TOME V. ac
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celte phase sociale et la philosophie qu’il a été forcé d’employer : en sorte que son immortelle ébauche a suffisamment manifesté la vraie naiure de celte grande opération , ainsi que l’esprit général qui doit y présider, et les principales conditions à remplir, laissant seulement à reconstruire désormais, d’après une philosophie plus réelle et plus stable, l’ensemble fondamental de cet admirable édifice. Il ne nous reste plus maintenant, afin d’avoir convenablement apprécié le régime monothéique, dont l’analyse sociale, d’abord politique, ensuite morale, est ainsi terminée, qu’à juger enfin, d’une manière générale, ses vrais attributs intellectuels, dont les deux chapitres suivans devront ensuite manifester les grandes conséquences sociales , qui , prolongées jusqu’à notre époque, la rattachent directement à ce berceau nécessaire de toute la civilisation moderne. On doit aisément concevoir, en effet, d’après l’ensemble des considérations déjà expo- •sées dans ce chapitre, que l’importance prépondérante de la mission sociale que nous venons de reconnaître à ce regime a dû long- temps contenir le développement direct de ses propriétés mentales, qui n’ont pu se manifester pleinement que par leurs suites ultérieures, quand ce système, éminemment transitoire, était déjà en pleine décom-
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PHYSIQUE SOCIALK. ' /ifSl
position politique ; ce qui a dû enipcclier la jus'te détermination générale de ces caractères intellectuels, dont la vraie source primitive était ainsi trop peu marquée, quoique tout le mouvement spirituel des temps modernes remonte incontestablement, comme je l’expKquerai , jusqu’à ces temps mémorables, si irrationnellement qualifiés de ténébreux par une vaine critique métaphysique, dont le protestantisme fui le premier organe.
Notre théorie explique facilement le retard considérable du mouvement intellectuel correspondant au système monolliéique du moyen-àge, sans exiger que, méconnaissant, à cet égard les vrais attributs caractéristiques d’un tel système, on lui suppose, envers les progrès de l’esprit humain, une antipathie radicale, peu compatible avec sa nature , et qui n’a pu exister, même à un degré beaucoup moindre qu’ou ne le croit communément, que dans son âge de décadence prononcée, lorsque, attaqué de toutes parts, il devait être presque uniquement occupé du soin difficile de sa propre conservation , comme je l’indiquerai au chapitre suivant. Il est d’ailleurs évident qu’on a fort exagéré, sous ce rapport, l’influence des invasions germaniques, en leur attribuant surtout ce mémorable ralentissement de l’évolution intel-
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IcCluclle pendant la majeure partie du moyenâge, puisqu’il avait certainement précédé de plusieurs siècles ces bouleversemens politiques. Deux ; observations historiques, également décisives, l’une de temps, l’autre de lieu, dont l’exactitude est aussi incontestable que l’importadce, doivent mettre sur la voie de la véritable explication de ce phénomène remarquable, jusqu’à présent si mal compris ; car, d’un côté, le prétendu réveil d’une intelligence qui, quoique ayant dû changer la direction de son activité, ne s’était jamais engourdie , c’est-à-dire , en réalité , l’accélération du mouvement mental, suivit immédiatement l’époque de la pleine maturité du régime catholique, au onzième siècle, et s’accomplit d’abord pendant son principal ascendant social; d’une autre part, ce fut au centre même de cet ascendant, et presque sous les yeux de la suprême autorité sacer- ' dotale, que se manifesta d’abord une telle accé-^ lération , puisqu’il est impossible de méconnaître, au moyen-âge, l’écjatanle supériorité de l’Italie, sous quelque aspect intellectuel qu’on l’envisage j philosophique, scienliGque, esthétique, et même industriel : double indice irrécusable de l’a|>titude nécessaire du catholicisme à seconder alors l’essor général de l’esprit hiimain. Une étude approfondie du ralentissement antérieur montre avec
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PBYSIQUE SOCIALE. 4^^
évidence qu’il avait été essentiellement dû à l’importance prépondérante de l’opération fondamentale qui avait consisté à organiser graduellement le régime monothéique du moyen-âge, dont la longue et difficile élaboration devait certainement, jusqu’à ce qu’elle fût suffisamment accomplie, absorber, d’une manière à peu près exclusive, les plus grandes forces intellectuelles, et commander, plus qu’aucun autre sujet quelconque, l’attention et l’estimé publiques : de façon à laisser la direction provisoire • du mouvement mental proprement dit à des esprits peuéminens, excités par de moindres encouragemens habituels, en un temps où d’ailleurs l’état général de notre évolution spirituelle ne pouvait guère comporter, en aucun genre, des progrès immédiats d’une haute portée, et ne permettait que la conservation essentielle, accompagnée d’améliorations secondaires, des résultats déjà obtenus. Telle est l’explication simple et rationnelle de cette apparente anomalie, qui ne suppose, comme on le voit, ni dans les hommes ni dans les institutions, ni même dans les év^ nemcns, aucune tendance radicale, systématique ou involontaire, à la compression de l’esprit humain, et qui en rattache directement le principe spontané à l’inévitable obligation d’appliquer toujours les plus hautes capacités aux opérations exi-
