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ainsi en un temps où, exercée en. dehors, tl’ un système de sociabilité, (lui devait, lorig-lemps encore, reposer sur d'autres bases, elle n était évidemment susceptible d’aucun grave inconvénient politique, et constituait, au contraire, l’unique moyen qui, indépendamment de la commün.e nécessité de la répartition des travaux, pût eiiGn apprendre à l’esprit humain, d’abord dans les cas Içs plus simples , à approfondir convenablement un sujet quelconque , ce qui jusque-là était resté ra- «lictdement impossible. En un mot, l’esprit scientifique , alors nullement constituant, et destiné seulement à préparer de très loin , souS le rëgiipe théologique, le principal élément ultérieur du régime positif, devait être, sans aucun, danger- social, éminemment spécial, sotte- peine d’avortement inévitable : ce qui ne saurait signifier d’ailleurs que la même disposition doive rester IndéfinimetH prépondérante , quand les besoins et la situation ont radicalement changé , comme le croient, avec . une si aveugle obstination, presque tous les savans actuels. On ne peut douter, en effet, que les savans proprement dits n’aient commencé à paraître , déjà nettement séparés d^ philoso'phes', et avec leurs principaux attributs modernes, à partir de cette mémorable époque, si' hautement caractérisée , sous ce rapport, par l’admirable fondation du
PHYSIQUE «OCIAI.E; a5g
musée d’Alexandrie, directement destinée à sa lisfaii e ce nouveau besoin intellectueî, après le triomphe irrévocable du polythéisme progressif sur le polythéisme stationnaire.
Quant à l’évolution purement philosophique , elle présente, surtout ayant cette indispensable séparation, des traces très sensibles de l’influence secrète de cette positivité naissante pour modifier déjà radicalement, par l’intervention prononcée de la métaphysique, le système général de la philosopliié théologique, suivant la marche élémentaire indiquée au chapitre précédent, d’afrrès ma théorie fondamentale du développement mental. Avant .même que les études astronomiques pussent commencer à dévoiler, sur dès phénomènes unanimetnent observés., l’existence directe des lois naturelles proprement dites, on Voit l’esprit humain,' impatient d’échapper prématurément au régime françhement théologique, s’efforcer d’aller puiser, dans l’essor rudimentaire des conceptions mathématiqués, des idées universelles d’ordre et dé convenance, qui, malgré leur caractère profondémfent confus et nécessairement chimérique , constituent réellement un vague pressentiment iihtial de la subordination ultérieure dè tous les phénomènes à des lois naturelles. Cet empriint fondamental de la 'philosophie à la science, pre-
aCü piiiLOMji'iiiE HOsmTi;. • . •
mièi'ti base vérilablu de Ionie 4a inélaphysrquiî. grecque , a d’ailleurs subi , dès- celte 8(>oque, la marche nécessaire de l’espril mathéiifiatiquê, passant de l’arilhinélique à la géométrie j puisque ces mystères philosophiques, d’abord exclusivt'mént relatifs aux nombres, s’étendirent ensuite aux figures, sans cesser toutefois,- jusqu’aux derniers efforts de la subtilité grccipie, d’embrasser siimdlaliémenl ces deux ordres d’idées V ce • qui me semble éiniuemment jiropre à justifier celte nouvelle apprécialiôu bislofique d’une telle [diUoso-^ phie , dont l’œuvre iümiense du grand ^^ristote consUtQcra toujours le plus admirable monument, éternel ténioignagede la puissance intrinsèque de la raison- humain à l’étàt même d’extrême iinperfecllpn'spécidalive, appi-écianl à la fois, avec une profonde sagacité, autantque l’époque le comportait, les sciences et les bearux>arts, el n’exceplant, de sa vasle conceptiuû encyclopédique, que les seuls arts industriels, alprs crus indignes deS hommes libres. Après la s’éparàtiuù décisiveopé-rée par l’établissement alexandrin, celte philosophie, irrévocablement divisée en naturelle et morale, passe, de l’essof. purement spéculatif, à une existence sociale de plus,en plus.active, en s’eflbrçant d’infhier désormais toujours davantage sur le gouvernement de l’humanité ^ dont la suprême
