TOME V
53o‘ PHHiOSOVHIE POfelUVE.
lliciiune ii’a jamais prcsenlc rien.J’analogue, par suite xle celte confusion fond a mentale des deux puissances qui caractérisait le régime polythéique de l’antiquité. Telle est, en général, la destinée purement provisoire de la philosophie tliéologique que, à mesure qu’elle se perfectionne intellectuel’ lement et moralement , elle devient toujours moins consistante et moins durable, comme le témoigne hautement l’examen comparatif de ses principales phases historiques ; car, le fétichisme primitif était réellement encore mieux enraciné et |dus stable que l&^oly théisme liii-mème, qui, à sou tour, a ccrlaÎBement surpassé 'le monothéisme soit en vigueur intrinsèque, soit en durée elTective j ce qoi, avec les principes ordinaires, doit naturellement constituer un paradoxe inexplicable, que notre théorie, au contraire ,< résout avec facilité, en représentant spontanément le progrès rationnel des conceptions théologiques comme ayant dû surtout consister en un continuel décroissement d’intensité.; , •
Une considération trop exclusive de celte remarquable spontanéité, de déçotuposilion <|ui cnraclér rise l’ensemble du régime propre au moyen-âge, pourrait d’abord faire penser que la désorganisation nécessaire de ce régime aurait pu être ain» enlièremeut iihaudoniiée à son cours naturel.
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PHySIQlIt: SOCIALE.
jusqu’à ce que les nouveaux élétnens sociaux fussent assez développés pour entreprendre une lutte directe et décisive, sans exiger la périlleuse intervention spéciale d’une doctrine critique formellement érigée en système de négation absolue, et de façon, par suite, à éviter essentiellement les immenses embarras qui en sont résultés. Mais une semblable appréciation serait aussi vicieu.se, en sens inverse, que l’hypothèse ordinaire, ci-dessus rectifiée, qui, exagérant, au-delà de toute possibilité, la vraie puissance de cette philosophie négative, en fait uni- ([uement dériver toute la dissolution delà ponstitution catholique et féodale, indépendamment d’aucune décomposition spontanée. Car, celle-ci, quoi - (pieayant dû précéder, restaitnécessairementinsufiisante, si, parvenue à un certain degré, ci-après déterminé, sa marche n’eûA enfin pris graduellement un caractère systématique, rigoureusement indispensable à la véritable issue générale d’une telle élaboration sociale. Non-seulement la doctrine critique ou révolutionnaire a, évidemment, contribué beaucoup à accélérer et à propager la désorganisation naturelle du régime propre au moyen-âge, et par suite de Teusemble du système ibéologique et militaire, dont il constituait la dernière phase essentielle : mais sa principale destination, où elle ^ • ne pouvait être aucunement suppléée, a surtout ,
PHILUSUPHIE POSITIVE.
consisté à servir ahoi s d’organe nécessaire au besoin croissant d’une entière réorganisation sociale, en manifestant l’impuissance de plus en plus complète du système ancien à diriger le mouvement fondamental de la civilisation moderne, et en rendant liautement irrévocable cette dissolution spontanée, cpii, sans cela, eût tendu naturellement à faire concevoir la grande solution politique comme toujours réductible à une sim[)le restauration, quoi^ que celle-ci devînt, au fond , de plus en plus chimérique. Dans leurs luttes même les plus intenses, les diverses forces catholiques et féodales conservaient spontanément un resjiect sincère et profond pour tous les principes essentiels de la constitution générale, sans soupçonner la portée finale des graves atteintes qu’ils devaient indirectementrecevoir de tels débats : en sorte que cet antagonisme spontané eût pu se prolonger presque indéfiniment sans caractériser la déctideuce radicale du régime correspondant, tant que rien de systématique ne venait s’y mêler pour consacrer, par une formule négative correspondante, chacune des pertes successives du régime ancien , ainsi devenues irréparables. Un examen superficiel pourrait d’abord faire confondre, par exemple, l’audacieuse spoliation des églises françaises et germaniques au profit des cheveliers de Charles-Martel, avec l’avide usur-
PHYSIQÜR SOCIALE. 533'
palioii des biens ecclésiasliqnes par les iiarons anglais du seizième siècle; et cependant l’une, n. était, au fond, qu’une perturbation grave mais inomentanée^lMenlôt suivie d’nne large et facile réparation, tandis que l’autre tendait hautement à la ruine irrévocabre de l’organisation catholique : or, cette différence capitale entre deux mesures matériellement analogues resuite surtout <le ce que la première, indépendante de tout principe 1k)stile, ne constituait qu’un violent expédient financier, dû au sentiment, peut-être exagéré, d’ün imminent besoin public, au lieu que la seconde se rattachait directement a une doctrine formelle de désorganisation sy.stématique de la hiérarchie sacerdotale. C est ainsi que, a tous égards, et dans ses divers degres, la philosophie négative ou révolutionnaire des trois derniers siècles, quoique ne pouvant etre primitivement qu’une simple conséquence générale de la nouvelle situation sociale amence par la dissolution spontanée du régime ancien , devait ensuite exercer une indispensable réaction pour imprimer à celte marche naturelle un caractère vraiment décisif, propre à mettre "en évidence le besoin croissant d’une régénération finale: jusque là, et tant que la décomposition, purement politique ou même morale, ne s’étendait {loint directemci^ aux principes intellectuels de
