TOME V
•JijO PHILOSOPHIE POSITIVE.
de capital n’est, fortuit dans cette admirable révolution , dont l’époque et l’issue pourraient être rationnelletnent prévues par une sage combinaison des divers aperçus préce'dens, j’ajouterai seulement que la considération spéciale de cette correspondance peut être aisément poussée jusqu’à déterminer par quelle province romaine devait inévitablement commencer l’essor directement organique, résulté, en temps opportun, de ce grand dualisme, qnand il a pu être assez élaboré, par la pénétration mutuelle de ses divers élémens. Car , cette initiative immédiate et décisive devait nécessairement appartenir de préférence à la portion de l’empire qui, d’une part, était le plus spécialement préparée au monothéisme, ainsi qu’à l’existence habituelle d’un pouvoir spirituel indépendant, et qui, d’une autre part, en vertu d’une nationalité plus intense et plus opiniâtre, devait éprouver plus vivement , depuis sa réunion , les inconvénlens de l’isolement, et mieux sentir la nécessité de le faire cesser, sans renoncer cependant
à sa foi caractéristique, et en tendant, au contraire, à son universelle propagation. Or, à tous ces attributs, il est certes impossible de méconnaître la vocation, également spéciale et spontanée, de la petite tliéocratie juive,. dérivation accessoire delà théocratie égyptienne, et peut-être aussi chai'
PHYSH^l'E SQUALE. ?.l) I
déeone, d’où elle émanait très probablement par unesorte de colonisation exceptionnelle de la caste sacerdotale, dont les classes supérieures , dès longtemps parvenues au monothéisme par leur propre développement mental, ont pu être conduites à instituer, à titre d’asile ou d’essai, une colonie pleinement monolhéique (i), où, malgré l’antipa-
(i) Aa sein même de la dicocraüe polytfaciqKc la plus compliic, les hommes snpe'ricars , outre leur tendance intcUcctacIle au monolhdisme, ci-dessus expliquée, doivent éprouTcr, pour ce deenier état delà philosophie théologique, une sorte de prédilection instinctive, h cause des puissantes ressources qni lui soqt propres , comme on le verra bientôt, pour assurer l’indépendance de la chvsse sacerdotale envers la classe militaire ; tandis que celle-ci doit, an contraire, par des motifs semiJahles mais inverses, préférer involontairement le polythéisme, bien* plus compatible avec sa propre snprématic, suivant la théorie ci-dessus établie. Par la secréte iiiüucnce, long-temps prolongée, de ces intimes diepoeilioDS mntnelles, il est donc aisé de concevoir qne les prêtres égyptiens, etensnite chaldceiu, ont pu être engagés, on même obliges , k nne telle tentative de colonisation inonbthéiqnc, dans le double espoir d’y mieux développer la civilisation sacerdotale par la plus coinplite suballcrnisation des guerriers, et de ménager un refuge assuré k ceux de leur caste qui sc trouveraient menacés par les fréquentes révolutions intérieures de la raérc-patric. Quoique la nature de mes Iravanx propres ne me permette point le développement convenable d’une telle explication spéciale du judaïsme, je ne dOute pas que celte nouvelle ouverture historique, résultée, dans mon esprit, d’.uiic élude directe et approfondie de l’ensemble du sujet, d’apiés ma théorie fondamentale de l'évolution humaine , ne puisse être ensuite sufCsutmuenl vérifiée par son application détaillée à l’analyse générale de cette f'trange anomalie, si une telle appiérialion est un jour lécllemcnl opérée par un philosophe oonvcnahlemem placé d’ahonl k ce-iiouvean point de vue rationnel.
PIllI.OSOPHIE. P^SITIVi!;.
lilie permaiieiilK. de la population inférieure -contre uu ctablisaement aussi prématuré, le monothéisme a dû cependapt conserver une existence pénible, mais pure et avouée, du moins après avoir consenti à perdre la majeure partie .de ces élus par la célèbre séparation des dix tribus. Jus- (ju’au temps de la grande assimilation romaine, celte |)articularilé cnraclérisliqiie n’avait esseuliellement abouti qu’à isoler plus profondément celle population anomale, à raison même du vain orgueil qui, d’apres la supériorité de sa croyance , Y exaltait davantage l’esprit superstitieux de nationalité exclusive que nous avons reconnu pro- •pre à toutes les théocraties. Mais celle spécialité se trouve alors beureusemenl utilisée, en faisant spontanément sortir, de celte chétive portion de l’empire, concourant, à sa manière, au mouvement total, les premiers organes directs de la régénération universelle. Quoique j’aie cru, pour mieux manifester la portée de ma théorie fondamentale, devoir ainsi caractériser rationnellement jusqu’à une telle initiative, on ne doit pas cepepdaut oublier que cette appréciation secondaire, fût-elle même aussi contestée qu’elle rae paraît évidente, n’affecle nullement le fond essentiel du sujet, déjà suffisamment expliqué. D’après l’ensemble de causes*, intellectuelles cl
PHYSIQUE SOt.lALE.
