TOME V
PIJI1.0S0PHIE POSITIVE.
iiidéiiuuueul persiste diiiis le félichisme plus ou moins grossier où les retient irrcvocableiuenl leur imparfaite urgunisatioii. Mais son Inlelligenee est propre à apprécier la similitude des phénomènes et à reconnaître leur succession. Quoique ces facultés, éminemment caractéristiques , doivent être d’abord très comprimées, comme je l’ai établi,, (>ar le double défaut d’alimentation et de direction vraiment convenables, elles ne cessent de s’exercer, avec une énergie croissante, depuis le premier éveil mental émané de l’impulsion tbéologique, et leur exercice diminue toujours de .phis en plus la prépondérance initiale de la plûlosophie religieuse. Or, l’important passage du fétichisme au polythéisme "constitue, à mes yeux, le premier résultat général de cet essor nais^nt de l’esprit d’observation et d’induction, ‘développé, comme cela doit être pour toute évolution sociale, d’abord chez les hommesj supéiieuis, et, à, leur suite, dans, la multitude.
Pour le démontrer, qu’on se représente préalablement, d’après nos explications antérieures,, le caractère, nécessairement individuel et cour çret, inhérent à toute croyqnee fétichique, toujours relative à un objet déterminé et unique. Cet attribut essentiel correspond exactement à la nature particulière et incohérente des obseVvations,
grossiüi'Ciuenl tnalérielles, propres à l’eiifaoce de l’Iiumanité : en sorte qu’il existe alors celte exacte harmonie' entre la conception et Pexploration , vers laquelle tend • toujours notre intelligence, dans l’une quelconque de ses phases. Or, l’essor même que celte première tliéorie, quelque imparfaite qu’elle soit, impriole à l’esprit naissant d’observation , doit altérer graduellement cet équilibre primitif, qui* finit par ne pouvoir plus subsister qu’avec une modification fondamentale de la philosophie originaire. Ainsi conçue,, la grande révolution 1 qui a conduit jadis l’intelligence huniaine du fétichisme au polythéisme serait, au fondj quoique beaucoup plus prononcée, essentiellement due aux mêmes causes mentales que nous voyons journellement produire les diverses révolutions, scientifiques, toujours p{u-> suite d’une insuffisante concordance entre 'les faits et les principes'. Pour tout vrai philosophe, celte remarquable conformité établirait déjà nue présomption très- 'puissante' en favenr de ma: ibéorie fondamentale; car, les lois ‘logiques, qui ârialemeriP gouvernent' lé monde iptellectuel,' sont, de leur nature, essentiellement invariables, et communes, non-seulement à tous les temps et à tous les lieux, mais aussi à- tous des sujets quelconques, sans aucune ‘ distinction même entre
ceux que nous appelons réels et chimériques : elles s’observent, au fond, jusque dans les soages, sauf la seule diversité des circonstances, intérieures ou extérieures. La similitude radicale dans le mode général d’accomplissement des diiférenteB transitions intellectuelles, malgré la diversité désr époques et des situations, constitue dotic le priur cipal symptôme de la justesse de nos explications philosophiques, et la première source de leur pleine efficacité. De même que tous les naturalistes raisonnables s’accordent spontanément aujourd’hui à repousser toutes les hypothèses géo« logiques qui font procéder d’abord les agens naturels selon d’autres lois que celles qu^ils nous manifestent dans les phénomènes actuels, pareillement les philosophes devraient unanimement hannir l’usage, beaucoup plus dangereux, de toute théorie qui force à supposer, dans l’iiistoire de l’esprit humain , d’autres différences réelles que celles de la maturité et de l’expérience graduellement développées. On ne pourra jamais rien établir de solide en sociologie, tant qu’on ne s’imposera point rigoureusement cette indispensable condition préalable, comme je l’ai exphqué au quarante-huitième chapitre.
■ Revenant à notre démonstration actuelle, il est donc évident que la généralisation insensible -
Dif. .