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l’anlique conslitulion , Ics^ altérations successives, quelque graves qu’elles pussent être, d’après les dilférens conflits partiels, se présrataient toujours nécessairement comme susce^pibles de rectifications suffisantes à l’issue de conflits inverses. Sans l’influence nécessaire de cette doctrine criti- (|ue, les peuples modernes eussent consumé indéfiniment leur principale' activité politique en une déplorable prolongation, aussi dangereuse que stérile, de l’antagOnisme propre au moyen-âge, entre les élémens d’un système déjà essentiellement ébranlé et tendant spontanément dès tors à devenir de plus en plus hostile au développement ultérieur de l’évolution sociale. Car, malgré son impuissance finale à diriger désormais le mouvement " humain , ce système devait naturellement conserver ses prétentions à la suprématie tant qu’elle ne lui était pas directement déniée j en sorte qu’aucune véritable réorganisation ne pouvait être ni tentée, ni même conçue, tant qu’un tel déblai n’était pas d’abord suffisamment opéré. A quelques orages qu’ait donné lieu cette indispensable opération préalable, il serait d’ailleurs injuste de méconnaître qn’elle a dû toutefois en prévenir beaucoup d’antres, dès lors même difficilement appréciables, en posant seule un terme réellement' décisif' à la suite presque indéfinie des agiterons intestines de
PHYSIQUE «OCJAI.E. 535
TaiYeien système socWÉ. Tel devait donc être le principal oflüce directement propre à la doctrine critique, que la décomposition spontanée de la constitution (Catholique et féodale rendait seulement possible, sans pouvoir aucunement y mipplëer. Quant à l’hypothèse qui représenterait la dissolution finale du régime inonotbéiquc«om«ie ayant pu s’accomplir, d’une manière esseiilielleineut calme, sans esigeri l’inlervenlioti active et prolongée d’une semblable doctrine, par la -seule opposition nalurelledes nouveaux élémens sociaux, OH n’y saurait voir certainement qu’une pure utopie philosophique, entièrement ineoneiliable avec la véritable marefaede la civilisation moderne: (puisque, après leur premier élan au moyen-âge, l’esprit scientifique et d’activité industrielle , l.oy;k d’être immédiatement susceptibles d’une destination politique qui n’eût alors abouti qu’à entraver leur essor caractéristique, ne pouvaient ensuite se développer convenabJeuient que lorsque le système théologique et militaire aurait d’abord été suâisamment ébranlé, ainsi que je l’expliquerai spécialement au chapitre suivant, quoique leur influence sociale ait dû devenir , en dernier lieu , et surtout aujourd’hui, la meilleure garantie coii- Ire toute vaine restauration du passé.
L’inévitable avènement de cette philosophie
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PHIUOSOPH.E PüSmVE.
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tV un monothéisme quelconque, par sui
vilahles divergences que doit produire ce
aclivilé spéculative à l’éghrd de conceptions essentiellement vagues et arbitraires. Ma iscette.tendance universelle du monothéisme , que Islamisme J ui- . même laisse distinctement apercevoir, devait évidemment recevoir du catholicisme son principal développement, comme je l’ai déjà indiqué au chapitre^ précédent, à cause de la division fondamentale des deux puissances qui en constituait le caractère essentiel : puisqu’une telle séparation provoquait directement à l’extension régulière des habitudès de libre examen depuis les discussions purement tliéologiques jusqu’aux questions vrai-ment sociales, pour y constater successivement les légitimes applications spéciales de la doctrine commune. Quoique cette influence nécessaire se soit fait plus ou moins sentir pendant tout le . cours du moyen-âge , là décomposition spontanée du régime corres^Yondant a dà surtout lui procurer un énergique accroissement, d’après l’usage plus continu et plus important d’une telle liberté intellectuelle dans le double conflit général, cidessus apprécié, qui a naturellement désorganisé le système catholique, soit par la lutte des diver-s pouvoirs temporels contrele pouvoir spirituel, soit par l’oppositiou des clergés nationaux au punliiicat central, l'elle est, en réalité, l’origine primitive, (.cites plclneiuenl inévitable, de cet appel
PHII.OSOPHIE POSITIVE.
au libre exatrien individuel , (|ui caractérise essen- Uellejnent le protestantisme, première phase générale de la philosophie révolutionnaire. Les docteurs qui soutinrent si long-temps contre les papes • l’autorité des rois , ou les résistances corre9pondantes des églises nationales aux décisions romaines, ne pouvaient certainement^ éj^iter de s’attribuer, d’une manière de plus en plus systématique, un droit personnel d’examen, qui,- de sa nature, ne devait pas, sabs doute, rester indéfiniment concentré entre de telles intelligences ni sur de telles applications; et qui, en effet, spontanément étendu ensuite, par une invincible nécessité, à la fuis mentale et sociale, à tous les individus et à toutes les questions , a graduellement amené la destruction radiéale, d’abord de la discipline catholique, ensuite de la hiérarchie, et enfin du dogme lui- même. Une aussi évidente filiation générale ne saurait exiger ici de plus amples explications , sauf celles que son usage ultérieur va bientôt faire implicitement sentir.
