TOME V
Pim.OfiOPHIE POSITIVE.
humaine , et ensuite, plus spécialement , la transformation graduelle qui en fait spontanément dériver le second âge naturel de. la philosophie théologique.
Lorsque , sans s’arrêter aux premières impressions, on compare, d’une manière convenablement approfondie, toutes les grandes phases religieuses de l’humanité, il n’est plus douteux, comme je l’ai ci-dessus indiqué , que le fétichisme ne constitue réellement, du moins quant à l’existence individuelle, l’état théologique le plus intense, c’est-à-dire celui où cet ordre d’idées exerce la .plus vaste et la plus intime prépondérance dans tout notre système mental. Quelque monstrueux que nous semble aujourd’hui , chez les auteurs anciens, l’inépuisable dénombrement des divinités du paganisme, nous trouverions un résultat bien plus étrange encore s’il était possible d’exécuter suifisamment une telle revue envers les dieux des purs fétichistes, ainsi que j’aurai lieu ci-après d’en signaler le principal motif. Cette multiplicité supérieure devait, en effet, résulter du caractère essentiellement individuel et concret des croyances fétichiques, où chaque corps observable devient spontanément le sujet propre d’une superstition distincte. Mais indépendamment d’une telle complication numérique , cette liai-
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son immédiate et continue doit alors donner une bien plus grande influence mentale aux conceptions théolc^ques, à travers lesquelles, pour ainsi dire , s’effectuent nécessairement toutes les observatious ; sauf quelques rares notions pratiques sur les divers ordres de phénomènes naturels, inévitablement fournies par l’expérience involontaire, et qui , dans l’ori^ne , sont peu supérieures aux connaissances réelles que les plus éminens animaux acquièrent 'd’ùne manière analogue. A aucun autre âge religieux , les idées théologiques n’ont certainement pu être aussi directement ni aussi complètement adhérentes aux sensations elles-mêmes, qui alors les rappelaient presque sans délai et sans discontinuité; en sorte qu’il devait être presque impossible à l’intelligence d’en faire essentiellement.abstraction, même d’une manière partielle et momentanée. L’immense progrès qui nous sépare heureusement de celte première enfance, doit en rendre maintenant très dilEcile l’exacte appréciation, outre l’embarras croissant des explorations directes de plus en plus rares. Mais, en se plaçant au point de vue convenable (i) , je ne doute pas que la plupart des
(0' C’i»! aniqnement aa très petit nombre d'espriu pleinement pfailoBopbiqoes qui ont pn eseentiellement accomplir déjii la grande éeolntion mentale, qu’il appartient aujourd’hni d’entreprendre arec sucera
D’^ ■ Cj»
PHU.OSOPUI& POSITIVE.
juges cumpétens ne reconnaissent en6n la justesse de cette importante observation sur la prépondérance intellectuelle de l’esprit tbéologique, beaucoup plus prononcée au temps du Fétichisme que sous aucun autre régime religieux : ce qui tend à confirmer, dès le pcnut de départ, ma proposition générale sur le décroissement continu d’un tel esprit à mesure que l’évolution intellectuelle s’accomplit , suivant ma théorie fondamentaledu développement humain. Toutefois, la confusion trop ordinaire où tombent presque tous les philosophes entre l’empire mental des croyances religieuses et leur infiuence sociale, empêche essentiellement, à cet égard, toute saine
de telles comparaisons, à cause de l’heurense faculté que leur procure exclusivement une enliire e’mancipatiou personnelle, de transporter presqne indifféremment leurs pensées S tons les degre's de l’échelle tbéologique , sans aucune prédilection perturbatrice. J’aurai plus d’une occasion naturelle de faire nettement sentir, dans les deux chapitres suivaps , que ce n’est point des philosophes religieux qn’ob doit Cnalement attendre une histoire vraiment rationnelle de la religion, conçue et exécutée d'une manière impartiale et lominense. A la vérité, l’esprit de dénigrement systématique qUi caractérisait, f cet égard, les encyclopédistes du siècle dernier, devait certainement les rendre encore moins propres à cette hante appréciation philosophique. Elle ne saurait convenir-qn’li des intelligences aussi pleinement affranchies des préventions métaphysiques qne des préjugés théologiqnes , et pour lesquelles ces denx ordres didées antagonistes soient désormais pareillement ensevelis dans un irrévocable passé, oh la part nécessaire de chacun d’eux devient exactement assignable , d’après la vraie théorie générale du dévcluppeinenl humaiii.