sociales, que nous avons vu dominer ce j^rand mouvement commun de l’élite de l’humanité, on conçoit aisément que, à défaut de l’initiative hébraïque, l’évolution générale n’aurait pas manqué d’autres organes, qui lui eussent nécessairement imprimé une direction radicalement identique, en transportant (seulement à certains livres, aujourd’hui perdus peut-être, la consécration qui s’est appliquée à d’autres.
Enfin , on peut encore expliquer facilement • l’extrême lenteur de cette immense révolution , malgré l’intensité et la variété des influences fondamentales, en considérant la profonde concentration des divers pouvoirs sociaux qui caractérise si éminemment le régime polythéiijue de l’aritiquité, où il fallait ainsi tout changer presque à la fois. Ce que le système romain renfermait de Ihéocratique se retrouve alors en première ligne, depuis que l’accomplissement même de la conquête avait dû tendre à dissiper essentiellement les conditions primordiales de fa physionomie énergiquement tranchée qui avait tant distingué sa période active. On peut, sous ce rapport, envisager les cinq ou six siècles qui séparent les empereurs des rois, comme< constituant , dans l’ensemble de la durée , beaucoup plus longue , ordinairement propre aux théocraties antiques,
21)4 J'IllLOSOI'HIE l'OSITIVE.
une sorte d’immense épisode militaire, où le caractère guerrier avait dû effacer, chez la caste dominante, le caractère sacerdotal, et après l’accomplissernent duquel celui-ci a dû reprendre son ascendant originaire, jusqu’à l’entière dissolution du système. Mais l’opération même exécutée pendant cette grande intermittence avait alors nécessairement développé des. germes d’une destruction prochaine, suivie d’une inévitable régénération j ce qui n’a point eu lieu en d’autres théocraties, où des intervalles analogues, bien que moins étendus, peuvent être observés. Quoi qu’il en soit, on conçoit maintenant que cette sorte de rétablissement spontané du premier régime théocratique , à la vérité radicalement énervé, ait dû naturellement reproduire l’opiniâtre instinct conservateur qui lui est propre, malgré le peu de stabilité personnelle des pouvoirs effectifs, par suite de l’inévitable abaissement de la' caste sénatoriale envers le chef, essentiellement électif, du parti populaire. Cette confusion intime et continue entre le pouvoir spirituel et le.pouvoir temporel-, qui constituait l’esprit fondamental du système, explique aisément pourquoi les empei-eurs romains, même les plus sages et les plus généreux , n’ont jamais pu comprendre, j)as ]dus que ve le feraient aujourd’hui
PIIYSIQL'E SOCIALE. 2«j5
les empereurs cliiiiois, la icuuneialioti voIonLaire ■iui poly tlicisme, par laquelle ils auraient justement craint tle concourir eux -mêmes à la iléinolilioii imminente de tout leur gouvernement, tant f|ue la conversion graduelle de la'^population au monothéisme dirétien n’y avait point encore coiislitué spontanément une nouvelle influence polilique, permettant, et ensuite exigeant même, la conversion finale des chefs, qui terminait l’évolution préparatoire, et ébauchait immédiatement le régime nouveau, par un symptôme décisif de la puissance réelle et indépendante du nouveau |X)uvoir spirituel, qui en devait être lcprinci|>al ressort.
