impartiaux se sont accordés à reconnaitre dans le polythéisme comparé au moi^tbéisme.

Sous quelque aspect élémentaire qu’on envisage la morale, personnelle, domestique ou sociale, suivant la coordination fondamentale établie au cinquantième chapitre, on ne saurait méconnaître, en eflet, combien elle devait être, chez les an-^

ao8 ÿHiDOSOPBIE POSITIVE.

cieos, profondément viciée-par la-^ule^exislentcè Je l’esclavage. 11 serait d’abord superflu de s’arrêter ici à faire expressément ressortir la profonde dégradation qui en résultait directement pour la majeure partie de notre espèce, dont le développement moral, ahisi radicalement négligé; était essentiellement priyé de ce sentiment habituel de la dignité humaine qui en Constitue la principale base, et restait entièrement livré à la seule action spontanée d.’un tel régime, où la servilité devait tant altérer l’heureuse influence du travail.. Quoiqu’une telle appréciation doive, par sa nature, avoir une extrême importance, puisqu’on ne peut ' se dissimuler que le fond principal' des natioiis modernes est surtout issu de cette malheureuse classe, et qu’il conserve encore, même chez les populations les-plusavancéeà, quelques trâces morales trop irrécusables d’une pareille origine, cependant la haute évidence de ce sujet, à i’^ard duquel les jugemens ordinaires n’exigent aucune rectification capitale , doit certainement nous dispenser d’y insister 4lavantage. Considérons donc seulement l’influence morale de l’esclavage aftcieu sur les hommes libres ou maîtres, dont le développement propre, malgré leur minorité numérique, est alors le plus essentiel à suivre ^ comme ayant dû ultérieurement servir de type nécessaire au

PHŸSIQUE SOCIALE. 2O9

dévieloppenieiit universel. Sous ce jw.int cle vue, il est aisé de sentir que cette institution, malgré son indispensable nécessité, ci-dessus expliquée, pour l’évolution politique de l’humanité, devait profondément entraver l’évolûtiou morale proprement dite. En ce qui concerne même la morale puremefit personnelle, quoique la mieux connue tjeS anAens, il est évident que l’habitmle intime d un commandement absolu envers des esclaves plus ou moins nombreux, à l’égard desquels chacun pouvait d ordinaire suivre presque aveuglément tousses caprices quelconques, tendait inévitablement à altérer cet empire de l’homme sur lui-même qui constitue le premier principe du développement moral, sans parler d’ailleurs des dangers trop évidens de la flatterie, auxquels chaque homme libre se trouvait ainsi continuellement exposé. Relativement à la morale domestique surtout, on ne saurait douter, suivant la judicieuse observation de De Maistre, que l’esclavage n’y corrompît directement , en général , à un degr.é ’ souvent très prononcé, les plus importantes relations de famille, par les désastreuses facilités qu’il olirait spontanément au libertinage, au point de l'endre d abord presque illusoire l’établissement même de la monogamie. Quant a lu morale sociale' enfin, dont l’amour général de l’humanité doit

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