appréciation -généràle, parce que ce n’est point alors en effet que la philôsophie théologique a pu obtenir son plus grand , et surtout son plus heureux ascendant politique, dont le développement propre a dû être plutôt en sens inverse , par une remarquable coïncidence , que la suite de notre opération historique expliquera spontanément. Afin de dissiper ici, à ce sujet, toute incertitude essentielle, il faut donc maintenant caractériser le motif principal de la moindre puissance du fétichisme comme moyen de civilisation , malgré son extension intellectuelle certainement supérieure; d’où résultera ensuite aisément la détermination sommaire de sa véritable inffuence sociale.
On doit, à cet effet, remarquer d’abord que, malgré les récriminations modernes contre l’autorité sacerdotale, une telle autorité est néanmoins , strictement indispensable pour utiliser réellement la propriété civilisatrice de la philosophie théologique. Non-seulement toute doctrine quelconque exige évidemment des organes spéciaux , qui puissent toujours en diriger et en surveiller l’application sociale. Mais, en outre, les croyances religieuses sont, par leur nature, beaucoup plus complètement assujéties que toutes les autres à cette nécessité commune, à cause du vague indéfini qui les caractérise spontanément, et qui ne peut
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être suülsamment contenu que par l’exercice permanent d’une très active discipline, convenablement organisée. Sans cette indispensable condition , les idées théologiques peuvent avoir beaucoup d’extension et d’énergie , au point même d’occuper presque exclusivement l’intelligence, et ne comporter néanmoins qu’une très taible consistance politique j en suscitant plutôt des divergences que des convergences : comme nous le confirme éminemment la grande expérience ides trois derniers siècles, où, par- la désorganisation générale de l’ancienne autorité théologique, les croyances religieuses sont devenues bien pins un puissant principe* de discorde qu’un véritable lien social, contrairement à leur destination essentielle, que l’étymologie semble aujourd’hui rappeler avec une sorte d’iropie. Or, en ayant convenablement égard à celte considération fondamentale,, il est facile d’expliquer la moindre influence sociale de la philosophie théologique à l’époque du fétichisme, malgré qu’elle’ i occupât certainement alors beaucoup plus de place dans l’ensemble de l’entendement humain. *-
Cette coïncidence nécessaire tient, en effet ce que le fétichisme comportait infiniment moins> (jue le polythéisme et le monothéisme le développement propre d’une autorité sacerdotale dis-
bDctement oi^anisée en classe spéciale, par üne suite nécessairedu caractère essentiel des croyances correspondantes. Presque touà les dieu.x du fétichisme sont éminemment individuels, et chacun d’eux a sa résidence inévitable et permanente • dans un objet particulièrement déterminé'; tandis que ceux du polythéisme ont, de leur nature, une bien plus grande généralité, un département beaucoup plus étendu quoique toujours propre, et en6n un siège infiniment moins circonscrit. Cette différence fondamentale constitue sans doute, pour le fétichisme, une aptitude plus prononcée à correspondre spontanément, avec une exacte harmonie, à l’état primitif de l’esprit humain , où toutes les idées sont nécessairement , au plus haut degré, particulières et concrètes; et de là résulte, comme je l’ai ci-dessus noté, la multiplicité très supérieure des divinités de cette première enfance. Mais , sous le point de vue social , il est pareillement évident que de telles croyances offrent, par leur nature, beaucoup moins de ressources, soit pour réunir les hommes, soit pour les gouverner. Quoiqu’il existe , sans doute , des fétiches de tribu, et même de nation, la plupart néanmoins sont essentiellement domestiques, ou même personnels, ce qui offre bien peu de secours au développement spontané de pensées