Telle est l’appréciation fondamentale -de l’ensemble du polythéisme antique, successivement consi- ' déré, d’une manière rationnelle quoiquesonunaire, dans les propriétés essentielles, intellectuelles ou sociales, qui le caractérisent abstraitement,, et ensuite dans les divers modes nécessaires du régime correspondant; de manière à déterminer enfin sa tendance totale à produire spontanément la nouvelle phase- ihéologique qui , au moyen-âge, après avoir essentiellement réalisé toute l’admirable efficacité sociale dont une telle pliilosophie él^ll susceptible, a rendu possible, et même indispeusable, ravènement ultérieur do la philosophie po-
PliH-OSOPHlE POSITIVE.
gitive, comme il s’agit maintenant de l’expliquer. Dans cette vaste et difficile élaboration , plus encore qu’en tout le reste de mon opération historique, j’ai dû réduire autant que possible une exposition doilt le développement propre m’était interdit, en la bornant principalement à de simples alertions méüiodiques, assez complètes et surtout assez liées pour que ma pensée ne fut jamais équivoque, sans pouvoir m’arrêter à aucune démonstration formelle, dont la moindre eût e,\igé un appareil de preuves entièrement incompattï^ avec la nature de ce Traité, aussi bien qu’avec ses limites nécessaires. Évidemment forcé de continuer à procéder ainsi, il faut donc, une fois pour toutes, avertir directement le lecteur que je dois ici me contenter de, la simple proposition explicite du nouveau système de vues historiques qui résultent de ma théorie fondamentale de l’évolution humaine y afin que cette théorie devienne pleinement jugeablej mais sans qu’il m’appartienne d’en faire aussi la confrontation générale avec l’ensemble des faits connus, comparaison que je dois essentiellement réserver au lecteur, et d’après la-r quelle seule il pourra convenablement prononcer sur la principale valeur réelle de cette nouvelle pnilosophie historique.
cinquante-quatrième Lf:ÇON.
Appréciation générale du dernier état théologique de l’humanité : 4ge du monothéisme. Modification radicale du régime théologique et militaire.
Après l’indispensable assimilation -préliminaire sufBsamment opérée par l’extension graduelle de la domination romaine, suivant les explications du chapitre précédent, le régime monothéique était nécessairement destiné à compléter l’évolution provisoire de l’élite de l’hu^manité, en faisant directement produire à la philosophie théologique, dont le déclin intellectuel allait commencer, toute l’efficacité réelle que comportait sa nature , pour préparer enfin l’homme à- une nouvelle vie sociale, de plus en plus conforme à notre vocation caractéristique. C’est pourquoi, quelles que soient effectivement les éminentes propriétés men-
2(j8 PUII.OSOPlflE POSITIVE.
Iules clu iiiuuutliéisme, nous devons ici eu faire précéder l’examen par l’appréciation raliomielie de son influence sociale, qui le distingue encore plus profondément, selon une marche Inverse de celle qui -a dû présider ci-dessus à l’analyse fondamentale du système polylhéique. Or, quoique la destination sociale du monolliéisme se rapporle surtout à la morale bien plus même qu’à la politique, néanmoins sa principale efficacité morale a toujours inévitablement dépendu de son existence politique; en sorte que nous devous d’abord- déterminer convenablement les vrais attributs politiques de ce dernier régime ihéologique. Dans cette importante détermination , comme en tout le reste d’un tel examen historique, nous sommes spontanément dispensés de la distinction génél’ale qu’il a fallu établir, au chapitre précédent, entre l’appréciation abstraite des diverses propriétés essentielles du système correspondant et l’analyse successive des diffétens modes nécessaires de sa réalisation efi'ective; ce qui tloil if' heureusement permettre d’abréger beaucoup notre opération actuelle,. sans nuire aucunement à notre but principal. Car, malgré la conformité remarquable de toutes les formes du monothéisme, comparées, non - seulement quant aux dogmes théologiqnes, mais. même quant aux préceptes
PHYSIQÜE SOCIALE. ' ■2Q9
moraux, sans excepler ni le maliomélisme, ni ce qu’on appelle si mal à propos le catholicisme grec, c’est uniquement au vrai catholicisme, justement qualifié de romain, -que devait appartenir l’accomplissement suflisant, en Europe oocidentale, des propriétés caractéristiques du régime monolhéique, dont nous n’aurons ainsi à examiner spécialement aucun autre mode réel (i). Enfin, comme l’introduction fondamentale d’un pouvoir spirituel entièrement distinct et pleinement indépendant du pouvoir temporel a certainement constitué, au moyen-âge, le principal attribut d’un tel système politique, nous devons procéder, avant tout, à l’appréciation sommaire de cette grande
(i) La dénomination de caihoHcUme me semble, à tous égards, préférable à celle de christianisme , non-seulement comme bien plus expressÎTe, pour distinguer nettement le vrai régime monothéiqoe de toutes les organisations vagues , socialement im^Hiissanles ou m^tuc dangereuses, avec lesquelles on l’a trop souvent confondu, mais surtout comme beaucoup plus rationnelle, en ce que, sans rappeler; ainsi que les noms de mahométisme ^ de boudhisme, elc^ aucun fondateur iur dividuel , elle se rapporte directement h ce grand attribut d’uniycrsalité qni caracicnsc essentiellement l’organisation spKÎtncllc, quoiqu’il n’ait pu toutefois être réalisé que très imparfaitement par le catholicisme proprement dit, dont l’exacte appréciation ne saurait être mieux dirigée que d’après un tel principe général. Chacun sait certainement encore ce que c’est qu’un catholique , tandis qu*aucnn bon esprit ne saurait anjoupd’hui se fiatlvr de comprendre ce que c’est qu’un chrétien , qm pourrait indifféremment appartenir 5 l^unc quclcon(|Uc des mille nuances incohérentes qui séparent le luthérien -primitif du puç déiste actuel. ’ *
3oO l’HILUSOlMIlE POSlTlVi:.
