‹ Cours de philosophie positive (volume 2)Chapitre 34 sur 40 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

6aG piiiLostïi>HiE PoslnvK.

la période pi-écédeiile, à l’exubérance féodale de l’activité niililaii*e après l’abdissemeuUle l’autorité européenne des papés.On ne peut réellement a ttri bueis en principe, à la prolongation d’une telle impulsion que les fameuses guerres propres à )a première moitié du xvi* siècle , pendant la rivalité de François 1““ et Cliarlés- Quint, à la suite de l’invasion française en' Italie; l’extension naturelie du système des armées permanentes et les nouvelles ressources partout procurées "par le développement industriel expliquent d’ailleurs spontanément l’importance supérieure de ces expéditions : encore faut-il reconnaître, au fonil , malgré l’illusion due à un reste d’influence des mœurs chevaleresques, que la guerre y devint bientôt essentîeUemetit défensive de la part de 'la France, qui luttait avec énergie pour le'mainlien de sa nationalité eoutre les dangereu^s prétentions de Charles-Quint à une sorte de monarchie universelle. Quoi qu’il en soit, l’action politique du protestantisme ne tarda point à rendre, sous ce rapport, un service fondamental à l’évolution ïHlé^ rieuredel’élilede l’hunranité, en empêchant radksilementtoutessorétenduetdui'abledel’espritdectXiquète par la préoccupation des. troubles intérieurs,, et en. donnant naturellement un nouveau bnt'et un coin's dillereut à factivité militaire, dès-lors

PHYSIQtJE SOCIALE/

rattachée à la grande lutte sociale entre le système de résistance et l’instinct progressif : je néglige d’ailleurs ici la tendance anti-militaire propre aux mœurs protestantes, en tant que produisant des habitudes dediscussionetde libreexamen individuel évidemment antipathiques aux conditions normales de toute discipline guerrière; et j’en fais expressément abstraction provisoire, afin de ne considérer que les influences les plus générales , essentiellement communes à. ton s lesétats européens. C’est donc à cette époque qu’il faut placer la véritable origine des guerres révolutionnaires proprement dites, où la guerre extérieure se complique plus ou moins avec la guerre civile , dans l’intérêt sérieux d’un important principe social, qui tend à y déterminer la participation plus ou moins active de trfus les hommes convaincus , quelque pacifiques que soient leurs inclinations habituelles; en sorte que l’énergie militaire y peut être fort intense et très soutenue, sans cesser d’y conslîluer un simple moyen et sans indiquer réellement aucune prédilection générale pour la vie guerrière. Or, une appréciation suffisamment approfondie démontrera clairement, cemeiiemble, que tel ne fut pas seulement le nouveâu caractère y déjà unanimenient reconnu, des longuC.s guerres qui otit alors- agité l’Europe, depuis le

PttlIX)SOPMl£ POSITIVE.

milieu environ du xvi* siècle jusqu’à celai du xvii*, et sans excepter mémevhi célèbre guerre de trente ans ; mais elle fera voir aussi qu’une par^e nature appartient essentiellement,' d’une 'manière non moins réelle , au fond , quoique moins explicite, aux guerres, encore plus étendues, - qui remplirent ensuite la seconde moitié de ce dernier siècle, et même le commencement du suivant , jusqu’à la paix d’ütrecht. Dans cette série ultécieure de guerres , l’-ambition des conquêtes est , sans doute, intervenue, comme au reste, dans la précédente, et peut-être davantage, vu l’affaiblissement naturel, de. part et d’autre, de la première ferveur religieuse et politique : mais on lui attribue vulgairement , à ce sujet, une influence capitale qui ne dut être que purement accessoire. Tout autant que les guerres antérieures , celles-ci portent profondément, en réalité, l’empreinte révolutionnaire, en tant que relatives surtout au prolongement de la lutte universelle entre le ca-*tbolicisme et le protestantisme ; lutte alors devenue d’abord offensive de la part de la France, où s’était concentrée l’açtion catholique depuis l’afftfiblis.se ment de l’Espagne, jusqu’à la crise anglaise de 1 688 , et ensuite défensive, quand l’action' protestante a pU être, à son tour, suffisamment condensée autour de G^nUaume d’Orango, d’après

PHYSIQUE Sociale. ffary

Pimion sponUnéè de ^a Hollande avéc l’Angleterre. Pendant la ma]eure partie du xvin* siècle, les guerres ont encore changé de nature, par suite de la résignation unaninée des divers états européens à maintenir enhn les deux systèmes a palhtques dans leur situàtion effective, pours’occu'» per concurremment désormais du développement industriel dont l’importance sociale devenait de pins en plus prépondérante : dès-lors, l’activité militaire a été essentiellement subordonnée aux intérêts commecciaux , comme je l’indiquerai au chapitre suivant, jusqu’à l’avénement de la révolution française, où, après une grande aberration guerrière, difficile à éviter, l’esprit militaire a commencé à subir une dernière ti'ansformation essentielle, que je oèraotériserai au cinquanteseptième chapitre, et qui marque, encore plus nettement qu’aucnne autre, son inévitable décadence finale.

L’accomplissement graduel dés importantes modifications temporelles que nous venons de ratlncher ainsi à la désorganisation radicale du régime militaire, a'été spécialement opéré par une nouvelle classe, peu nombreuse mais très remarquable, quia naturellement surgi, en Europe, presque des le début du-^rand mouvement de décomposition m^siverselle , et qui peu à peu y a justement

63o paiLosoPttiE poan'tvE.

acquis une haute importance politique, que je doi^. sommairement expliquer ; ou .conçoit quHl s’agit de la classe diplomatique. Essentiellement étrangère au vrai régime, du moyen-âge, cette clAe toute moderne est d’abord spontanément issue de la décadence européenne ^e la constitur tipu catholique, qui en a Êtit naître la. nécessité pour suppléer, autant que possible, aux liens -politiques que le pouvoir commun >de. la papauté maintenait régulièrement jusque là entre les divers états, et qui, en même temps, .en a fourni des premiers élémens, en permettant de trouver beau-* cou[) d’hommes intelligens .et actifs, uatureliemeut placés, de.ln manière la plus rationnelle, au point de vue socia) le plus élevé, sans toutefois être aucunement- militaires : on. peut noter , en effet, que les diplomates ont été long-temps empruntés au cleigé catholk|ue, parmi lasmembres qui, instinctivement persuadés de la déchéance croissante de leur corporation , se montraient dispos^ à utiliser ailleurs, d’une manière plus réelle quoique plus secondaire, l’éminente capacité politique qu’ils avaient pu y cultiver. Depuis que la graude dictature temporelle, monarchique ou oligarchique, a pris son caractère définitif, celte classe a été, en apparèuce , principalement ansto^ratique-, comme le haut sacerdoce ;>mais cette intrusion nofaliaire

PHYStQIJË .SOCUL£.-

ii’a pu cepeiidaut dénaturer son esprU éiuiiiemraent avancé, où la capacité est toujours, sous de vaines ibrniules oÛscielles, réellement placée au premier rang des titres personneb : il n’y a pas eu, sans doute, eu Europe, pendant tout le cours des trois derniers siècles, de classe aussi cqmplétement affranchie de tous préjugés politiques et peut-être même philosophiques, en vertu de la supériorité naturelle de son point dt> vue habituel. Quoiqu’il en soit, il est clair que cette classe émiiremmeut civile, née et grandie conjointement avec le pouvoir ministériel proprement dit, dont elle constitue une sorte d’appendice naturel, a partout tendu directement à dépouiller de plus en plus les. militaires de leurs anciennes attributions politiques, |K)ur les réduire à la simple condition d’instrumens plus ou moins passiE de desseins conçus et dirigés par le puissance civile, dont l’ascendant flnal n ét^ tant secondé jrar la diplomatie. Chacun sait, eu el&t, que dans' l’antiqnité, et même, à beaircoup d’égards, au moyen-âge , les négociations de paix ou d’alliance étaient habituellement regarr dées comme un complément spontané du commandement militaire , ainsi que l’exigeait évidemment le libre essor normal du système guerrier, surtout à l’état offensif: par suite ^ on ne peut douter que la classe diplomatique n!aitimmédiatement

PU»LOS(>PHIE POSITIVE

concouru, avec une spéciale efficacité, à la décadence continue du régime et de l’esprit militaires, en enlevant dès-lors irrévocîfblement aux généraux une aussi précieuse parlié de leurs fonctions primitives; ce qui explique aisément l’antipathie instinctive qui a toujours existé chez les modernes, sous des formes plus ou moins expressives, entre les rangs supérieurs des deux classes.

Ce dernier ordre d’o4>servations nous conduit naturellement à compléter enfin l’appréciation sociologique de la grande dictature temporelle qui a entièrement consommé la décomposition spontanée propre au moyen-âge, en y considérant les efforts qu’elle a dû faire, après sa suffisante consolidation, pour suppléer, le moins imparfaitement possible , à l’immense lacune qu’avait nécessairement laissée, dans le système politique de l’Europe^ l’irrévocable extinction croissante de l’autorité universelle des papes. Un tel besoin avait dû se manifester, comme je l’ai expliqué, dès l’origine de la phase révolutionnaire au quatorzième siècle, puisque c’est précisément par l’abolition de ce pouvoir général , suivie d’une dispersion politique correspondante, que le mouvement de désorganisation avait dû partout commencer. Mais les grandes luttes qui absorbèrent ensuite la principale sollicitude des élémens temporels ^destinés à deve-