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sufilsaïuiiiçnt communes. En second lieu, le immédiat de chaque divinité dans un objet ma-^ tériel nettement déterminé, doit rendre le sacerdoce proprement dit presque inutile, et, par suile, tend à empêcher directement l’essor d’une classe spéculative, vraiment distincte et inSuente. Ce n’est pas que le culte ne soit alors fort étendu, car il tient , au contraire , bien plus de place, qu’à aucune époque théologique plus avancée, dans l’ensemble de la vie humaine, qui en est plus intimement pénétrée, chaque acte particulier de l’homme ayant pour ainsi dire son propre aspect religieux. Mais c’est presque toujours un culte essentiellement personnel et direct, dont chaque croyant peut être le ministre immédiat, sans aucune interposition forcée envers ses divinités sj>éciales, constamment accessibles par leur nature. C’est surtout la croyance ultérieure à des dieux habituellement invisibles , plus ou moins généraux , et essentiellement distincts des corps soumis à leur arbiü'aire discipline , qui a dû déterminer, à l’âge du polythéisme, le développement rapide et prononcé d’un vrai sacerdoce, susceptible d’une haute prépondérance sociale, comme constituant, d’une manière régulière et permanente, un intermédiaire indispensable entre l’adorateur et sa divinité. Le fétichisme, au contraire, n’exigeait point
évidemment celle inévilable intervention , el tendait ainsi à prolonger extrêmement l’enfance de l’organisation sociale, dont le premier essor, comme je l’ai établi au chapitre précédent, devait certainement dépendre de la formation distincte d’ime classe spéculative , c’est-à-dire alors sacerdotale. Dans l’analyse, beaucoup mieux connue, des âges théologiques ultérieurs, on peut (d)serverencore des traces très marquées de ce caractère , ' nécessaire des cultes primitifs, aux temps même de la plus entière extension intellectuelle et sociale du polythéisme grec ou romain, en considérant le mode spécial, très précieux à remarquer sous ce rapport , qui y distinguait l’adoration des dieux lares et pénates , divinités essentielleipent domestiques, où l’on doit, à mon gré, reconnaître de purs fétiches, dont le culte, particulièrement modifié chez les diverses familles, s’y célébrait toujours directement, sans intervention sacerdotale, chaque fidèle, ou du moins chaque cher de famille, étant resté, à cet égard, une sorte de prêtre spontané.
Toutefois, l’obserVation plus complète et plus variée des populations fétichistes semble indiquer que ce premier âge religieux n’est point entièrement incompatible avec la formation élwuchée d’une certaine classe sacerdotale, conimen-
r Gi«'gle
çant à se détacher assez distmctement de la masse sociale, Comme l’indiquent divers cas ' relatifs à des professions spéciales de devins, de jonj'leurs, etc., chez plusieurs peuplades nègres, qui ne sont point cependant sorties entièrement du vrai fétichisme. Mais, par un examen plus approfondi de ces degrés de l’échelle sociale , soit dans l’antiquité soit de nos jours, on reconnaîtra X toujours, ce me semble, que le fétichisme est ■alors essentiellement parvenu à l’état d’astrolâtrie, qui constitue son plus 'haut perfectionnement propre', et sous lequel s’effectue, comme je l’expliquerai bientôt, sa transition générale au polythéisme proprement dit. Or, cette phase plus éminente, mais aussi beaucoup plus- tardive, du fétichisme fondamental, tend, en effet, par sa nature spéciale, à provoquer directement le développement distinct d’un vrai sacerdoce. D’abord , la considération des astres porte en elle-même un> caractère d’évidente généralité , qui les rend immédiatement aptes à devenir des fétiches vraiment communs ; et c’est toujours aussi de cette source exclusive que l’analyse -sociologique nous les montre essentiellement tirés chez des .populations un peu étendues. En second lieu,' quand leur situation pleinement inaccessible a été suffisamment reconnue, ce qui a
dû élre beaucoup moins immédiat qu’on ne le croit d’ordinaire, le besoin d’intermédiaires spéciaux a dû se faire sentir , à leur égard , d’une manière irrécusable. Tels sont les deux caractères essentiels, généralité supérieure, et accès plus diilicile, qui, sans altérer directement la nature fondamentale du fétichisme universel , ont dû y rendre l’adoration des astres particulièrement propre à déterminer la formation d’un culte vraiment organisé et d’un sacerdoce pleinement distinct, sans lesquels le développement politique serait demeuré essentiellement impossible. On conçoit ainsi combien sont radicalement vicieuses les tendances vagues et absolues de la philosophie politique - actuelle , qui nous font, par exemple, condamner aveuglément le culte des astres comme un principe universel de dégradation humaine ; tandis que l’avènement de l’astrolàtrie constitue réellement, au contraire, non-seulement un symptôme essentiel , mais aussi un puissant moyen , de progrès social, pour les temps correspondans , quoique sa prolongation démesurée ait dû ultérieurement devenir une source d’entraves. Mais il a dû s’écouler un temps fort considérable avant que l’adoration des astres ait pu prendre un ascendant prononcé sur les autres branches du fétichisme.