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dheclion tîjturè n’grcête même point ses ambilieuséà utopie?. Quelques étranges aberrations qu’ait dû produira cette nouvelle phase, elle n’était pas, au fond, moins nécessaire que la première à la préparation générale du régimemonothéique, nonvseulement en accélérant l’universelle décadence du ])olylhéisme, mais aûssi comme instituant, à l’insu même de tous les philosophes, un germe indispensable de féorçanisation spirituelle, comme je l’expliqMerai bientôt. On peut même apercevoir dès lors , par une exploration très approfondie de celte suite .variée de spéculations métaphysiques sur le souverain, bien moral et politique, une certaine tendance vague à concevuird’écortomic sociale d’une matoière. indépendante dé toute pliilosophie.. théologique quelconque. Mais nn espoir aussi . prématuré , qui . u’idjoulissail réellement qu’au règne chimérique d’une impuissante méta physique j ne pouvait avoir, en eflFet, qu’une influence purement erllique ,.eoninié l’était inuiié^ diatement, à vrai dire, toute celle d’une semhlahlé philosophie, alors organe actif d’une a.narchie intellectuelle et "moralp. fort analogué û la nôtllît sous diversaspectsimporlans. L’incapacité radicale de la. meiaphysiquej. comme base d’organisation, nieiirc simplement mentale, cl, à plus- forte raison, sociale, «Icvlenl, irrécusable à celte époque de sa
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pnncipale activité spintoelle, dorft.rién ne gênait gravement l’essor, quand on voit le progrès continu du doute universel et systématique , conduisant, avec une effrayante rapiditë,-d|école én école , à partir de Socrate jusqu’à Pyrrhon et Epicure, à nier fînalement toute existence extérieure. Cette étrange issue, directement incompatible avec aucune idée de véritable loi naturelle, décèle déjà l’antipathie fondamentale, ultérieurement développable, entre l’esprit métaphysique et l’esprit positif, dès l’époquè de cette séparation de la philosophie d’avec la science, dont le bo.ii sens de Socrate avait d’avance bien compris la nécessité prochaine, mais sans en soupçonner aucunetneat les limites ni les dangers. L’action sociale, de plus en plus dissolvante, nécessairement exercée par ce développement graduel de la métaphysique grecqüe, doit lui faire mériter, au tribunal suprême de la postérité,la.juste.réprobalion qu’celle a universellement encourue,' et quij dès l’origine, avait été déjà si judicieusement formulée , par la rectitude politique du noble Fabricrus, lorsque, au sujet de l’épicuréisme , il’ regrettait , avec une si atnère ironie, qu’une semblable philosophie morale ne régnât point aussi chez les Samnites et’les autres 'ennemis de Rome, qui en eêt dès lors aisément triomphé. Quanl'à l’apprécialionrintellec-
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tuelle, elle pe saurait être finalement guère plus fiivorable , lorsqu’on Voit la séparation, entre la philosophie et la science rapidement conduire à ce point que les plus célèbres philosophes deviennent grossièrement étrangers aux connaissances réelles déjà vulgarisées dans l’école d’Alexandrie : comme le témoignent surtout ces étranges absurdités astronopoiques qui dominaient la philosophie si vantée d’Épicure, et que répétait epcore pieusement, un demi-siècle après Hipparque, l’illustre poète Lucrèce^ En un mot , il est clair, ainsi que la métaphysique avait alors poussé ses rêves d’indépendance absolue et de vaine suprématie , jusqu’à vouloir s’affranchir également de la théologie et de là science , seulès aptes à organiser.