gëes, à chaque époque, par les plus grands besoins de l’humanité, qui certes ne pouvait .alors rien offrir de plus digne de l’intérêt capital de tous les penseurs que le développement progressif des institutions catholiques. Quand' le système est enfin parvenu, sous Hildebrand, à sa pleine maturité sociale, et après que les principales difficultés relatives à son application ])olitique eurent été surmontées, autant du moins que le comportait la nature des temps et celle des doctrines, le mouvement intellectuel, qui, quoiqu’on en ait dit, n’avait jamais été un seul instant interrompu, reprit spontanément une activité nouvelle ;• et, appelant, à son tour, d’une manière de plus en plus prononcée, l’emploi des capacités prépondérantes, ainsi que l’attention universelle, il réalisa graduellement les immenses progrès que nous devrons apprécier dans la cinquante-sixième leçon. L’influence que l’on attribue communément aux Arabes sur cette mémorable recrudescence, a été certainement très exagérée, quoiqu’elle ail dû réellement hâter un peu l’essor spontané qui dev.ait alors se manifester. Du reste, cette influence secondaire, convenablement étudiée, perd le caractère essentiellement accidentel qu’elle conserve encore cliez les meilleurs esprits, quand nu envisage directement les principaux caractères de
révolutiou arabe. Quoique Malioinel(i)ail Iciilé , par une imitation trop peu rationnelle, d’organiser le monothéisme chez une nation qui n’y était pas, à beaucoup près, convenablement préparée, ni au spirituel, ni au temporel, et que, par suite, cette tentative n’ait pu suffisamment produire les principaux résultats sociaux propres à une telle transformation, et surtout cette division fondamentale des deux pouvoirs élémentaires qui doit la caractériser dans les cas vraiment favorables; quoique ce mémorable ébranlement n’ait pu ainsi aboutir directement qu a la plus monstrueuse concentration politique, par la constitution d une sorte de théocratie militaire ; cependant , les propriétés mentales inhérentes au monothéisme ii’ont pu y être entièrement annulées, et ont dû même s’y développer d’abord avec d’autant plus de rapidité que celle imperfection radicale du régime correspondant en a rendu l’essor très facile, sans exiger la longue et pénible élaboration qui a été nécessaire au catholicisme, et eu laissant des— lors
(i) Suivant le* prescription* logiqne* préalablement établie* au début de ce volniAe, non* ne ponvona ici con*idérer' le' mahométisme que relativement à la piincipale évolution »ocialc, dès-lor* easentiellement accomplie en Occident. L’action capitale qu’il a exercée sur l’Orient est d’une tonte autre nature, et, le plu* souvent, tré» favorable b l’essor des civilisations correspondante*, surtout dan» l’Inde, et encore plu* dans les grandes lies malaiici.
i.'atiirelleuicnt disponibles, presque dès l’origiue, les principales capacilés spiriluelles pour la culture purement iutellecluelle, dont les germes y étaient déjà spontanément déposés, d’après la tendance antérieure du mouvement pbilosoplii- (|ue vers l’Orient , depuis que l'Occident était absorbé par le développement du système calbuliquc. C’est ainsi que les Arabes se sont trouves propres à figurer honorablement dans celle sorte d’interrègne occidental , sans que leur intervention ait été toutefois radicalement indispensable pour opérer, à cet égard, la Irausiliou générale, essentiellement spontanée, de l’évolution grecque à notre évolution moderne. L’ensemble de ces considérations explique doue, d’und muniéi'e pleinement satisfaisante, pourquoi le régime monothéique du moyen-âge devait développer aussi tardivement ses principales propriétés intellectuelles, dont cet inévitable délai naturel ne saurait faire contester la léalilé ni l’importance. Mais il prouve, en même. temps, que, par une coïncidence nécessaire, ci-après spécialement motivée, cetlfe dernièi’C influence fondamentale n*a pu devenir essentiellement efficace f|ue lorsque la décadencè générale de ce système avait déjà véritablement çommencé. Ainsi , son appréciation directe doilêtre naturellement renvoyée aux deux
PHÏSIQDE SOCIALE.
cliapilres suivaiis, destinés à exâminer soit cette désorganisation graduelle , soit l’élaboration progressive des nouveaux éléments sociaux ; double grande série des résultats nécessaires de l’action générale d’un tel système, quoique la source réelle en soit trop méconnue. Tels sont les motifs évidens qui nous obligent ici à indiquer seulement , de la manière la plus sommaire, le principe général de cette influence mentale, sous chacun des quatre aspects essentiels qui lui sont propres.