PHYSIQUE SOCIALE. lOI
.ment croissante des diverses observations humaines a dû finir par en nécessiter d’analo^es dans les conceptions th^logiques correspondantes, et déterminer ainsi l’inévitable transformation du fétichisme en un simple polythéisme. Car, lés dieux proprement dits différent essentiellement des purs féticlies par un caractère plus général et plus abstrait, inhérent à leur résidence indéterminée. Ils administrent chacun un ordre spécial de ‘phénomènes, mais à la fins dans un grand nombre dé corps, en sorte qu’ils ont tous un département plus ou moins étendu ; tandis que l’humble fétiche ne gouverne qu’un objet unique , i dont il est inséparable. 'Ainsi, à mesure qu’on a reconnu la similitude essentielle de certains phénomènes chez diverses substances | il a bien fallu .rapprocher les fétiches correspondails , et les réduire enfin au principal d’entre eux , qui dès lors s’est élevé au rang de dieu, c’est'à-dire d’agent idéal et habituellement invisible, dont la résidence n’est piiCi rigoureusement fixée. 11 ne saurait exister, à proprement parler, de fétiche vraiment, commun entre plusieurs corps: Cela 'serait contradictoire, tout fétiche étant nécessairement doué d’une individualité' matérielle. Lorsque, par exemple, la végétation semblable des diiférens arbres d’une forêt de chênes a du conduire enfin
lua PIIILO^UPIIIE PüSITPVE.
^'reprt’seuter, dans les cunceptions (héologiqiies , cciqoe leurs phénomènes offraient de commun, cet ütiel) abstrait n’a plus étç le fétiche propre d’aucun arbre, il est devenu le dieu do la forèl. Voilà donc le passage intellectuel du fétichisme au polythéisme réduit essentiellement à l’inévitable prépondérance des idées spécifiques sur les idées individuelles, au second âge de notre enfance, aussi bien sociale que personnelle. De ce ]X)intde vue, la modification, quoique assurément très prononcée, a pu s’opérer d’.antant plus aisément que, suivant noire grand aphorisme sur la ])réexistence nécessaire, sous forme plus ou moins latente, de toute disposition vraiment fondamentale, en un état quelconque de l’humanité, l’opération était déjà spontanément accomplie dès l’origine pour certains cas, qu’il a donc suffi d’imiter ou d’étendre. Car, quoique l’homme, plus sensible (jue raisonnable, soit, en général, bien plus frappé d’alu)rd des dillërences que des ressemblances, par suite sans doute de notre organisation: cérébi-ale, • il existe néanmoins évidemment, pour l’espèce comme pour l’individu; certains cas usuels où les qualités communes sont d’abord abstraitement saisies par la moindre iiUelligence, quand les objets comparables sont à la fols assez simples et assez oiiiforines. Dans ces diverses .occasions, h‘ poly-
PUïSIQUE SOCIALE. . I03
théisme doit donc être spontanément primitif; ét c’est là sans doute ce qui aura pu donner lieu à l’aberration philosophique, signalée ci-dessus, sur sa prétendue antériorité. Mais cette exception , si aisément explicable , n’altèrè nullement notre théorie, puisque les cas de ce genre sont certainement, pour l’ensemble de l’éducation humaine j soit' individuelle, soit sociale, les moins nombreux et les moins importahs, même en ayant égard aux inégalités personnelles. Leur considération nous' sert alors seulement à faire comprendre, de la manière la plus naturelle, le procédé fondamental suivant lequel l’esprit humain a dû opérer cette grande transition philosophique, quand- elle est devenue suffisamment mûre*
C’est donc ainsi que la nature purement théologique delà philosophie primitive a été essentiellement maintenue,’puisque les phénomènes ont continué à être régis par des volontés et non [>ar des lois; et toutefois profondément modifiée , en.ce queÿ le corps lui-même n’étant plus vivant, mais inerte," et recevant toute son activité d’un être fictif extérieur, le point de vue primordial s’est trouvé, au fond, notablement perfectionné. La leçon suivante fera spécialement ressortir les plus importantes conséquences, intellectuelles' et sociales, d’une telle révolution. Qu’il me suffise ici d’y signaler
l’évidenle vériücation de la proposition générale rappelée ci-dessus sur le continuel décroissement mental de l’esprit religieux, quoique son influence politique n’ait pas dû suivre la même marche. Amesure que chaque corps individud perdait ainsi son premier caractère directement divin ou vivant, il devenait mieux accessible à l’es’prit purelyent scientifique, dont le domaine commençait dès lors à s’étendre, quoique bien humblement encore, sans que l’explication théologique intervint aussi complètement que jadis dans les détails des phénomènes, par suite même de sa généralisation graduelle. Cette dlflférence fondameotale se. traduit nettement, comme je l’ai remarqué auparavant, par la diminution correspondante que subit, d’une manière continue, le nombre des êtres divins, pendant que leur nature devient plus abstraite, et leur domination propre plus étendue : .on‘ voit maintenant que cette conséquence nécessaire ne présente rien de paradoxal. Il est clair, en efiet , que chaque dieu ainsi introduit remplace toute une troupe de fétiches, désormais licepclés, poui’ ainsi dire, ou du moins réduits à lui servir d’escorte. La transition Anale du polythéisme au monothéisme nous donnera lieu, à son tour, de faire une remarque essentiellement analogue.