■ J’ai cru devoir insister autant sur cette explication neuve et difficile du vrai caractère essentiel de- l’ensemble de la civilisation grecque, afin -de faire convenablement .ressortir l’appréciation très délicate d’une situation avxssi complexe, or-» dinairementsi m.al jugée, quoique si connue. Mais U serait certainement superflu d’examiner ici avec la même précision le second mode fondamental distingué ci-dessus dans le polythéisme militaire, c’est-à-dire le système romain, dont la vraie nature générale, beaucoup plus simple et nxiçux tranchée, doit être bien' plus nettement
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saisisaabk, et dont l’inûûence' hécÇÿsaire M société moderne fest d’ailleurs' plus 'complète et plus .sensible. En outre, je ne ' saurais avoir la témérité de reprendre l’appréciation sommaire de la politique romaine après d^aussi: éminens penseurs que Bossuet et Montesquieu, trop heureux «le pouvoir^ dans cètte partie de "mon opération sociologique, m’appuyer sur une telle élaboration, et regrettant seuleinent' de ne* trouver, eii aucun autre cas, une aussi précieuse prépai^îipn. Quoique ces adnjirables travaux; et surtout celui de Montesquieu, aient été inévilablemefil conçus dans un esprit à la fois trop, absolu et trop isolé , je puis donc me bornei* .ici* à -y .re'nvoyer essentiellement le lecteur, qui, d’après ma 'théorie l’ondainentale de l’éyolution sociale, pourra aisément, •suivant les indicalions directes de Eenf semble de ce chapitre, y rectifier suffisamment, en général^ les plus graves dévititions -du vrai .jjoint de’vpe. historiq.ue , dont Bossuet 's’est d’ailleurs, à mon gré;’ bien moins épàrlé, spontanément rappelé' à Eùnité et à la^côntinui.té par la nature niémc de son grandi dessei^..^Du reste, l’enchaînement iréceseaire de' ce système avec le précédent et avec le snivaut se trouvera uaturéllement caractérisé ci-dessous, surtout en 'considérant la IransHioii* finale du régime polythéique
D'giliffed by Goo^le
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au régime monothéique, dans laquelle le génie <îeBossuét a si bien 'entrevu la hante.et indispensable particijiation de Ih domination romaine. •' Envers les deux modes essentiels, -l’un intellectuel, l’autre social, du polythéisme militaire, j’ai'Jùgé convenable, pour plus de clarté, de mo rapprocher, davantage des formes de l’apjÇféciation donci'ète. Mais* il importe à notre but principal de reconnaître directement que je ne me suis ainsi nullement éoarté, au fond, du caractère abstrait indispensable à une telle opération,' suivant les explicatio!>s préliminaires du' chapitre précédent,' Car, ces dénominations de grec, et romain ne' désignent point ici essentiellement des sociétés accidentelles et particulières; elles se ra|)porteut surtout à des situations nécessaires et générales; qu’on ne pourrait qualifier abstraite^ ment' que par des. locutions trop' cotttpliquées. L’antiquité ayant' 'dû i naturellement offrir une gran'de variété de peuplade^ militaires où, ' par suite-.des motifs ijrécédeniment. indiquésple vrai régime théocratique n^aVait pu s’enraciner suffisnmme.Ut, il fallait bien, de toute nécessité, que; en cér.t.ains cas., l’esprit yailitaire., quoique dominant, ne pût aboutir* à un véritable système de* conquête de manière à favoriser l’essor intellecluel-, en vertu.des causes, locales et sociales, ci-*.
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dessus , appréciées; .tandis. <)ué, en d’autres , ' à l’aide, d’ihûuences analogues tïiais inverses, ce Système a pu , au çdntraire , se développer couver nablemént. Or, chacune de ces deux évolutions extrêmes^ pous'sée à un haut degré, ‘ devenait spontanément exclusive, aussi hien>la meti'tele que là politique : s’il est évident 'que , par sa nature , le système de conquête , ne pouvait être pleinement suivi que chez une seule ^population prépondérante, il n’est pas, aü fond, moins certain, .d’autre part, que le. mQuvement spirituel déterminé , compatible avec un tel âge social , ne pouvait aussi s’opérer suffisamment qùe dans un centre unique, sauf la simple propâgàtion ultérieure j trop souveikt coufondué avec la production- principale. Plus on méditera sur l’ensemble dé ce grand spectacle, mieux on- sentira que, ■ dans ce -double essor de l’élite de l’humanité, -rien de capital n’-a été, en réalité, essentiellement fortuit, pas même lés lieux ni les temps, que les noms résument. Quant aux lietax, )’ai déjà considéré ci-dessus leur influence générale sur le' caractère propre de la civilisation ^ëcque r'elle n'a pas été moindre, quoique inverse, pour l’autre .évolution.' Il fallait évidemment que les deux mouvemens, pplitique et intellectuel, s’opérassent sur des scènes -suffisamment -éloignées, sans