Sous le point de vue philosophique proprement dit, l’aptitude intellectuelle du catholicisme est aussi éminente que mal appréciée. Nous avons déjà considéré l’extrême importance sociale du mémorable système d’éducation universelle qu’il parvint à organiser jusque chez les classes les plus inférieures des populations européennes; comme l’a d’aillèurs honorablement tenté, à son exemple, le monothéisme de Mahomet. Or, quelque imparfaite que doive sembler aujourd’hui la philosophie purement théologique qui se trouvait ainsi vulgarisée, elle a, dans l’ordre mental, longtemps exercé une très heureuse influence sur le développement intellectuel de la masse des nations civilisées, dès-lors régulièrement assujëtics, d’une manière continue ou fréquemment périodique, à un certain exercice spirituel, pleinement
45d PHILOSOPHIE POSITIVE.
adapté à leur situation , et aussi propre à éleyer leurs idées au-dessus du cercle borné de leur vie matérielle qu’à épurer leurs sentimens habituels 3 on ne peut convenablement sentir l’utilité d’une telle action que par l’appréciation comparative des cas où «lie n’existe point, sans être autrement remplacée. L’efficacité de cet enseignement élémentaire devait être alors d’autant plus grande qu’il répandait des notions saines, quoique empiriques, sur la nature morale de l’homme, et même une certaine ébauche, vague et étroite, mais réelle à quelques égards, de l’appréciation historique de l’humanité, spontanément rattachée à l’histoire générale de l’église. 11 est même évident que c’est ainsi que la grande notion philosophique du progrès humain a commencé à surgir universellement, quelque insuffisante ou vicieuse qu’elle dût être alors, par suite des efforts naturels du catholicisme pour démontrer sa supériorité fondamentale sur les divers syslènics antérieurs, qui d’ailleurs ue pouvaient ainsi manquer d’être le ]>lus souvent très mal appréciés : tous ceux qui savent convenablement mesurer les di(^ ficultés et les conditions d’une première ébauche, surtout en un tel temps et pour un tel sujet, sentiront, j’espère, la valeur de cet heureux aperçu primitif, malgré son extrême imperfection .inévi-
table. Enfin , on ne peut douter que l’influence de celte éducation catholique, fournissant à chaque individu le moyen, et, à certains égards, le droit de juger tous les actes humains, personnels ou collectifs, d’après une doctrine fondamén laie, en harmonie avec la division générale des deux pouvoirs élémentaires, n’ait ultérieurement concouru à développer l’esprit universel de discussion sociale qui caractérise les peuples modernes, et qui ne pouvait habituellement exister chez les subordonnés tant qu’a duré la confusion des deux puissances^ quoique cet esprit, dont on a Iroj» injustement oublié la première source, dût d’ailleurs être long-temps contenu par l’indispensable discipline intellectuelle que prescrivait impérieusement la nature vague et arbitraire de la philosophie théologique. A ces éminens attributs, principalement relatifs aux masses , il faut d’abord joindre, pour les esprits cultivés, le libre développement que le régime catholique a presque toujours perniis, sauf quelques luttes passagères, à la philosophie métaphysique, habituellement menacée par le régime polylhéique, et que le catholicisme a tant protégée, malgré la tendance qu’elle devait bientôt manifester à l’ébranlement radical de ce système, sous lequel son extension directe aux questions morales et sociales a certainement
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commencé, comme je l’expliquerai : pour rendre pleinement incontestable cette disposition libérale du catholicisme, il suffirait de rappeler l’admirable accueil, d’ailleurs si justement mérité, que sut faire ce moyen-âge tant décrié à la partie de beaucoup la plus avancée de la philosophie grecque, c’est-à-dire à la doctrine du grand Aristote, qui certes avait dû être jusque alors infiniment moins goûtée, même chez les Grecs. On doit, en second Heu , noter aussi l’immense service philosophique spontanément rendu par le système catholique à la raison humaine, en vertu de sa division fondamentale des deux pouvoirs sociaux , qui, mentalement envisagée, constituait une indispensable condition préalable de- la formation ultérieure d’une véritable science sociale , par l’heureuse séparation rationnelle qui en devait résulter entre la théorie et la pratique politiques, et sans laqyelle les spéculations sociales n’auraient jamais pu prendre un essor indépendant, si ce n’est sous la vaine forme d’utopies plus ou moins chimériques : quoique cette dernière propriété ne puisse commencer que de nos jours à recevoir sa réalisation définitive, je n’en devais pas. moins signaler avec reconnaissance la vraie source primitive, dont les produits trop détournés et trop lointains ne sont presque jamais rap-
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I^YSIQUE SOCIALE. 4^1
portés à leur véritable origioe, par ceux même qui les utilisent le plus.
L’inQuence purement scientifique du catholicisme ne fut certainement pas moins salutaire que sou action philosophique. Sans doute lé monothéisme lui-méme ne saurait être pleinement compatible avec le sentiment rationnel de l’invariabilité fondamentale des lois naturelles, toujours compromise nécessairement , d’une manière sinon réelle, au moins virtuelle, par toute subordination tbéologique des divers phénomènes à des volontés souveraines, quelque régulières qu’on soit conduit à lés supposer par les progrès croissans de la véritable science: et en effet, à un certain degré du développement humain , la doctrine monothéique constitue le seul obstacle essentiel à l’irrésistible conviction qu’uné expériendë très prolongée tend à produire universellement à cet égard, comme on a dû le constater fréquemment dans les diverses parties de ce Traité,^ et comme j’aurai lieu bientôt de l’expliquer historiquement. Mais, au- moyen-âge, notre intelligence étant certainement fort éloignée encore d’uhe telle situation, le régime monothéique, loin de comprimer l’essor scieutiffque correspondant, devait, au contraire, l’encourager (rira heureusement, en le dégageant enfin spontanément des immenses entra-
/|63 philosophie positive.
