TOME V . ï
unanime, eu dehors et au-dessus de la politiifue proprement dite, autorisait spontanément, à un certain degré , le plus chétif chrétien à rappeler formellement, en cas opportun, au plus puissant seigneur les inflexibles prescriptions de la doctrine commune , base première de l’obéissance et du respect, dès -lors susceptibles d’être limités à la fonction, au lieu de se rapporter uniquement à la personne : comme je le disais dam mon travail de 1 8a6 , la soumission a pu alors cesser d’être servile, et la remontrance d’être hostile j ce qui était essentiellement impossible, pour les classes inférieures, dans l’ancienne économie sociale, où la règle morale émanait nécessairement, du moins en principe , de la méine autorité active qui en devait recevoir l’application, par une suite inévitable de la confusion radicale des deux pouvoirs élémentaires. EnGn , sous l’aspect purement politique, il est surtout évident d’abord que cette heureuse régénération sociale a essentiellement réalisé la grande utopie des philosophes grecs , en ce qu’elle 'contenait d’utile et de raisonnable,^ tout en écartant énergiquement ses folles et dangereuses aberrations, puisqu’elle a constitué, autant que possible, au milieu d’un ordre entièrement fondé sur la naissance, la fortune, ou la valeur militai re, une classe immense et puissante.
PHYSIQUE SOCIALE. SjQ
ott la supériorité intoiiectuelle et morale était ouvertement consacrée comme le premier titre à l’ascendant réel, et n’a point cessé, en effet, de conduire souvent aux plus éminentes positions d’une telle hiérarchie, tant que le système a pu vraiment conserver une pleine vigueur : en sorte que cette même capacité qui , d’après nos explications préliminaires, eût été, de toute néces* site, profondément perturbatrice ou oppressive si la société lui avait été entièrement livrée, suivant le rêve insensé des Grecs, pouvait devenir dès lors, au contraire, par cette large issue partielle, si.éminemment conforme à sa nature, l’indispensable guide régulier du progrès commun ; solution essentiellement satisfaisante, que nous n’avons, en quelque sorte, qu’à imiter aujourd’hui, en la reconstruisant sur' de meilleurs fondemens. Il serait d’ailleurs superflu d’insister ici sur les avantages trop manifestes que devait spontanément offrir la division fondamentale des deux pouvoirs pour présenter, sans anarchie, un énergique point d’appui général à toutes les réclamations lé^times, auxquelles se trouvait ainsi nécessairement intéressée d’avance la côrporation spéculative, dont le principal pouvoir résultait inévitablement de la Seule considération que pour valent lui mériter, dans l’ensemble de la popula-
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34ü PHILOSOPHIE POSITIVE.
tion, ses services coutinus de protection sociale ) et qui, en effet, a rapidement déchu, même indépendamment de l’extinction des croyances , dès que le clergé, ayant perdu son indépendance, a eu bien plus besoin d’étre protégé lui-même, et a cessé réellement, auprès des masses, le mémorable patronage qu’il avait si utilement exercé > au temps de sa maturité politique. Dans l’ordre international, aucun philosophe ne saurait aujourd’hui méconnaître, en principe, l’évidente aptitude caractéristique de l’organisation spirituelle à une extension territoriale presque indéfinie, partout où il existe une suffisante similitude de civilisation, susceptible de comporter la régu~ larisation des rapports qontinus ou habituels ; tandis que l’organisation temporelle ne peut excéder, par sa nature, des limites beaucoup plus étroites,- sans. une intolérable tyrannie, dont la stabilité est impossible : il n’est pas moins irrécusable, en fait, que la hiérarchie papale a constitué, au’moyen-âge , le principal lien ordinaire des diverses nations européennes, depuis que la domination roiiiaine avait cessé de pouvoir- les réunir suffisammeut j et, sous ce rapport, l’influence catholique doit être jugée, comme le remarque très justement De Maistre, non- seulement par le bien ostensible qu’elle a produit, mais sur-
l’HYSIQOE SOCIALE.
tout par le mal immiuent qu’elle a secrèlement prévenu, et qui, à ce titre même, doit être plus difficilement appréciable; mais je puis héureusemeut, à ce sujet , me borner à renvoyer simplement le lecteur au mémorable ouvrage de cet illustre penseur.
Si, afin d’abréger, nous mesurons ici la valeur politique d’une telle organisation d’a|>rès cëtte seule propriété, assez décisive, en effet, pour que le nom spécial du système en ait été spontanément déduit, nous trouverons qu’elle permet, mieux qu’aucune autre , d’estimer exactement à la fois la supériorité et l’imperfection do catholicisme , comparé , en général , soit au régime qu’il a remplacé, soit à, celui qui doit le suivre. Car, d’un côté , l’organisation catholique a pu embrasser une étendue de territoire et de population beaucoup plus considérable que n’avait pu le faire le système romain, qui, primitivement destiné à une cité unique, n’a pn agrandir progressif vement son domaine que par voie d’adoption forcée, en exigeant une compression graduellement croissante, et finalement intolérable, quand- 1^ extrémités sont devenues trop éloignées du centre,. où tous les pouvoirs étaient radicalement condensés. Quoique le catholicisme commençât déjà à se trouver en pleine décadence lor.'ique
34* PIJILOSOPHIL POSITIVE.