D’après le principe précédent, on peut aisé-
ment compléter cette explication sommaire, en déterminant même par quelle bi anche principale du fétichisme a dû plus spécialement s’opérer le passage.au polythéisme. Car la transformation devait évidemment commencer sur les phénomènes les plus généraux, les plus indépendans , et dont l’influence semblait spontanément la plus universelle. Or, tel était certaiuenaent, à tous.ces titres, le cas des astres, dont l’existence isolée et inaccessible a dû bientôt imprimer un caractère, particulier à la portion correspondante . du fétichisme universel, quand cette partie a commencé à fixer sufiisamment l’attention, d’abord trop concentrée vers des corps plus familiers. La diflerence générale, ci-dessus caractérisée, entre. la notion du fétiche et celle du dieu, devait être, évidemment, beaucoup moindre à l’égard d’un astre qp’en aur cun autre sujet quelconque ; ce qui rendait l’astrolâtrie , comme je l’ai déjà indiqué, propre à servir d’intermédiaire entre le pur fétichisme primordial et le vrai polythéisme. En d’autres termes, le culte des astres est la seule grande branche du fétichisme qui ait pu s’incorporer spontanément au polythéisme, sans exiger immédiatement aucune profonde modification ; chaque * fétiche sldérlque, en vertu de sa puissance et de son éloignement naturels, ne pouvant différer du dieu
Kié» PÜILOSOPHIE POSITIVE.
correS[)ondant que par des nuanees presque iiisensi}>les, surtout en un temps où l’on ne pouvait guère tenir à la précision. Il suffisait donc, pour effacer le caractère individuel et concret par lequel le fétichisme s’y manjuait encore, de no plus assujctir cette équivoque divinité à une attribution et à une . résidence exclusives, çt de lier sa conception , par quelque analogie réelle ou apparente^ à celle d’autres fonctions plus Où moins générales , déjà confiées à un dieu projirem’eut dit , pour lequel l’astre n’aurait été dès loi-s qu’une sorte de séjour préféré. Cette dernière transformation était si peu indispensable, que, pendant presque tout le règne du polythéisme, on n’y a essentiellement assujéti que les planètes, à raison de leurs variations spédales : les étoiles, par suite de l’invariabilité • de leur cours , sont restées de vrais fétiches , c’est-à-dire des divinités directement corporelles , inséparables de l’individu correspondant, jusqu’au momient où, enveloppées, comme loittes les autres, dans le monothéisme universel, ces conceptions tliéologiques ont dû nécessairement perdre leur spécialité pnraitive, non toutefois sans en laisser quelques vestiges’, encore appréciables à ime scrupu-, leuse analyse. On peut donc aind nettement concevoir comment l’aslrolâtrie , constituant l’état
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’ PHYSIQUE SOCIAI.E. > lÔ']
le plus avancé clu fétichisme, a' été si propre à faciliter spontanément son inévitable transition an polythéisme : et, par suite , on peut même expliquer dès lors , d’après une relation • déjà signalée , l’influence indirecte qu’a dû exercer la prépondérance finale de la vie agricole suicette grande transformation de la philosophie théologique.