PHYSIQUE StlCIÀLE. 633

iiir prépôiadérans , firent inévilableinent ajounier la seule solution que eomportait alors cette difficulté fondamentale, et qui- devait reposer sur la régularisation systématique du simple antagonisme matériel entre les divers états européens; ce qui supposait évidemment la cessation préalable des différentes agitations intérieures, et la suffisante réalisation de 1.1 dictature temporelle où elles devaient aboutir. Quand ces conditions indispensables ont pu être convenablement remplies selon le cours naturel des événcmens ci-dessus caractérisés, la diplomatie s’est partout aussitôt occupée, avec une infatigable ardeur, soutenue par un digne senfiment de son importante mission, à instituer équitablement un tel éqiûlibre, dont la nécessité actuelle devenait hautement irrécusable, ifepuis que le partage presque égal de l’Europe entre le catholicisme et le protestantisme devait évidemment interdire toute illusion, s’il eu pouvait rester encore, sur le rétablissement normal d’un véritable organisme européen d’après l’entière réintégration de l’ancien lien spirituel. C’est ainsi que la diplomatie marqua noblement, par le grand traité de Westphalie, sa principale intervention dans le système de la civilisation moderne, d’après un généreUT esprit de pacification universelle et permanente, dont la mémorable utopiédu bon Henri IV

av.TÎt (Jcjà signalé les symplômes C9ractéristi<]ues. Sans doute, la solution diplomatique est, en principe, extrêmement inférieure, comme j’aurai lieu de le faire plus tard sentir spécialement, à l’ancienne solution catholique, la seule qui, par sa nature, puisse être vraiment rationnelle; pui^ue l’qrganisine international peut encore moins se passer que l’organisme national d>’une base intellectuelle et morale, et ne saur§it, par conséquent, jamais reposer solidement sur. le simple antagonisme physique, qui, en effet, au cas que nous considérons , ,n’a pu acquérir aucune consistance réelle, et n’a présenté, à vrai dire, '■qu’une utilité fort problématique, si même un tel équilibre n’a souvent servi de prétexte plausible à l’essor per— turbfteur des hautes ambitions politiques. Mais il serait certainement injuste et Irrationnel de juger d’après l’état normal un expédient essentiellement destiné à une situation révqlutionnaire, et qui , selon cette appréciation relative, a du moins conr couru et concourt encore, à un certain degré, à' mai nten ir, entre les divers états européens, la pensée habituelle d’uœ organisation quelconque, q.uelqüe Tague et insuffisante qu’en soit la notion ; josqi^À ce que la commune réorganisation spirituelle, qui peut sçule terminer la grande phase réyolutipiinaire, 'vienne fournir spontanément une base

PUï9tQi;E SOUA.LE. . 635

vraiment générale, sur laquelle une nouvelle et plus haute diplomatie puisse réaliser enfin la construction graduelle de la république européenne, également pressentie par l’âuie du noble roi Henri et par le génie du grand philosophe Leibnitz , qui, partis de points si divers, et suivant des routes si opposées, ne sauraient, sans doute, s’être ainsi rencontrés sur une pure chimère sociale, comme je l’indiquerai au cinquante-septième chapitre.

Tels sont les divers as|>ects généraux sous lesquels je devais ici considérer sommairement, {jendant la période protestanie proprement dite^ la marche continue de la désorganisation temporelle, qui n’a fait ensuite que se prolonger naturelle-i ment dans la même direction, sans aucun caractère vraiment nouveau de quelque importance, pendant la période déiste, jusqu’à l’avéneraent de la révolution française, ce qui nous dispensera essentiellement d’y revenir en tout le reste de la leçon actuelle. Par là se trouve donp complétée enfiu l’appréciation, si di0icile et si complexe, dp l’immense portée politique propre à la première phase nécessaire de ' la décomposition systématique de l’ancien système social, précédemment analysée en ce qui concerne la dissolution spirituelle. Je devais, sans doute, sous ce double aspect, spécialemeqt insister ici sur l’établissement

Dir-

636 PHILOSOPHIE PCISltlVK.

rationnel d’un tel point de départ, quia tant nifltië sur la suite enriere du grand uiouvement révolutionnaire, et qui néanmoins n’a jamais été jusqu’ici convenablement jugé, malgré les études presque innombrables auxquelles il a donné lieu, par le triple défaut de rationnalité, d’élévation, et d’impartialité que présentent ordinairement ces conceptions contradictoires, soit historiques, soit politiques, dont les divers autèurs, catholiques, protestants, ou enfin déistes, n’ont pu apercevoir qu’une seule face du sujet, ou les ont toutes enveloppées d’un aveugle dédain. Mais cette analyse fondamentale , désormais exactement rattachée à l’ensemble de notre élaboration historique, va maintenant nous permettre de terminer, avec beaucoup plus de netteté et de rapidité à la fois, l’examen général ‘de la période protestante proprement dite, en y considérant enfin, suiv ant 1 ordre d abord indique , sa haute influence intellectuelle. Nous retirerons d’ailleurs une uli-* lite non moins essentielle de l’explication capitale que nous venons d’établir, en passant ensuite à l’appréciation directe de la dernière phase nécessaire du mouvement de décomposition, où nous pourrons, d apres une telle base, concentrer notre attention presque exclusive sur l’ébranlement mental qui la caractérisa surtout, sans nuire ce-

pendant à l’intégrité de notre conception 6nale relative au système total des diverses opérations révolutionnaires depuis le xiv* siècle.

Outre l’action politique propre au protestai!* tisme, et qui, en réalité, consiste seulement dans les diflférents résultats généraux , directs ou iudi.rects, qui viennent d’être examinés, il a nécessairement servi de premier organe systématique à l’esprit universel d’émancipation , en préparant essentiellement la dissolution radicale, d’abord intellectuelle, et Bnnlement sociale, qne l’ancien système devait subir pendant la période suivante. Quoique la formation effective, et surtout le développement de la doctrine critique proprement dite ne doivent pas lui êtredirecteraentattribués, il en a cependant établi d’abord les principales bases , sur lesquelles une philosophie négative plus complète et plus prononcée a pu ensuite construire aisément l’ensemble de la métaphysique révolutionnaire , destinée à caractériser, à sa manière , l’issue finale du grand mouvement de décomposition. C’est surtout ainsi que l’ébranlement protestant a constitué une situation intermédiaire réellement indispensable, bien que très passagère, dans l’essor fondamental de la raison humaine.

Pour faciliter, sous ce dernier aspect, l’appréciation générale du protestantisme , nous pouvons

638 PHILOSÔPHIE POSITIVE.

règardericile système entier de la doctrine critique comme essentiellement réductible au dogme absolu et indéfini du libre examen individuel , qui eu est certainement le principe universel. Dès le début du quatrième volume, j’ai exposé, à ce sujet, des considérations directes, aussi applicables, par leur natnre, au passé qu’au présent, et d’où il résulte que les autres dogmes essehtiels de la philosophie révolutionnaire ne constituent réellement que de simples conséquences politiquesde ce dogme fondamental, qui a graduellement érigé chaque raison individuelle èn suprême arbitre de toutes les questions sociales. 11 est clair, en effet, qu’une telle liberté de penser doit naturellement conduire chacun à la liberté de parler, d’écrire, et même d’agir conformément à ses convictions personnelles, Sans autres réserves sociales que celles relatives à l’équilibre permanent des diverses individualités. Pareillement, cette sorte de souveraineté morale attribuée a chacun,* simidtanément considérée chez tons Jes citoyefis, et n’y pouvant dès- lors admettre d’autre restriction légitime que celte du nombre, itboutit nécessairement à la sôùveraineté politique de la multitude, créant ou détruisant à son gré toutes les institutions quelcon(|ues. Une telle suprématie individuelle suppose d’ailleurs évidemment la concéption

PHYSIQUE SOCIAI.E. ÔSp

corre8|)ondante de l’égalité universelle, ainsi spontanément proclamée dans l’ordre mental, oùles hommes, en réalité, dilTèrcnl le plus profondément les uns des autres. Enfin , sous le point de vue international, on ne saurait douter qu’ün pareil dogme ne conduise, encore plus directement, à consacrer l’indépendance absolue, ou l’entier Isolement politique, de chaque peuplé ■particulier. On voit donc, à tons farcis, les différentes notions essentielles propres à la métaphysique • révolutionnaire ne constituer réellement que de simplés applications sociales y ou plutôt les diverses manifestations nécessaires, de cet unique principe du libre examen individuel , d’où elles peuvent toutes spontanément dériver. J’aurai lieu de faire sentir ci* a près qu’une telle filiation générale est aussi historique que logique, puisque chacune de ces conséquences politiques a été effectivement dédaite aussitôt que le cours naturel des événemens^r dirigé l’attention publique vers l’aspect socia^correspondant.

D’après cette évidente concentration préafahle,que je devais ici rappeler sommairement, on ne peut méconnaître l’aptitude nécessaire du protestantisme à jeter le fondement primordial de la philosôphie révolutionnaire, en « proclamant directement le droit individuel de chacun aü libre

64o PIIII.OSOVHIE POSITIVE.

examen de toutes les questions quelconques, malgi’é les restrictions irrationnelles qu’il- s’est toujours efiForcé d’imposer à ce sujet. Outre que ees diverses restrictions devaient être, par leur nature, successivement rejetées par de nouvelles sectes, il faut remarquer que leur inconséquence même a d’abord facilité l’admission universelle du principe général, dont l’entière promulgation immédiate eîtt long-temps révolté des consciences" qui, rassurées, au contraire, par la conservation primitive des principales croyances, ne luttaient plus contre l’attrait presque irrésistible que pré- • sente spontanément à notre orgueilleuse intelligence la libre interprétation personnelle de la foi ‘ commune. C’est surtout ainsi que le protestantisme devait indirectement étendre son influence mentale chez les peuples même qui pe l’avaient point ostensiblement adopté , et qui néanmoins ne pouvaient , sans doute ,i|^éGniment se juger moins aptes que les autres à ^émancipation religieuse, dont les plus grands rés^tats philosophiques leur étaient, en effet, spécialement réservés , xomme on le verra bientôt. Or, l’inoculation universelle de l’esprit critique ne pouvait assurément s’opérer sous une forme plus décisive : car, après avoir audacieusement discuté les opinions leS plus respectées et les pouvoirs les plus sacrés, la raisqn

PHYSIQUE SOCU.LE. 64 f

humaine pouvait-elle reculer devant aucune maxime ou institution sociale, aussitôt que l’aua- !yse dissolvante y serait spontanément dirigée? Aussi ce premier pas est-il réellemait le plus capital de tous ceux relatifs à la formation graduelle de la doctrine révolutionnaire, qni, si elle pouvait, par une rétrogradation chimérique, êtrè ramenée à cet étal initial, ne saai'ait manquer d*y retrouver naturellement le principe nécessaire d’une suite équivalente de nouvelles conséquences analogues. =’ i, »

La saine appréciation historique de ce fondement universel delà philosophie négative prOpre à la dernière phase générale 'du grand mouvement de décomposition 'Consiste essentiellement à !fe rattacher, à tous égards,’ “a la désorganisation spontanée qui l’avait précédé, ‘'suivant nos explications antérieures. Sous cet aspect. Seul vraiment conforme à l’ensemble des laits, le pribcipe du libre examen n’aurait été d’abord, aü seiâème siècle, qu’un simple résultat naturel de la nouvelle situation sociale graduelleineut amenée par' les deux siècles ptécédens. On conçoit, en effet, que cette liberté inleHectuelle* couSlilue, par sa nature, une disposition purement négative, et ne peut se rapporter réellement qü’à la consécration systématique de ‘l’état de non-gouvériienient, TOME V. 4*

Q4;» POSmVK.