l’Inde et l’Améiique ont été colonisées, il s’y est néanmoins étendu spontanément sans efTort, tandis qu’une telle adjonction eût certainement constitué , aux yeux des plus ambitieux Romains, une gigantesque rêverie» si elle eût pu leur être proposée. Mais , d’une autre part , il est sensible ({ue le cathôlicisme, malgré sa juste tendance à runiversalité , n’a pu réellement s’assimiler, aux temps même de sa plus grande splendeur , que lu moindre partie du monde civilisé : puisque, avant même que sa constitution propre- fût sullisamment mûre, le monothéisme musulman lui avait enlevé d’avance une portion très notable, et à jamais perdue, de la race blanche, et, que, quelques, siècles après, le monothéisme byzantin qui, sous, une vaine conformité de dogmes, -en est, au fond^ presque aussi dil£érept que le mahométisme, lui avait irrévocahlement aliéné la moitié du monde romain. Loin d’olfrir rien d’accidentel, ees restnctious, profQudéutent nécessaires, doiveuLétre vraiment regardées, du point de vue philosophique , comme une conséquence directe et inévilarble de la nature éminemment vague et arbitraire des croyances tbéologiques,qui, même en organisant , par de laborieux artifices,, une dangereuse compression mteUectuellie , dont le prolongement réel est d’aUleurs très limité, ne peuvent jamais
PHtSIQUE SOCIALE. 343
déterminer une suffisante convergence mentale entre des populations trop nombreuses et trop distantes, qu'une philosophie purement positive pourra seule un jour solidement rapprocher en une communion durable, à quelque degré que puisse parvenir l’expansion de notre race, comme l’ensemble de notre analyse historique le rendra , J’espère, pleinement incontestable.
Après avoir ainsi ^sommairement caractérisé la grande destination sociale du pouvoir catholique, il est indispensable, pour compléter suffisamment cette appréciation politique du catholicisme, de considérer maintenant, d’un coup d’œil rapide, les principales conditions d’existence, sans- lesquelles il eût été essentiellement incapable,, à la manière des autres monothéismes, de réaliser assez cet office politique, non plus que sa mission purement morale , que nous devrons ultérieurement examiner, et qui constitue, sans aucun doute, son plus utile et plus admirable ouvrage, dont l’henreuse- influence sur la destinée totale de notre espèce est nécessairement à jamais impérissable , malgré l’inévitable décadence de sa première base intellectuelle.
. Quelque restreinte que doive être ici l’analyse générale de ees indispensables conditions de l’existence sociale du catholicisme, j’y crois cepeti*
dant devoii; expressément signaler leur disline^ tion rationnelle, en deux classes essenlieHij[ ' suivant leur nature statique ou dynamique^ l^j unes relatives à l’organisation .propre ide la àMrarchie catholique, les autres . se,, rapportant; à raccomplissenjent même de sa^ destination fon-: damentale. Considérons d’abq^-^ .^et * surtout les premières, dont le vrai caractère, .q,aoique,spon*. tanément très prononcé,, e#^ .par suite, ►faciie à apprécier avec justesse , a été, dans les trois, der; niera siècles, profondément obscurci par rirrar^ tionnelle critique , d’abord, des protestatosV et ensuite des deistes,, s obstinant, .d’une i si
puérile, à ^toujours, ramener « eitclusiyemçnt .k
type de l’orgapisme cbrélien.po teW|» 4s sa jiiâr; mitive ébauche, comipe si les^ institntiopsilha-,
maines devaient indébuimept restera |’état</oe(|tail., et pe devaient P®* 'Otre, -au, contraire, «pripcipaiement jugeables4’8[près,4eqr ^pleine maHurit^ quoi-, que leur, essor initial jijpi^e copstamteepl rjep&rr mer le germe, plps 9PJnoins,sqpsiblg, de ftPis.les, développemçn8,pltéri!?ur§,,mrw.,qp0<jie^ pbilpsor. phes catholiques l’oPlt pettepjienjt. démontré po»r, le cas actuel. " . . : .,
En examinant , même sommairement ,. d’un point de vue vraiment philosophique, Tensemble de- la conslitulion ecclésiastique, on ne saurait