création sociale , d’où nous passerons ensuite aisément au vrai Jugement général de l’organisation temporelle correspondante.
Le monothéisme doit, par sa nature, toujours tendre nécessairement à provoquer cette modification radicale de l’ancieri organisme social, en permettant, et même déterminant, une sulHsanle uniformité de croyances, susceptible de comporter l’extension d’un même système théologique à des populations assez considérables pour oc poui^oir être long-temps réunies sous un seul gouvernement temporel; d’où résulte, chez la classe sacerdotale, un accroissement simultané de consistance et de dignité, susceptible de servir de fondement à son indépendance politique, qui était incompatible avec l’inévitable dispersion des influences religieuses sous le régime polythéique, comme je l’ai déjà noté au chapitre précédent. Mais , malgré cette tendance caractéristique , il a fallu une' longue et pénible élaboration de conditions diverses pour que le monothéisme pût enfin réaliser, dans une société convenablement préparée, un tel perfectionnement de l’organisation primitive, qui n’a vraiment commencé à devenir immédiatement possible, ainsi que je l’ai expliqué, que, par le concours fondamental du développement graduel de la puissance romaine
PHYSIQUE SOCIALE. 3o I
avec celui de la pliilosophie grecque. Noii.s avons meme reconnu que célte philosophie ne se fit jamais une juste idée du véritable but social vers lequel, à son insu, tendait finalement son essor .spontané, puisquë , dans ses eflforts opiniâtres pour constituer une puissance spirituelle j elle n’avait aucunement en vue d’établirj entre leS deux pouvoirs, une, division rationnelle, encore trop incompatible avec le génie politique de l’antiquité ; mais elle poursuivait essentiellement une pure ütopie| aussi dangereuse que chimérique, en préconisant, comme type social, une sorte de théocratie métaphysique, qui eût transporté aux philosophes la concentration générale des affaires humaines. Cependant, toutes les utopies quelconques, surtout quand elles résultent d’un concours aussi unanime et aussi continu, non-seulement indiquent nécessairement un certain besoin social, plus ou moins confusément apprécié , mais aussi l’imminence pluâ ou moins prochaine d’une certaine modification politique destinée à y satisfaire:;‘car, dans ses rêves même les plus hardis, l’esprit humain ne saurait s’écarter indéfiniment de la réalité, et ses libres spéculations sont même ‘ effectivement encore^plus limitées dans l’ordre politique que dans aucun autre, vu la compficalion supérieure des phénomènes; en sorte que,
PUILÜSÜPIUE POSITIVE.
après l’accoinplissement de chaque phase sociale, on peut ordinairement reconnaître l’anticipation constante de conceptions utopiques long-temps accréditées, qui en présentaient d’avance le principal caractère, quoique profondément déguisé, et même altéré, par son inévitable mélange avec des notions- plus ou moins contraires aux lois fondamentales de notre nature , individuelle ou sociale. Aussi - peut-on. aisément constater ici que l’institution du catholicisme a essentiellement réalisé, au moyen-âge , autant que le permettait alors l’état mental de l’humanité, ce qu’il y avait, au fond , de pleinement utile, et à la fois vraiment praticable dans l’ensemble des conceptions politiques des diverses écoles philosophiques , en adoptant de chacune d’elles, avec une éminente sagesse, les attributs trop exclusifs dont elle s’honorait, et en repoussant spontanément tous -les projets absurdes ou, nuisibles qui dénaturaient radicalement leur application sociale ; malgré l’injuste accusatiou , encore trop souvent adressée au système catliolique, d’avoir également t^du à constituer une pure théocratie, dont nous reconnaîtrons bientôt, sans la moindre incertitude, l’incompatibilité nécessaire avec le véritable esprit fondamental d’un tel régime.