sj>pu,^incmej»t résulté , pour les esprits inQ4ern&s, (le |a (lissoVtiou crcsiiswnle, de rauçienne disc^plint; nieutale^ jusqu’à l’ayéneruent ultérieur de nouveaux liens spirituels, Si ce dogiue n’eût été priiuitiveuieut la simple proclapiajtiou abstraite d’un tel (ait général, son apparition elFective serait assuréineuL inuompréhensible, quoiqu’il ait dù epsuite réagir énainemepent sur l’extension de la déeoa]j>ositiou religieuse cpii l’avait origipairepienl pro>.luit..Lc droit d’examen individuel a cela d’évidemment caractéristique que rien n’en saurait ciqpêç^ier l’exercice spontané quand une volonté suHisaute a pu eufpi se former, sauf la diiliculté des manifestations extérieures, bientôt levée par une convenable simultanéité de. vœux. Or, le développement, toujours imminent, d’une volonté aussi ç()nlbrmeà l’ensemble des pencliaiisiminaiiis, uç peut certaineipent être contenu que par l’in- Huence jjerniancnte d’épçrgi<|ues convie ti<j«s, antérieures, dont sa production sup])pse tpujours l’ailaiblissement préalable. Xçlle est, sans doute , la marche naturelle propre à cette disposition mentale , aussi rel^elle à, la provocation qp’à l’interdiction hors des conditions normales dfoppoi:tunilé, çt qui a tant dopné liep à dc &nssqf appréciations, où le symptpme est pris popr la cause, et le résului pour le priuci|>p. Dans e^s actuel.

|>HYSIQUE iàOCIALE.

nous avons déjà pieinemeiit reconnu que les lon> gués discussions du quatorzième siècle sur le pouvoir européen des papes et celles du siècle suivant sur l’indépendance des églises nationales envers le centre romain avaient spontanément suscité, chez tous les peuples chrétiens, un large exercice spontané du droit d’examen individuel, longtemps avant que le dogme en pût être systématiquement formulé, de manière à priver d’avance l’ensemble des anciennes croyances de leur principale énergie sociale. La proclaniation luthérienne n’a donc fait, à vrai dire, qu’étendre solennellement à tous les croyans un privilège dont les rois et les docteui;$ avaient alors amplement usé, et qui se propageait naturellement de plus en plus chez toutes les autres classes. C’est ainsi que l’esprit général de discussion inhérent à tout monothéisme, et surtout au catholicisme, avait hautement devancé, dans toute l’Europe , l’appel direct du protestantisme. Il est d’ailleurs évident, en fait, que l’ébranlement luthérien, soit quant à la discipline, ou à la hiérarchie, soit même quant au dogr me, ne produisit réellement aucune innovation qiû n’eût déjà été itérativement proposée long-temps auparavant^ en sorte que le, succès de Luther, après tant d’autres réformateurs trop préooces,fut essentiellement dû à Popportunité d’un tel effort,

enimsuiTisaminent préparé par i’universelle désor- ^iiisation spontanée du système catholique, suivant nos explications antérieures, que conlirme si clairement la propagation rapide et facile de cette explosion décisive. En considérant de plus près cette nouvelle situation générale, il est aisé de reconnaître que l’irrévocable subalternisation du pouvoir spirituel envera le pouvoir temporel, qui eu constituait partout le caractère plus ou moins explicite, devait spécialement y provoquer à la propagation nécessaire de l’esprit d’émancipahon personnelle, en dégradant radicalement, par une irrationnelle sujétion , les seules autorités auxquelleson pût jusque alors reconnaître un droit légitime de discipliner les intelligences, et qui se trouvaient désormais conduites à une sorte d’abdication spontanée de leur ancienne suprématie mentale, en consentant ainsi à subordonner leurs tlécisions à des puissances temporelles évidemment incompétentes. Une fois réellenient passées entre les mains des rois, les anciennes altribulion.s intellectuelles du pouvoir catholique n’y pouvaient, sans doute, être sérieusement respectées, et devaient bientôt céder à l’essor général vers l’aiTrancbissement spirituel, auquel les chefs temporels devaient eux- mânes tendre naturellement de plus! en pltts à n’imposer d’iiutres restrictions

.'DjgHr

rflicaces <|ue celles relatives à la conservation immédiate de l’ordre matériel. Or , telle était certainement, d’une manière plus on moins prononcée, la situation communede toutesles populations chrétiennes lors de l’apparition du protestantisme, qui, en formulant le principe du libre examen iii< dividuel, ne put que consacrer systématiquement un état préexistant , à 1a formation duquel toutes les influences sociales avaient spontanément concouru pendant les deux siècles précédens.

Cette explication naturelle de l’inévitable avènement direct du principe fondamental de la doctrine critique est également propre à faire concevoir combien son intervention continue devenait désOTmais indispensable à l’évolution ultérieure de l’élite de l’humanité. Pour -juger sainement une telle destination, il ne faut point la considérer d’une manière absolue, ni rapporter à une situation normale ce qui devait uniquement s’appKquer à un état éminemment exceptionnel 3 il faut évidemment la comparer toujours à la phase sociale correspondante, dont nous avons déjà exactement déterminé le caractère essentiel : tout autre mode d’exameu ne pourrait conduire qu’à une appréciation injuste et déclamatoire, dépourvue . de toute réalité historique. Sous oet aspect relatif, le ^ul qui puisse être vraiment conibrmeà l’esprit

646 PHIlX).SOPHIE POSITIVE.

général fie la philosophie positive, l’ensemble do la doctrine critique doit être envisagé comme constituant le correctif nécessaire de l’inévitable dictature temporelle où nous avons vu aboutir partout, sauf la diversité des manifestations, l’universelle décomposition spontanée du système théulogique et militaire. 11 est clair, eti effet, que sans un tel antagonisme, cette exceptionnelle concentration de tous les anciens' pouvoirs autour du principal élément temporel eût bientôt dégénéré en un ténébreux despolisihe, dont le génie réln^rade, dès- lors devenu hautement prépondérant, aurait directement tendu à étouffer tout essor intellectuel et soyial , sous l’ascendant oppressif d’une autorité absolue qui , par sa nature, ne pouvait plus concevoir d’autre moyen de discipline mentale que la seule compression matérielle. A quelques immenses dangers qu’ait pu jamais conduire l’inévitable abus de la doctrine révolutionnaire, on peut donc aisément expliquer l’invincibleattachementinstiiiclifqu’elle a dû inspirer graduellement aux populations eu-> ropéennes à mesure que cette grande dictature , monarchique ou aristocratique, achevait de se consolider, comme nous Favons vu ci-dessus : car, cette doctrine est. ainsi devenue désormais Fnrgarie nécessaire du principal prières social.

’i^flYSIQliE SOCIALE.' &f^

qui devait illors rester esseiiti'eltemeiit négàtîT. Quoique cè He soit pas ici ïe lieu d’apprécier spcciaietUent son iuHueiice rëtelle pour seconder l’esîsor ditect des nouveaux ëlémens sociaux, il eil néanthoins évident, sans anticiper, à cet égard, sur le chapitre Suivant, que, par l’ascendartt presque absolu dont elle investît l’eéprit d’individualité, elle devait se trouver éminemment adaptée à rette préparation élémentaire, où 1e développement effectif ne pouvait d’abord résUltHque dü libre essor de l’énergie personritelîe, soit industrielle, soit esthétique, soit scientifiqué' d’après raffUiblissemeiït correspondant de l’ancienrte discipline, dès- lors impropre à diriger plus long- temps une telle élaboration sociale. Par cettfc adhésion spontanée, sous des formes plus ou moins explicites, aux dogmes principaux de la philosophie n^ative, les peuples européens n’ont* doné pas cédé uniquement, pendant les trois derhiers siècles, aux puissantes séductions démocratiques d’une telle doctrine, comme l’école rélrognide l’a, de nos jours , si superficiellement proclamé , sans pouvoir aucunement expliquer pourquoi cette séduction tant de fois tentée h’avait pli jusque alors obtenir un pareil succès. Ils ont été surtout gtri-i dés, à leur insu, par lesentiinentOaturél des donditions foildamentalëS propres à Id ilbdvelle situa-

lion des sociétés modernes, en résultat nécessaire du grand mouvement révolutionnaire déjà prononcé depuis le quatorzième siècle, et qui venait d’aboutir à une immense dictature temporelle, dont un tel antagonisme radical pouvait seul empêcher l’oppressive ^prépondérance. A la vérité, pour que cette importante explication historique ne dégénère point en une vaine concession à l’esprit de parti, il faut aussi concevoir, en sens inverse, que la résistance, plus ou moins rétrograde, inhérente à cette dernière concentration politique, constituait réciproquement , dès-lors comme aujourd’hui, outre son inévitable événement, un élément non moins indispensable d’une pareille situation, à titre de seul moyen efljcace de contenir .sufFisainment les imminentes perliirhaliom$ anarchiques vers lesquelles aurait toujours teudu l’ascendant exagéré de l’impulsion révolutionnaire. En un mol, ces (leux grandes anomalies, également propres à la phase finale du mouvement général de décomposition, sont réellement inséparables l’une de l’autre, et doivent constamment être appréciées surtout d’après leur mutuelle opposition , qui constitue historiquement la pinncipale destination .sociale de chacune d’elles. Pareillement issues de la désorganisation spontanée, l’extension de l’une. devait ensuite natiirellcuieut

exiger et provoquer dans l’autre un accroiseement équivalent : car, si l’énergie réelle des principes critiques devait évidemment tenir surtout à leur caractère absolu de négation systématique, un respect non moins aveugle pour tous les précédens quelconques pouvait, réciproquement, seul fournira la puissance résistante un solide point d’appui contre des innovations essentiellement étrangères à toute idée d’organisation véritable; disposition commune pleinement conforme d’ailleurs à l’esprit également absolu des deux philosophies antagonistes, théolc^que ou métaphysique, dont l’extinction totale ne pourra être aussi que simultanée. C’est ainsi que, par une restriction toujours croissante de l’action politique , les gouvernemens modernes ont de plus en plus abandonné la direction efiective du mouvement social, et ont graduellement tendu à réduire leur principale intervention habituelle au simple maintien de l’ordre matériel, dès- lors de plus en plus diiUcile à concilier avec le développement continu de l’anarchie mentale et morale* Dans son indispensable conr sécration dogmatique d’une telle situation politique , la doctrine révolutionnaire n’a eu d’autre tort d’ailleurs inévitable, que d’ériger eu état normal et indéfini un^ phase essentiellement ex** ceptionuelle et transitoire, à- laquelle de sem-

blables maximes étaient pariàitement adaptées.