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PHYSJQÙE SOCJAi^E. V 26^
toulefotô l’étre trop, afin quej dairt l’origine, l’un ne fût point absorbé ou dénaturé par l’autre, et ‘ qué cependant ils fassent susceptibles, après un . assez grand eésor respectif, • de se pénétrèr mutuellement, de manière à converger également vers le régime cponotbéique • du moyen-age, que nous allons voir sortir nécessairement de cette inétnorable combinaison - Relâtivemenl aux temps, il est aisé de sentir que l’évolution mentale de la Grèce devait indispensablement précéder, de quelques siècles, l’extension dé la domination, romaine, dont l’établissement prématuré l’aurait radicalement empêchée, par la compression inévitable de l’aCCivité' indépend’ante d’on elle devait résulter: et,.si d’ailleurs l’intervalle éi\t été trôp longj l’ofllce de propagation universelle et d’appli- ■cation sociale, ainsi naturellement réservé à la conquête, aurait essentiellement a.vorté , puisque ce mouvement origiual,,dout.' la durée devait être alors fort limitée, se serait troivté trop amorti à l’époque même de la communication (i). D’un
{jJ Si )c poUTaU'ici iodtier -davaiiiage aar nn tel examen , dbiqme le pcrmellia nlcecicurcmeat le tciûié apiicial annonce au voinmê précèdent , il aeraft poaaible d’expliqner, pour ainri dire, à quelques sièplel et It qnelqueV degréa* pei» , l'époqae et la aeène de ce double monremeot humain. On- démontrerait, par exemple, eiurera ta position des deux centres piincipaux-, l'on intellectuel , l’autre politique, l’inflnencc nércssaiic de la sitoation maritime, qui devait être faTorahIe an premier
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autre .côlé, quanti, le. premier Caton insistait sur. rexpulÿon «les pliilosophçs, le danger politique iuhércnt.à la contagion métaphysique était sâtls doute. déjà passé essentiellement, puisque l’im— jiulsion romaine était alors -trop’ prono.ncée pour être réellement altérable par un tçl mélange : mais si, au contraire, ce contact permanent ^vaitélé suffisamment possible deux ou trois sièfcles au pru-nvaut, il eût certainemêrit-été incompatible 'avec le libre et pur essor dé l’esprit de conquête. ■ . •' Plus ou approfondit l’étude générale de la iialiou. romaine, plus on comprend qu’elle etaiV vraiment destinée, comme Ta si .luen exprimé "son . poète, à l’empire universel, but côostant et ex-dii^if de ses longs efforts graduels. 'Issue, à la tua—
et contraire -aa «econtl, par.suite nidine de» obatablc» ^o'cllê oppose directement & Toséor purement miliufre , «urtout dè».|>origtne, et de», facilité» qu’elle présente pour le» coAimuoicalions slimulanles, ausei bien mentales qji’inthisirieJle». D’un an'lrc cftté, le* siège de la préjmiidérance militaire ne devait' pas être Irop.'éldigné de la mer, puisque la système de conqupé ne ])ouvait évidemmt^t se compléter que par la suprématie maritime, quoiqu’il n'eût pnd’almrd se développer convenablement,.c’est-è-dire par degrés sagement encbalnés, que parl’aeran-
disscmeotcontin en tal,Mnl assez continu. En coin binantrationneUemeni
cette Miportanto donnée avec d'autres condiiiuns analogues, les oms. locales, tes antres sociale», on ne serait certaineDrem-pasfort éloignidc pouvoir, en quelque, sorte, coustniire à .priori rcn8en>bl'e’'deS desiinéé» respective» d’Atljèoei, de Romcv et même de Carthage. Mais ces déscrniinaiiqns irap spéciales, devenue» aloss csscniiellcménleoncrètes, nuiraient ici h notre opéiâlion fondamentale, outre le». dcveloppcmcns étendus qn’cUe» exigersient , fou au-del4.de tonte convenance neiueHo. .
