TOME V
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suite, ù ce sujet, d’une irrationnelle tendance, déterminée ou entretenue par l’école métaphysique,, soit protestante, soit déiste, à attribuer essentiellement l’eOicacité morale du catholicisme à sa seule doctrine, abstrâclion faite de son organisation propre, que l’on s’efforce, au contraire, 'de représenter comme essentiellement opposée, par sa nature, à une telle destination. Les divers motifs sociaux d’après lesquels j’ai expliqué ci-dessus les principales conditions 'générales de cette organisation, doivent évidemment nous dispenser ici de, revenir directement sur celle fausse et dangereuse opinion , ainsi radicalement réfutée d’avance, puisque ces motifs étaient surtout tirés de la réalisation de ce but moral : d’ailleurS les exemples pleinement décisifs ne danqueraient pas pour justifier irrécusablement cette recliBcation préalable , sans parler même du mahométisme, que je viens de citer, et où l’absence d’une convenable organisation spirituelle se complique trop avec l’inaptitude élémentaire d’une populaliou mal préparée : il suffirait, à cet effet, de mentionner le prétendu catholicisme grec, ou plutôt byzantin, qui, par l’excessive prolongation de l’èmpire, n’ayant pii comporter une vraie constitution distincte et spéciale du pouvoir spirituel , s’est trouvé, malgré la plus grande conformité de
PHYflQLE SOCIALE. /jiQ
docUines, ihéolc^lques et morales, avec le catholicisme réel, et malgré d’ailleurs la similitude primitive des populations correspondantes, constamment frappé d’une profonde stérilité morale, dont l’exacte appréciation philosophique, si elle était possible ici, confirmerait éminemment, par un lumineux contraste,’ la justesse nécessaire des principes précédemment posés. Plus on méditera sur ce grand sujet, mieux on se convaincra, j’ose l’assurer, que la grande efficacité morale du catholicisme a essentiellement dépendu de sa constitution sociale, et très accessoirement lenuà l’influence propre et directe desa seule doctrine, abstraitement envisagée, quoi qu’en dise la critique métaphysique. Quelque pure que pût être sa morale (et (jui prêcha jamais directement avec succès une morale vraiment impure?), elle n’eîit guère abouti, dans la vie réelle^ qu’à d’impuissantes formules, accompagnées de superstitieuses pratiques, saas l’active intervention continue d’un pouvoir spirituel convenablement organisé et suffisamment indépendant, qù consistait nécessairement la pcincip’ale valeur sociale d’un tel système religieux. Le faible ascendant naturel de notre intelligence sur nos passions rend ce danger fondamental nécessairement commun, à un degré plus ou moins prononcé, à toute doctrine quelconque ; et rien
PHH.OSOPUIE POSITIVE.
ne démontre mieux, en général, l’indispensable besoin moral d’une véritable organisation spirituelle : mais ce besoin doit plus spécialement appartenir, comme je l’ai établi, aux doctrines théologiques, à cause du vague et de l’incohérence qui les caractérisent spontanément, et qui, loin de leur permettre d’inspirer directement une con*duite déterminée, les rendent, à l’usage, presque indéfiniment modifiables au gré de pénchans. énergiques, jusqu’à pouvoir même sanctionner finalement les plus monstrueuses aberrations pratiques, ainsi que l’ont prouvé tant d’éclatans exemples, depuis que l’émancipation religieuse est assez' avancée. Avant de procéder immédiatement à la saine appréciation de la haute influence morale propre au régime monothéiqùe du moyen-âge, il était indispensable de rappeler distinctement ces notions préliminaires, afin que cette influence pût être ensuite rapportée sans effort à sa vraie source principale, en prévenant, autant que possible, une déviation philosophique, trop commune aujourd’hui. C’est pourquoi je dois ,* en outre, perfectionner, ou plutôt compléter, cette importante analyse préalable, en faisant encore précédé r une telle appréciation directe par l’exacte détermination spéciale du mode essentiel d’efficacité morale qui a réellement appartenu aux doc-
trliies catholiques, abstraction -faite désormais de l’organisation correspondante, dont l’intervention continue, maintenant îneontestabte, sera toujours implicitement supposée en ,C|¥ii
va suivre.
A cet égard, la discussion principale, immédiatement liée aujourd’hui aux plus grands intérêts de Fhumauité, consiste à décâdéiÿ 'ei) général, si l’action mbrale du catholicume lÂ'-aaoy en-âge tenait surtout à la propriété, aloN ésckisivemeut inhérente à ses doctrines, de servir d’organes indispensables à la constitution régulière de certaines opinions spontanément communes, dont la puissance publique , une /ois établie , était nécessairement douée, par sa seule universalité, d’^in irrésistible ascendant moral: ou bien si,’ selon l’hypothèse vulgaire, les résultats effectifs ont essentiellement dépendu de ces profondes impressions personnelles d’espoir, etencoreplusde crainte, relatives à la vie future , que le catholicisme s’était attaché à coordonner et a fortifier avec plus de soin et d’habileté qu’aucune autre religion , soit antérieure, soit même postérieure j précisément parce qu’il avait judicieusement évité tle rien forutyler dogmatiquement à ce sujet, laissant h l’imagination -.intéressée de chaque croyant à détailler Kbremcnt les peines et les récompenses
