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dispositions continues devait rendre l’esprit grec éminemmëat accessible à la. métaphysique , qui, dès que le temps en est venu, lui a ouvert ja carrière la plus conforme à ses goûts dominans< S’il eût été possible, au contraire, que le développement-métaphysique s’effectuât d’abord à Rome, il' y eût nécessairement rencontré cette répugnance universelle que devait, à cet égardj spontanément inspirer la profonde influence élémentaire produite par la considération permanente d’un grand but commun, nettement déterminé et toujours homogène; influence qui a long- temps survécu aux causes qui l’araieut fait naître, puisque Rome, une fois maîtresse du monde, et n’ayant plus qu’à propager et à disséminer l’évolution générale, n’a réellement jamais participé activement à l’élaboration métaphysique, malgré les sollicitations continuelles des rhéteurs et des sophistes grecs, dont les luttes n’y purent le plus souvent déterminer qu’une sorte d’intérêt théâtral.
Dans son essor ori^naire, cette philosopliie , comme je l’ai noté ci-dessus, parait s’être graduellement développée jusqu’au point même d’oser directement concevoir, quoique d’une manière très vague et fort obscure,pour la régénération ultérieure de l’humanité, une sorte de gouvernement purement rationnel, Sous la direction suprême de telle
OU telle métaphysique; ainsi que le témoignent alors tant d’utopies, d’ailleurs plus on moins chimériques, qui^ pendant plusieurs siècles, convergent toutes vers un tel .but, malgré leur discordance fondamentale. Mais , à mesure qu’on s’occupait davantage d’appliquer la philosophie morale k la conduite réelle de la société, l’impuissance organique, si radicalement propre à l’esprit purement métaphysique, devait spontanément se manifester de plus en plus, de manière à faire unanimement' ressortir la nécessité de se.rallier essentiellement au monothéisme , > autour duquel circulaient presque toutes les spéculations principales, et qui devait instinctivement constituer , aux yeux des diverses écoles, la seule basé alors possible d’une convei^ence ardemment (dierchée, en même temps que l’unique point d’appui d’une véritable au^rité spirituelle , objet de tant d’ef^ forts. Aussi peut-on voir, vers l’époque même où la domination romaine avait enfin reçu sa principale extension, les diverses sectes philosophiques , animées d’une ferveur plus purement théologiqùé que dans les deux ou trois siècles antérieurs, s’attacher unanimement, quoique sans concert, à développer et à propager la doctrine du monothéisme, comme fondement intellectuel de la sociabilité universelle. La science réelle naissant à
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peine envers les jilus simples sujets de spéculation abstraite, et la niétaphjsique ne pouvant, à l’épreuve, rien organiser (pie le doute lé plus absolu, il fallait bien en revenir à la théologie, dont ou avait vainement espéi’é l’élimination prénlaturée, pour en cultiver enfin systématiquement, d’après le principe du uionotbéisme , les propriétés émi nenmient sociales : disposition vers laquelle durent alors converger spontanément tous les bons esprits et toutes les âmes élevées, mais qui certes n’indique pas que la même solution doive être aujourd’hui reproduite pour une situation, intellectuelle et sociale, 'radicalement différente, quoique semblablement anarchique. 11 serait d’àllleûrs inutile d’expliquer formellement , à cet égard , l’extrême influencé si heureusement exercée par la seule extension effective de la domination romaine, soit en organisant sjiontanérnent de larges communications intellectuelles, soit surtout en faisant'directement ressortir, par le contraste stérile des divers cultes ainsi rapprochés, la nécessité de plus en plus évidente de leur substituer une religion homogène , qui ne pouvait résulter que d’un monplbéisme plus ou moins prononcé , seul dogme assez général pour convenir simultanément à tous les élémens de celte Immense agglomération de peuples. •
Célte mémorable lévolulioii , la plus grande que noire espèce pût éprouver jusqu’à celle au milieu de laquelle nous vivons, doit aussi paraitre, et plus clairement encore, sous le point de vue direclemènt social, un' résullat non moins nécéssairedelaconibinaisonspo'ntanée entre l’influence grecijue et l’influence romaine, à l’époque dé ter* minée de leur suflisantc pénétration mutuelle, à laquelle Caton s’élait si vainement opposé. En considérant à ce titre l’ensemble de cette inévitable combinaisoü > l’analyse sociologique explique aisément la tendance cornmuné, si paradoxale en apparence, desdivers élémens dece grand dualisme historique vers l’introduction fondamentale d’un pouvoir spirituel distinct et indépendant du pouvoir temporel , quoique aucun d’eux n’en* eût certainement la pensée, et que chacun poursuivît surtout l’essor ou le maintien de sa propre domination exclusive : en sorte que la solution à naturellement dépertdu de leur antagonisme nécessaire. 11 est incontestable, en effet, que la téméraire ambition spéculative des sectes métaphysiques', comme je l’ai indiqué ci-dessus, avait osé rêver une domination absolue, aussi bien temporelle que spirituelle,' qui eût remis la direction habituelle et imiuédiate, non-seulement des opinions et îles moeurs, mais également des actes et des' af-