pinsiQi E suéiAi.tr.- àôt)
«iére des autres ^^euplades ruirilair^?s, d’une -orî- {;iiie jiécessairenieiit théocraliqiie, elle s’est, a leur' exemple, dégagée fiuàlemetrl de ce régiii>e uiilfal ])ar-,la mémorable expulsion dé ses cois , mais én reteîjaiit àssei de ce. premier esju’it politique pour conserver à. son organisation fHopre une .cousistauce ailleurÿynpossible, eUiéaumoins pleineibénL compatible avec le mouvement guerrier, par la prépondérance ibudamentalé de la caste sénatoriajè, lia se 4e cet ac}mirable.éditice , où le pouvoir . sacerdotal s’élait iplimcmeut subordonné au pouvoir militaire. Quoique ccttè corporation’.de-capitaincs liérëdilaires , égalemeni sage et énergique , ii'ait pas toujours spontanément cédé à son peuple ou armée toute la juste.iuftueii.ce qui pQuvait l’at- • lachci- suftisammeut, par uu dévouement actif,.aH développement continu du système .de conquête elle y a été ordinairement bientôt amenée. par la marche naturelle des évènemens. £a général, la' formation et le perfectionnement de la constitutipii Intérieure, aussi bien que l’extension graduelle'de la domination extérieure, ont alors essentiellement dépendu, tour à tour, l’un de l’autre, béaucoup plus que d,’uue mystérieuse supériorité de desseins et de epuduitè dans les che£j ])ei*sonnels- ou collectifs, quelle qu’ait dû être, sans doute, la haute influence des individualités politiques, auxquelles-
cluil ainsi iiaturellealent ouvert un itnuiense avenir. Le succès a surtout tenu, en prenaièr lieu, à l’exacte .convergence dé tous les moyens fonda- . meiitaux d’èdijcation , de direction , et d’exécu-^ tion, vers un seul but homogène et continu, mieux • accessible qu’aucun autre à tous les esprits , . et nléme à tous les coeurs : en second Jieu , il est résulté de la marche sagement graduelle de la progression Jéar ,' en voyant cette noble république employer trois ou quatre siècles à établir solide- ’ ment sa puissance dans un rayon, de vingt ou* trente lieues , vers l’époque même oi Alexandre développait, en quelques'années, sa merveilleuse domination, on peut aisément soupçonner lé sort ultérieur, .de chacun des deux empires , quoique l’un ait d’ailleurs utilement prépare, en ce qui concerne. ^Orient, le futur avènement de l’autre. Enfin, lé système général de conduite, bjenrôt ■établi, et toujours ^rupuleusement suivi, envers les nation» successivement subjuguées, n’a pas eu . moins de part à ce grand résultat, à cause de l’admirable principe d’incorporation progressive qui . le caractérisait, au lieu de cetté aversion instinc- ' tive pour l’étranger qui accompagnait partout ailleurs 4’esprlt militaire. Si le monde, quia résisté à tantd’autrespuissances, s’est laissé soumettre à la domiùation romaine, au-devant de laquelle il a
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même souvent çourû , sans tenter fréquemment de grands efforts poUr s’en dégager, il f^ut bien q.ué cela tienne au nouvel esprit d’agrégation large et complète qui la distinguait éminemment. Quand un compare la conduite ordinaire de Rome envers les peuples Conquis, ou-plutôt incorporés, avec les horribles vexations et-'Ies caprices insuitans-qUe les Athéniens, d’ailleurs si aimables, prodiguaient si fréquemment à ‘leurs tributaires de l’Archipel , , et quelquefois même à leurs alliés, on sent bien que cette seconde nation se hâte d’exploiter, à tout prix, une prépondérance qui n’a rien de stable, taudis què la première' marche assurément à la suprématie universellé. Jamais, depuis cettegrande époque, l’ensemble de l’évolution pqliliqüe ,u’a pu se miinifester avec autant de- plénitude et d’unité, à la fois dans la masse et dans, les chefs, eu égard au but correspondant. Quant à l’évolution morale^ son progrès général y était en exacte harmonie, soiis fous les aspects, importans, avec une telle destination. Cela est très sensible pour la morale personnelle , alors si so^neusement cuIÛt vée, suivant. le génie fondamental de toute l’antiquité, en tout ce qui peut rendre l’homme mieux propre à la vje guerrière > Dans la morale domestique ,- . l’amélioration , quoique moins saillante , n’est pas moins réelle , eomparàtiventent aUx so-
' PHlLOSOP.llE POSITIVE.