422 PIJILÜSOPhiE POSllflVE.
])rQinises, d’une manière bien aulrement éne^gique*, e% bien mieux appropriée aux convenances individuelles, que ne l’eût permis^ comme dans la.foi musulmane, par exemple, l’immuable contemplation d’une perspective banale , quelque ' beureusemeut qu’elle eût d’abord été clioisie. Cette grande question, qui, j’ose le dire, n’a jamais été convenablement posée, ne saui'ait être nettement résolue par l’examen des cas ordinaires, où les deux influences ont dû évidemment coexister toujours, pendant tout le règne du catholi-cismej ce qui doit conduire, à moins d’une analyse très variée et souvent fort difficile, à attribuer fréquemment à l’une ce qui appartient vraiment à l’autre, suivant la prédisposition dominante de notre intelligence; connue le térao^gnenf, en tant d’exemples, les discussions scientifiques,^ sur des sujets^émeinfinimcnt plus simples. La saine logique indique donc ici la nécessité de prononcer surtout d’après ces cas, plus ou moins excejjtionnels, où les deux grandesinfluences qu’il s’agit de comparer se sont trouvées en opposition mutuelle, par une discordanceanoraale très caractérisée entre les préjugés publics et les prescriptions religieuses, ordinairement d’accord: cedoiven t être évidemment les seules circonstances où l’observation dmecte puisse être pleinement décisive, à moins de contradic-
PHYSIQOË SOCIALE. 4^3
tluii forinelle aycc un principe déjà bien établi. Or, quoique de telles occasions doivent, par leur nature, être fort rares, surtout pour des sujets ^ suflisamment importans, une judicieuse exploration sociologique eu fera aisément discerner, aux divers âges du catliolicisme, plusieurs pleinement irrécusables, et remplissant spontanément, au degré convenable, toutes les conditions indispensables à la démonstration historique de cet aphorisme vraiment capital de statique sociale : les préjugés publics sont habituellement plus puissans que les préceptes religieux, dans tout antagonisme qui vient à s’établir entre ces deux forces morales, jusqu’ici le plus souvent convergentes. Mon illustre précurseur, l’infortuné Condorcet, qui me paraît aVoirseul compris dignement une telle discussion, a cité surtout un exemple éminemment décisif, que je crois devoir indiquer ici, soit à raison de sa haute inaportance sociale, soit parce que l’opposition des deux forces s’y trouvait très marquée : c’est le cas général du duel, rpii,.aux plus beaux temps du catholicisme, imposé par les mœurs militaires, conduisait si fréquemment tant de pieux chevaliçrs à brader directement les plus énergiques condamnations religieuses; tandis que (afin de compléter; par un contraste non' moins significatif, cette lumineuse observation), on voit
424 PniLOSOraiE POSITIVE.
aujourd’hui le duel spontanément disparaître peu à peu, sous la seule prépondérance graduelle des mœurs industrielles, malgré l’entière décadence pratique des prohibitions ihéologîques. Cette seule indication capitale, à laquelle je dois ici me réduire, suffira, j’espère, pour suggérer au lecteur beaucoup d’autres vérifications analogues, plus oii moins prononcées, d’un principe d’ailleurs en pleine harmonie avec la connaissance réelle delà" nature humaine, qui nous déterminera toujours, dans les cas suffisamment gravés, à braver un péril lointain, quelque intense qu’il puisse être, plutôt que d’encourir immédiatement l’inévitable llétrissure d’une opinion publique très arrêtée et très unanime. Quoique rien, au premier aspect, ne semble pouvoir contrebalanfcer la puissance des terreurs religieuses , directement relatives à un avenir indéfini , il n’est pas douteux cependant que, par une suite nécessaire de cette éternité même, des âmes assez énergiques, comme il en a toujours existé, et surtout au moyen-âge, sans contester aucunement la réalité d’une telle perspective future, ont pu se la rendre secrètement assez familière pour n’In plus être arrêtées dans leurs im pulsions dominantes ; car, l’éternité de douleur, aussi inintelligible que l’éternité de plaisir, ne saurait se toncilier, dans notre imagination.