ves que le polythéisme lui présentait de toutes parts; puisque les tentatives scientifiques n’avaient pu être jusque alors poursuivies, sauf l’essor initiai des simples spéculations mathématiques, sans choquer presque continuellement, d’une manière plus ou moins dangereuse, des explications théologiques qui s’étendaient, pour ainsi dire, aux moindres détails de tous les phénomènes : tandis rpic le monothéisme, en concentrant l’action surnaturelle, ouvrait enfin à l’esprit scientifique un accès beaucoup plus libre dans cette étude secondaire, où il n’avait plus à lutter contre une doctrine sacrée spéciale, pourvu qu’il respectât les formules , dès-lors vagues et générales, qui s’y rapportaient; et il pouvait même être directement soutenu par une disposition religieu.se à la sincère admiration particulière de la sagesse providentielle, qui n’a dû exercer que beaucoup plus tard une influence vraiment rétrograde ou stationnaire. Au point déjà atteint par notre grande démonstration historique , je croirais superflu d’étabbr expressément que le régime monothéique, comparé au précédent, constitue une diminution intellectuelle très prononcée de l’esprit religieux , comme le régime polythéique l’avait opéré, en son temps, envers le régime fétichique : cette progression est maintenant évidente. Outre les
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restriclions capllales,. précédemment caractérisées à une autre fin, auxquelles le catholicisme a soigneusement assujéti l’esprit d’inspiration divine, ou volt également, par la suppression spontanée des oracles et des prophéties, dont l’antiquité était inondée, et par le caractère, de plus en plus exceptionnel, imprimé aux apparitions et aux miracles, que le catholicisme, au temps de sa prépondérance, s’est noblement efforcé d’agrandir, aux -dépens de l’esprit ihéologique, le domaine d’abord si étroit de la raison humaine, autant que pouvait le permettre la nature même de la doctrine qui servait de base à sa domination sociale. D’après ces diverses propriétés incontestables, et sans parler d’ailleurs des évidentes facilités que l’existence sacerdotale devait alors offrir à la culture intellectuelle, il est aisé de concevoir l’heureuse influence que le régime monothéique du moven-âge a dû exercer sur l’essor correspondant des principales sciences naturelles, qui sera spécialement apprécié dans la cinquante-sixième leçon : soit par la création de la chimie, fondée sur la conception préalable d’Aristote relative aux quatre élémeus, et soutenue par les énergiques chimères qui pouvaient seules alors stimuler suffisamment l’éxpcrimenlatlon naissante; soit par les notables progrès de l’anatomie, si entravée
PHIfX).SOPHIE POSITIVE.
dans toute l’antiquité, malgré les premiers encouragemens spontanés que j’ai signalés au chapitre précédent; soit aussi par le développement continu des .spéculations mathématiques antérieures et des connaissances astronomiques qui s’y rattachaient , développement alors aussi marqué qiie le comportait essentiellement l’état de la science, comme j’aurai lieu de l’expliquer, et que caractérisent, d’une manière si mémorable, deux grands perfectionnemens corelatifs, l’essor de l’algèbre, à titre de branche distincte de l’ancienne arithmétique (i), et celui de la trigonométrie, trop imparfaite et trop bornée chez les Grecs pour les besoins croissans de l’astronomie. •
'Quant à l’influence esthétique propre au régime monolhélque du moyen-âge, quoiqu’elle n’ait dû, ainsi que les deux précédentes, se déve-
(i) Pertonne n’ignore ni l’henrense innovation réalisée, an moyenâge, dans les noUlions nnméiiqnés, ni la part incontestable de l’influence catholique à cet important progrès de l’arithmétiqne. Un géomètre distingué, qui s’occupe, avec autant de succès que de modestie, de la vérittbie histoire mathématique (M. Chasles), a très utilement confirmé , dans ces derniers temps , par une sage discussion spéciale , au sujet de ce mémorable perfectionnement, l’aperçu rationnel que devait uaturéllement inspirer la saine théorie du développement humain, en prouvant qu’on y doit voir surtout, non une importation de l’Inde par les Arabes, mais un timple résultat spontané du mouvement scientifique antérieur, dont on peut suivre aisément la tendance graduelle vers une telle issue par des modifications successives, en partant des notations primitives d’Archimède cl-dcs astronomes grecs.