être surjiris de l’énergique iiscendanl politique qu’a dû prendre universellement , au moyenâge, une puissance aussi fortement organisée, également supérieure à tout ce qui l’entourait et à tout ce qui l’avait précédée. Directement fondée sur le mérite intellectuel et moral, qui si long-temps y fut le principe habituel de la plus éminente élévation, à la fois mobile et stable dans la plus juste mesure générale, liant profondément toutes ses diverses parties sans trop comprimer leur propre activité, du moins tant que le système a pu maintenir sa prépondérance, cette admirable hiérarchie devait alors inspirer spontanément, même à ses moindres membres, quand leur., caractère personnel était au niveau de leur mission sociale, un juste sentiment de supériorité , quelquefois trop dédaigneuse, envers les organismes grossiers dont ils faisaient temporellement partie, et où tout reposait, au contraire, principalement sur la naissance , modifiée, soit par la fortune, soit par l’aptitude militaire. Quand elle a pu se dégager suffisamment des formes trop imparfaites propres à sa première enfance, l’organisation catholique a, d’une part, attribué graduellenaent au principe électif une plénitude d’extension jusque alors entièrement inconnue, puisque les choix, toujours restreints,
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dans les anciennes républiques, à une casle déterminée, ont pu dès lors embrasser ordinairement l’ensemble de la Mciété, sans en excepter les moindres rangs, qui ont alors tant fourni de cardinaux et meme de papes: d’une autre part, sous un aspect moins apprécié mais non moins capital, elle a radicalement perfectionné la nature de ce principe politique, en le rendant plus rationnel, par cela seul qu’elle substituait essentiellement désormais le choix réel des inférieurs par les supérieurs à la disposition inverse, jusque alors exclusive, quoique seulement convenable à l’ordre temporel ; sans toute&)is que cette constitution nouvelle méconnût essentiellement la juste influence consultative que devaient, pour le bien commun, conserver, en de tels cas, les légitimes réclamarions des subordonnés. Le mode caractéristique d’élection habituelle à la suprême dignité spirituelle, devra toujours être regardé, ce nae semble, comme un véritable chef-d’œuvre de sagesse politique , où l'es garanties générales de stabilité réelle et de convenable préparation se trouvaient encore mieux assurées que n’eût pu le permettre Fempirique expédient de l’hérédité, tandis que la bonté et la maturité des clioix, en tant qu’elles peuvent dépendre de la nature du procédé, y devaient être spontanément favorisées,
soit par la haute sagesse des électeurs les mieux appropriés, soit par la faculté, soigneusement ménagée, de laisser surgir, de tous les rangs de la hiérarchie , la capacité la plus propre à présider au gouvernement ecclésiastique, après un indispensable noviciat actif: ensemble de précautions successives vraiment admirable , et pleinement en harmonie avec l’extrême importance de cette éminente fonction, où les philosophes catholiques ont si justement placé le nœnd fondamental de tout le système ecclésiastique.
Ou doit également reconnaître la haute portée politique, jusqu’au déclin du système , de ces institutions monastiques qui, outre leurs incontestables services intellectuels , constituaient certainement l’un des élémens les plus indispensables de cet immense organisme. Spontanément nées dù pressant besoin que devaient éprouver, à l’origine du catholicisme, les esprits les plus contemplatifs de se dégager, autant que possible, de l’exorbitante dissipation et de la corruption excessive du monde contemporain, ces institutions spéciales, maintenant connues par les seuls abus des temps de décadence, furent, en général, le berceau nécessaire où s’élaborèrent y long-temps à l’avance, les principales conceptions chrétiennes, soit dogmatiques, soit même pratiques. Leur ré-
giuie. fondamental devint ensuite l’apprentissage permanent de la classe spéculative, dont les membres les plus actifs venaient souvent retremper ainsi l’énergie et la pureté de leur caractère, trop susceptible d’altération par les contacts temporels journaliers; et la fondation ou la réformalion des ordres offraient d’ailleurs directement, pour une telle époque, au génie politique, une heureuse issue élémentaire, et un utile exercice continu, qui ne sauraient plus être convenablement appréciés, depuis l’inévitable désorganisation de ce vaste système provisoire d’organisation spirituelle. Enfin, sous l’aspect politique le plus étendu, il est clair que, sans une pareille influence, ce système, n’eût pu acquérir, et encore moins conserver, dans les relations européennes, cet attiibut de généralité qui lui était indispensable, et qui eût été rapidement absorbé par l’esprit de nationalité vers lequel devait tendre chaque clergé local, si cette milice contemplative, bien mieux placée , par sa nature , au point de vue vraiment universel, n’en eût toujours reproduit spontanément la pensée directe, en donnant aussi, au besoin , l’exemple d’une indépendance qui lui devait être plus facile.