c^és grecques, <xi les plus émiuens pérabtinages perdaient si iVéque-iiunent là majeiu’e partie ife leur loisir au milieu des courtisanes ; tandis<|üe, chez ■ lés Romains , la copsidération sociale des létnmes et leur légitime iuQuënCe étaient certainemeiit- fort augmentées , quoique leur e&istenoé morale fût, en mênië temps, plus sévèrement réduite, qu’à Sparte par exemple, à ;ce qu’mtigéleâr .vraie-. destination,' les diSerencfes caractéristiques ■ des deux sexes , bien loin de s’effacer, étant too- . jours progressivement développéés , suivant là loi propre d’évolution à cët égard : d’ailleurs , la simple intrqdûç|ion usuelle des- nomà; de famillë , in- • coimus aux 'Orées , suffirait à ténïoigner claireipent que l’esprit domestique n’avait pas déciti. Ëuûn, pour la morale sociale . el)e*mémeÿ'tnalgré la cruauté et la dureté trop ordinaires à l’égard des esclaves, à froidement asSimilés'aux animaux dans' la vie usuelle, comme l’expose si na'ivement Iç prudent Caton*, malgré d’ailleurs l’instinct féroce manifesté et entretenu par l’horrible VHitupe^des divertissemens '■ habituels-.,' on tie peut cépOttdant. mécOunaîl'r'e , d’après'les indications précédeqtes, qu’elle ait alors i*éçu un perfeçtionnemenfe 'càpi- 'tal,' quant au , sentiment fondamental du paCiûôlisme ,- ainsi modifié et ennobli par les. meillepres dispositions envers les vaiqcus , 'et Se rapprochant
bien davantage de la charité universelle, bientôt érigée par le moDothéisme en terme véritable de l'essor moral. Ën un mot, chez cette mémorable nation, plus encore qu’en aucun autre cas de l’antiquité, la morale a été réellement, à tous égards, dominée par la politique , dont la considération directe pourrait presque la faire exactement de.viner. Né pour commander afin d’assimiler, des-* tiné à éteindre irrévocablement, par. son -universel ascendant , cette stérile activité guerri^ qui menaçait de prolonger indéfiniment la décomposition de l’humanité en peuplades antipathiques, ne s’accordant qu’à repousser l’essor commun de la civilisation fondamentale, ce noble peuple, malgré ses immenses imperfections, a manifesté certainement, à un haut degré, l’ensemble des qualités les plus convenables à une telle mission , qui, ne pouvant plus se reproduire, ni par conséquent permettre un nouvel éclat analogue, éternisera nécessairement son nom, à quelque âge que se prolonge la vie politique de notre espèce. Méide quant à révolution intellectuelle , quoiqu’elle n’y dût ètre.qu’accessoire, il n’a pasmànqpé à sa vocation propre , quand le temps est venu de la développer sous ce nouvel aspect; elle ne pouvait alors consister, en effet, qu’à continuer et propager le mouvement mental imprimé par la civilisation TOME V. 18
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grecque : or, ilmts cet olHce secondaire, mais indispensable, il a montré bientôt un empressement très louable, fort supérieur aux puériles jalousies qui, jusqu'à cet égard, complétaient l’esprit de division des Grecs ; quelle qu’ ait été d’ailleurs l’inévitable infériorité de ses propres imitationsi^! sauf un très petit nombre d’exceptions éminentes, dont la- mieux caractérisée se rapporte au genre historique, auquel l’ensemble de sa situation devait plus spécialement l’appeler. La décadence même de cette nation confirme, de la manière la plus décisive, une telle appréciation,, car elle a essentiellement suivi l’accomplissement principal de son office caractéristique. Quand la domination romaine a reçu enfin toute l’extension dont elle était susceptible, ce vaste organisme, ayant perdu le seul mouvement qui l’aniin&t, 'n’a pas tardé à se dissoudre graduellement, en produisant une dégradation morale à jamais sans égale , parce que jamais il ne saurait exister une pareille absence de but et de principe, combinée avec une semblable condensation de moyens i soit i de pouvoir ou de richesse. 1^ passage simultané de la république à l’empire , quoique évidëmment ' comoKindé par cette nouvelle 'situation, qui cbangeait désormais l’extension en conservation, ne constituait point réellement une réorganisation, mais seulement un
MYSIQUE SOCIALE. 2^5
mode graduel de destruclion chronique d’un système qui, si fortement combiné pour la conquête, ne pouvait sans doute. changer subitement de destination, et devait périr au lieu de se régénérer. Il est clair, en effet, que les empereurs, véritables chefs du parti populaire , n’apportaient aucun nouveau principe d’ordre, et ne faisaient que compléter l’inévitable abaissement continu de la caste sénatoriale, sur laquelle tout reposait , mais 'dont la puissance était irrévocablement perdue, comme n’ayant plus de but permanent. Quand le grand Cé.sar, l’un des hommes les plus éiuinens dont notre espèce puisse s’honorer, succomba sous le concours spontané dut fanatisme métaphysique avec la rage aristocratique, ce meurtre célèbre, aussi insensé qu’odieux, ne changea réellement rien d’essentiel à la situation fondamentale : seulement ses Itorribles conséquences immédiates aboutirent à élever^ comme chefs, du peuple contre le sénat, des hommes bien moins propres à l’empire du monde j sans que les divers chapgemens ultérieurs, si fréquemment réitérés jusqu’à l’entière extinction du système, aient jamais permis, même après les. plus indignes empereurs, le retour momentané de l’organisation, vraiment rcxnaine', tant son existence était intimement liée au, dé.veloppement graduel de la conquête.