Quoique le protestantisme ait seul pu d’abord ébauelier explicitement la formation abstraite des principes critiques, il importe de noter, dès l’origine, leur extension spontanée, par une suite nécessaire d’une pareille situation fondamentale, cher les nations catholiques elles-mêmes , où devait ensuite s’opérer leur élaboration la plus décisive, comme nous le reconnaîtrons bientôt. Sans que le dogme du libre examen individuel y fikt encore solennellement proclamé, l’esprit universel de discussion, soit théologique, soit sociale, n’y était pas, au fond , moins développé, sous des formes distinctes mais équivalentes, d’après les luttes propres aux deux siècles précédensj et sa direction générale n’y devenait pas, en réalité, moins prononcée vers l’active dissolution intellectuelle de l’ancien système politique. Les principales difierences qui existent véritablement, à cet égard, entre les deux sortes de populations européennes, résultent surtout, à cette époque, de ce que la dictature temporelle n’étant pas aussi légalement établie dans lés états catholiques, l’action critique n’y devait pas d’abord être aussi directe que ches les peuples protestans. Mais une appréciation attentive l’y démontre déjàvuéanmoins avec une pleine évidence, même avant que cette dietature-

PHÏSIQUE SOCIALE.

s’y fût coiUplétement oi^anisëe. Non-seulement oh voit alors le catholicisme involontairement conduit à sanctionner Im-méme le principe du libre examen , en l’invoquant solennellement en faveur de la foi catholique , violemment opprimée par-^ tout où le protestantisme avait officiellement prévalu. Il faut de plus reconnaître que, au sein même des clergés catholiques, l’usage spontané d’un tel droit était déjà signalé effectivement per des hérésies spéciales, non moins contraires que les hérésies protestantes à la conservation réelle de l’ancien régime mental. Nous pouvons ici nous borner à indiquer celte nouvelle série d’observatiohs chez la nation qui, dès le dix-septième siècle, constituait le principal appui du systrae catholique contre son imminente décrépitude universelle. On voit alors, en effets se développer, en France, la mémorable hérésie du jansénisme, qui fut réellement presque aussi nuisible que le luthéranisme lui-même à l'ancienne constitution spirituelle. A travers d’obscures controverses théologiques , cette nouvelle hérésie devenait profondément dangereuse en offrant spontanément aux vieilles inconséquences gallicanes un ralliement dogmatique, sans lequel elles n’avaient pu encore acquérir une consistanoe suffisamment décisive, mais qui désormais érigeait véritablement

une telle dissidence en une sorte de protestantisme français, ardemment embrassé par une portion puissante et respectée du clergé national, et naturellement placé, comme ailleurs, sous l’active protection des corporations judiciaires. 11 n’est pas douteux, cerne semble, que cette doctrine se serait officiellement convertie aussi en une vraie religion nationale, si l’essor prochain de la pure pbilosopbie négative n’avait ensnite entraîné les esprits français fort au-delà d’une telle élaboration protestante. La tendance anti-catholique du jansénisme me paraît hautement caractérisée par son antipathie radicale et continue contre la seule corporation qui dès-lors, comme je l’ai expliqué, comprît réellement et défendît habilement le catholicisme, et dont l’abolition vraiment caractéristique fut surtout déterminée ensuite par l’esprit janséniste. D’une autre part, l’invasion d’un tel esprit chez de grands philosophes et d’éminens poètes, qu’on ne peut certes nullement soupçonner d’inclinations révolutionnaires, indique clairement combien il était alors conforme à la situation fondamentale des intelligences.

Je crois devoir aussi caractériser sommairement une autre hérésie s|H>ntanée du catholicisme français, qui, sans comporter la haute importance politique propre à la précédente.

PUYSIQUE SOCIALE.

constitue cependant un témoignage non moins décisif de l’entière universalité des tendances dissidentes, d’après un usage naturel du droit individuel de libre examen. Oh devine aisément «pi’il s’agit du quiétisme, dont le caractère philosophique me semble très remarquable, comme offrant, à certains égards , une première protestation solennelle, aussi directe que naïve , de notre constitution morale contre l’ensemble de la doctrine tbéologique (i). C’est, en effet, d’une telle protestation spéciale que cette hérésie a pu seulement tirer l’espèce de consistance qu’elle obtint alors passagèrement , et qu’elle conserve peut-être encore chez certaines natures, dont le dévelop- )>ement mental est resté trop en arrière du développement moral. Toute discipline inorale fondée sur une philosophie pui*ement théologîque,

exige nécessairement, sans excepter le cathuli-^

(i) La oonformilé temarqBablc , au aujctde celte ùogalière hcréaie, (le l’appréciation philoaophiqiie (te Leibnitz avec la'iéntdnce de’fînilhe rendue le papa d’apria la loaaineuac dtacuaaionde Boaauel , «ffire d’aülepra on preivier ettemple important de cette convergence «pontanee qui, tnalgr(: nne entière oppoaitiou dogmatiqne, tend è rallier finalèment, dana.la plnpart (fea applieationa aocialea , 1« vrfritablc eapriiphilotophiqpe et la vipiuiblc eapnt catholique , d’après un jiiale seutiiqcut commun, rationnel ou initiuctif, des heaoina re'cU de rhiimanilii. Sons l’ascendant ci<oiwant 'de la pbilotoplite positive, de idllet coIncidenet^ devwmt > sans donie, deveoir bien plus .frèqnaïue*. et pt»a «uud^R comme je crois l’avoir. d(ijà nalarellcment uimoignc, è divet* titrci essentiels, (Tepùi» que je traite là ica quealinns soritSlea.

PÏUMiSOPHlE POSITIVE.

cisnie lui-même , comme je l’ai déjà indiq\ié au chapitre précédent , un appel continu et exorbitant à l’esprit de pur égoïsme , quoique relatif à des intérêts imaginaires, dont la préoccupation habituelle doit naturellement absorber la principale sollicitude de chaque vrai croyant, auprès duquel toute autre considération quelconque ne saurait assurément manquer de paraître ordinairement très secondaire. Cette suprématie religieuse du salut personnel constitue, sans doute, ainsi que Bossuet l’a montre , une indispensable condition générale d’efficacité sociale pour toute morale théologique , qui autrement n’aboutirait , en réalité, qu’à consacrer une vague et dangereuse inertie : elle est pleinement adaptée ^ cet état d’enfance de la nature humaine que suppose mentalement l’ascendant effectif de la philosophie correspondante. Mais, pour être inévitable, un tel caractère n’en manifeste pas moins, de la manière la plus directe et la plus Irrécusable , l’un des •vices fondamentaux d’une telle philosophie, qui tend ainsi nécessairement à atrophier, par défaut d’exercice propre , la plus noble parlig die notre organisme moral, celle d’ailleurs dont U moindre énergie naturelle exige préciséBaept la plus active culture systématique, d’après rm suffîr saut essor désintéressé des affections pr^nieiit

liiouveillimles. Or, tel est, à vrai dire, le nouvel aspect captai sous lequel l’hérésie du quiétisme est venue involontairement signaler l’inévitable itnperrectiou des doctrines théologiqnes, et soulever immédiatement contre elles les plus admirables sentimens de l’humanité; ce qui eût assurément procuré alors une grande importance à un pareil ébranlement , si une semblable protestation n’eût pas été, à cette époque, éminemment prématurée, et bien plus ébauchée par le cœur que par l’esprit de son aimable et immortel organe. En considérant même l’issue efiective de cette mémorable controverse, une saine appréciation historique ne peut aboutir qu’à eonhrmer, auprès des juges impartiaux , l’insurmontable réar lité dû reproche capital ainsi directement adressé à l’ensemble de la philosophie théologiqne, en obligeant l’illustre dissident à reconnaître solennellement qu’il avait par-là attaqué, contre son gvé, l’une des principales conditions d’existetkce du système religieux ; ce qui fournissait d’ailleurs une nouvelle conbrrnation spéciale de l’irrévooable décadence générale d’un système déjà aussi mal compris par ses plus purs et plus éminens ddeoseurSk

Pour compléter suffisaminent cette sommaire appréciation historique de l’uiiiveiselle ébaitehe

jiréliuiioaire de la docliine critique proprement dite sous l’impulsion, directe ou indirecte, de l’ébranlement protestant, il importe enfin d’y signaler les bautes attributions provisoires de morale sociale dont cette doctrine s’est alors trouvée naturellement investie , par suite de la sorte d’abdication spontanée que le catholicisme en faisait implicitement. Depuis que le pouvoir spirituel avait irrévocablement perdu son ancienne iiidél>endance politique, en se subordonnant de plus en plus il l’élément temporel prépondérant, comme je l’ai élabli, le catholicisme tendait partout à d^éuérer essentiellemeat en servile instrument de domination rétrograde, et ne' pouvait plus conserver que d’insignlfians vestiges de sa propre dignité sociale. Sa doctrine morafe, oa apparence identique, mais dès-lors ràdicalemenl dépourvue de l’énergie politique qui en avait constitué, au moyen -âge, la principale vigueur, n’avait plus, au fond , d’efficacité réelle qu’wivers les faibles^ auxquels elle lirescrivait habituellement une soumission de plus en plu» passive à l’égard des- puissances» quelconques, dont elle proclamait hautement les droits absolus, sans avoir désormais la force d’insister aussi sur leurs devoirs, lors même qu’elle ne ménageait point systémtitiquement leurs vicesdan» le simple iuté-

rêl isolé de l’existence sacerdotale. Ce nouvel esprit de servile condescendance pour toutes les grandeurs temporelles, qui d’abord concernait seulement les rois, devait ensuite s’étendre graduellement, dans les divers ordres de relations sociales, à des forces de moins en moins supérieures, et par suite multiplier partout son influence corruptrice, ainsi devenue de plus en plus vulgaire, jusqu’à affecter souvent la morale dômes-, tique elle-même. Que, malgré son admirable pepféction politique, l’organisme catholique, d’après l’insuffisance radicale de la philosophie théologique qui en constituait la base intellectuelle, n’ait pu éviter, suivant la théorie exposée an chap^’c précédent, de descendre finalement à un tel abaissement social; cette explication rationnelle, en écartant les vaines considérations personnelles auxquelles on a coutume de rapporter surtout cette immense décadence , n’altère nullement les conséquences nécessaires d’une telle situation effective, et les rend, au contraire, plus évidemment insurmontables. Or, il est clair que la doctrine critique a dû, en résultat général de ce nouvel état de choses, hériter provisoirement des éminentes . attributions morales auxquelles le catholicisme était ainsi conduit à renoncer essentiellement; car, les priucipes critiques étaient

Digii .