La principale condition d’cllicacité commune à toutes les diverses propriétés politiques que je
viens de signaler dans la constitution catholique, consistait surtout en cette puissante éducation spéciale du clergé , qui devait alors rendre le génie ecclésiastique habituellement si supérieur à tout autre, non«seulement en lumières de tous genres, mais, au moins autant, en aptitude politique. Car, les modernes défenseurs du catholicisme, en faisant justement valoir, sous le point de vue intellectuel , une telle éducation comme étant , à cette époque, essentiellement au niveau de l’état le plus avancé .de la philosophie générale , encore éminemment métaphysique , n’ont point euxmêmes assez apprécié la haute portée réelle d’un nouvel élément capital qui devait spontanément caractériser la destination sociale de cette éducation , même sans donuer lieu à un enseignement formulé, c’est-à-dire l’histoire, alors nécessairement introduite dans les hautes études ecclésiastiques, au moins comme histoire de l’église.’ Si l’on - considère l’incontestable filiation générale qui, surtout aux premiers temps, rattachait intimement le catholicisme, d’une part, au régime romain, d’une autre, à la philosopliie grecque, et même, par le judaïsme, aux plus antiques théocraties; si l’on^pense à l’intervention •continue, de plus en plus importante, que, dès sa naissance, il avait inévitablement exercée dans toutes les
principales affaires humaines, on concevra sans peine que, depuis sa plus éminente maturité sous le grand Hildebrand, l’histoire de l’église tendait, au fond, à constituer spontanément, pour cette époque, une sorte d’histoire fondamentale de l’humanité, essentiellement envisagée sous l’aspect social ; et ce qu’un semblable point de vue devait évidemment offrir d’étroit, se trouvait alors très heureusement compensé par l’unité de conception et de composition qui en résultait naturellement,» et qui né pouvait, sans doute, être encore autrement obtenue; en sorte que l’on doit cesser d’être surpris que l’origine philosophique des spéculations historiques vraiment universelles soit due au plus noble genie du catholicisme moderne. 11 serait, sans doute, inutile de faire ici expressément ressortir 1 évidente supériorité politique que l’habitude régulière d’un tel ordre d études et de méditations devait nécessairement procurer aux penseurs ecclésiastiques , au milieu d’une ignorante aristocratie temporelle, dont la plupart de membres n’attachaient guère d’importance historique qu a la généalogie de leur maison, sauf 1 intei*et accessoire qu’ils pouvaient prendre a quelques incohérentes chroniques, provinciales ou, tout au plus, nationales. Quelque avancée que soit réellement aujourd’hui l’irrévocable déca-
PHYSIQUE SOCIAI.E. 35 I
dence> intellectuelle et sociale, du calholicisuié, ce privilège caractéristique doit encore s’y faire sentir à un certain degré, parce qu’aucune classe ne s’est disposée jusqu’ici à mieux* remplir cette grande attribution philosophique ; il est probable, en effet , que , dans les rangs élevés de sa hiérarchie, on continue à trouver plus qu’ailleurs des esprits distingués spontanément susceptibles de se placer convenablement au vrai point de vue de l’ensemble des affaires humaines , quoique la déchéance politique de leur corporation ne leur permette plus de manifester suffisamment, ni même peut-être de cultiver assez, une telle propriété.
Enfin, quelque rapide que doive être cette appréciation, je ne négligerai point d’y signaler, pour la première fois, un dernier caractère de batite philosophie politique, que les plus illustres défenseurs du système catholique ne pouvaient y saisir nettement, et qui, par suite, me semble être resté essentiellement inaperçu jusqu’ici. Il s’agit de l’heureuse discipline fondamentale par laquelle le catholicisme, aux temps de sa grandeur, a directement tenté avec succès de dimi- ' nuer, autant que possible, les dangers politiques de l’esprit religieux, en restreignant de plus eu plus le droit d’inspiration surnaturelle, qu’aucune
(loniinatioii spirituelle fondée sur les doctrines tliéologiques ne Saurait d’ailleurs se dispenser entièrement de consacrer en principe, mais que l’organisation catholique a notablement réduit et entravé par de sages et puissantes prescriptions habituelles, dont l’importance ne saurait être comprise que par comparaison à l’état précédent, et même, en quelque sorte, à l’état suivant. Cette inévitable tendance théologique à de vagues et arbitraires perturbations, individuelles ou sociales, se trouvait nécessairement encouragée, au plus haut degré, sous le régime polythéique, qui, pour ainsi dire, offrait toujours directement quelque divinité disposée à protéger spécialement une inspiration quelconque. Malgré tjue le monothéisme, en général, ait dû spontanément en réduire aussitôt l’extension, et en modifier radicalement l’exercice, il a pu cependant lui laisser endore un très dangereux essor, comme le témoigne clairement l’exemple des juifs, habituellement inondés de prophètes et d’illuminés, qpi d’ailleurs y avaient, jusqu’à un certain point, leur office reconnu, quoique irrégulier. Digue organe nécessaire d’un état mental plus avancé, le catholicisme a" graduellement restreint, avec une sagesse trop peu. appréciée, le droit direct d’inspiration surnaturelle, en le représentant
comme éminemnientexceplionnel, en lebornantà des cas de plusen plus graves > à des élus de plus en plus rares, et à des temps de moins en moins rapprochés, en l’assujétissant enfin à des vérifications d’authenticité de plus en plus sévères, soit chez les laïques, soit chez les clercs eux-mêmes, habituellement contenus, en outre, à cet égard comme atout autre, par l’organisation hiérarchique: son usage régulier et continua été essentiellement réduit à ce que la nature du système rendait strictemen tindispciisahle, aussitôt que toutes les communications divines ont été, en principe, exclusivement réservées d’ordinaire à la suprême autorité ecclésiastique. Cette infaillibilité papale, si amèrement reprochée au catholicisme, constituait donc , à vrai dire, sous un tel point de vue , un très grand progrès intellectuel et social , outre son évidente nécessité pour l’ensemble du régime théologique, où, selon la judicieuse théorie de De M^iistre, elle ne fbrmaif réellement que’Ia condition religieuse de la juridiction finale, sans laquelle les inépuisables contestations, journellement suscitées par d’aussi vagues doctrines , eussent indéfiniment troublé la société. En ôtant au souverain pontife cette indispensable prérogative , l’esprit d’inconséquence, qui caractérise le protestantisme, bien loin de supprimer le droit d’in.spiratlon divine, TOME v. 2 3
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tendait dircclcinent, au contraire, à l’aügmentér beaucoup, et par suite à faire rétrograder, à ce titre comme à tant d’autres, le développement graduel de l’humanité, ainsi que je l’expliquerai spécialement au chapitre suivant; puisque sa prétendue réformation consistait entièrement, sous ce rapport, à vulgariser de plus en plus cette mystique faculté, et Hnalement à l’individualiser: ce qui n’eût pu manquer de produire d’immenses désordres, d’abord intellectuels, et ensuite sociaux , si la décadence simultanée de toute théologie quelconque n’en eût alors nécessairement prévenu l’essor spontané, dont les traces rudimentaires sont, néanmoins fort appréciables. Du reste, en reconnaissant ici cette importante propriété générale du monothéisme catholique, le lecteur judicieux aura, sans doulç, naturellement remarqué l’éclatante confirmation qu’elle présente directement à la' proposition capitale de philosophie historique, établie au chapitre précédent, que, dans le passage du polythéisme au monothéisme, l’esprit religieux a réellement subi un inévitable décroissement intellectuel; car, nous voyons ainsi le catholicisme Constamment occupé, dans la vie réelle, personnelle ou collective, à augmenter graduellement le domaine habituel de la sagesse humaine aux dépens lie celui,
MYSIQUE SUCLALE.