PHYSIQUE SOCIAI.È. 4^^
lopper surtout (|ue.üan$ la' période immédiatement suivante il est néanmoins impossible d’en méconnaître l’éminente portée, en pensant au progrès capital de la musique et de l’krchitecture pendant cette mémorable époque. C’est alors, en efiet, que l’art du. chant prenil un nouveau caractère fondamental; par*rintroduclion des notations musicales, et surtout par le développement de l’harmonie, qui s’y trouve d’ailleurs directement lié; il en est de même, et d’une manière encore plus sensible,, pour la musique instrumentale, qui, eu ces temps de prétendue barbarie, acquit une admirable extension, par la création de son organe le plus puissant et le plus qomplet : il serait certes superQu de signaler expressément,' dans ce double perfectionnement,, l’évidente participation de l’influence catholique. Son efficacité n’est pas moins prononcée dans le progrès général'de l’architecture, esthétiquement envisagée, indépendamment de la nouvelle direélion imprimée aux constructions usuelles, en vertu du changement qu’éprouvait graduellement l’existence sociale, où d’habituelles relations privées succédant, avec les mœurs catholiques et féodales,' à l’isoléinenl caractéristique de la vie intérieure chez les anciens, devaient spontanément déterminer un système d’habitations plus propre à faciliter les communications individuelles. Jamais lO.ME V. 3o
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les pensées elles sentimens de notre nature morale n’cnt pu obtenir une aussi |>arfaite expression monumentale que celle alors réalisée par tant d’admirables édifices religieux, qui, malgré l’irrévocable extinction des croyauces correspondantes, inspireront toujours, à tous les vrais philosophes, une délicieuse émotion de profonde sympathie sociale. Le polythéisme, dont le culte était tout extérieur aux temples, ne pouvait évidemment comporter une telle perfection, nécessairement réservée au système qui organisait un enseignement universel , complété par une habitude continue de méditations personnelles : on a certainement fort exagéré, à ce sujet, comme envers les sciences, l’influence des importations arabes, qui d’ailleurs est ici, comme là, aisément explicable; puièjue le monothéisme musulman ayant dû éprouver naturellement les mêmes besoins essentiels, a dû spontanément déterminér <1b semblables tendances; quoique son défaut radical d’originalité doive rendre, en générai, très suspecte, à l’un et à l’autre' titre , sa prétendue ,autériorité de perfectionnement, 4u reste également f ' motivré, pour les deux cas ; en ce qu’elle a de
réel , par la plus grande facilité de son essor mental, ci-dessus caractérisée dans sa principale cause politique. Relativement à la poésie, il suffirait de
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nommer le sublime Dante pour constater avec éclat l’aptitude immédiate du régime que nous considérons, malgré le ralentissementnotable qu’a dù spécialement produire, à cet égard , la longue et pénible élalxtration des langues modernes; d’ailleurs le caractère trop équivoque et trop peu stable de l’état social correspondant présentait alors de puissans obstacles à l’essor des plus profondes impressions 'poétiques, qui n’y pouvaient suiTisamment ftouver une inspiration directe et spontanée : nous avons déjà bautemeut reconnu, dans le chapitre précédent, l’aptitude supérieure qui, sous ce rapport, caractérise jusqu!à présent le -polythéisme, dont les plus puissants génies n’ont pu encore convenablement aOranchir la poésie moderne; du reste, l’appréciation de l’époque suivante; qui, en ce sens, aussi bien qu’en tous les autres, n’a lait que développer graduellement les germes introduits au moyen-âge, achèvera de dissiper spécialement tous les doutes qui pourraient encore subsister à ce sujet.
Envisageant, enfin le mouvement mental imprimé par ce système social sous. l’aspect le moins élevé et le plus universel, c’est-à-dire quant à l’essor industriel, nous devons encore davantage ajourner son examen propre, si évidemment réservé aux temps ultérieurs, à partir de l’cmanc^
palion personnelle. Mais on ne saurait douter, en principe, que le plus grand perfectionnement réalisable dans l’industrie liumaine devait; consister en une sage abolition graduelle du servage, accompagnée de l’affranchissement progressif des communes proprement dites, alors accomplis .sous l’heureuse tutelle d’un tel régime, > comme je l’expliquerai plus tard, et qui constituèrent la base nécessaire de tous les immenses succès postérieurs. Nous devrons surtout remarquer, quaiid notre marché rationnelle nous conduira directement à une telle analyse , le nouveau caractère général, déjà utile à signaler ici , que dut dès-lors prendre de plus en plus l’industrie hnraaine , et qui hit en harmonie fondamentale avec une telle origine; c’est-à-dire la tendance progressive à l’économie des efforts humains, de plus en plus remplacés par les forces extérieures,' dont les anciens faisaient réellement si peu d’usage. Cette substitution caractéristique,' principale source de l’^mirable essor de l’industrie moderne ,Temonte certainement à celté mémorable époque , où elle ne fut pas, seuletnent inspirée par l’inhuence , encore .trop imparfaite, de l’étude rationnelle de la nature', devenue ensuite si importante à cet égard. Elle dut alors principalement résulter de 1^ nouvelle stimulation sociale, non moins directe
qu’énergique, que devait produire, sous ce rapport, la situation fondamentale, jusque alors inouïe, où Je monde catholique et féodal se plaçait de plus en plus par suite de l’émancipation personnelle des travailleurs impaédiats, qui devait tendre évidemment, à imposer, avec un ascendant croissant, l’impérieuse obligation générale d’épargner les moteurs humains, en utilisant toujours davantage les divers agens physiques, soit animés, soit même inorganiques : cette tendance est très nettement marquée, dès l’origine, par plusieurs inventions mécaniques dont l’histoire est maintenant trop oubliée, et entre autres par les moulins à eau, et surtout à vent. Il n’est pas douteux que l’existence générale de l’esclavage constituait,^ chez les anciens, encore plus que l’extrême im-. perfection de leurs connaissances réelles, le principal obstacle à l’emploi étendu des machines, dont la nécessité ne pouvait être suffisamment comprise tant qu’on pouvait ainsi disposer, pour l’exécution desdivers travaux matériels, d’une provision presr que indéfinie de forces musculaires intelligentes. C’est ainsi que la solidarité nécessaire qui lie profondément l’un à l’autre tous les divers aspects de l’existence humaine, individuelle ou sociale^ rendrait impossible, toute histoire purement' industrielle'de l’huinanité, conçue isolément do son his-
