CINQUANTE-TROISIÈME LEÇON
Appréciation générale du principal état théalogique de l’humanité: âgedu polythéisme. Développement graduel du régime théologique et militaire.
Des habitudes exclusives profondément enrar cinées tendent nécessairement, chez les esprits modernes, à procurer au monothéisme un ascendant presque irrésistible, qui doit s’y opposer éminemment à- toute saine appréciation des divers autres modes généraux de l’état théblospque. Mais les philosophes^ assez, dégagés, à cet égard, de toutes préoccupations person-: nelles pour comparer, avec une imfiartiale élévation , les . difierens âges ■ religieux , pourront aujourd’hui reconnaître aisément, après une analyse approfondie, et. malgré de spécieuses apparences, que le polythéisme a dû, par sa nature, constituer la principale forme du système ihéologique , considéré dans l’ensemble de sa durée. Quelle que soit, sous le rapport social,
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l’éminente destination réservée au mouolliéismey comme je l’expliquerai soigneusement au cha-» pitre suivant, la leçon actuelle rendra , j’espère , incontestable , même à ce titre , l’aptitude encore plus complète et plus spéciale du polythéisme à satisfaire spontanénient aux besoins politiques de l’époque correspondante. Enfin , l’ensemble de ce double examen fera implicitement sentir que, malgré le caractère provisoire plus ou moins inhérent, selon notre théorie, à toute philosophie théologique, l’existenoe du polythéisme a dû être plus durable que celle d’aucune autre phase religieuse ; tandis que le monothéisme , plus voisin d’une entière Cessation de Tétât théologique,* devait surtout servir à diriger l’humanité civilisée pendant sa transition fondamentale-du système ancien au système moderne.
Pojlr inieux éclaircir notre appréciation générâle du polythéismé, il convient ici d’examiner d’abord abstraitement chacune de ses diverses propriétés essentielles , intellectuelles ou sociales, et de considérer ensuite les différentes forlnes nécessaires du régime correspondant; dé manière à caractériser exactement l’indispensable participation de ce second âge religieux à la grande évolution humaine : en évitant d’ailleurs, autant que possible , toute discussion vraiment
conçpète, suivant les explicaÜQns préalables indiquées au début du olia pitre précédent. Avant toutÿ je crois devoir avertir que j’envisagerai toujours le polythéisme dans l’acception publique qui lui était communément ..attribuée , sans m’arrêter à aucune des nombreuses et incohérentes tentatives par lesquelles, chez les modernes surtout, une irrationnelle érudition s’est vainement efforcée, à^l’aide d’une vague interprétation symbolique, dont les principes sont presque toujours radicalement arbitsaires, de rattacher ces croyances à un prétendu monothéisme antérieur, ou même, ce qui serait encore plus étrange, à quelque système purement physique. Si jamais ces ténébreuses hypothèses pouvaient devenir moins . contradictoires et mieux
déterminées, elles ne mériteraient guère plus l’attention du vrai sociologisie ^ puisque toute religion, surtout à popularité très .proqpncée , doit évidemment s’apprécier, en dynamique sociale , suivant la manière dont elle était habituellement entendue par les. masses, et non. d’après le sens plus raffiné qu’ont pu y 'ajtacher secrètement quelques initiés : d’autant plus que ces my^érieuses explications n’ont jamais dû être, au fond, qu’une sorte d’anticipation générale des esprits les plus cultivés sur la phase .re-
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iigieus(^' iaimédiatement suivante. Celle puérile obstination à obscurcir , sous d’inintelligibles subtilités, le polythéisme, éminemment clair et expressif, que les admirables chants d’Homère, par exemple, nous décrivent avec tant de naïveté, ne provient, sans doute, essentiellement, dans la plupart des cas, que d’une impuissance philosophique à se représenter suflSsamment un état mental trop éloigné' surtout en vertu des dispositions trop exclusives que doit inspirer la • prépondérance totale du pur monothéisme. Aux ^ yeux de tout vrai philosophe, si l’enfance'de la raison humaine exige préalablement, de toute nécessité, le régime théologique, il n’y est certes pas moins naturel d’admettre d’abord un très grand- nombre de die^x, pleinement dislfncts et indépendans les uns des autres, et dont les attributions spéciales correspondent à l’infinie variété*des phénomènes ; cooïme l’indique évidemment l’analyse attentive du développement spontané de l’individu j directement confirmée,’ pour l’espèce, par l’exploration judicieuse des divers sauvages contemporains, chez lesquels' nos docteurs ne sauraient assurément. transporter cette nébuleuse symbolisation: •
Sous le point de vue purement intelléclüel ,