Di.v.-
PHŸSIQUE SOCIALE. 42.5
avec cette aptitude évidente de toute vie animale à convertir en indifférence tout sentiment continu. Milton a beau consumer son admirable génie poétique à nous peindre les damnés alternativement transportés, par un infernal' raffinement, du lac de feu sur l’étang glacé, l’idée des bains russes fait bientôt succéder le sourire à cè premier effroi, et rappeler que la puissance de l’habitude pçut • •' atteindre aussi le changement même, quelque brusque qu’il puisse être, dès qu’il devient assez •fréquent. On sentira toute* la portée réelle d’utie ** ' ,' ' semblable appréciation , malgré son- apparence paradoxale, si l’on considère que la même'énergie qui pousse aux grands crimes peut également conduire à braver de tels arrêts, envers lesquels \ le temps ne saurait d’ailleurs manquer pour se préparer graduellement à leur exécution lointaine, dût-elle n’être jamais.affectée d’aucune grave incertitude, ce 'qui est certainement impossible/
Quant aux âmes ordinaires, il est clair que l’espoir, toujours réservé, d’une absolution finale, qui constituait, comme je l’ai expliqué, une indispensable condition générale de l’existence pratique du catholicisme, devait souvent suffire, dans les circonstances, naluréllement moins critiques, où elles se trouvaient communémentj à leur inspirer le facile courage de violer momentanément
4a6 PHIUOSOPHIÇ POSITIVE,
les préceptes religieux; tandis qu’elles n’auraient pu, sans desellbrls bien plus puissans, aOronter directement les préjugés publics, dans les cas d’antagonisme très prononcés. Saus insister ici davantage sur un tel sujet, maintenant assez éclairci pour notre, but principal , nous devrons donc regarder désormais la force morale du Catholicisme comme ayant dû tenir essentiellement , aux époques meme de sa plus grande intensité, à son aptitude nécessaire, tant qu’il a pu suffisamment régner, à se constituer spontanément en organe régulier des opinions communes, dont l’irrésistible universalité devait naturellement tirer une nouvelle énergie continue de leur active ‘reproduction systématique par un clergé indépendant et respecté : les considérations purement relatives à la vie future n’ont pu avoir comparativement, en aucun temps, qu’une influence très accessoire sur la conduite réelle. Outre l’utilité historique de cette analyse préalable dans la saine appréciation générale de l’influence morale propre au catholicisme, le lecteur doit, sans doute, déjà pressentir l’extrême intérêt philosophique qu’elle devra bientôt acquérir, quand noUs serons graduellement parvenus à l’examen direct de l’état présent de l’humanité , où , d’après un tel préambule , nous devrons immédiatement expliquer
PHYSIQUE SÔCIÀLE. 4^7
commejil révolal'ion inlellecluelle, quoique finissant par dissiper sansi’etour toutes ces émotions ihéologiques, est loin cependant de diminuer, en réalité, les garanties morales de l’ordre social, parce qu’elle doit développer éminemment la force insurmontable de l’opinion publique, par un Incontestable privilège de la pbilosopbie positive, qui sera alors convenablement caractérisé.
L’admirable régénération graduelle que, au raoyen-âge, le catholicisme a suffisamment accomplie, ou du moins convenablement ébauchée, dans la morale humaine, a surtout consisté, d’après nos Indmations antérieures, à transporter enfin , autant que possible , à la morale la suprématie sociale jusque alors toujours demeurée à la politique, en faisant justement prévaloir désormais les besoins les plus généraux et les plus fixes sur les nécessités particulières et variables, par la considération , directement prépondérante, des conditions élémentaires de l’existence humaine , de celles qui , immuables dans leur nature et seulement de plus en plus développées, sont inévitablement communes à tous les états sociaux et a toutes les situations individuelles , et dont les exigences fondamentales, formulées par une, doctrine universelle, déterminaient ainsi la mission spéciale du ])ouv’olr spirituel', essentiellement des-
Di
tlné à les faire continuellement i^especter dans la vie réelle j individuelle et sociale, ce ijui supposait d’abord son entière, indépendance du pouvoir politique proprement dit. Sans doute, comme je l’expliquerai plus tard, la philosophie , éminemment théblogique, sur laquelle devait alors exclusivement reposer cette sublime opération sociale, en a-, sous divers aspects importans, beaucoup altéré la pureté, et même gravement compromis l’efficacité; soit parce que le vague de cette philosophie affectait forcément, malgré toutes les précautions de la sagesse sacerdotale, les prescriptions morales qui s’y rattâchaient ; soit aussi à cause de l’empire moral trop arbitraire qui en devait résulter pour la corporation directrice, et sans lequel néanmoins l’absolu Inhérent aiu préceptes religieux les eût rendus réellement impraticables ;• soit enfin par suite de la sorte de contradiction intime qui devait implicitement entraver une doctrine ou l’on se proposait de cultiver surtout le sentiment social, mais en développant d’abord un égoïsme exorbitant, quoique idéal, ne concevant jamais le moindre bien qu’en, vue de récompenses infinies, en sorte que la préoccupation continue du salut individuel devait directement neutraliser, à un haut degré, ce qu’il y avait de vralment sympathique dans l’heureuse et
(ouchanle anèction unanime de Pamour de Dieu. IVIais, quelque incontestables que soient ces divers inconvéniens capitaux, ils étaient évidemment inévitables, et ils n’ont point empêché alors la réalisation sullisante d’une régénération qui ne pouvait autrement commencer, quoiqu’elle doive maintenant être poursuivie et perfectionnée d’après de meilleures bases intellectuelles.