toire universelle, comme je l'ai établi, en général, auquaranle-huilicme cbapilre. Du reste, il est aisé de sentir à ce sujet, aussi Lien xju’à tant d’autres litres déjà signalés, combien était alors indispensable l’active intervention contmue de la discipline •catholique pour contenir ou corriger l’action délétère de la doctrine théologique qui, surtout à l’état monothélque, doit tendre spontanément à proscrire toute grande modification industrielle du monde extérieur, en y faisant voir une sorte d’attentat sacrilège à l’optimisme providentiel,. remplaçant le fatalisme polythéique : cette funeste conséquence naturelle de l’espril religieux eût, à cette époque, profondément entravé l’essor industriel, sans la persévérante sagesse du sacerdoce catholique. >
Tels sont les rapides aperçus qui suffisent ici à caractériser sommairement- les éminentes propriétés intellectuelles du régime monothéique du moyeu-âge, en attendant que leurs principaux résultats ultérieurs puissent être convenablement appréciés, et qui déjà doivent, sans doute, faire spontanément ressortir l’ingrate injustice de cette frivole philosophie qui conduit, par exemple, à qualifier irrationnellement de barbare et téiié'^ brenx le siècle mémorable où brillèrent simultanément, sur les divers points principaux du
monde eatlioHqiie et féodal, saint Thomas d’Aquin, Albert-le-Grand, Roger Bacon, Dante, etc. L’analyse fondamentale de ce régime, d’abprd convenablement opérée quant aux attributs sociaux , soit politiques , soit moraux , qui le caractérisent surtout, ayant ainsi reçu désormais l’indispensable complément général qui lui manquait encore, il ne nous reste donc plus maintenant, pour avoir entièrement terminé ce grand et difficile examen, qu’à montrer en6n directement le principe essentiel de l’irrévocable décadence de ce système éminemment transitoire, dont la destination nécessaire, dans l’ensemble de l’évolution humaine, 'devait être de préparer, sous sa bienfaisante tutelle, la décomposition graduelle de l’état purement théologique et militaire, et l’essor progressif des nouveaux élémens de l’ordre définitif, comme l’expliqueront respectivement ensuite les deux chapitres suivans.
En quelque sens qu’on examine l’organisation propre au moyen-âge, une étude suffisamment approfondie fera toujours ressortir sa nature purement provisoire, en représentant les dévcloppemens même qu’elle avait pour mission de seconder comme les premières causes radicales de sa chute inévitable et prochaine. Dans la constitution catholique et ^odale , le régime théologi-
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ljue et rnilitaii-e était essentiellement aussi modifié que pouvaient le comporter, son esprit caractéristique et ses vraies conditions d’existence^ de mauière à pouvoir protéger et faciliter l’essor universel , élécftentaire mais dcs-lors direct, de la vie positive et industrielle : les modifications générales ne pouvaient être poussées plus loin sans tendre nécessairement à l’abandon définitif de ce] premier système social. Il suffira de constater sommairement ici celte irrésistible nécessité envers les principales dispositions, spirituelles ou temporelles, d’une telle constitution. . j .. ,
Quant à l’ordre spirituel, le caractère simplement provisoire que nous savons, d’après ma théorie londamentale de l’évolution humaine., devoir inévitablement appartenir à toute philosophie ihéologique, devait être certainement plus prononcé dans le monothéisme que dans aucunç autre phase religieuse, par cela même que celte grande concentration y avait , comme je l’ai prouvé, réduit autant que possible l’esprit théologique proprement dit, qui .ne pouvait pluscubir aucune inoportaute modification nouvelle sans se dénaturer entièrement, et sans perdre, peu à peu mais irrévocablement, son ascendant social : tandis que, d’un autre côté, l’essor plus rapide et plus étendu que ce dernier état ihéologique de
l’humanité permettait spécialement à l’esprit positif, non-seulement chez les hommes cultivés , mais aussi dans la masse des populations civilisées, ne pouvait manquer de déterminer bientôt de telles modifications. Une vaine et superficielle appréciation fait penser aujourd’hui, par suite même de la décadence du système religieux, dont les exigences réelles ne sont plus suffisamment comprises, que le monothéisme aurait pu ou pourrait encore subsister, de manière même à toujours servir de base morale à l’ordre social , dans l’état d’extrême simplification abstraite où, depms le moyen-âge, l’influence métaphysique l’a graduellement amené: mais cette,; chimère philosophique est ici réfutée d’avance par l’ensemble de notre examen de l’organisation catholique, où nous avons reconnu combien était vraiment indispensable à son efficacité sociale chacune de ces nombreuses conditions d’exis-^ tence tellement solidaires que l’absence d’une seule devait entraîner la chute ultérieure -de tout' l’édifice, en même temps que nous avons' implicitement établi la nature précaire et transitoire de la plupart d’entre elles. Loin d’ètre radicale-ment hostile au développement intellectuel., comme on l’a trop proclamé, sous l’unique impression, d’ailleurs exagérée, des temps de.déca-