faires pratiques, entre les mains des philc^ophes, devenus, à tous égards, chefs suprêmes. La conception d’une division régulière entre le gouvernement moral et le gouvernement politique eût été alors éminemment prématurée, et ri’est devenue possible , que beaucoup plus tard , quand la marche naturelle des évènemens l’avait déjà suffisamment ébauchée : à l’origine , les philosophes n’y pensaient pas plus que les empereurs ; et peutêtre cette grande illusion, quoique éminemment chimérique, était-elle encore indispensable pour entretenir convenablement leur ardeur spécul^ tive, toujours si précaire dans notre faible nature intellectuelle, surtout en un temps où, trop rapprochée de son berceau pour être assez prolbndémeiit enracinée, elle ne pouvait d’ailleurs trouver autour d’elle qu’une alimentation propre trop peu satisfaisante : quoi qu’il en soit , le fait n’est point douteux , et il sufiit ici. Ainsi , l’influence philosophique était alors , par sa nature, nccessai- T,ement con$tit|Uée en insurrection, latente mais continue,’ contre un système politique où tous les pouvoirs sociaux étaient essentiellement concentrés aux inaiiiSjdes chefs militaires. Bien que les philosophes . n’aspirassent réellement qu’à une SQr.te de théocratie métaphysique, aussi ebiméri' que. que dangereuse, cependant il est naturel que
leurs efforts (icrsévéraus, sans avoir lieureiiscMueut pu parvenir à un tel but, aient concouru directement à la création ultérieure du pouvoir spirituel moDolhéique. La seule existence permanente, librement tolérée , au milieu des jxipülations greo* cjues , d’une classe de.j>enseurs indépendans, qui , sans aucune mission régulière , se pro]k>saient spontanément,' aux yeux étonnés 'mais satisfaits du public et des magistrats, pour servir liabituellement de guides intellectuels et moraux, soitdans la vie individuelle, soit dans la vie collective, devenait évidemment un germe effectif de pouvoir sprituel futur, pleinement séparé du pouvoir temporel. Tel est, sous l’aspect social, le mode propre de participation de la civilisation grecque à cette grande fondation ultérieure, iiKlépendammeut de l’influence intellectuelle que nous venons d’apprécier. D’un autre côté, quand Rome conquérait graduellement le monde, elle ne comptaitnullement renoncer à ce régime chéri, principale base de sa grandeiir successive., qui rendait la corporation des chefs militaires directement ftiaitresse de tout le pouvoir sacerdotal : et eëpendant elle concourait ainsi spontanéihent, delà manière la plus décisive, à préparer la formation, bientôt iqiminente, d’une puissance spirituelle entièrement indépendante de l’empire temporel j car l’exten-
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sion même d’une telle domination devait meltrede plus en plus èn pleine évidence l’iinpossibililé d’en maintenir sullisamment solidaires les parties' SI diverses et si lointaines, par une simple centralisation temporelle, à quelque tyrannique intensité qu’elle fût poussée. Eu outre, la réalisation essentielle du système de conquête, faisant désormais passer nécessairement l’activité militaire du caractère offensif au caractère défensif, cette immense organisation temporelle n'e pouvait plus avoir d’objet suffisant, et tendait dès lors à se décompo- , ser en nombreuses principautés indépendantes, pluij ou, moins étendues, qui n’eussent plus laissé aucun lien profond et durable entre les différentes sections, si leur union n’eût pas été entretenue ou renouvelée par l’avènement spontané du pouvoir spirituel, seul dès-lors susceptible de devenir vraiment commun , sans une monstrueuse autocratie. Telle-est, à vrai dire, comme je l’expliquerai directemeut au chapitre suivant, l’origine esseutielle de la féodalité du moyen-âge , trop superficiellement attribuée a l’invasicfn germanique. Eniin^ U résultait encore, évidemment, de l’iietireux essor déjà domination romaine, le besoin, de plus, en plus senti, d’une morale vraiment universelle, susceptible de lier convenablement des peuples qui, ainsi forcés a une vie commune,
étaient néanmoins poussés à se haii' par leur propre morale polylhéique : or, cet imminent besoin était, d’une autre part, aussi spontanément accompagné, d’après nos explications antérieures, de la disposition, soit intellectuelle, soit morale, indispensable à sa satisfaction ultérieure, puisque les sçntimens et les vues de ces nobles couquérans avaient dû graduellement s’é-' lever et se généraliser, à mesure de leurs succès. Par cette triple influence , le mouvement politique n’avait donc pas nécessairement moins concouru que le mouvement philosophique à faire sortir spontanément de l’ensemble de l’évolution polythéique de l’antiquité cette organisation spirituelle qui constitue le principal caractère du ^ moyen-âge, et dont l’un tendait à- faire surtout ressortir l’attribut de généralité, aussi bien que l’autre l’attribut de moralité.’
11 serait superflu d’examiner ici la corelation évidente de ces deux tendances fondamentales, c’est-à-dire l’aptitude exclusiv e du monolliéisme à servir de baseà une telle organisation : ce qui nous reste à considérera ce sujet, après l’ensemble des explications, immédiatement suiHsautes, du chapitre actuel, appartiendra naturellement à la leçon suivante. Mais, pour achever de montrer que, contre l’opinion vulgaire de nos philosophes, rien