Quoi(|ue l’inlelligence doive nécossairemenl
PHYSIQUE SOUAl.E. 3o3
exercQf une influence de' plus en plus prononcée sur la conduite générale des affaires humaines, individuelles ou sociales, sa suprématie politique, révée par les philosophes grecs, n’en constitue pas moins une pure utopie, directement contraire, comme je l’ai déjà noté au chapitre précédent, à 'l’économie réelle de notre nature cérébrale, où la vie mentale est habituellement si peu énergique comparativement à la vie affeclive. Nul pouvoir humain , m^e le plus grossier et le moins étendu, ne saurait, sans doute, entièrement se passer d’appui spirituel , puisque ce qu’on nomme, en politique, une force proprement dite, ne peut résulter que d’un certain concours d’individualités, dont la formation spontanée suppose inévitablement l’existence préalable, non-seulement de quelques seutimens communs, mais aussi d’iv pinions suffisanmienl convergentes, sans lesquelles la moindre association ne pourrait persister, reposât-elle même sur une suffisante conformité d’intér-êts. Cependant, il n’en reste pas moins incontestable que le principal ascendant social ne saurait jamais appartenir à la plus haute sUf)ériorité mentale, à la fois trop peu comprise et trop mal appréciée pour obtenir ordinairement du vulgaire un juste degré d’admiration et de reconnaissance. La masse des hommes, essentiellement des-
3o4 PHILOSOPHIE POSITIVE.
tlnée à l’action , sympathise nécessairement bien davantage avec les organisations médiocrement iutelligei^tes , mais éminemment actives , qu’avec les natures purement spéculatives, malgré leur intime prééminence spirituelle, d’ailleurs habituellement méconnue, à raison même de sa trop grande éj^ vation. En outre, la reconnaissance univers^^^ doit spontanément préférer les services immédiatement susceptibles de satisfaire à l’ensemble des besoins humains, parmi lesquels ceux dé l’intelligence, quelle que soit leur incontestable réalité, sont certes fort loin d’occuper communément lé premier rang,- comme je l’ai établi au troisième volume de ce Traité. 11 n’est pas.dtniteux quC; les plus grands succès pratiques, militaires ou industriels, exigent, par leur nature, beaucoup moins de force intellectuelle que la plupart des travaux théoriques d’une certaine importance, sans aller même jusqu’aux plus éminentes spéculations, ques, Scientibques, ou philosophiques 3 et cependant ils inspireront toujoùrs, non-seulemçoi Uii intérêt plus vif et une plus parfaite gratitude, mais aussi une estime mieux sentie et une plus profonde admiration. Quels que soient, en réalité, dans la vie humaine, individuelle et surtout. sociale, les immenses bienfaits de l’intelligence, dont dépend essentiellement, en dernier ressort, le progrès con-
taïSIQUE SOCIALE. 3o5
Hnu de rhumanité,cepéndaiitla participation spirituelle est, en chaque résultat Ordinaire, trop indirecte, trop lointaine et trop abstraite, pour jamais être convenablement appréciée, si ce n’est d’après une analyse plus ou moins difficile, que l’immense majorité des hommes, même éclairés, ne saurait spontanément opérer avec assez de netteté et de promptitude pour laisser naître une soudaine impression d’enthousiasme, aucunement comparable à l’énergique saisissement déterminé si souvent par
les services spéciaux et immédiats de l’activité pratique, quoique moins irnportans, au fond, comme moins difficiles. Jusqu’au sein de la science et de la philosophie, les conceptions les plus générales, surtout celles qui se rapportent directement à la méthode, malgré leur supériorité finale, nonseulement quant au mérite intrinsèque, mais aussi quant à l’utilité effective, lors même qu’elles ne sont point long-temps dédaignées, n’attirent presque jamais à leurs sublimes créateurs autant de considération personnelle que les découvertes d’un ordre inférieur J comme l’ont si douloureusement éprouvé, à tous lès âges de l’humanité, les principaux organes de la grande évolution mentale, les Aristote, les Descartes, les Leibnitz, etc. Rien n’est plus propre, sans doute, qu’une telle appréciation à vérifier directement l’absurdité radicale de ce