C’est ainsi que , par une juste appréciation comparative des différens besoins de l’humanité, la morale a été enfin dignement placée à la tête des nécessités sociales, en concevant toutes les facultés quelconques de notre nature comme ne devant jamais constituer que des moyens plus ou moins efficaces, toujours subordonnés à ce grand but fondamental de la vie humaine, directement consacré par une doctrine universelle, convenablement érigée en type nécessaire de. tous les actes réels, individuels ou sociaux. On doit, à là vérité, reconnaître qu’il y 'avait, au fond, ainsi que je l’expliquerai ci-après, quélque chose d’intimement hostile au développement intellectuel dans la manière dont l’esprit chrétien concevait la suprématie sociale de la morale, quoique cette opposition ait été fort exagérée ; mais lè catholicisme, à son âge de prépondérance, a spontanément contenu une telle tendance, par cela même' qu’il
prenait le principe de la. capacité pour base directe de sa propre conslitulion ecclésiastique : cette disposition élénienlaire, dont le danger pliilosopbique ne devait se .manifester qu’au temps de la décadence du système catholique, n’empêchait nullement la justesse radicale de cette sage décision sociale qui subordonnait nécessairement l’esprit lui-même à la moralité. Les intelligences, de plus en plus multipliées, qui, sans être vraiment éminentes, ont atteint, surtout par la cuL ture, un degré moyen d’élévation, se sont toujours, et principalement aujourd’hui, secrètement insurgées contre cet arrêt salutaire, qui gêne, leur ambition démesurée : mais il sera éternellement confirmé, avec une profonde reconnaissance, malgré les perturbations provenues d’une telle anti^ pathie mal dissimulée, soit par la masse spciale, au profit de laquelle il est directement conçu, soit par le vrai génie philosophique , qui en peut analyser dignement l’immuablé nécessité. Quoique la véritable supériorité mentale soit certainement la plus rare et la plus précieuse de toutes, il est néanmoins irrécusable ([ue-, meme chez les organismes exceptionnels où elle est convenablement prononcée, elle ne peut réaliser sullisammerit son principal .essor quand elle n’est point subordonnée à une haute moralité, par suite du peu d’énergie
reJallve des facultés spirituelles dans l’ensemble de la nature humaine. Sans cette ihdispensable condition permanente, le génie, en supposant qü’il puisse être alors entièrement développé, ce qui serait bien didicile, dégénérera promptement en instrument secondaire d’une étroite satisfactipn' ])ersonnelle, au lieu de poursuivre directement celte large destination sociale qui peut seule lui^ offrir un champ et un aliment dignes de lui: dès-lors, s’il est philosophique, il ne s’occu-: jiera que de systématiser la société au profit de ses propres penchans; s’il est scientifique, il 'se bornera à des conceptions superficielles, susceptibles de procurer bientôt des succès faciles et productifs; s’il est esthétique, il produh-a des œuvres sans conscience, aspirant, presque à tout prix, à une rapide et éphémère popularité; enfin, s’il est industriel, il ne cherchera point des in- * vendons capitales , mais des modifications lucratives. Ces déplorables résultats nécessaires de l’esprit dépourvu de direction morale, qui, du 'moins, malgré qu’ils neutralisent radicalement la valeur sociale du génie lui-même, ne sauraient entière-^ ment l’annuler, doivent être évidemment encore plus vicieux chez les hommes secondaires ou médiocres, à spontanéité peu énergique: alors l’intelligence, qui ne devrait servir esseiitiellemcnt
Di.
/j3a PHILOSOPHIE POSITJTE.
qu’à perfectiouDcr lé prévision, l’appréciation, et la satisfactioil des vrais besoins principaux de l’inv dividu et-de la société, n’aboutit le plus souvent, dans sa vàine suprématie, qu'à susciter nne insociable vanité, ou à fortîGer d’absurdes prétentions à dominer le moùde au nom de la capacité, qiH, ainsi moralement afifranchie de toute con41tiqn d’utilité générale, finit par devenir d’ordinaire également nuisible au bonheur privé et au bien public, comme ou ne l’éprouve que trop aujourd’hui. Pour quiconque a convenablement appro-. fondi la véritable élude fondamentale de l’humanité, l’amour universel, tel que l’a conçu le catholicisme, importe certainement encore davantage que l’intelligence elle-même , dans l’économie usuelle de notre existence, individuelle ou sociale, parce que l’amour > utilise spontané- .méht^ au profit de chacun et de. tous, jusqu’aux moindres facultés mentales ; tandis que l’égpïsme dénature ou paralyse les plus éminentes dispositions-, dès- lors souvent bien plus pertùrbàtnces qu’efficaces, qû/int au bonheur réel, soit privé, soit public. La profonde sagesse du catholicisme, éu constituant enfin la morale au-dessUS de toute l’existence humaine, afin d’eç .diriger et contrôler sans cesse les divers actes (pielconques, a donc certainement établi le principe le plus fon-
Digilized by Couple
physique’ sociale. 433
tlamental de I4 vie sociale, efqui, quoique momentanément ébranlé ou obscurci par de dangereux sophismes, surgira toujours fin.alemént, avec une évidence croissante, d'une étude de plus en plus approfondie de notre véritable nature, surtout quand le positivisme rationnel aura spontanément dissipé, â ce sujet, les ténèbres métaphysiques;
Du reste, en considérant,’ à. cet égard, aussi bien que sous tout autre aspect plus déterminé, l’appréciation morale du catholicisme, il ne faut jamais oublier que, par suite même de l’indépendance élémentaire de la morale envèrs la politique, organisée par la séparation générale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, la doctrine morale a dû dès lors se composer essentiellement d’une suite dé types, destinés surtout j non à formuler immédiatément la pratique réelle, mais à caractériser convenablement la limite’, toujours plus ou mpins idéale, dont notre coii-' duite devait tendre sans cesse à se rapprocher de plus en plus. La nature et la destination de ces types moraux sont entièrement analogues à celles des types scientifiques ou esthétiques, qui , dans toute œuvre rationnellement dirigée, servent de guide indispensable à nos diverses conceptions, et dont le besoin se fait sentir jusque dans les TOME V. ^ 38
434 rHII.OSOPHIt: POSITIVE."