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denc«, le catholicisme l’a, au contraire, émlnem-* ment secondé, ainsique je l’ai expliqué; mais il n’a pu ni dû se l’incorporer réellement : or 5 si cet essor extérieur, sous la simple tutelle catholique, a été effectivement très favorable à l’évolution men* taie, et même indispensable alors â ses progrès, il a dû déterminer ensuite , parvenu à un certain degré, une tendance nécessaire à sortir graduellement de ce r^me provisoire, dont la destination principale était ainsi suffisamment accomplie^ Tel a donc été, au fond, le grand office intellec* tuel, évidemment transitoire, propre au catholicisme: préparer, sous le- régime théologique, les élémens du régime positif. 11 en est de ïnémè, en réalité,, dans l’ordre moral proprement dit, d’ailleurs intimement lié au premier : car,' en constituant une doctrine morale, -pleinement in* dépendante de la politique, et placée même audessus d’elle, le catholicisme a fourni directementà tous les individus uu principe fondamental d’appréciation sociale des actes humain», qui, malgré la sanction purement théologique qui pouvait seule en permettre l’introduction primitive, devait tendre nécessairement à serattacher déplus en plus à l’autorité prépondérante de la simple raison humaine , à mesure que l’usage même de cette doctrine faisait graduellement pénétrer 1^
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•PHÏSIQUE SOCIALE. 4?5
vrais motifs de ses principaux préceptes; ce qui lie pouvait évidemment manquer d’avoir lieu bientôt,;. sinon parmi les. masses vulgaires, du moins chez les esprits cultivés,. puisque rien n’est assurément mieux susceptible, pàr.sa nature, que les prescriptions morales d’être finalement apprécié. d’après une expérience sulfisante : en sorte que l’influence théologique, d’abord indispensable à cet égard, devait peu à peu devenir essentlellemënt inutile, une fois que sa mission primordiale était assez accomplie; et même ensuite finalement antipathique, abstraction faite de touté répugnance mentale, en vertu des graves atteintes, dès lors senties avec une énergie croissante, que les principales conditions d’existence d’un tel régime devaient nécessairement pôrter aux plus nobles sentimens de notre nature, à ceux-là même que le catholicisme s’efibrçait si heureusement de faire prévaloir, comme je l’m directement indiqué à divers tittes important.
Afin de préciser convenablement le vrai principe général de l’irrévocable décadence, d’abord intellectuelle- et enfin sociale, du monotliéisme catholique, il faut maintenant, reconnaître que te germe primordial de cette inévitable dissolution ultérieure avait même précédé le développement iiiilial du catholicisme, puisqu’il remonte direc-
tement à la grande division historique appréciée au chapitre précédent, de l’ensemble de noscon-^ Ceptions fondamentales en philosophie naturelle et philosophie morale, relatives l’une au monde inorganique, l’autre à l’homme moral et social. Celte division capitale, organisée par les philosophes grecs un peu avant la fondation du musée d’Alexandrie où elle fut ouvertement consacrée , a constitué, comme je l’ai expliqué, la première condition logique de tous les progrès ultérieurs , CO permettant l’essor indépendant de la philosophie inorganique, alors parvenue à l’état métaphysique proprement dit , et dont les spéculations plus simples devaient être plus rapidement per* feclihles, sans nuire toutefois à l’opération sociale exécii lée simultanément par la philosophie morale, qui^ restée encore, d’après la complication supérieure de son sujet propre, à l’état purement théologique, devait bien moins s’occuper du perfectionnement abstrait de ses doctrines que de réaliser, autant que possible , par le régime monothéique, l’aptitude des conceptions théologiques à civiliser le genre humain. Aujourd’hui même , malgré plus de vingt siècles écoulés, cetté mémorable séparation n’a pas encore entièrement épuisé son efficacité philosophique et sociale, quoiqu’elle doive bientôt esseuliclleineiit cesser, parce qu’ell»
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ne constitue pas, en elle-même, une répartition assez pleinement rationnelle pour survivre définitivedaent à cette destination provisoire, qui sera prochainement complétée -, si du moins le grand travail que j’ai osé entreprendre atteint suflisarament son but principal, en conduisant la philosophie naturelle à devenir enfin morale et politique, pour servir de base intellectuelle à la réorganisation sociale; ce qui achèverait certainement le grand système de travaux pliilosophiqués d’abord ébauché par Aristote en opposition radicale avec le système platonicien, >^comme je l’expliquerai en son lieu. Quoi qu’il en soit de cette issue finale, encore prématurée, il est incontestable que celte division, historiquement envisagée, se manifesta directement, dès son origine, par une rivalité caractéristique, de plus en plus prononcée, promptement transportée des doctrines aux personnes, entre l’esprit -meta physique, ainsi investi du domaine de la philosophie naturelle, auquel se rattachaient nécessalremerit lesrudimens scientlüques dont l’influence naissante avait d’abord déterminé, d’après le chapitre précédent, une telle séparation, et l’esprit ihéologique, qui, seul susceptible de diriger alors une véritable organisation , restait suprême arbitre du monde moral et social : cette rivalité, même avant l’essor du
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catholicisme, avait produit des luttes mémorables, où l’ascendant social de la philosophie morale avak souvent comprimé les tentatives de progrès intellecttiel de la philosophie naturelle, et- déterminé la première cause du ralentissement scienti6que ci-dessus expliqué. Aucun exemple ne saurait être plus propre , sans doute', à caractériser con* venablement un tel conflit fondamental dans' le système de cet âge intellectuel, que celui des étranges efibrts vainement tentés par un esprit aussi éminent et aussi cultivé que saint Augustin pour combattre les raisonnemens mathématiques, déjà vulgaires alors parmi les sectateurs de la philosophie naturelle , des astronomes d’Alexandrie sur la sphéricité de la terre, et l’existence nécessaire des antipodes, contre lesquels l’un des plus illustres fondateurs de la philosophie catholique soulève ainsi opiniâtrement les. plus puériles objections, aujourd’hui abandonnées aux entendemens les plus arriérés : qu’on rapproche cè cas décisif de celui que j’ai âgnalé, au chapitre précédent, à l’égard des aberrations astronomiques d’Épicure , et l’on sentira combien était intime et complète cette mémorable séparation, très voisine de l’antipathie, entre la philosophie naturelle et la philosophie morale.