PHIWSOPHIE POSITIVE.

alors les seuls propres à rappeler, avec «ne suffisahte énerj'ie, les droits réels de ceux auxquels la morale officielle ne savait plus parler que de leurs devoirs. Telle est, en effet, la tendance évidente , et seulement trop exclusive ou absolue , de cliacun de ces divers prindpes , envisagé sous l’aspect moral; comme je l’ai déjà indiqué, an qoarante'slxième chapitre, en ce qui concerne l’époque actuelle, mais d’une manière également applicable à tout J’ensemble de la seconde phase générale du grand mouvement révolutionnaire que nous étudions. C’est ainsi que le dogme fondamental de la liberté de conscience rappelait, à sa manière, la grande obligation morale, d’abord établie par le catholicisme, mais qu’il avait alors si hautement abandonnée, de n’employer que les seules armes spirituelles à la consolidation des opinions quelconques. If en est de même, par suite, dans l’ordre purement politique, où le dogme de la souveraineté populaire signalait énergiquement la hante subordination morale de tons les pouvoirs sociaux à la conâdération permanente de- l’intérêt commun, trop sacriBé dès-lors parla doctrine catholique au seul ascendant des grands; pareillement, le.dogme de l’égalité relevait sponlanément bit dignité universelle de la nature humaine, directement méconnue par un espiit de

Oigitizt

PHYSIQUE 'SOCIÀIÆ . QSq

caste, déjà dépourvu de son ancienne destination sociale , et désormais affranchi de tout frein moral régulier; enfin, le dogme de l’indépendance nationale pouvait seul, après la dissolution des liens catholiques, inspirer un respect efficace pour l’existence des petits états, et imposer quelques restrictions morales à l’esprit d’incorporation matérielle. Quoique ce gi-and office moral n’ait pu être alors que très imparfaitement rempli par la doctrine critique, que soin caractère nécessairement hostile empêchait , dans l’application , de pouvoir devenir suffisamment habituelle, son aptitude exclusive à maintenir^- pendant tout le «ours des trois derniers siècles, un certain sentiment réel des principales eonditions morales de l’humanilé, n’en reste pas moins évidemment incontratable , sauf l’irrégularité du mode ,' d’ailleurs impérieusement prescrité par la nature exceptionnelle d’une telle situation sociale. Pendant que la dictature temporelle fiiisait définitivement reposer le système de résistance sur l’emploi continu d’une force matétielle convenablement organisée, il .foUait bien que l’esprit révolutionnaire, setil'organe alors possible du progrès > social , recourût finalement aux tendances îosurreotionBelles, afin d’évker à la fois l’avilissement moral et la d^radatkwt p<di tique auxquels vjetté situation' devait

ex poser les sociétés modernes , jusqu’à l’avénement lointain d’une vraie réorganisation , seule susceptible de résoudre enfin ce déplorable antagonisme.

Notre appréciation historique de l’ensemble de la doctrine critique ébauchée par le protestantisme, d’après son principe fondamental du libre examen individuel , serait aisément confirmée par l’élude spéciale , ici dé|)lacée , des diverses phases successives qui ont graduellement amené la dissolution' systématique de l’ancienne organisation spirituelle : car on y remarque presque toujours que ces dissidences théologiques, alors si déci- <sives, ne sont essentiellement que la reproduction, sous des formes nouvelles, des principales hérésies propres aux premiers siècles du christianisme , et qui avaient dû primitivement s’effacer devant l’irrésistible ascendant de l’unilé catholique. Au lieu d’éclairer aujourd’hui les philosophes de l’école rétrograde, un tel rapprochement, mal observé et mal interprété, n’a fait qu’entretenir leurs vaines illusions sur la restauration chimérique de l’antique constitution. Mais, du point de vue propre à ce Traité, il est, au contraire , évident que ce mémorable contraste général entre la chute des hérésies primitives et le succès de leurs modernes équivalons, ne fait que confirmer essentiellement l’opposition des unes et la. cou-

PHYSIQUE SOCIALE. fi6l

fbrmilë des autres aux principales ■ tendances des situations sociales correspondantes, comme nous l’avions déjà directement établi. Toujours et par* tout , l’esprit d’hérésie est nécessairement plus ou moins inhérent au caractère vague et arbitraire de toute philosophie théologique; seulement cet esprit se trouve, en réalité, contenu ou stimulé, suivant les exigences variables de l’état social : telle est la seule explication rationnelle que puisse évidemment comporter cette sorte de grand paradoxe historique.

Quoique nous devions éviter ici de nous engager aucunement dans cet examen spécial des diverses phases propres au protestantisme, j’y dois cependant signaler brièvement au lecteur le principe historique d’après lequel il pourra pénétrer dans l’appréciation graduelte, d’abord si confuse et si désordonnée, de cette multitude de sectes hétérogènes , dont chacune prenait la précédente en pitié et la suivante en horreur, selon la décomposition pins ou moins avancée du système théologique. Il suffit de distinguer, à cet égard, trois degrés essentiels, nécessairement successifs, où l’ancien organisme religieux a été radicalement ruiné, d’abord quant à la discipline, ensuite quant à la hiérarchie, et enfin quant au dogme lui-même, qui en était l’àme: car, si cliaque

»raiid ébranlement protestant devait simultanément produire cette triple altération, il n’en a pas moins dû affecter surtout un seul de ces caractères, de manière à se distinguer suffisamment de l’effort précédent. On arrive ainsi à reconnaître trois phases consécutives, nettement représentées parlesnoms respectifs deleurs principaux organes, fiutlier, Calvin et Socin, qui, malgré leur faible intervalle chronologique, n’ontréellemcut obtenu qu’à de notables distances leur véritable influence sociale, et seulement quand la protestation antérieure avait été convenablement réalisée. 11 est clair , en effet , que l’ébranlement 'luthérien primitif n’a introduit que d’insignifiantes niodifications dogmatiques, et qu’il a meme es^n tiellement respecté partout la hiérarchie, sauf la consécration solennelle de cet asservissement politique du clergé qui ne devait tester qu’implicite chez les peuples cathôliques: Luther n’a vraiment ruiné que la discipline ecclésiastique,) pour la mieux adapter, comme je l’ai expliqué, à cette servile transformation. Aussi cette première désorganisation , où le système catholique était le moins altéré, constitue-t-elle réellement la seule forme sous laquelle le protestantisme ait jamais pu s’organiser provisoirement en une vraie religion d’état, au moins chez de grandes nations indé-

PHY&iQUE.SOUAl^b:. 663

pendantes. Le calvinisme, dabprd ébauché par le célèbrâ curé, de Zurich, est venu ensuite ajouter à cette démolition initiale celle de l’ensei^le de la hiérarchie qui maintenait l’unité sociale du catholidsme , en continuant d’ailleurs à n’apporter au dogme chrétien que des modi&ce* tions simplement secondaires, quoique plus étendues que les précédentes. Cette seconde phase , qui ne peut évidemment convenir qu’à l’état de pure opposition, ^nst comporter aucune appa-^ rençe organique durable, me semble dès-lors constituer la vraie situation normale du-protestantisme, ^i l’on peut ainsi quahfier une telle anomalie poliftique: car, l’esprit protestant s’y est alors développé de la manière la plus convenable à sa nature éminemment critique, qui répugne à l’inerte régularité du luthéranisme officiel. Enfin, l’explosion anti-trinitaire, ou socinienne , a naturellement complété cette .double. dissolution préalable de la discipline et de la hiérarchie, en y joignant finalement celle des principales croyances qui distinguaient le catholicisme de tout autre monothéisme quelconque: son origiue itahenue , presque, sous les yeux de la papauté, annonçait déjà hautement la tendance ultérieure des esprits catholiques à pousser la décomposition tbéologique lieaucoup plus loin que leurs . préeurseura

protestans, comme nous le l'econnaitrons bientôt. Ce dernier ébranlement universel était évidemment, par sa nature, le seul pleinement décisif contre tout espoir de restauration catholicité; mais, à ce titre même, le protestantisme s’y rapprochait trop du simple déisme moderne pour que c;ette phase extrême pût rester suffisamment carao téristique d’une telle transition métaphysique, dont le presbytérianisme demeure historiquement le plus pur organe spécial. Après cette filiation principale , il n’y a plus réellement à distinguer, parmi les nombreuses sectes postérieures, aucune nouvelle différence importanté à l’étude rationn* nelle de l’évolution moderne, sauf toutefois là mémorable protestation générale que tentèrent directement les quakers contre l’esprit militaire de l’ancien régime social, lorsque la désorganisation spirituelle, enfin suilisamment consommée par l’accomplissement successif des trois opérations précédentes, dut spontanément conduire à systématiser aussi, à son tour, la décomposition temporelle. J’ai déjà noté ci-dessus l’antipathie naturelle du protestantisme, à un étatquelconc^ue, envers toute constitution guerrière, c[u’il n’a pu jamais sanctionner que momentanément, dans les luttes entreprises pour le maintien ou' le triomphe de ses propres principes: mais il est

clair que la célèbre secte des amis , malgré ses ridicules et même son charlatanisme, a dû servir d’organe spécial à une telle manifestation, qui la place au-dessus de toutes les autres sectes protestantes pour l’essor plus complet du grand mouvement révolutionnaire.