piiii.osuPHiE posrnvE.
Après avoir ainsi caractérisé sullisanirùent les trois modes essentiels dn régime polytbéique de l’antiqiiilé, et déterminé sommairement la partici|>ation nécessaire et successive de chacun d’eux à l’opération fondamentale que le polythéisme devait accomplir pour l’ensemhle de l’évolution humaine, nous n’avons plus uniquement, ahn de compléter entièrement cette grande appréciation intellectuelle et sociale, qu’à expliquer rapidement la tendance spontanée de tput ce système à produire finalement l’ordre monothéique du moyen-âge : ce qui, outre l’indispensable transition à l’époque suivante, achèvera de faire mieux connaître ce second état ihéologiqiie , en mettant directement en évidence le but définitif vers lequel devaient converger, chacune à sa nfanière , ses diverses phases , et sans la considération permanente duquel sa notion générale demeuré nécessairement vague et confuse à un certain degré, en un mot reste absolue au lieu dedevenir relative.
Sousl’aspectpurement intellectuel, la filiatiôn est évidente, et peu contestée, d’après la destination nécessaire et continue de la philosophie grecque à servir graduellement, dès sa première origine, d’organe actif à la décadence Irrévocable du polythéisme, *afîn de préparer spontanément de plus en plus l’inévitable avènement du monothéisme.
La seule rectilicalioii fomlamenlale qu’exigent, à cet égard , les opinions reçues aujourd’hui de tous les esprits éclairés, consiste à reconnaître, dans cette importante révolution spéculative, l’intliience, latente mais indispensable, du développement, caractéristique quoique naissant, de l’esprit positif, dont j ai ci-dessus expliqué l’intime participation pour imprimer profondémenlà cette philosophie, souvent à l’insu même de ses promoteurs, cette nature intermédiaire qui, voulant cesser d’étre purement tliéologique sans pouvoir encore devenir réellement scientifique, constitue l’état métaphysique, envisagé comme une sorte de maladie chronique transitoire , propre à cette phase infranchissable de notre évolution mentale, Individuelle ou collectivej car le sentiment, d'abord vague et confus, de l’existence nécessaire des lois naturelles , alors suscité par la première ébauche rationnelle des vérités géométriques et astronomiques, uniques connaissances réelles déjà accessibles, a pu seul donner enfin une vraie consistance philosophique à la disposition universelle au monothéisme, spontanément produite par le progrès continu de l’esprit d’observation, dont le développement propre, quoique empirique, devait involontairement manifester à tous les yeux assez de similitudes et de relations, entre les phe-
iiomèiies pour tendre à y restreindre de plus èn plus l’actualité et la spécialité de l’intervention surnaturelle, qui, ainsi graduellément concentrée, se rapprochait toujours davantage de la simplification monothéique, jusque-là trop antipathique au caractère incohérent des conceptions primitives. Une première généralisation des conceptions tKéologiqùes , d’après le pretàier exercice ëpontané de l’esprit d’observation chez la masse des hommes, avait d’abord déterminé le passage fondamental du fétichisme au polythéisme, comme je l’ai expliqué au chapitre précédent: une généralisation nouvelle, à la suite d’un essor plus étendu, devait pareillement conduire j en temps opportun, et même plus irrésistiblement encore, vu la moindre difficulté du changement, à concentrer graduellement, et à réduire enfin, autant que possible, l’action surnaturelle, parla transition analogue de celui-ci au monothéisme proprement dit. Si l’instabilité, l’isolement , et la discordance, nécessairement propres aux observations primordiales, ne comportaient nullement, à l’origine, l’unité théologique, qui devait alors sembler absurde, il était également impossible que l’inteUigence, suflisamment cultivée, ne finît point par être révoltée de la contradiction directe et générale que devait de plus en plus lui présenter
la rnultilude désordonnée de ces capricieuses divinités, comparée au spectacle, de jour en jour plus fixe et plus régulier, que l’homme commençait à apercevoir peu à peu dans l’ensemble du monde extérieur.