jusque alors si étendu, de l’inspiration divine.
Après avoir sufTisanimcnl indique les vrais principes philosophiques qui doivent présider à un examen approfondi^ des conditions générales de l’existence sociale du catholicisme, je ne saurais m’arrêter aucunement à la considération des institutions spéciales, quelle qu’en ait dû être l’efficacité réelle pour le développenàent et le maintien de ce grand organisme. C’est ainsi, par exemple , que je ne dois pas déterminer ici l’importance très grave qu’a présenté , sous ce rapport, l’usage spontané d’une sorte de langue sacrée, par la conservation tlu latin dans la corporation sacerdotale, quand il eut cessé de rester vulgaire: et, cependant, il n’est pas douteux qu’un tel moyen , systématiquement réglé, a constitué naturellement, à divers titres essentiels, un utile auxiliaire permanent de la puissance catholique, soit au dedans, soit au dehors, eu facilitant à la fois sa communication et sa concentration, et même en retardant notablement l’inévitable époque où l’esprit de c'iilique individuelle viendrait graduellement démolir ce noble édifice social, dont les bases intellectuelles étaient si précaires. Mais, évidemment forcé de renvoyer auTraité spécial déjà promis une telle appréciation, et beaucoup d’autres analogues, quel qu’en puisse être l’intérêt réel , je ne dois
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pas néanmoins éviter de signaler encore deux conditions capitales, l’une morale, l’autre politique, qui, sans êlEe, par leur nature, aussi fondamentales que celles ci-dessus caractérisées, ont toutefois été vraiment indispensables, chacune à sa manière , au plein développement du catholicisme, et devaient-, en même temps, résulter spontanément de son entière maturité. Toutes deux étaient impérieusement prescrites par la nature spéciale d’une telle époque et d’un tel systètoe, beaucoup plus que par la nature générale de l’organisation spirituelle^ distinction importante, qui doit domi- , lier leur appréciation pliilosophique , autrement confuse et incohérente.
La première consiste dans l’institution , vraiment capitale, du célibat ecclésiastique, dont le développement, long-temps entravé, et enfin complété par le -puissant Hildebrand , a été ensuite justement regardé comme l’une des hases les plus essentielles de la discipline sacerdotale. Il serait entièrement superflu de rappeler ici les motifs assez connus qui, puisés dans la saine appréciation générale de la nature humaine, expliquent son influence nécessaire sur le meilleur accomplissement, intellectuel ou social, des fonctions spirituelles : nous devons même éviter soigneusement d’entamer, d’une manière directe ou indirecte, l’examen
PHYSIQUE SOt.IALE. 3o7
de la convenance de cette iuslilution pour le nouveau pouvoir spirituel, ultérieurement destiné à réorganiser les sociétés modernes ; cette question délicate , aujourd’hui trop prématurée , serait certainement oiseuse à agiter, et peut-être dangereuse; elle ne saurait être décidée convenablement, d’après une expérience graduelle sulRsamment approfondie, que par ce pouvoir lui-niêrnc, déjà presque constitué, à l’exemple du catholicisme, quoique beaucoup moins tard. Mais, quant à l’indispensable nécessité relative de cette importante disposition à l’égard du catholicisme , U est aisé de laceconnaître, avec une pleine et irrésistible évidence", malgré tant de sopliismes protestans ou philosophiques, même indépendamment des conditions trop manifestes qu’imposait, sous ce rapport, l’exécution journalière des principales fonctions morales du clergé, et surtout de la confession. Il suflit pour cela, en se bornant aux seules considérations politiques, nationales ou européennes, de se représenter convenablement le véritable état général d’une telle société, où, sans Iq. cél'ibat , la hiérarchie catholique n’aurait pu certainement obtenir ou conserver , aux teaqvs mêmes de sa plus grande splendeur, ni l’indépendance sociale ni la liberté d’esprit nécessaires à l’accomplissement sullisant de sa grande mission
provisoire. La teadance universelle , encore si prépondérante, à l’inévitable liérédilé de toutes les fonctions quelconques, sous la seule exception capitale des fonctions ecclésiastiques , eût alors , sans aucun doute , irrésistiblement entraîné le clergé à l’imitation continue d’aussi puissants exemples , comme le montre clairement l’analyse judicieuse des dispositions contemporaines , si l’beureuse institution du célibat ne l’eu eût radicalement préservé, quelle qn’ait pu y être d’ailleurs l’influence réelle du népotisme , toujours nécessairement exceptionnel , et dont la saine afppVéciation ne fait, au reste, que mieux ressortir le besoin de lutter, avec une continuelle énergie, contre une telle disposition spontanée, qui, si elle eût prévalu , aurait certainement fini par annuler essentiellement la division fondamentale des deux pouvoirs élémentaires, d’après l’imminente transformation graduelle, que les papes ont alors si péniblement contenue, des évêques en barons et des prêtres eu chevaliers. On n’a point assez apprécié l’innovation hardie et vraiment fondamentale que le catholicisme- à radicalement opérée dans l’organisme social, en supprimant ainsi à jamais l’hérédité sacerdotale, profondément inhérente à l’économie de toute l’antiquité, non-seuleuienl sous le régime théocratlque proprement dit, mais aussi