Afin d’utilîfeer, autant que possible, pour l’étude rationnelle de l’évolution hilmaine, l’appréciation générale d’un tel changement , en y constatant , dès l’origine, l’existence de tous les divers principes intellectuels des révolutions ultérieures , il . importé enfin d’y remarquer aussi la première manifestation capitale de l’esprit métaphysique proprement dit. Si toutes les modifications réelles qu’éprouve successivement Pesprit théolr^que ÿont, aüfond, nécessairement déterminées par le développement continu de l’esprit scientifique , . elles s’opèrent toujours néanmoins par l’inévitable intervention directe de l’esprit métaphysique , à l’accroissement immédiat duquel aboutissent d’abord les décroissemens graduels du premier, jusqu’à CB que là positivité commence à prévaloir' irrévocablement sur tous deux, suivant la théorie foiidiunontale établie au chapitre précédent. L’influence et l’extension fneoritcstables de la méta-
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physique dans le passage général du polythéisme au monothéisme ne doivent paraître aussi s|)écialement prononcées que parce que cette seconde grande révolution religieuse nous est aujourd’hui beaucoup mieux connue et bien plus intelligible que la première. Mais la transformation antérieure du fétichisme en polythéisme n’en constitue pas moins la véritable origine historique de la philosophie métaphysique, comme nuance distincte de la philosophie purement théologique; et celte participation primitive de l’esprit métaphysique à l’ensemble de nos révolutions intellectuelles serait peut-être jugée la plus considérable de toutes, vu la plus grande Importance mentale d’un tel changement'd’après l’appréciation précédente, s’il était possible aujourd’hui de l’analyser suHisammeut) ce que l’absence presque totale des documeus convenables ne saurait jamais permettre. Quoi qu’il en soit, l’introduction élémentaire d’un tel esprit est alors incontestable; car, celte grande modiGcation l’exigeait évidemment , par sa nature même, La transformation des fétiches en dieux proprement .dits, d’après une pretnière concentration du point de vue théologique, a fait nécessairement considérer, dans chaque corps particu- . lier, au lieu de la vie propre et directe qu’on lui attribuait d’abord , une propriété abstraite qui lo
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PHVStQUE SOCIALE. ■
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rendait susceptible de recevoir mystérieiisenient l’impulsion de l’agent surnaturel correspondant , dont le département plus ou moins' étendu et la résidence plus ou moins indéterminée ne pou> vaient permettre de concevoir babituellement l’action comme immédiate, si ce n’est dans les cas exceptionnels de métamorphose spéciale, toujours facultative , mais rarement opérép. Outre cette suite naturelle de la modification pro|K>sée, on voit' même, pendant qu’une telle conversion s’ao complit , une préalable participation indispensable de l’esprit métaphysique; puisque, chaque dieu remplaçant , d’une manière plus ou -moins générale, un plus ou moins grand nombre de fétiches individuels, désormais envisagés surtout en ce qu’ils ont de commun , sans que cette origine ^traite ôtât à l’être divin une vie véritable et très prononcée , U est clair qu’une telle notion suppose- une» opération purement métaphysique, en tant qu’on y reconnaît dâ abstractions personnifiées. Car, en un sujet quelronque, l’état métaphysique proprement dit , cpnsidëré comme une situation transitoire de notre intelligence, est toujours essentiellement carac^risé par unp - confusion radicale entre lepoint'de vue abstrait et dp point de vue eeweret , allemativement substitués l’un à l’autre pour modifier 'successive-
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PÜILOSOPHIE POSITIVE.
aient -.les conceplioiis pureincnl ibéoiogiques , soil.éa y retuiuni abstrait ce qui auparavant était concret, quand chaque, généralisation est accomplie , soit en y préparant, pour une concentration nouvelle , la conception réelle d’élres plus généraux , qui n’ont d’abord qu’une existence abstraite.