Afin que notre exposition rationnelle du mode général de formation convenable à cette première ébauche effective de l’ensemble de la doctrine critique puisse toujours demeurer sûfiisamment historique, j’y crois devoir ajouter, en dernier lieu, une importante considération supplémentaire, destinée à prévenir la disposition trop systématique dans laquelle, contre mon gré, le lecteur pourrait envisager une telle appréciation. C’est seulement, en effet, par contraste envers la phase primitive, toujours essentiellement spontanée, du mouvement de décomposition , que la phase protestante pfeut être caractérisée comme réellement systématique, en tant que dirigée surtout d’après des doctrines réformatrices , au lieu du simple conflit naturel des anciens élémens politiques : mais la pleine systématisation de la philosophie négative, autant du moins qu’elle en était suscejitible, n’a pu véritablement s’accomplir que sous la phase déiste, ci-après examinée, dont une telle opération devait constituer le priiicipal

666 PIULUSUPHIE POSITIVE.

allrlbut. Sous le protestantisme proprement dit^ l’élaboration graduelle des principes cntiques a dû rester éminemment empirique, et s’effectuer successivement, au milieu des variations religieuses, d’après l’impulsion instinctive d’une situation fondamentale de plus en plus révolutionnaire, à mesure que le cours général des événemens faisait spécialement ressortir chacune des faces essentielles di^ besoin uniforme de décomposition radicale, et par suite y sollicitait de nouvelles applications politiques du dogme universel de libre examen individuel, comme base intellectuelle de toute cette série de maximes dissolvantes. En ce sens, seul strictement iiistorique^ on ne saurait isoler la considération de ces opérations mentales de celle des diverses révolutions corres-, pondantes, qui leiir ont réellement donné lieu, ou sans lesquelles du moins elles n’eussent jamai» pu obtenir une haute influence sociale, en vertu de l’exlréme incohérence logique que nous avons reconnue propre à de telles conceptions, où l’on tendait toujours à régénérer l’ancienne organisation spirituelle eu détruisant de plus eu plus les différentes conditions indispensables à son existence effective. Mais, par suite même de cet inévitable caractère commun, ces explosions politiques, quelque intense ou proloi^ée qu’ait pu

FHYSIQUB^SOCIAl.E. 667

être leur aetion succesuTe, ne devaient jamais devenir pleinement décisives, de manière à constater irrévocablement la tendance finale des sociétés modernes vers une entière rénovation , tant qu’elles n’avaient pointété précédées d’une péparation critique vraiment complète et systémàtique, ce quin’a dû avoir lieu que sous la phase suivante. G’est pourquoi nous devons ici nous borner à signaler sommairement ces révolutions purement proteMante», qui, abstraction" faite de leur importance locale ou passagère, ne pouvaient constituer que de simples préambules au grand ébranlement final destiné directement à oapacté>riser l’issue -nécessaire du mouvement général de l’humanité, comme je l’expliquerai au einquante- . septième chapitre. Lafiremière^e ces ràvolutibnB préliminaires est celle quiafiranchit complètement la Hollande du joug espagnol; elle restera toujours mémorable, comme une haute manifestation primitive de l’énei'gie propre à la doctrine critique, dirigeant ainsi l’heureuse insurrection d’une petite nation contre la plus puissante monarchie européenne. C’est à cette lutte vraiment héroïque qu’il faut rapporter la première élaboration régulière de cette doctrine politique : mais eHe dut s^y borner surtout à ébaucher spécialement le. dogme de la souveraineté populaire , et celui de l’indépendance

nationale, que les légistes coordonnèrent bientôt à leur conception spontanée du contrat social; suivant les exigences naturelles d’un tel cas, où l’organisation intérieure ne devait être qu’accessoirement modibée,' et dont le principal besoin révolutionnaire devait seulement consister à briser un lien extérieur devenu profondément oppressif. Un caractère plus général, plus complet, et même plus décisif, une tendance mieux prononcée vers la régénération sociale de l’ensemble de l’humanité, distinguent ensuite noblement, malgré sou avortement nécessaire, la grande révolution anglaise, non la petite révolution aristocratique et -anglicane de 1688, aujourd’hui si ridiculement prônée, et qui ije devait satisfaire qu’à un simple besoin local, mais la révolution . démocratique et presbytérienne, dominée par l’éminente uaturé (i) de l’homme d’état le plus

(■} Les admirateur» fanaiiqacs de Bonaparte dédaigneraient anionrd'hui son ancienne comparaison politique arec le grand Cromwell, comme trop inféricore & la'snhiimité de leur héros, qui leur semble ne pouvoir comporter de digne parallèle historique qu’avec Charlemagne ou César. Néanmoins, avant même que les iniluences contemporaines aient pu être aussi effacées ponr l'on qu’elles le sont maintenant ponr Tantre, la postérité éclairée mettra, sans doute, au contraire, on immense intervalle définitif entre la dictature éminemment prottreasive de Cromwell , s’efforçant d’améliorer l’organisation anglaise fort an^lclà de ce qoi 'était alors possible, et la tyrannie patemen t rétrograde de Bonaparte, cotteprenani, h^grandt fraise-âpres wnt

raSSIQUE SOCIALE.

6dg

uvnucé dont le protestantisme puisse jamais s’honorer. L’ébauche primordiale de l’ensemble de la doctrine critique y dut recevoir spécialement son principal complément naturel par l’élaboration directe du dogme de l’égalité, jusque alors à peine manifesté, et qui n’avait pu certes ressortir suffisamment des inclinations calvinistes de la noblesse française; tandis qu’on le voit enfin' nettement surgir, sous cette mémorable impulsion, de la conception .métaphysique > sur l’état de nature, ancienne émanation de la théorie théologique relative à la constitution humaine avant le péché originel. On ne peut douter, en effet, que cette révolution n’ait surtout consisté historiquement dans l’effort généreux, mais trop prématuré, i^ui fut alors directement tenté, avec tant d’énerÿe, pour l’abaissement politique de l’aristocratie anglaise, principal élément temporel de l’ancienne nationalité : la chute de la royauté sous le protec>

d’anirc* empiriqaa, la vaisc Hlaarrection. en France, do r^me féodal et théologiqoe, aans même en eomprendre rceUement l’caprit ni let conditionf . Quant à la comparaifon militaire, qui n’offre d’ailKstHa qu’un intérêt irèc secondaire, ceux qui voudraient' l’établir jadicieuseinent devraient, avant tout, prendre en aoSainte coneidératiaD l’asrguité des moyens employés par Cromwell, eu égard à l’importance et il la atabilité des résultats obunus, par oppoaition h la monstmeiise oonsonmutioa d’hoannet iodiapeosable la pi npart déa anccSa deiBonapane, aaiif aa pnmiteo mepédition. ■

tomt n’y fut, au conlraire,. oomparalivement à ^'audacieuse suppression de la Chambre des lords, qu’un incident secondaire, dont les temps anié~ lieurs avaient souvent offert l’équivalent, et qui n’a trop préoccupé les esprits français' que par suite des irrationnelles habitudes de vicieux rap> prochemens historiques que ^’ai déjà suffisamment signalées. C’est "essentiellement ainsi qu’un tel ébranlemeùt social, quoiqu’il n’ait pu réussir politiquement, en vertu de l’insuffisante préparation mentale d’où il émanait, a néanmoins constitué, en réalité, dans la série générale des' opérations révolutionnaires, le principal symptôme précurseur deda grande révolution française "OU euitypéenne , seule destinée à devenir décisive', comme je l’expliquerai eu son lieu. 11 faut enfin rattacher aussi à cette suite préliminaire d’explosions politiques une troisième révolution , dont la-^vraie nature ne fut pas, au- fond, moins purement protestante que celle des deux précédentes, quoique sonavénemept chronologique, spontanément retardé par les circonstafices spéciales de ce dernier cas, la fasse d’ordinaire rapporter .abusivement à un état plus avancé du mouvement général de décomposition^ La révolution américaine, à laqtteUe aucune impertante élaboration nouvelle de la doctrine critique ne fut réellement due,

puèlre, en e(Tet', à tous égards, qu’une simple extension commune des deux autres révolutions protestantes, dont les conséquences politiques y ont été ultérieurement développées par un concours spontané de conditions fevorables, les unes locales, lesautressociales, pàrticulièresàune telle application. Dans son principe, elle se borcfe évidemment à reproduire, sous de nouvelles tonnes, la révolution hollandaisej dans son essor final, elle prolonge ta révolution anglaise, qu’elle réalise autant que le protestantisme puisse le comporter. Sous l’un ni l’autre aspect, la saine philo-. Sophie ne permet point d’ehvisager comme socialement décisive unerévolutiôn qui, en développant outre mesure les iuconvéniens propres à l’ensemble delà doctrine critique, n’a pu aboutir jusqu’ici qu’à consacrer, plus profondément que partout ailleurs , l’entière suprématie politique des raétapliysiciens et des listes, chez une population ofi d’innombrables cultes incohérens prélèvent habituellement, sans aucune vraie destination sociale, un tribut fort supérieur au budget actuel d’aucun clergé catholique. Aussi’cette colonie unive'rselle, lualgré les éminens avantages temporels de sa présente situation, doit-elle être regardée, au fond, comme étant réellement, à tous les égards principaux, bien plus éb^n’ée d’nne véritable réorf-

• fcvV-

PUiLOSOJPHli:: POSITIVE.

gauisatiou sociale que les peuples d’où elle émane, et d’où elle devra recevoir, en temps opportun ,

** cette régénération finale, dont l’initiative philoso^ phique ne saurait lui appartenir nullement } quelles que soient aujourd’hui les puériles illusions relatives à la prétendue sujiériorité. politique d’une ' société où les divers élémens essentiels propres à la civilisation moderne sont encore si impar&itement développés, sauf la seule activité industrielle, ainsi que je l’indiquerai plus spécialement au chapitre suivant. . •

Notre appréciation générale de celte ébauche préliminaire de la doctrine révolutionnaire ne se- •' rait pas entièrement suffisante, si, après avoir ainsi jugé l’ébronlemeot mental dn protestantisme conformément à sa principale destination sociale, nous n’accordions pas enfin une attention sommaire mais distincte à la . considération historique des aberrations, inévitables, qui l’accompagnèrent accessoirement. Il importe, en effet, de concevoir nettement la., véritable origine commune de ces déviations caraetéristiques, d’abord intellectuelles, ensuite morales, qui , développées, surtout peiidaut,la période suivante , et prolongées essentiellement jusqu’à uos jours, avec up effrayant surcroît de gravité, prennent,, toii^ours ■ leur source

réelle dans cette dàpgerejpse pqsition spirituelle,

consacrée par le protestantisme, où la liberté spéculative est pi’oclamée pour tous sans qu’aucun paisse établir solidement les principes propres à en diriger convenablement l’usage. Du reste , il faut évidemment réduire ici un tel examen aux aberrations pour ainsi dire, normales, c’est-à-dire à celles qui furent une conséquence naturelle et universelle de la situation générale, en évitant soigneusement de s’arrêter aux anomalies locales ou passagères , signalées avec une aveugle partialité par la plupart des philosophes catholiques , et dont l’équivalent pourrait se retrouver aux plus beaux temps du catholicisme lui-même, d’après la tendance plus ou moins inévitable de toutes les doctrines tbéologiques quelconques à favoriser spontanément le désordre intellectuel, et par suite moral.