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de manière à imprimer à l’ensemble du culte les caractères* essentiels d’une véritable astrolâtrie. Car, l’esprit humain , d’abord| préoccupé des considérations les plus directes et les plus particulières, ne pojuvait alors nullement placer les corps' célestes aü premier rang des substances extérieures. Us ont dû long-temps ' avoir pour lui beaucoup moins d’importance qu’un grand nombre de phénomènes terrestres; tels, par exemple,' que les principaux effets météorologiques, qui, à un âge bien plus avancé’, et pendant presque tout le règne théologique, ont essentiellement fourni les attributs caractéristiques du suprême pouvoir surnaturel. Tandis qu’on reconnaissait alors si généralement à tous les magiciens habiles une autorité fort étendue sur la lune et les étoiles, personne n’aurait osé leur supposer aucune participation quelconque au gouvernement du tonnerre. Il a donc fallu préalablement une suite très prolongée de modifications graduelles dans les conceptions humaines , pour intervertir en quelque sorte Pordre primordial, en plaçant enfin les astres' à la tête > des corps naturels, quoique, toujours nécessairement subordonnés à la terre et à l’honàmef suivant l’esprit fondamental de la philosophie' théologique , parvenue même' à son plus haut perfectionnemenl total. Or, c’est'sen-
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lement quand le félicbisme s’est ainsi élevé enfin à l’état d’astrolâtrie , qu’il a pu exercer, d’une manière permanente et régulière, une iniluence politique vraiment capitale , par le double motif ci-dessus indiqué. Telle est donc, désormais, en général , l’explication rationnelle de ce sirigulier caractère, source inextricable de confusion dans les jugemens ordinaires sur ces degi’és inférieurs de l’échelle sociale, qui fait alors coïncider essentiellement une plus grande extension intellectuelle de l’esprit ihéologiqüe avec une moindre influence sociale. Ainsi, non-seulement le fétichisme , comme toute autre philosophie quelconque , n’a pu s’étendre aux considérations morales et sociales qu’après avoir d’abord suillsnmment dirigé toutes les spéculations moins compliquées : mais , en outre , des motifs spéciaux très puiâsans ont dû, comme on le voit, retarder extrêmement l’époque où il a pu acquérir une véritable consistance politique , malgré son immense extension intellectuelle préalable.
En terminant cette appréciation sommaire , je ne puis m’empêcher de signaler une’ importante réflexion qu’elle suggère naturellement sur l’ensemble du règne théologique , et qui est déjà très propre à rendre fort douteuse cette aptitude caractéristique à servir indéfiniment de base aux
liens sociaux, qu’on attribue encore vulgairement aux croyances religieuses, à l’exclusion de tout autre ordre quelconque de conceptions communes. 11 résulte spontanément , en effet , des considérations précédentes, que cette propriété politique est bien loin de leur appartenir d’une manière aussi intime et aussi absolue qu’on le suppose, puisqu’elle n’a pu se développer librement au temps même de la plus grande extension mentale du système religieux. Cette observation décisive ne fera que se compléter davantage par la suite ,de notre opération historique , en reconnaissant, dans le polythéisme, et surtout dans le monothéisme, la co-relation évidente et nécéssalre du décroissement intellectuel de l’esprit ihéologique avec une plus parfaite réalisation de sa faculté civilisatrice ; ce qui confirmera naturellement de plus en plus que cette grande destination sociale, tout comme l’efficacité purement philosophique, ne pouvait lui être attribuée que provisoirement, et jusqu’à l’avènement de principes à la fois plus directs et plus stables, suivant* la théorie fondamentale exposée à la fin du volume précédent.