plus simples opérations humaines, même'indus>‘ Irielles. On a radicalement méconnu, sous ce rapport, l’esjirll général de la morale catholique, de manière à n’en pouvoir porter que de faux jugeniens philosophiques, lorsqu’on lui a irrationnellement reproché la prétendue exagération de ses principaux préceptes : il serait aussi judicieux de critiquer les peintres, par exemple, sur la perfection chimérique de leurs modèles intérieurs. Il est clair, en général, que des types quelconques doivent nécessairement dépasser les réalités coires- ])ondantes, puisqu’ils en doivent constituer les limites idéales, au-dessous desquelles la pratique ne restera certainement que trop, encore plus dans Tordre moral que 'dans l’ordre intellectuel: ce qui q’empêche nullement, en l’un et l’autre cas, leur utilité fondamentale, pourvu qu’ils soient convenablement construits; condition que l’idée même de limite, telle que les géomètres l’ont régularisée, est éminemment propre à définir exactement aujourd’hui. L’instinct philosophique du catholicisme lui a fait remplir spontanément, de la manière la plus heureuse, cette condition indispensable, en le conduisant à faire passer, pour plus, d’efficacité pratique, ses types moraux de l’état abstrait à Pétât concret, épreuve vraiment décisive qui, en un sujet quelconque.
manifesterait aussitôt l’exagération effective des conceptions initiales : c’est ainsi que les premiers philosophes qui ont ébauché le catholicisme se sont complus naturellement dans l’application de leur génie social à concentrer graduellement ^ sur celui auquel ils rapportaient la fondation primordiale du système, toute la perfection qu’ils pouvaient concevoir dans la nature humaine; de mânière à l’ériger ensuite en type universel et actif, alors admirablement adapté à la direction morale de l’humanité, et dans lequel, en un cas quelconque, les plus chétifs et les plus éminens pouvaient également trouver des modèles généraux de conduite réelle; ce type sublime ayant d’ailleurs été admirablement complété par la conception, encore plus idéale, qui représente, pour la femme, la plus heureuse conciliation mystique de la pureté avec la maternité.
Toutes les diverses branches essentielles de la morale universelle ont reçu du catholicisme des améliorations capitales, qui ne sauraient être ici spécialement mentionnées, et pour la juste appréciation desquelles je puis d’ailleurs renvoyer provisoirement aux philosophes catholiques, surtout à Bossuet et à De Maistre, qui les ont, en général, sainement jugées. Je dois me borner mainlenant à l’indication rapide des plus impor-
PIIJLOSOPIIIE POSITIVE.
tans progrès, dans les trois parties successives (|ui composent l’ensemble de la morale, d’abord personnelle, puis domestique, et enfin sociale, suivant la division établie au cinquantième chapitre*
Consacrant l’opinion unanime des philosophes antérieurs, le catholicisme a dignement envisagé les vertus individuelles comme la première base de toutes les autres, en ce qu’elles oflrent l’e.\ercice le plus naturel et le plus décisif à cet ascendant énergique de la raison sur la passion, d’où dépend tout le perfectionnement moral. Aussi ne dpit-on pas même croire dépourvues d’eflicacité sociale, surtout au moyen-âge, ces pratiques artilicielles où l’homme était poussé à s’imposer volontairement des privations systématiques, qui, malgré leur inutilité apparente, ont pu constituer d’heureux auxiliaires permauens de -l’éducàtion morale (i). Du reste, les vertus simplement personnelles ont commencé alors à être conçues di-
(i) Los pmiqnes hygiéniqaes imposées par le catholicisme, oatrc leur ntilité iDdirecte pour cotretcnic de salataircs habitudes de soumission . morale et de contrainte volontaire , se rapportaient directçr ment II l’action génc'rale dn régime snr l’en&emble de notre nature, dontia hante importance n’est plus douteuse aux yenxdes bons esprits, et que la saine philosophie devra soumettre un jour i une sage discipline rationnelle, destinée h réaliser, sons l’assentiment éclairé de la raison pnbliqpe , l’entière efficacité, physique et morale ■, de ce pnissant moyen de perrectionncmciit.hiHnaiu.