La plus ancien ue et la plus funeste, comme la mieux enracinée et la plus unanime , de ces aberrations nécessaires, consiste assurément dans le préjugé fondamental qui, suivant la marche métaphysique habituelle, consacrant un état exceptionnel et transitoire par un dogme absolu et immuable , condamne indéfiniment l’existence politique de tout pouvoir spirituel distinct et indépendant du pouvoir temporel. Ayant déjà convenablement apprécié l’inévitable avènement de la • TOME v. 43

dictature temporelle, qui constitue le principal caractère politique de l’ensemble de l’époque révolutionnaire, je n’ai pas besoin de m’arrêter ici pour faire de nouveau sentir combien une telle concentration, par suite de sou irrégularité même, était pleinement adaptée à la nature de cette transition , qui, au contraire, n’aurait pu s’accomplir si ta condensation politique avait pu avoir lieu au profit du pouvoir spirituel, ce qui d’ailleurs était radicalement impossible. Mais cette démonstration de l’indispensable utilité d’une semblable dictature pendant toute la période que nous considérons, smt pour la désorganisation de l’ancien système, soit pour l’élaboration élémentaire du nouveau, n’altère nullement celle du chapitre précédentsur l’immense perfectionnementapporté à la théorie universelle de l’organisme social par la division fondamentale des deux puissances, éternel honneur du catholiôsme : elle ne saurait davantage exclure la conclusion générale qui résultera spontanément de l’ensemble des deux chapitres suivans sur la nécessité encore plus prononcée de cette grande division politique dans l’ordre final vers lequel tendent les sociétés modernes. Aussi ce préjugé révolutionnaire doit-il être regardé comme la plus déplorable conséquence, aussi bien que la plus inévitable, de ce

PHYSIQUE SOaALE.

caractère absolu, iuhérent, en tous genres, aux conceptions métaphysiques, qui les pousse à établir des principes indéfinis d’après des faits passagers; car une telle disposition constitue réellement aujourd’hui l’un des plus puissans obstacles à toute vraie réorganisatimi sociale, qui devra, sans doute , ainsi que dut le &ire la désorganisation précédente, commencer par l’ordre spirituel, comme je l’établirai ultérieurement. Ce qui rend spécialement dangereuse cette aberration fondamentale, source nécessaire de la plupart des autres, c’est scm effrayante universalité pendant les trois derniers siècles, par suite de l’uniformité essentielle delà situation sociale correspondante, suivant nosexpbcations antérieures. Partout, depuis le début du xvt* siècle , on peut dire, sans exagération, que, sous cette première forme, l’esprit révolutionnaire s’est spontanément propagé, à divers degrés , dans toutes les classes de la société européenne. Quoique le protestantisme ait dù se trouver naturellement investi de la consécration solennelle d’un tel préjugé, nous avons reconnu cependant qu’il ne l’avait nullement créé, et que, au contraire, il lui devait son origine distincte. Sous des formes plus implicites , la même aberration se retrouve dés lors aussi de plus en plus, d’une manière moins dogmatique, mais presque

67b PHILOSOPHIE POSITIVE.

équivalente socialement, chez la majeure partie du clergé catholique, dont la dégradation politique, subie avec une résignation croissante, a graduellement entraîné jusqu’à la perle des souvenirs de son ancienne indépendance. C’est ainsi que s’est successivement effacée, en Europe, pendant cette période , toute apparence habituelle et directe du grand principe de la séparation fondamentale des deux pouvoirs, principal caractère politique de la civilisation moderne; en sorteque, de nos jours, on n’en peut retrouver une certaine appréciation rationnelle que chez le clergé italien, où elle est trop justement suspecte de partialité intéressée pour opposer aucune résistance efficace n l’impulsion universelle des habitudes déterminées par l’ensemble de la situation révolutionnaire. Toutefois, une telle séparation est trop profondément conforme à lu nature essentielle des sociétés actuelles, pour n’en pas ressortir s|X>ntanément, sous les conditions convenables, malgré tous les obstacles quelconques, quand l’esprit de réorganisation aura pu enfin acquérir, sous l’ascendant de la philosophie positive, sa prépondérance normale, comme je l'indiquerai en son lieu.

C’est à l’influence universelle de cette aberration fondamentale qu’il faut rapporter, ce me

Digui. xT

semble, la principale origine historique de cet irrationnel dédain qui s’est alors manifesté pour le moyen-âge , sous l’inspiration directe du protestantisme, et qui s’est ensuite propagé partout, avec une énergie toujours croissante , par une suite commune de la même situation fondamentale, jusqu’à la fin du siècle dernier : car, c’est surtout en haine de la constitution catholique que cette grande époque sociale a été si injustement fiétrie, avec une déplorable unanimité, non -seulement chez les protestaus, mais aussi chez les catholiques eux-mémes, où l’indépendance politique du pouvoir spirituel n’était guère moins décriée. Telle est la première source de cette aveugle admiration pour le régime polytbéique de l’antiquité , qui a exercé une si déplorable influence sociale pendan t tout le cours de la période révolutionnaire , en inspirant une exaltation absolue en faveur d’un système social correspondant à une civilisation radicalement distincte de la nôtre, et que le catholicisme avait justement appréciée, au temps de sa splendeur, comme essentiellement inférieure. Le protestantisme a d’ailleurs spécialement contribué à cette dangereuse déviation des esprits , par son irrationnelle prédilection exclusive pour la primitive ^lise , et surtout par son enthousiasme spontané, encore moins judicieux et pins nuisible,

pour la théocratie hébraïque. C’est ainsi qu’a été presque effacée, pendant la majeure partie des trois derniers siècles, ou du moins profondément altérée, la notion fondamentale du progrès social, que le catholicisme avait d’abord, comme je l’ai expliqué, nécessairement ébauchée, ne fût-ce que par la légitime proclamation continue de la supériorité générale de son propre système politique sur les divers régimes antérieurs. I^a théorie métaphysique de l’état de nature est venue ensuite imprimer une sorte de sanction dogmatique à cette aberration rétrograde, en représentant tout ordre social comme une dégénération croissante de cette chimérique situation, ainsi que la période suivante l’a surtout montré hautement, sous la dangereuse impulsion de l’éloquent sophiste protestant qui a le plus concouru à vulgariser la métaphysique révolutionnaire. Nous reconnaîtrons d’ailleurs, au chapitre suivant, comment l’élaboration simultanée des nouveaux élémens sociaux a spontanément empêché que la notion du progrès ne se perdit alors totalement, et lui a même imprimé de plus en plus une invincible rationnalité, qu’ellë ne pouvait d’abord nullement avoir.

L’aberration fondamentale que nous apprécions s’est concurremment manilêstée sous un autre aspect général , à la fois politique et philosophique.

qu’il importe aussi de signaler sommairement, à cause des immenses dangers qui lui sont propres. Par une suite nécessaire de ce préjugé révolutioiV' naire sur la confusion permanente du pouvoir moral avec le pouvoir politique, toutes les ambitions ont dû naturellement tendre, chacune à sa manière, vers une telle concentration absolue. Dès lors, pendant que les rois rêvaient le type musulman comme l’idéal de la monarchie mo< deme, les prêtres, surtout prolestans, rêvaient, en sens inverse, une sorte de restauration de la théocratie juiveou égyptienne, et les philosophes eux-mêmes reprenaient, à leur tour, sous de nouvelles formes , le rêve primitif des écoles grecques sur l’espèce de théocratie métaphysique qui constituerait le prétendu règne de l’esprit, discuté au chapitre précédent. Cette dernière utopie, relative à une situation encore plus chimérique que les deux précédentes, est aujourd’hui la plus perturbatrice au fond, parce qu’elle tend à séduire indirectement, avec trop de variété pour être pleinement évitable, presque toutes les intelligences actives. Parmi les penseurs appartenant réellement à l’école progressive, dans le cours des trois derniers siècles, et s’étant expressément livrés aux spéculations sociales, je ne connais que le grand Leibnitz qui ait eu la force de résister suffisamment

68o PHILOSOPHIE POSITIVE.

à ce puissant entrainement: Descartes l’eût fait sans cloute aussi, s’il eût été conduit à formuler sg pensée à ce sujet, comme le fit jadis le seul Aristote; mais Bacon lui-méme a certainement partagé au fond l’illusion commune de l’orgueil philosophique. INous devrons apprécier ailleurs les graves conséquences ultérieures de cette aberration capitale, qui exerce aujourd’hui une si désastreuse influence, à l’insu même de la plupart de ses sectateurs spontanés : il suffisait, en ce moment, d'en caractériser historiquement l’origine nécessaire, ou plutôt la résurrection moderne, jusqu’au temps où elle devra s’effacer en vertu d’un retour rationnel à la saine théorie générale de l’organisme social, ainsi que je l’ai déjà indiqué au chapitre précédent.

Il faut, en dernier Heu, remarquer la tendance générale, inévitablement propre au grand préjugé révol uüonnaire que nous examinons, à entretenir directement des habitudes éminemment perturbatrices, en disposant à chercher exclusivement dans l’altération des institutions légales la salisfaclion de tous les divers besoins sociaux, lors même que, comme en la plupart des cas, et surtout aujourd’hui, elle doit dépendre bien davantage de la préalable réformation des mœurs, et d’abord des principes. En obéissant instinctive-

ment à son aveugle ardeur pour l’entière concentration des pouvoirs quelconques, la dictature temporelle, soit monarchique, soit aristocratique, n’a pu habituellement comprendre, depuis le seizième siècle, l’immense responsabilité sociale qu’elle assumait ainsi spontanément, par cela seul que dès lors elle rendait immédiatement politiques toutes les questions qui avaient pu jusque alors n’étre que morales. Si la société n’en souffrait point, le pouvoir n’y trouverait qu’une juste punition de son insatiable avidité, comme je l’ai remarqué au quarante-sixième chapitre : mais, il est malheureusement évident que cette disposition irrationnelle, suite nécessaire de l’aberration fondamentale sur la confusion indéfinie du gouvernement moral avec le gouvernement politique, est devenue de plus en plus une source continue de désordres et de désappoinlemens fort graves, aussi bien qu’un encouragement permanent pour les jongleurs et les fanatiques, ainsi poussés à montrer ou à voir toutes les solutions sociales dans de stériles bouleversemeus politiques^ Aux instans même les moins orageux , il en résulte l’extrême rétrécissement habituel des conceptions relatives à la satisfaction des besoins quelconques de la société, dès lors réduites de plus en plus à la seule considération sérieuse des mesures susceptibles

68a PHILOSOPHIE POSITIVE.

d’application immédiate. Celle exorbiUnle prépondérance du point de vue matériel et actuel y qui, dans la pratique, conduit a tant de rêveries politiques, quand les vraies nécessités sociales réclament surtout l’emploi de moyens moraux longuement préparés, a été, sans doute, d’abord manifestée principalement chez les peuples pro— testans, où elle reste, même aujourdhui, plus prononcée qu’ailleurs, par suite d’une sorte de consécration dogmatique d’habitudes inveterees . mais les peuples catholiques ne pouvaient réellement en être guère plus préservés, d après 1 uniformité effective de la situation fondamentale correspondante, et du préjugé universel qui en est émané. Quelque profondément nuisibles que doivent être aujourd’hui , soit aux gouvernemens , soit aux sociétés, ces irrationnelles dispositions, maintenant communes à tous les partis politiques, qui proscrivent partout les spéculations élevées et lointaines, seules susceptibles neanmoins de conduire à une vraie solution, elles ne pourront s’effacer suffisamment que sous 1 ascendant rationnel de la philosophie positive, comme je l’indiquerai spécialement au cinquante-septième chapitre.