. Telle est ' la double fonction indispensable ' de réduction et systématisation simultanées que l!esprit métaphysique exerce graduellement en vers la philosophie ihéoiogique, (|ui seule, jusqu’à l’avènement iinupre de la philosophie positive , peut avoir, un caractère nellemenl intelligible, parce «)ue ses fictions, chimériques mais saisissahles, résultent franchement d’un transport direct à tous les phénomènes quelconques 'de notre sentiment tùndamental d’existence active. Dislinclede chaque substance, quoiqu’elle eu soit inséparable, l’entité uiélaphyaique est aussi plus subtile et moins définie que l’action sifinalurelle i correspondante, <|uoiqu’elle en émane .nécessairement : d’où résidte sou • aptitude essentielle û opérer des transitions,'qui constituent sans cesse un décroissement, auimoinsintellectuci,.de la philosophie théol<^~ que; Aussi le mode général d'action de 'l’esprit métaphysique est-il proprement toujours critique, puisqu’il coiiserve la théologie, loutÊii détruisant
Diniii.’ft^hy G(
PHY^IQiUE SOCIALE. III
I uliicaluineiit sa principale consistance mentale : son influence ne peut sembler organique qu’autant qu’elle n’est |>oint trop prépondérante, et en tant qu’elle contribue aux modiûçations graduelles de la philosophie théologique , à laquelle doit être constamment rapporté, surtout sous le point de vue social , tout ce que paraissent contenir de vraiment organique les théories métaphysiques proprement dites; comme la suite de notre appréciation historique ■ le fera spontanément, ressortir de plus en plus. Sans insister davantage ici sur de -telles explications, dont la première obscurité doit tenir à la uatui-e ténébreuse d’un semblable sujet, maisqu’uneapplicalion graduellement développée rendra ultérieurement irrécusables, il était indispensable d’y, signaler la véritable origine générale de l’influence métaphysique , ainsi manifestée par une large et incontestable participation à, cette grande transition du fétichisme avt polythéisme, désormais sulEsamment caractérisée dans son principe intellectuel, Outre le besoin scientifique immédiat, il n’étoit certainement pas inutile, mc^. pour.une plus profonde appréciation du grand problème sopial de nos lem|>s, de constater, dès le. berceau de^ l’humanité , celte rivalité spontanée et continue, d’abqrd mentale, puis politique, entre l’esprit théulogique et l’es-
lia PHILOSOPHIE POSITIVE.
prit métaphysique , dont la lutte , aujourd’hui vainement prolongée, puisque levolulion préparatoire est essentiellement accomplie, constitue la source première dé notre intime perturbation. '
' L’extrêrhe importance, et la difiicalté supérieure de ce' point de départ général , dont lUrpalionnalité eût nécessairement altéré l’ensemble ultérieur de notre opération historique, feront', j’espère, excuser l’étendue et là complication des diverses discussions auxquelles nous a entraînés, .dans ce long^ mais indispensablë chapitre, L’exaâien fondamental d’une époque aussi peu connue et aussi confusément jugée. Nous en avons condirit l’explicahion essentielle jusqu’à l’â- -vènement nécessaire du second âge religieux, dont le vrai caractère, intellectuel ou social, devra être, dans la leçôn suivante, plus aisément appréciable, vu sa nature 'mieux explorée et moins éloignée de notre constitution moderne, dont la sensation prépondérante doit toujours tendre, malgré les plus ^ines' précautions scientiSques , à troubler extrêmement de telles analyses. Toutefois, cétte première application générale de ma jmilosophie historique aura déjà', sous ce derbier aspect', ma-’ nifesté nettement l’aptitude spontanée de l’eSprit ' positif à nous transporter successivement, beau-
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coup mieux qu’aucun autre, aux différens points de vue d’où l’on peut sagement juger les divers états antérieurs de l’humanité et les révolutions correspondantes , sans altérer cependant , en aucune manière , ni l’homogénéité ui l’ipdépendance des décisions rationnelles. Celte importante propriété, qu’oii peut regarder comme vraiment caractéristique, puisqu’elle résulte directement de l’esprit nécessairement relatif de la philosophie nouvelle, opposé à l’esprit inévitablement absolu de l’ancienne philosophie, se développera graduellement dans tout le cours de notre appréciation sommaire, et permettra seule de comprendre enfin l’ensemble du passé humain sans jamais supposer à l’homme une organisation intellectuelle et morale essentiellement distincte de celle qui le dirige aujourd’hui, ce qui, au fond, est demeuré jusqu’ici radicalement impossible. Si j’ai pu, dans ce chapitre, inspirer une sorte de sympathie intellectuelle en faveur du fétichisme, qui constitua cependant, de toute nécessité, l’étàt le plus imparfait de la philosophie théologique, ■ à plus forte raison nous sera-t-il aisé, dans les chapitres suivans, de constater clairement que le génie propre de chaque grande époque, sous quelque aspect principal qu’on l’envisage, a tou-