Quant au caractère propre de cette philosophie transitoire, dont l’intervention croissante, pendant les trois derniers siècles, est maintenant dé montrée, en principe, non moins inévitable qu’indispensable, il est clairement déterminé par la nature même de la destination que nous lui avons
PnVSIQUE SOCIALE.
reconnue, et à laquelle pouvait seule convenablement satisfaire une doctrine systématique de négation - absolue,-, successivement étendue aux principales questions morales et sociales, comme je l’ai déjà suflisamment établi , quoique à une autre intention , dès le début du volume précédent. C’est ce que la raison publique a dqniis long- temps essentiellement -reconnu, d’une manière implicite mais irrécusable, en consacrant, d’un aveu unanime , la dénomination très expressive de protestantisme, qui, bien que restreinte ordinairement au premier état d’une telle doctrine, ne convient pas moins, au fond, à l’ensemble total de la philosophie révolutionnaire. En elfet, cette philosophie, depuis le simple luthéranisme primitif, jusqu’au déisme du siècle «lernier, et sans même excepter ce qu’on nomme l’athéisme systématique, qui en constitue la plus extrême phase (1), n’a jamais pu être historique-
(i) Qaoiqae cctie phaïc finale île la pliiloaopliic mtUaphyaiquc , doive être, par cela mdme, aaivant notre lhe'orie, la plat ropprucbée de rc'tai positif, et former ainsi, surtout anionrd’hni, une deruiàrc préparation indispensable an vrai régime déGnitif de l'entendement hamain, une appréciation anpcrticielle on malveillante peut seule faire confondre avec la philosophie positive nne doctrine aussi éminemment négative, nécessaircuicnt plus transitoire qu’aucune autre, qui condamne, d'une manière dogmatiquement absolue, toute coopération essentielle des croyances religieuses h l’évolution générale de l'Iiuma-
5 jo Purr-osoPHiK positive.
nieiil qu’une protestation croissante et de plus en plus méthodique contre les bases intellectuelles de l’ancien ordre social, ultérieurement étendue, par une suite nécessaire de sa nature absolue, à toute véritable organisation quelconque. A quelques graves dangers qire dût exposer cet esprk radicalement négatif, il faut y reconnaître une condition fondamentale de la grande transitionintellectuelle et sociale que devait finalement diriger une telle philosophie. Car, dans les diverses révolutions antérieures, qui n’avaient jamais pu consister qu’en des modifications plus ou moins profondes d’un même système. primordial, l’entendement humain pouvait toujours subordonner essentiellement la destruction de chaque forme ancienne à l’institution d’une forme nouvelle dont il apercevait plus ou moins nettement le principal
nite, où la philosophie positive leur assigne ratiomiellemciu, an contraire , (Vaprès sa loi la plus fondamentale, on office înitial^ long-temps indispensable , a tous égards, bien que nécessairement provisoire, La prépondérance d’on tel système ne sanrait, an fond, aboutir, dans la pratique , en snbsiituanl le culte de la nature k celui du créateur, qn*«t organiser une sorte de panthéisme me'taphysiqnc, d*où Pesprit pourrait • aisément rétrograder vers les diverses phases successives du système
théologiqnc plus on taoins modifié, de manière 5 constituer bicniftt une sitnation encore plus éloignée, en réalité, que Pétât purement catholique du véritable régime positif. J’ai cru convenable dMniliqncr, en passant, cette explication spéciale , qnî s’adresse exclusivement aux juges de butine foi; quant anx autres, îl serait évidemment soperflû de $’en occuper.
caractère, île inauière à éviter la situation exclusivenient critiijue : or il n’en pouvait plus être ainsi pour celte révolution finale, destinée à accomplir la plus entière rénovation, non-seuleluerit sociale, mais d’abord et surtout mentale, que puisse offrir l’ensemble total de l’évolution humaine. L’indispensable obligation, ci-dessus caractérisée, d’exécuter ou du moins de constituer alors l’opération critique long-temps avant que les nouveaux élémens sociaux pussent être assez élaborés pour indiquer spontanément, même par une vague approximation générale, la vraie tendance définitive de l’bumanité, conduisait évidemment à concevoir la destruction de l’ordre ancien en vue d’un avenir radicalement indéterminé. Par une suite nécessaire de cette situation sans exemple, les principes critiques ne pouvaient certainement acquérir toute l’énergie convenable à leur destination qu’en devenant enfin essentiellement absolus. Si des conditions quelconques avaient dû être toujours imposées aux droits négatifs dont ils proclamaient l’exercice systématique, comme elles ne pouvaient encore se rapporter aucunement au nouveau système social, dont la nature reste, même aujourd’hui, trop imparfaitement connue, elles auraient été forcément inspirées par Forgauisallon même qu’il s’agissait de
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