PHYSIQUE SOCIAI.E. 4^7
rçctetneiil dansleur destination sociale, taudis (|uc les anciens les recommandaient surtout à titre de prudence purement relative à l’individu,, isolément considéré : la philosophie positive poursuivra de plus en plus cette importante transformation, qui tend à ôter à l’arbitrage de la sagesse privée des habitudes où l’individu est loin certes d’être seul intéressé. L’humilité , tant reprochée à cette partie élémentaire de la morale catholique, .constitue, au contraire, une prescription capitale, dont la valeur réelle h’est pas seulement bornée à ces temps d’orgueilleuse oppression qui en ont mieux manifesté la nécessité, mais se rapporte, en géné; ral , aux vrais besoins moraux de la nature humaine, où il n’est pas à craindre, sans doute, que l’orgueil et la vanité soient effectivement jamais trop abaissés : la nouvelle philosophie sociale confirmera et même perfectionnera nécessairement, à un haut, degré, cet important précepte, en l’élcndant spontanément jusqu’aux supériorités intcllectuclles,quoiqu’eIle leur ouvre le plusvaste champ; car, rien n’est assurément plus propre que les études positives , pour peu, du moins, qu’elles soient convenablement approfondies et philosophique-: ment conçues, à faire continuellement apprécier, en tous sens, la faible portée de notre lutclligeuce,quel- (juenoble fierté rationnelleijue doive d’ailleurs nous
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inspirer une salisfuisante découverte de la vérité. Mais je dois surtout signaler , au sujet de ce premier ordre de prescrijitions morales, une dernière innovation essentielle, heureusement accômplie par le catholicisme, et dont la philosophie métaphysique a fait méconnaître l’éminente valeur sociale : je veux dire la réprobation générale du suicide , dont les anciens, aussi dédaigneux de leur propre vie que de celle d’autrui, s’étaient si Souvent fait un monstreux honneur, ou du moins une trop fréquente ressource, plus d’une fois imitée par leurs philosophes, loin d’en être blâmée. Cette pratique antisociale devait, -sans doute, spontanément décroître avec la prédominance des mœur» militaires; mais c’est certainement une des gloires morales du catholicisme d’-en avoir convenablement organisé l'énergique condamnation', dont l’importance, momentanément oubliéeaujourd’hui à cause de notre anarchie intellectuelle, sera certainement toujours confirmée par une exacte analyse des vrais besoins moraux de la société humaine. Plus la vie future perd nécessairement de son eilicacité morale, plus il importe, évidemment, que tous, les individus soient, autant que possible, invinciblement attachés à la vie réelle, sans pouvoir en éludér les douloureuses conséquencès par une calast-rophe inopinée, qui laisse
Oiuiîiz.:nJ
PHYSiqt'E SOCIALE. /p9
^ chacun la' dangereuse facuUé d’auuuler , à son gré i la réaction indispensable que la société a compté exercer stir lui : en sorte que, d’après des motifs purement humains , le suicide sera un jour non moins pleinenlent réprouvé 'Sous le régime positif, comme' directement contraire aux bases générales de la moralité humaine.
L’aptitudé morale du catholicisme s’est surtout manifestée dans l’heureuse organisation de la morale domestique, enfin placée à son rang véritable, au lieu d’être absorbée par la politique , suivant le génie de toute l’antiquité. Par la séparation fondamentale entre l’ordre spirituel et l’ordre temporel, et par l’ensemble du régime correspondant, on a été conduit, au moyen-âge, ’à ‘sentir que la vie domestique devait être désormais hi plus importante pour la masse des hommes, sauf le petit nombre de ceux que leur natui'e exceptionnelle et les besoins de la société devaient appeler principalement à la vie politique, à laquelle les anciens avaient tout sacrifié, parce q>i’ils ne considéraient que les hommes libres dans des populations surtout composées d’esclaves. Ce soin prépondérant du catholicisme ponr la morale do-, mestique à eu tant d’admirables résuUals,qne leur analyse sommaire ne saurait être indiquée ici. Je ne m’arrête donc pas à considérer l’henreux per-
44o PHILOSOPHIE POSITIVE,
feclioiinemeiit général de la famille humaine, sous l’inlervenlion continue de l’influence catholique, pénétrant spontanément dans les plus intimes relations, où, sans tyrannie, elle développait graduellement un juste seulimeiU des devoirs mutuels; et cependant il serait, par exemple, d un haut interet de mieux apprécier qu’pn ne l’a fait encore comment le catholicisme, tout en .consacrant, delà maniéré la plus, solennelle, ■ l’autorité paternelle, a totalement aboli le despotisiqe presque absolu qui la caractérisait chez les anciens, et, qui , dès la naissance, était ^i fréquemment' manifesté par le meurtre ou l’abandon des nouveaux-nés, encore essentiellement légitimes hors de la sphère territoriale du monothéisme. Restreint ici par d’inévitables limites, j’indiquerai seulement ce q^ui se rap|)oi:te au lien le plus fondamental, envers lequel, après^ une profonde appréciation , tous les vrais philosophesfiniront, à mon gré, par reconnaître bientôt, malgré nos graves aberrations actuelles, qu’il ne reste vraiment a faire rien dWsentiel, si çe n’est de consolider et de conipléter ce que le . catholicisme a si heureusement oi^anisé. Nul ne conteste plus maintenant qu’il n’ait, essentiellement amélioré la condition sociale des femmes, et cependant personne ii’a remarqué qu’il Içnr a ra-