Les aberrations morales engendrées par l’ébauche protestante de la doctrine critique , sans être

DigSiz^ Gc^Jgk 1

certes moins graves que ces diverses aberrations mentales, n’ont pas besoin d’ètreici caractérisées aussi soigneusement, parce que leur 61iation est plus évidente, et leur appréciation plus facile pour tous les bons esprits qui se seront convenablement établis au point de vue résultant de l’ensemble de notre opération hbtorique. 11 est clair, en effet, que le libre essor ainsi imprimé à toutes les intelligences quelconques sur les questions les plus difficiles et les moins désintéressées, sous l’inspiration vague et arbitraire d’une philosophie théologique ou métaphysique désormais livrée sans frein à son cours discordant, devait produire, dans l’ordre moral, les plus graves perturbations, et tendre rapidement à ne laisser intacts , sous la superficielle appréciation des analyses dissolvantes, que les seules notions morales relatives aux cas les plus grossièrement évidents. Tout vrai philosophe doit, à ce sujet, s’étonner surtout, ce me semble, que les déviations n’aient pas été poussées beaucoup plus loin, d’après de telles influeuces : et il en faut rendre grâces, d’abord à la rectitude spontanée, à la fois morale et intellectuelle, de la nature humaine, que cette impulsion ne pouvait entièrement altérer; et ensuite, plus spécialement, à la prépondérance croissante des habitudes de travail continu et unanime chez les

populations modernes, ainsi heureusement détournées de s’abandonner aux divagations sociales avec cette avidité soutenue qu’y eussent certainement apportée, en pareille situation, les populations désœuvrées de la Grèce et de Rome. Quoique cet ordre d’aberration ait dû principalement se développer sous la phase suivante du mouvement révolutionnaire, il n’en a pas moins pris sa source générale, et même un essor déjà prononcé, sous la phase purement protestante, qui, à divers titres importans, a offert de graves altérations aux vrais principes fondamentaux de la morale universelle, non-seulement sociale, mais domestique, que le catholicisme avait dignement constituée, sous des prescriptions et des prohibitions auxquelles ramènera essentiellement de plus en plus toute discussion rationnelle suffisamment approfondie (i). Outre la judicieuse observation historique du sage Hume sur l’appui général que l’ébranlement luthérien avait dû secrètement trouver dans les passions des ecclésiastiques fatigués du célibat sacerdotal et dans l’avidité des

(1) A Pordrc d'aberrntions morales signale dans lo texte, on ponr* rail joindre aussi la tendance directement immorale qni caractérise certaines opinions tbéologiques propres aux principaux chefs de branlement protestant, et consacrées même ultérieurement par leur incorporation plus ou moins explicite à la doctrine officielle. Telles sont surtout les obscures diragalions de la théologie luthcrienoe snr

nigitizc-i : ,

nobles pour la spoliation territoriale du clei^é, il faut surtout noter ici , comme une suite plus protonde, plus permanente, et plus universelle, de la situation fondamentale dont nous complétons l’appréciation , que la position sociale de plus en plus subalterne du pouvoir moral tendait désormais à lui ôter radicalement la force, et même la volonté, de maintenir l’entière inviolabilité des règles morales les plus élémentaires contre l’énergie dissolvante, à la fois rationnelle et passionnée, qui s’y appliquait dès lors assidûment. Il suflit ici

le mérité suffisant de la foi inde’pendammcnt des cenvrcs, d’après le dogme étrange de l’inamisaibililé de la jnatiee, et pareillement les sophismes, non moins dangereux , de la théologie calrinistc snr la prédestination des élus. Mais j’ai cm devoir me borner è considérer spécialement les aberrations morales qui constitnaient immédiatement la suite nécessaire et nniverselle de la situation fondamentale, en écartant d’ailleurs les innombrables déviations qui ne résultaient que de l’espèce d’anarchie intellectuelle coiisacrcc par le proteslauiisme. Toutefois, la direction générale de ces dernières aberrations , tendant presque toujours à tempérer la sévérité des règles morales au lien de l’exagérer, peut être jnstement rattachée è la nouvelle situation sociale, qui, en subaltcrnisacl radicalement le pouvoir spirituel, devait l’entratner i des concessions incompatiblesavec l’inflexible pureté des principes moraux , et senlcment dictées par les besoins de l’existence dépendante propre an sacerdoce protestant. Sous ce rapport , rabaissement politiqne dn catholicisme l’a nécessairement conduit , dans les trois derniers siècles, à de semblables condescendances pratiques, mais è un degré beanconp moins prononcé, et surtout sans jamais aller directement jusqn’è l’altération pnbliqne des règles morales elles-mêmes, qu’il noos a dn moins transmises parfliilement int.nctrs, par la sage résistance qn’il a souvent opposée, h cet égard, h de puissantes obsessions leinporelles.

PHILDSO^Mie POSItiVË.

d’indiquer, par exemple, la grave altération que le protestantisme a dû sanctionner partout dans l’institution du mariage, première base fondamentale de l’ordre domestique, et par suite de l’ordre social, en permettant régulièrement l’usage universel du divorce , contre lequel les mœurs mo* dernes ont heureusement toujours lutté spontanément, en résultat nécessaire de la loi naturelle de l’évolution humaine relativement à la famille, déjà indiquée au chapitre précédent. Quoique cette puissante influence ait essentiellement neutralisé les effets délétères d’une telle altération , ils n’en ont pas moins été bientôt caractérisés d’une manière très fâcheuse chez les diverses populations protestantes. Ou peut appliquer le même jugement, quoique à un moindre degré, à la restriction croissante que le protestantisme a fait subir aux principaux cas d’inceste si sagement proscrits parle catholicisme, et dont la rétrograde réhabilitation morale devait tant concourir à la perturbation des familles modernes: le lecteur judicieux suppléera aisément, sur un tel sujet, aux nombreux développemens que je ne saurais indiquer ici. Toutefois, j’y crois devoir signaler distinctement, comme éminemment caractéristique de l’ordre de conséquences que nous examinons, cette honteuse consultation dogmatique, si dé—

plorablement immortelle, par laquelle les principaux chefs du protestantisme, et Luther à leur tête, autorisaient solennellement, d’après une longue discussion thëologique, la bigamie formelle d’un prince allemand : les condescendances presque simultanées des fondateurs del’église anglicane pour les cruelles faiblesses de leur étrange pape national complètent cette triste observation, mais avec un caractère moins systématique. Quoique le catholicisme, malgré son abaissement politique , ne se soit jamais aussi ouvertement dégradé , son impuissance croissante a néanmoins produit nécessairement des effets presque équivalens , puisque , depuis l’origine de la période révolutionnaire, sa discipline morale n’a pu être assez énergique pour réprimer la licence progressive des déclamations ou des satires dont le mariage devenait l’objet, jusque dans les principales réunions publiques. Il faut même reconnaître, à cet égard, afin d’apprécier complètement la nature et l’étendue du mal, que l’aversion graduelle contre la constitution catholique, à cause de son principe théologique devenu profondément hostile à l’essor mental , a souvent appuyé les aberrations morales (i), par

(1) En coniidcrant «tcc soin le» déplorable» diicaMione de notre bièclc au •ojet du divorce, il est «Ue d’y reconnaître encore que, pour un grand nombre d’esprits actoels, le grand principe social de l’indisso*

cela même qu’elles étaient proscrites par le catholicisme, contre lequel notre maligne nature se plaisait ainsi à constituer une sorte de puérile insurrection. C’est«ainsi que, pendant la période protestante dont neus terminons ici l’examen , les diverses doctrines religieuses ont été spontanément conduites à constater irrécusablement, par des voies diverses mais équivalentes, leur impuissance radicale à diriger désormais la morale humaine, soit en y produisant directement des altérations de plus en plus graves, par suite des divagations intellectuelles librement développées, soit en perdant la force d’y contenir les perturbations, et en discréditant des lois invariables par une aveugle obstination à les rattacher exclusive-

Inbilitc' da mariage n'a, au fond, d’antre tort essentiel qne d’aroir etc dignement consacré par le catholicisme, dont la morale est ainsi arenglément enveloppée dunsla juste antipathie qu’inspire depuis long-tempe sa théologie. Sans celte sorte d’instinctive répugnance, en effet, la plupart des hommes sensés comprendraient aisément aujourd’hui qne l'nsagedn divorce ne pourrait constitner véritablement qu'un premier pas vers l’entière abolition du mariage, si le développement réel pouvait en être autorisé par nos moeurs, dont l’invincible résistance, h cet égard, tient heurensement aux conditions fondamentales de la civilisation moderne, que personne ne saurait changer. Ce n’eatpoint certes la seule occasion décisive oh l’on puisse nettement constater, soit en public, soit en particulier, le grave préjudice pratique qu’apporte maintenant aux diverses règles morales leur irrationnelle solidarité apparente avec les croyances théologiqnes , qui leur furent jadis si utiles, mais dont l’inévitable discrédit final tend désormais & les compromettre radicalement chei tontes les natures nn pen actives.

'PflT8IQUE‘âflCIAVX.' 689

ment à des croyaiKîes dès-lors justeineail antipatiiiques à }«>raison humaine. La suite de notre élabora tioD historique nous fournira naturelle*ment plusieurs occasions importantes de reconnaître sans incertitude que la morale universelle , loin d’avoir à redouter indéliniment l’action dissolvante de l’analyse philosophique, 'ne peut plus maintenant trouver de solides fondemens inteiieotuels qu en dehors de toute théologie qilelconqde,' en reposant sur une appréeiation''VTai-: raent'.ratioHnelle ot suffisamment approforidie-des drvérsesinciinattons, actions et habitudes,- dHtprès l’ensemble de leurs conséquences réelles, privées ou-puhiiques. Mais il était ici nécessaire de carae*lenser dé^à l’é(x>qiie générale à partir de laquelle’ les croyances religieuses ont directement commencé à peixlre^ soit par une -aetive anarchie, soit par une passive atonie,; les'anliques propriétés morales tfn’iin aveuglé empirisme leur, suppose encore, contro l’éclatante espflrieBce 'de^ Irrois derniers aièolcs^ qui ont si évidemment représenté; tontes les doctrines theologiques.' comme consli- * tuant désormais,! chez' Hélhe- de l’humanité, ’de puissans motifs permanens de haine et de pertiirlintion bien ploé que d’ordre et d’amour. On voit ai«,siyenTésumë,<qnoeettB irrévoeable degénéralioii date essentiellement de l’universelle dégrada-r

Page 1