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chez les Grecs,' et même cliez les Romains, où les divers ollices pontificaux de quelque importance constituaient essentiellement le patrimoine exclusif de quelques familles privilégiées, ou, tout au moins, d’une certaine caste ; l’élection , d’ailleurs très circonscrite , n’y ayant obtenu que fort tard une part purement accessoire , par une simple concession graduelle, toujours plus apparente que réelle. Si l’on eût mieux compris de tels antécédens, on eût à la fois senti l’importance et la difficulté de l’immense service politique rendu par le catholicisme , lorsque , en établissant le principe du célibat ecclésiastique, il a posé enfin une insurmontable barrière à cette disposition universelle, dont l’irrévocable abolition, envers des fonctions aussi éminentes , a constitué réellement l’effort le plus décisif contre le système des castes, ultérieurement menacé d’ailleurs dans toutes ses autres parties, d’après la seule influence graduelle de cette grande modification spontanée : nulle autre appréciation spéciale n’estaussi propre peutêtre à. vérifier combien le système catholique était en avant de la société sur laquelle il devait agir. Je ne saurais m’abstenir, à ce sujet, de signaler incidemment l’inconséquence et la légèreté des aveugles adversaires habituels du catholicisme, qui, en confondant, d’une part, le régime calho-
36o PHILOSOPHIE POSITIVE.
liquè-avec celui, si radicalement distinct, des vraies tliéocralies antiques, lui ont, d’une autre part, simultanément adressé d’amers reproches sur celte institution générale du céliliat ecclésiastique, essentiellement destinée, au contraire, par sa nature caractéristique, à rendre la pure théocratie radicalement impossible, en garantissant, d’une manière plus spéciale , à tous les rangs sociaux, le légitime accès des dignités sacerdotales.
Quant à l’autre condition spéciale subsidiaire de l’existencepolitique du catholicisme au moyen-âge, elle consiste dans la nécessité, fâcheuse mais indispensable , d’une principauté temporelle suflisamment étendue, directement annexée à jamais au chet-lieu général de l’autorité spirituelle, afin de mieux garantir sa pleine indépendance européenne. Envers le nouveau pouvoir intellectuel et moral destiné à diriger la moderne réorganisation sociale, l’examen d’une telle condition serait certainement encore plus oiseux ainsi que plus prématuré, et finalement plus déplacé, que celui de la précédente. Mais, à l’égard du catholicisme, un pareil besoin ne saurait être douteux, en considérant la nature propre de cet organisme et sa principale destination, aussi bien que d’après sa- vraie relation politique avec les puissances au sein desquelles il a du surgir et vivre. Né, comme
on l’oublie trop aujourd’hui, dans un état social où les deux pouvoirs élémentaires étaient radicalement confondus, le système catholique eût été alors rapidement absorbé,ou plutôt politiquement annulé par la prépondérance temporelle , si le siège de sou autorité centrale se fut trouvé enclavé dans quelque juridiction particulière , dont le chef n’eût pas tardé, suivant la peote primitive versda concentration de tous les pouvoirs, à s’assujélir le pùpe comme une sorte de chapelain; à moins de compter naïvement sur la miraculeuse «onlinuité indéfinie d’une suite de souverains comparables au grand Charlemagne, c’est-à-dire, comprenant assez le véritable esprit de l’organisation européenne a U. moyen-âge, pour être spontanément disposés à toujours respecter convenablement et à protéger dignement la haute indépendance pontificale. Quoique la phlloso[)hie théologique, une fois parvenue à l’état de monothéisme, tende naturellement, d’après nos explications antérieures , à déterminer la séparation des deux puissances, elle est nécessairement bien loin de pouvoir le faire avec l’énergie , la spontanéité, et la précision qui devront certainement caractériser, à ce sujet, la philosophie positive, ainsi que je l’indlijuerai plus tard : eu sorte que son influence, puissaiile mais vague, ne pouvait, à
36a PHILOSOPHIE POSITIVE. .