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dicalemcnl enlevé toute parhcipation quelconque aux fondions sacerdotales, même dans la constitution des ordres monastiques où il les a admises. On doit ajouter, en outre, pour fortifier cette Importante observation, qu’il leur a, autant que possible, pareillement interdit la royauté, dans tous les ‘pays où son influence politique a pu^re suffisamment réalisée , en modifiant, dans des vues d’aptitude, l’hérédité purement tbéocratique, où la caste doniinait d’abord absolüineut. Ces incontestables restrictions doivent faire comprendre que le perfectionnement opéré par le catholicisme a surtout consisté, quant aux femmes, en les concentrant davantage dans leur existence essentiellement domestique, à garantir la juste liberté de leur .vie intérieure, et à Consolider lepr situation, en consacrant l’indissolubilité fondamentale du mariage ; tandis que, même chez les Romains, la répudiation facultative altérait gravement, au détriment des femmes, l’état de pleine monogamie, Vainement arguë-t-on de quelques dangers exceptionnels ou secondaires, dont la réalité est trop incontestable, pour déprécier aujourd’hui' cette indispensable fixité, si heureusement adaptée, en général, aux vrais besoins de notre nature, où la versatilité n’est pas moins pernicieuse aux seutiiuens qu’aux idées, et sans laquelle notre
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courte exisleHce se consumerait en une suite in> terminable et ilinsoire de déplorables essais, où l’aptitude caractéristique de l’homme à se modifier conformément à toute situation vraiment immuable serait radicalement méconnue, malgré soii importance extrême chez les organismes peu prononcés, qui composent l’immense majorité. L’obligation de conformer sa vie à une insurmontable nécessité , loin d’être réellement nuisible au Ijonbeur de l’homme , en constitue ordinairement, au contraire, pour peu que cette nécessité soit tolérable, l’une des plus indispensables conditions,* en prévenant ou contenant l’inconstance de nos vues et l’.hésitation de nQs desseins; la plupart des* individus étant bienrplus propres à 'poursuivre l’esécution d’une conduite dont les données fondamentales sont indépendantes de leur volonté, qu’à choisir convenablement celle cpi’ils doivent tenir; on reconnaît aisément, en effet, que notre piincipale félicité morale se rapporte à des situations qui n’ont pu être choisies, comme celles, par exemple, de fils et de père. En- indiquant, au chapitre suivant, les graves atteintes que le protestantisme a ten.té d’apporter à l’institution fondamentale du mariage catholique, j’aurai lieu de faire plus directement sentir f|ue la dangereuse faculté du divorce, loin
de perfectionner une- telle 'instiLulion , au profit réel d’aucun sexe, tendrait', au contraire, si elle pouvait s’introduire réellement dans les mœurs modernes, à constituer une imminente rétrogradation morale t en donnant une trop libre carrière aux appétits les plus énergiques, dont la répression continue, combinée avec une légitime satisfaction, doit nécessairement augmenter à mesure que l’évolution humaine s’accomplit , comme je l’ai établi, en principe, à la fin du volume précédent. Renfermant à jamais les femmes dans la vie domestique , le catholicisme a d’ailleurs si intimement lié les deux seites , que , d’après les mœurs d’abord organisées sous son influence, l’épouse acquiert nécessairement un droit imprescriptible, et même indépendant- de sa conduite propre, à participer, sans aucune condition active, non-seulement à tous les avantages sociaux de -celui qui l’a une fois choisie, mais aussi, autant que possible , à la considération dont il jouit : il serait certes dlûicile d’imaginer une dispositionpraticable qui favorisât davantage le sexe nécessairement dépendant. Lcnn de tendre à la cliiméri<|ue émancipation , et à l’égalité non moins vaine , qu’on rêve aujoürd’hui pour lui , la civilisation, développant, au contraire, les difierences essentielles des sexes aussi bien que toutes les
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autres, comme je l’ai déjà indiqué au cliapitrejirécédent , enlève de plus en plus aux femmes, toutes les fonctions qui peuvent- les détourner de leur vocation domestique. On ne peut, sans doute, mieux juger, à cet égard, dé la vraie tendance universelle qu’en examinant ce qui se passe dans les classes élevées de la société , où les femmes ont pu suivre plus aisément leur véritable destinée, et qui doivent, par conséquent, offrir, à cet égard, •une sorte de type spontané, vers lequel convergeront ulléricurcraent, autant que; possible, tous les autres modes d’existence : or, on s<Tisit ainsi -directement la loi générale de ' l’évolution sociale en ce qui concerne les sexes, et qui con-r ' siste à d^ager de plus .en plus-les femmes de toiile occupation étrangère à leurs fonctions domestiques, de manière, parexemple , à faire un jour repousser, comine honteuse pour l’homme, dans tous les rangs sociaux, ainsi qu’on le voit déjà chez 'les plus avancés, la pratique des travaux pénibles, par les femmes, dès-lors partout réservées, d’une manière de plus en plus exclusive, à leurs nobles attributions caractéristiques d’épouse et de’ lucres Quoique je ne puisse pas même ébaucher ici la série spéciale d’observations sociales propre à ' conlirmer irrécusablement ce principe général, d’ailleurs si confon.ne.à la vraie connaissance de notre nature.
PinSIQUi; SOCIALE. • 445
m.'iis qui ne saurait être convenablement établi que dans mon traité particulier de philosophie politique, j’espère cependant que cette rapide indication, quelque imparfaite qu’elle doive être, sufbra pour fiiire déjà sentir aux meilleurs esprits que, hors .d’une telle tendance élémentaire, qui reste désormais à cousolider et à compléter chez toutes les classes quelconques dé la société moderne, il m; peut exister, en réalité, de moyens êfiicaces d’améliorer la condition actuelle des femmes que ceux qui résulteront spontanément de la régénération rationnelle de l’éducation humaine', chei l’un et l’autre sexe, sous l’ascendant ultérieur de la philosophie positive.