Tant que la pénible et lente élaboration gra-
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duelle du système catholique n’a pas été suflîsamment avancée , l’impuissance organique, que nous avons reconnue être radicalement propre’à l’esprit métaphysique, ne lui a pas permis, malgré son essor continu, de lutter avec avantage contre la domination nécessaire de l’esprit • théologique, spéculativement moins avancé. Mais , quoique le catholicisme ait honorablement tenté d’éterniser ensuite uije chimérique conciliation entre deux philosophies aussi vaguement caractérisées, il est évident que l’esprit métaphysique, qui, à vrai dire, avait d’abord présidé, d’après le cinquantedeuxième chapitre , à la grande transformation du , fétichisme en polythéisme, et qui surtout venait de diriger le passage du polythéisme en monothéisme, ne pouvait cesser l’influence modificatrice qui lui est propre au moment même où il avait acquis le plus d’étendue et d’intensité : toutefois, comme il n’y avait plus rien au-delà du monothéisme, à moins de sortir entièrement de l’état théologique, ce qui alors eût été érainemmentimpraticable, l’action métaphy.sique est dèslors devenue, et de plus en plus, essentiellement dissolvante , en tendant à ruiner, par ses analyses antisociales, à l’insu d’ailleurs de la plupart de ses propagateurs, les principales conditions d’existence du régime monothéique. Ce résultat néces-
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saire a dû se réaliser d’uulanl plus vile cl plus sûrement, quand l’organisation catholique a été enfin complétée, que celle organisation accélérait davantage, suivant nos explications antérieures, l’ensemble du mouvement Intellectuel, dont les divers progrès, même scientifiques, devaient alors tourner surtout à l’honneur et au profit de l’esprit métaphysique qui paraissait les diriger, quoiqu’il n’en pût être que le simple organe philosophique, jusqu’à ce que l’esprit positif pût devenir finalement assez caractérisé par ces succès graduels pour lutter directement contre le système entier de la philosophie primitive, d’abord dans l’étude des plus simples phénomènes, et ensuite peu à peu envers tous les autres, eu égard à leur complication croissante, ce qui n’a été possible qu’en un temps très postérieur à celui que nous considérons, comme je l’expliquerai plus tard. Il était donc? inévitable que le catholicisme, qui, 'dès sa naissance, et même , en quelque sorte auparav£Hil, avait ainsi laissé nécessairement en dehors de son propre système, (juoique sous sa tutelle générale , l’essor intellectuel le plus avancé, fût atteint graduellement par un antagonisme destructeur, aussitôt que, par le suffisant accomplissement, au moins provisoire, des conditions purement sociales, les conditions simplement
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moniales devaient, à leur tour, devenir directement les plus importantes au développement continu de l’évolution luimaine: cause radicale d’une insurmontable décadence, dont nous pouvons assurer, par anticipation , que le régime positif sera spontanément préservé, comme reposant toujours, par sa nature, sur l’ensemble du mouvement spirituel. Quoique cette irrésistible. dissolution de la philosophie raonotbéique ait dû d’abord faire seulement prévaloir l’ascendant métaphysique, uué telle révolution n’a pu finalement aboutir qu’à l’avénement nécessaire de l’esprit positif, suivant la théorie fondamentale établie à la fin du volume précédent : car, les voies philosophiques lui ont été par-là directement ouvertes, d’après ce premier triomphe capital de la philosophie naturelle sur la philosophie morale. J’ai démontré, en effet, en diverses parties de ce Traité, que, du point de vue scientifique le plus élevé, et, par suite, conformément aussi aux plus éminentes considérations historiques, la philosophie positive est surtout caractérisée par sa tendance constante à procéder de l’étude générale du monde extérieur à celle de l’homme lui-même , tandis que la marche inverse est nécessairement [>ropre à la philosophie théologlque {voyez principalement, à ce sujet, la quarantième leçon et la cinquante-