cel égard, nulleuient dispenser, comme tant d’autres exemples d’un vain monothéisme l’ont claire- > ment vériüc , du secours continu des conditions purement politiques, parmi lesquelles devait, sans doute, éminemment surgir l’obligation d’une certaine souveraineté territoriale embrassant une population assez étendue pour, au besoin, se suffire provisoirement à elle-même ; de manière à ofirir un refuge assuré à tous les divers membres de cette immense hiérarchie , en cas de collision, partielle mais intense, avec les forces temporelles, qui, sans celte imminente' ressource extrême, l«s auraient -toujours tenus dans une trop étroite dépendance locale. Le siège spécial de cette principauté exceptionnelle était d’ailleurs nettement déterminé par l’ensemble de sa destination , puisque le centre de l’autorité la plus générale, seule destinée désormais à agir simultanément sur tous les points du monde civilisé, devait évidemment^ résider dans cette cité unique , si exclusivemeii t propre à lier, par une admirable continuité nctive, l’ordre ancien à l’ordre nouveau , d’après les habitudes profondément enracinées qui, depuis plusieurs siècles, y rattachaient , de toutes parts, les pensées et les espérances sociales De Maistre a fait très bien sentir que , dans la célèbre translation à Bysance , Constantin ne fuyait pas moins
moraleincnl devant l’Eglise que politiquemen devant les Barbares. Mais, du reste, l’irrécusalde nécessité de cette adjonction temporelle à la suprême dignité ecclésiastique n’en doit pas faire oublier les graves inconvéniens , essentiellement inévitables, soit envers l’autorité sacerdotale ellemême, soit pour la partie de l’Europe ainçi réservée à cette sorte d’anomalie politique. La pureté, et même la dignité, du caractère pontifical se trouvaient dès-lors exposées sans cesse à une imminente altération directe , par le mélange permanent des hautes attributions propres à la papauté, avec les opérations secondaires d’un gouvernement provincial ; quoique, par suite même, du moins en partie, d’une telle discordance, le pape ait réellement toujours assez peu régné à Rome , sans excepter les plus belles époques du catholicisme , pour n’y pouvoir seulement comprimer sulfisaroment les factions des principales familles, dont les misérables luttes ont si souvent bravé et compromis son autorité temporelle : l’indispensable élévation de ce grand caractère politique, et sa généralité caractéristique , n’en ont pas moins soufiert sans doute , par suite de l’ascendant trop exclusif que devaient ainsi obtenir graduellement les ambitions italiennes, et qui, après avoir favorisé d’abord le développement du système, n’a pas
peu contribué ensuite à accélérer sa désorganisa^ lion , par les inflexibles rivalités qu'il a dû soûle* ver au loin : sous l’un et l’autre aspect, le chef spirituel de l’Europe a fini par se transformer aujourd’hui en un petit prince italien, électif, tandis que tous ses voisins sont héréditaires, mais d’ailleurs essentiellement préoccupé, comme chacun d’eux , et peut-être même davantage , du maintien précaire de sa. domination locale. Quant â l’Italie, quoique son essor intellectuel, et même moral , ait été beaucoup hâté par cet inévitable privilège ,' elle a dû y perdre essentiellement sa nationalité politique : car les papes ne pouvaient, sans se dénaturer totalement, étendre sur i’ltalie entière leur domination temporelle , que l’Europe eût d’ailleurs unanimement empêchée; et cependant la papauté ne devait point, sans compromettre grav emen l son indispensable indépendance, laisser former, autour de son territoire spécial, aucune autre grande souveraineté italienne : la douloureuse fatalité déterminée par ce conQit fondamental, constitue certainement ~ l’une des plus déplorables conséquences de la condition d’existence que nous venons d’examiner, et qui a ainsi exigé, en ^^uelque sorte, sous un aspect capital, le sacrifice politique d’une partie aussi précieuse et aussi intéressante de la communauté européenne.
toujours agitée, depuis dix siècles, par d’itiipuissans efforts pour constituer une unité nationale > nécessairement incompatible, d’après celteexplica* tion, jusqu’à présent inaperçue, avec l’ensemble du système politique fondé sur le catholicisme. ^ Je devais ici caractériser distinctement les prin* ci pales conditions d’existence politique du catholicisme, qui, de nature essentiellement statique, concernent directementson organisation propre; parce qu’elles doivent être aujourd’hui plus profondément méconnues par toutes nos diverses écoles dominantes, qui, dans leur inanité philosophique, ne savent rêver. la solution sociale que d’après l’ancienne base théologique, et qui cependant refusent radicalement à une telle économie les moyens fondamentaux les plus indispensables à son eflicacité réelle; comme je l’ai indiqué au volume précédent, et comme la suite de notre analyse historique l’expliquera spontanément. Les conditions vraiment dynamiques, relatives à la puissance inévitable que devait procurer au catholicisme l’accomplissement continu de son office social, sont, ‘par leur nature, trop manifestes, et, en effet, trop peu contestées d’ordinaire,. pour exiger un examen aussi étendu. Nous pourrons donc, en ce qui les concerne, nous borner, à ce sujet, à l’appréciation sommaire de la grande a t-
PUILOSUHIIIE POSmVE.
