‹ Cours de philosophie positive (volume 2)Chapitre 25 sur 40 · CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON

Apprdciation gënérale de l’ëtat métaphysique des sociétés modernes : époque critique, ou âge de transition révolutionnaire. Désorganisation croissante, d’abord spontanée et ensuite de plus en plus systématique , de l’ensemble du régime théologique et militaire.

Par une judicieuse comparaison d’ensemble entre les deux chapitres précédons, le lecteur attentif ’a dû désormais vérifier spontanément, de la manière la moins équivoque, que, conformément à notre théorie fbndamentalede l’évolution humaine, le régime polythéique de l’antiquité avait réellemertt constitué, à tous égards, la phase la plus complète et la ptus durable du système théologi()uc et militaire envisagé dans sa durée totale; tandis que le régime-mônothéique du moyen âge, quoique nécessairement amené par le développement même de la situation antérieure, devait naturellement caractériser la dernière époque essentielle et la forme la tnoins stable d’un tel système , dont il était surtout destiné à préparer gniduelle-

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meut l’inévitable décadence et le remplacement final. Malgré l’immense ascendant que l’esprit lliéologlque semble d’abord conserver dans l’organisation catholique, quand on la considère isolément, nous avons néanmoins démontré, avec une pleine évidence , qu’il y avait efTeclivement subi, sous un aspect quelconque, un décroissement capital et irréparable, non-seulement par rapport à son irrécusalde prépondérance dans les pures théocraties primitives, mais même comparativement à sa suprématie habituelle dans le polythéisme grec ou romain. L’admirable tendance du catholicisme à développer, autant que poisible, les propriétés civilisatrices du monothéisme, ne pouvait, nullement empêcher cette inévitable diminution, à la fois mentale et sociale, dès lors spontanément consacrée par une disposition involontaire et continue à agrandir progressivement le domaine, jadis si restreint, de la raison humaine, en dégageant de plus’en plus de la tutelle ihéologique, soit nos conceptions, soit nos habitudes, d’abord uniformément soumises, jusque dans leurs moindres détails, à sa domination presque exclusive. De même, sous le point de vue temporel, quelque puissante que doive sembler , au moyen-âge , l’activité militaire , par comparaison aux temps postérieurs, nous avons cependant reconnu que, en

passant de l’état romain à l’état féodal, l’esprit guerrier avait nécessairement éprouvé une altéra* tion radicale dans sa double influence morale et politique, dont la prépondérance originaire devait désormais rapidement décliner, tant par suite des entraves continues que lui imposait nécessairement la nature générale du système monothéique, qu’en vertu de l’importance évidemmént passagère et graduellement décroissante de la destination essentiellement défensive qui seule lui restait dès lors. C’est donc uniquement dans l’antiquité qu’il faut placer la véritable époque du plein ascëndant et du libre essor, soit de la philosophie purement théologique, soit de l’activité franchement militaire, au développement desquelles tout concourait alors spontanément : l’une et l’autre reçurent certainement, pendant tout le cours du moyen'-âge, une profonde atteinte, que devait bientôt suivre une irrévocable décadence. Nous avons même constaté, au chapitre précédent, que la plus exacte appréciation de l’ensemble du ré- ^me monothéique propre à cette phase transitoire de l’évolution sociale consiste finalement à le concevoir comme le résultat d’une première grande lentativé de l’humanité, pour l’établissement direct et généi-àl d’un système rationnel et pacifique. Quoique cette tentative trop prématurée ait dû

essentiellement manquer son but principal , soit à cause d’une situation encore éminemment défavorable, soit surtout par suite de l’insuffisance radicale delà seule philosophie qui pût- alors diriger une telle opération, elle n’en a pas moins, en réalité, heureusement guidé l’élite de l’humanité dans sa grande transition finale, soit en accélérant la décomposition spontanée du système théologique et militaire, soit en secondant l’essor naturel des principaux élémens d’un système nouveau, de manière à permettre enfin de reprendre 'directement avec succès l’œuvre immense de la réorganisation fondamentale, quand cette double préparation aurait été convenablement accomplie, comme nous reconnaîtrons clairement qu’elle commence à l’être aujourd’hui chez les peuples les plus avancés.

A partir du point éminemment notable où se trouve maiiltenant parvenue notre élaboration historique, l’étude générale d’une telle transition doit donc constituer désormais l’objet essentiel de tout le reste de notre analyse, afin d’apprécier exactement , sous l’un et l’autre aspect, les diverses conséquences nécessaires de l’impulsion universelle spontanément produite, au moyen-âge, par l’ensemble du régime catholique el féodal, vers la régénération totale des sociétés humaines.

Cette partie finale de notre grande démonstration me semble strictement exiger, par sa nature, la décomposition rationnelle d’une pareille exposition en deux séries hétérogènes, très nettement distinctes pour quiconque aura convenablement saisi l’esprit de notre, travail -antérieur , quoique d’ailleurs nécessairement coexistantes et même profondément solidaires: l’une, essentiellement critique ou négative, destinée à caractériser la démolition graduelle du système théologique et militaire, sous l’ascendant croissant de l’esprit métaphysique; l’autre, directement organique, relative à l’évolution progressive des divers élémensprincipjfiix du système positif: la leçon actuelle sera spécialement consacrée à la première appréciation, et la suivante à la seconde. Malgré l’intime connexité évidente de ces deux mouvemens simultanés de décomposition et de recomposition sociales, on éviterait difiicilement une confusion presque inextricable, très préjudiciable à l’analysedéfinitive de la situation actuelle, en persistant à mener de front deux ordres de considérations désormais assez radicalement difierens pour que je n’hésite point, après une scrupuleuse délibération , à regarder leur séparation méthodique comme un artifice scientifique vraiment indispensable au plein succès final de la suite entière de notre opération historique :

car ées deux sortes^ de d^vefoppemens) Mont J» liaison nécessaire ne p<^uvait nullement altérér l’indépendance spontanée, ne-furent d’âilleqrs, en

réalité, ni liabitnellement conbus dans -le même * - . *

esprit et pour le même but, ni communément dirigé® psr mêmes orgartes. Envers les diverses phases antérieures dé l’bumanité, il n’eût été, au coup’aire, ni uécessaire , ni conveuable, d’étudiet' ainsi séparément les de^ljc mouvemcns élémentaires., opposés ifiars toujours convergens, dont l^oiv ganisme social, comme l’orgaoisme individuel,, est, par su nature; constamment agité : puisque les^ divers changemens successivement .accomplis jüsque alors ne pouvaient être assez profonds pour e];iger on comporter l’institution d’un semblable artibce, dont l’emploi eût; par conséquent, abouti surtout à dissimuler la vraie filiation des évèneraensr Les révolutions* précédentes, sans même excepter la plus importante de toutes, le passage du* régime polythéique au régime monothéique, n’avaieni pir consister qii’én modifications plus ou«m(Üns graves, du système théologique fondamental, dont liw nature caractéristique restait essentielleméni maintenue; le mouvement critique et le mouvement organique / quoique réellement diSëren's, ne pouvaient donc être, d’ordinafre, assez distincts et assez indépetidans pour. devenir

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