G)usidérant enfin la moralé sociale proprement dite, il serait certes superflu de constater expressément ici l’influence capitale du catholicisme pour modifier le patriotisme, énergique mais sauvage, qui animait seul les anciens, par le sentiment plus élevé de l’humanité ou de la fraternité universelle, si heureusement vulgarisé par lui sous la douce dénomination de charité. Sans doute, la nature des doctrines, et les antipathies religieuses qui en résultaient , resti-eign aient beaucoup, en réalité, cette hypothétique universalité d’afièction, essentiellement limitée d’ordinaire aux populations chrétieimesj mais, entre ces li-
miles, les sentimeos de fraternité des diflféreiis peuples étaient puissamment développée, outre la foi commune qui en était le principe, par leur uniforme subordination habituelle à un même [)Ouvoir spirituel, dont les membres, malgré leur nationalité propre, se sentaient spontanément concitoyens de toute la chrétienté t on a justement remarqué que l’amélioration des relations européennes, le perfectionnement du droit international, et les conditions d’humanité de plus en plus imposées à la guerre elle-même, remontent, en effet, jusqu’à celle époque où l’inQuence catholique liait directement toutes les parties de l’Europe. Dans l’ordre intérieur de chaque nation, les devoirs généraux qui se rattachent à .ce grand principe catholique de la fraternité ou de la charité universelles; et qui n’ont aujourd’hui perdu momentanément leur principale efficacité que par suite de l’inévitable décadence du système théolo^que qui les imposait, ont graduellement tendu à constituer, parleur nature, le moyen le moins imparfait de remédier, autant que possible, surtout en ce qui concerne la répartition des richesses, aux inconvéniens inséparables de l’état social, et dont, à l’aveugle imitation des anciens, on cherche aujourd’hui la vaine solution dans des mesures purement matérielles ou politiques, aussi
impuissnnles que tyi'aiiniques, et susceptibles de conduire aux plus graves perturbations Sociales. Il est clair, en principe, que la seule séparation intionnelle des deux pouvoirs, organisant la haute indépendance de la morale envers la politique, peut permettrê, dans l’avenir, comme dans le passé, d’imposer à chacun, sans danger- pour l’économie temporelle de la société, l’obligation impérieuse, mais purement morale, d’employer directement sa fortune, et tous ses autres avantages quelconques, en raison de sa position, au soulagement de ses semblables; tandis que la piiilanthropie métaphysique n’a pu réaKser jus* qu’içi, à cet égard, d’autre solution pratique que d’instituer des cachots pour ceux qui demandent du pain. Telle fut l’heureuse source de tant d’admirables fondations, destinées à l’adoucissemient varié des misères humaines, et que la politique métaphysique a eu l’étrange courage de condamner, au nom de la prétendue science de l’économie politique, tandis, qu’il reste, au contraire^ aujourd’hui', en les réorganisant, à les étendre et à les compléter; institutions totalement inconnues à l’antiquité, et d’autant plus merveilleuses, qu’elles provinrent presque toujours des dons volontaires d’une muniticence privée, à laquelle la coopération publique se joignait rarement. Eu dévelop-
PlIfLOSOPHrE POSITIVE.
pant, au plus haut degré compatible avec l’imperfeclion^Taclicale de la philosophie ihéologicjue , le sentiment universel de la solidarité sociale, le' catholicisme n’a pas négligé celui de la perpétuité, <}ui en constitue, par sa nature, l’indispensable complément, en liant tous* les tetnps aussi bien que tous les lieux', comme je l’ai indiqué ailleurs. Telle était la destination générale' de ce grand système de commémoration usuelle, si heureusemeot construit par le catholicisme, à l’imitation judicieuse du polythéisme^ Si un semblable sujet pouvait ici être suflisàmment examiné, il serait aisé de faire admirer les sages précautions introduites par le catholicisme, et ordinairement ;respectées, pour qi^e la béatification, remplaçant ainsi l’apothéose, .atteignît plus complètement encore à sa principale destination sociale, en évitant les honteuses degçuéra lions, où la confusion radicale des- deux pouvoirs élémentaires avait entraîné, a cet égard, aux temps de décadence, les Grecs et surtout les Romains f en sorte que celte noble récompense n’a été, en eftét,- presque jamais décernée, pendant la majeure partie* de l’époque catholique, qu a des hommes plus ou moins dignes, éminenfi ou utiles, soit. moralement , soit même intellectuellement, toujours choisis, avec une entière impartialité, parmi toutes les classes so-
ciales, depuis les plus éminentes jusqu’aux plus inférieures. Il est d’ailleurs évident que le régime |>ositif remplira spontanément cette attribution capitale avec bien plus de perfection et de liberté encore, puisqu’il pourra l’étendre babituellement, non -seulement à tous les modes possibles de l’activité humaine, mais aussi à tous les temps et à tous les lieux, sans être arrêté par aucune étroite dissidence de doctrine, parce que, seule suscep-t tible d’envelopper réellement l’ensemble continu de l’bumanité totale dans sa vaste unité, aussi complète qu’irrécusable, sa philosophie est exclusivement propre à reconnaître et à glorifier toute vraie participation quelconque à la grande évolution de notre espèce- L’obligation de damner Homère , Aristote , ' .Arcbimède , etc. , devait être certes bien douloureuse à tout philosophe catholique ; et néanmoins elle était strictement imposée par l’imparfaite nature du système : il n’y a que le positivisme qui puisse tout apprécier, sans cependant rien compromettre.
Telle est la faible indication sommaire qui doit disposer le lecteur à comprendre, d’après les principes que j’ai établis, l’immense régénération morale que le catholicisme a accomplie, au moyenâge, autant que le permettaient le caractère de