tribulion élémentuiredc* l’cilucatioii générale, d’après un éclaircisscraent antérieur, constitue nécessairement la |)lus importante fonction du pouvoir spirituel , et le fondement primitif de toutes ses autres opérations , parmi lesquelles il suffira déconsidérer ensuite celle qui, dans la vie active, en devait devenir le prolongement le plus naturel et la plus irrésistible conséquence, pour la direction morale de la conduite privée. Quelque intérêt philosophique que dussent certainement offrir beaucoup d’autres considérations analogues, comme, par exemple, l’examen de l’influence politique que devait spécialement procurer à la hiérarchie catholique l’exercice journalier de ses relations naturelles avec toutes les parties simultanées du monde civilisé, en un temps surtout où les diverses puissances temporelles vivaient essentiellement isolées, je suis évidemment forcé, par l’indispensable restriction de notre appréciation historique , de laisser au lecteur tous les développemens de ce genre.
fja plupart des philosophes, même catholiques, faute d’une comparaison assez élevée, ont trop peu apprécié l’immense et heureuse* innovation sociale graduellement accomplie par le catholicisme , quand il a directement organisé un système fondamental d’éducation générale, intellectuel le et
Di.-.- ';,y
surtout morale, s’élendaut rigoureusement à toutes les classesdela population européenne, sansaucune exception quelconque, même envers le servage. Si une intime habitude ne devait essentiellement blaser nos esprits sur cette admirable institution, où l’on n’est plus frappé que du caractère rétrograde qu’elleolTre incontestablement aujourd’hui souS le rapport mental ; si on la jugeait du point de vue vraiment philosophique convenable à l’étude’ rationnelle des révolutions successives de l’humanité, chacun sentirait aisément l’éminente valeur sociale d’une telle amélioration permanente, en partant du régime polythéique, qiii condamnait invariablement la masse • de la population à un inévitable abrutissement, non-seulement à l’égard des esclaves, dont la prédominance numérique est d’ailleurs bien connue, mais encore pour la majeure partie des hommes libres , essentiellement privés de toute instruction réglée, sauf l’influence spontanée tenant au développement des beaux-arts, et celle que devait produire aussi le système des fêtes publiques, complété par les jeux scéniques : .il est clair, en effet, que, dans l’antiquité, l’éducation purement militaire, exclusivement bornée^ par sa nature, aux hommes libres, pouvait seule être cfinvenablement oi^anisée, 'et l’était réellement de la manière la plus parfaite.
De tels aritécédens, jiidicienseinent appréciés, empêcheraient , sans doute, de méconnaître le grand progrès élémentaire réalisé par le catholicisme, imposant spontanément à chaque croyant , avec une irrésistible autorité, le devoir rigoureux de recevoir, etausSi de procurer autant que possible, le bienfait de celle instruction religieuse , qui , saisissaiit l’individu dès ses premiers pas, et, après l’avoir préparé à sa destination sociale, le suivait d’ailleurs assidûment dans tout le cours de sa vie active, pour le ramener sans cesse à la juste application de ses principes fondamentaux , par un ensemble admirablement combiné d’exhortations directes, générales ou spéciales, d’exercices individuels ou communs, et désignés matériels convergeant très bien vers l’unité d’impression. En se re^^ portant convenablement à ce temps, on ne tardera pointa sentir que, même sous l’aspect intellectuel , ces modestes chefs-d’œuvre de philosophie usuelle qui formaient le lond des cathéchismes vulgaires, étaient alors, en réalité, tout ce qu’ils pouvaient être essentiellement, quelquearriérésqn’ils doivent maintenant nous semblera cet égard; car ils contenaient ce que la philosophie théologi(|ue.proprer ment dite, parvenue à l’étatdemônolliéisnie, pouvait offrir de plus parfait, à moins.de sortir radicalement d’un tel régime mental, ce qui certes était
PHYSIQUE SOCIALE. .'5t3ç)
encore éminemment chimérique : ia seule philosophie un peu plus avancée , à cet égard, qui existât déjà, était, comme on l’a vu, purement métaphysique, et, àée titre, nécessairement Impropre, parsa nature anti-organique, à passer utilement dansHa circulation générale, où, d’après l’expérience pleinement décisive des siècles antérieurs, elle n’aurait, évidemment, pu instituer finalement qu’un funeste scepticisme universel , incompatible avec tout vrai gouvernement spirituel de l’humanité; quant aux précieux rudimens scientifiques graduellement élaborés dans l’immortelle école d Alexandrie , ils étaient, sans aucun doute, beaucoup trop faibles, trop isolés, et trop abstraits, pour devoir pénétrer, à un degré quelcompie, dans une telle éducation commune, quand même 1 esprit fondamental du système ne les eût pas implicitement repoussés. Mieux on scrutera l’ensemble de cette mémorable organisation, plus on sera choqué de l’irrationnelle et profonde injustice que présente l’aveugle accusation absolue, tant répétée contre le catholicisme, d’avoir, sans distinction d’époques, toujours tendn.à étouffer le développement populaire de l’intelligence humaine, dont il fut si long-temps, au contraire, le promoteur le plus efficace : le reproche banal du protestantisme, quant à la sage prohibition de l’é-