D’après l’ensemble de ces explications^ Ce sera donc surtout aux deux leçons suivantes que nous devrons naturellement réserver la juste appré-
ciation générale des plus importaos effets du système > théologique dans la grande évolution humaine. Mais ,< .quoique le fétichisme ait’ dû être ainsi nécessairement beaucoup moins propre, si ce n’est dans sa dernière phase au principal développement de la politique théologique, son influence sociale n’en a pas moins été très étendue , ^ et même indispensable , comme nous allons maintenant l’apprécier sommairement. * Sous le point de. vue purement phUosopbique, ou, eif tant que destinée à diriger alors le système général des spéculations humaines, cette première forme de l’esprit religieux ne présente que simplement au moindre degré possible la propriété fondamentale que nous avons reconnue, en principe, rigoureusement inhérente à toute philosophie théologique, de pouvoir seuleébranler la torpeur initiale de notre intelligence, en fournissant spontanéméût à nos conceptions un aliment et un lieu quelconques. Mais, si le fétichisme lui-même i a certainement participé, sous ce rapport, à ce grand caractère de la philosophie, primitive , son action ultérieure, après la production généraledu premier éveil mental, a dû tendre évidhmmmit, avec- beaucoup d’énergie, à empêcher l’essor des connaissances réelles. Jamais, en effet, l’esprit religieux n’a pu être aussi directement opposé que dans ce
premier âge à tout vérilable esprit scienlilique , à l’égard même des plus simples phénomènes. Toute idée de lois naturelles invariables devrait alors paraître éminemment chimérique, et serait d’ailleurs, si elle pouvait distinctement surgir, aussitôt repoussée comme radicalement contraire au mode consacré, qui rattache immédiatement l’expUca> lion détaillée de chaque phénomène aux volontés arbitraires du fétiche correspondant. L’esprit scientifique est sans doute bien peu favorisé encore par le polythéisme, comme nous le reconnaîtrons au chapitre suivant^ mais il y est certainement beaucoup moins comprimé que sous le fétichisme , quand on les compare , à cet égard, d’une manière sufiisamment approfondie. Dans celte première enfance intellectuelle , que nous pouvons maintenant si peu fiomprendre, les faits chimériques l’emportent infiniment' sur les faits réels; ou, plutôt, il n’y a, pour ainsi dire, aucun phénomène qui puisse être alors nettement aperçu sous son aspect véritable. Sous le fétichisme, et même pendant presque tout le règne du polythéisme, l’esprit h U main est nécessairement, envers le monde extérieur ,*en un état habituel de vague préoccupation qui, quoique alors normal et universel, n’en produit pas moins l’équivalent effectif d’une sorte d’hallucination permanente et com-
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mune, où, par l’empire exagéré de la vie aileclive sur la vie intellectuelle, les plus absurdes croyances peuvent altérer profondément l’observation directe de presque tous les phénomènes naturels. Nous sommes aujourd’hui trop disposés à traiter d’impostures des sensations exceptionnelles, que nous avons heureusement cessé de pouvoir’directement comprendre, et qui ont été néanmoins, toujours et partout, très familières aux magiciens, devins, sorciers, etc., de cette grande phase sO-^ ciale. Mais, en revenant, autant que possible, à l’image d’une telle enfance, où l’absence totale des notions même les plus simples sur les lois de la nature doit faire indifféremment admettre les plus chimériques récits avec les plus communes observations, sans que rien pour ainsi dire puisse alors sembler spécialement monstrueux, on pourra reconnaître aisément la facilité trop réelle avec laquelle l’homme voyait si souvent tout ce qu’il était disposé à voir, par des illusions qui me semblent fort auilogues à celles que le grossier fétichisme des animaux paraît leur procurer très fréquemment. Quelque familière que doive nous être aujourd hui l’opinion fondamentalede la constance des évenemens naturels, sur laquelle rejiose nécessairement tout notre système mental, elle ne nous est certainement point innée, puisqu’on peut