lïous avons précédemment remarqué, à titre d’élément essentiel du polythéisme convenablement élaboré, un dogme général, éminemment apte à faciliter directement cette grande transition, la croyance indispensable au destin, envisagé comme’ le dieu propre de l’invariabilité, et dont le département effectif devait, par consé*- » * i{uent, s’augmenter sans cesse, aux dépens de ceux de toutes les autres divinités, dès lors devenues de plus en plus subalternes, à mesure que l’expérience accumulée dévoilait progressivement à la raison humaine cette permanence fondameii,^ taie des rapports naturels-, qui , d’abord nécessairement inaperçue par une exploration trop isolée et trop concrète, devait inévitablement finir par déterminer une irrésistible conviction , base |>rimordiale et unanime d’un nouveau régime mental, entièrement mûr aujourd’hui pour l’élite de l’humanité, ainsi que le démontrera la suite de notre opération historique. On ne peut méconnaître un tel mode principal de transition , si l’on réfléchit que la providence des monothéistes
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ii’cst réellement autre chose que le destin des ])olytl)éistes, ayant liérité peu à peu des diverses attributions prépondérantes des autres divinités, et auquel on n’a eu essentiellement qu’à donner spontanément un caractère plus déterminé et pins concret, en harmonie avec cette extension désormais plus active, au lieu du caractère trop abstrait et trop vague qu’il avait dû conserver jusque alors, suivant la théorie indiquée à la fin du chapi-. tre précédent. Car, le monothéisme absolu, tel que l’entendent nos déistes métaphysiciens, depuis la • décadence radicale de toute philosophie théologique, c’est-à-dire, rigoureusement réduit à ün seul être surnaturel, sans aucun intermédiaire de lui à l’homme, constitue certainement une pure utopie, nullement praticable, et incapable de fournir jamais la base d’un véritable système religieux, susceptible d’une efficacité réelle, même intellectuelle, surtout morale, et, à plus forte rai- " sou, sociale. Tpule la transformation essentielle a donc vraiment consisté, en général, à discipliner et à moraliser l’innombrable multitude des dieux, en la subordonnant directement, d’une manière régulière et permanente, à la suprême prépondé- ‘ rance d’une volonté unique, assignant, à son gré, l’office de chaque agent plus ou moins subalterne : c’est ainsi que les masses comprennent le mono-
. ihéisme; et elles doivent sans doute mieux sentir qire ne peut le faire la subtilité doctorale, en vers une conceptiou principalement destinée à-leur usage, quand leur instinct repousse à juste titre comme radicalement stérile l’idée d’un dieu sans ministres quelconques. Or, ainsi envisagé, le passage s’est évidemment opéré d’après le dogme préalable du destin, graduellement transformé en providence, suivant l’explication précédente, sous l’influence croissante de l’esprit métaphysique.
Indépendamment dés motifs principaux, oidessus expliqués, qui assignaient naturellement à la philosophie grecque l’initiative essentielle d’une telle élaboration , quoique partout plus ou nicans préparée, on peut ajouter accessoirement l’harmonie spontanée de cet esprit métaphysique, toujours caractérisé par le doute systématique et l’indécision des vues, avec la tendance générale de l’état social correspondant. Par suite des conditions fondamentales précéderhmeut examinées envers le régime grec, l’éducation, essentiellement militaire, n’y étant point convenableiqent adaptée à une existence réelle qui ne pouvait l’être assez, la nature, nécessairement vague et flottante, de la politique habituelle, la tendance contentieuse qui divisait sans cesse ces populations à la fois semblables et antipathiques, tout cet enseinhie de