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nous avons reconnu, au chapitre précédent, que te fétichisme était nécessairement caractérisé par l’incorporation la plus intime' et la plus étendue > possible de l’esprit religieux au système total des pensées humaines : en sorte que sa transformation en polythéisme constitue réellement un. premier décroissement «général de l’influence mentale propre à la philosophie théologique. Mais , mtilgré la haute importance scientifique d’une telle appréciation pour confirmer notre théorie fondamentale de l’évolution humaine, et quand même cet âge primitif serait moins éloigné etr moins inconnu, l’admirable essor spontanément imprimé par le polythéisme à l’imagination de l’homme, aussi bién que sa haute eflicacité sociale, doivent finalement nous déterminer à. regarder ce second ^âge comme le véritable temps du plus intense développemei^J; propre^ de l’esprit religieux, quoique fon énergie élémentaire eût déjà subi ainsi, au fond, un certain commencement d’altération. Jamais, en efièt, depuis cette époque, un tel esprit n’a pu retrouver à la fois un champ aussi vaste et un aussi libre exercice que sous ce par régime d’une théologie directe et naïve, à peine modifiée encore par la métaphysique, et nullement contenue par les conceptions positives, . dont les premiers
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i-Luiimens , alors imperceptibles , si ce u’c!<t à l’aide d’une' scrupuleuse analyse, ne pouvaient se rapporter qu’à quelques observations incohérentes et empiriques sur les plus simples cas de chaque ordre de phénomènes naturels. Tous les événemens quelconques , toujours étroitemènt rattaché^ à <la destinée humaiuc, étant immédiatement attribués ù l’intervention continue d’une foule d’agens surnaturels plus’ ou moins spéciaux, dont les voloutés arbitraires n’étaient près • que aucunement assujéties à des lois invariables, il est clair que les idées théologiques devaient ainsi exercer une domination mentale beaucoup plus variée, mieux déterminée,, et tboins contestée, que sous 'aucun régime ultérieur, comme ' nous le reconnaîtrons expressément au chapitre suivant. En comparant aujourd’hui, par la pensée,'dans le .cours journalier de la vie active., l’existence; habituelle d’un polythéiste sincère à celle du plus dévot mohothéiste, une saine appréciation générale fera aussitôt ressortir, contrairement aux préjugés ordinaires , la prépon' dérance plus intime et plus prononcéè de l’esprit ^religieux chez le premier, • dont l’intelligence demeure toujours, as'saillie, presqu’à chaque occasion, sous les formes les plus variées, d’une foule d’explications théologiques très- détaillées ; eu
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sorte que ses actions même les plus communes constituent, pour ainsi dire, autant d’actes spontanés d’une adoration spéciale, sans cesse Yanimée, autant que possible, par un renouvellement continu de forme et même éfe destination. Le monde imaginaire occupe alors certainement, eu égard au monde ^éel , beaucoup plus de place dans le système intellectuel de l’homme, que sous le régime monothéique : ainsi que le confiri^ent clairement , par exemple , tant ’ d’éloquentes plaintes des principaux docteurs chrétiens sur la difllculté radicale de maintenir le fidèle au vrai point de vue religieux ; difficulté qui devait être çertainement beaucoup moindre,* qt .même près* que nulle, sous l’empire, plus familier et moins abstrait, des croyances polythéiques. Comme le contraste général avec, la doctrine de l’invariabilité des lois naturelles constitue nécessairement le meilleur critérium mental de toute philosophie théolo^ue, il suffirait d’ailleurs d’indiquer ici , afin de dissiper à ce sujet toute incertitude, combien l’opposition du polythéisme est, sous ce rapport, plus profonde et- plus intedse que celle du monothéisme j ce que le chapitre suivant fera spontanément ressortir, en y considérant l’immense- décroisienjient déterminé, avec tant d’évidence, dans l*es miracles et les oracles, par
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la prépondérance tinale du monothéisme , même iriusnlm'an. En se bornant, par exemple, an seul , • cas dés visions on apparitions, on voit que, d’après la théologie moderne, elles sont éminemment exceptionnelles,. ei* réservées, de loin en loin, à (|uel^ues individus privilégiés, chez lesquels elles ont presque toujours une importante destination ; tandis que, sous le paganisme, au contraire, tout personnage un peu qnaliüé avait ^u, même peur <le légers sujets, de fréquentes relations personnelles avec diverses divinités, auxquelles l’unissait souvent une parenté plus ou moins directe.
La seule objection vraiment spécieuse qui puisse être faite, à mar connaissance, contre un tel juge; ment comparatif, consisterait à regarder l’influence mentale du polythéisme comme inférieure à celle du monothéisme, d’aprèsde moindre dévouement qu’il semble pouvoir inspirer. Mais cette objec- .tion qui, lors même qu’elle resterait sans réponse, ne saurait certainement altérer l’irrésistible évidence des considérations précédentes ét. de celles non moins décisives que- la suite de notre opération suggérera naturellement au lecteur attentif, repose d’abord sur une confusion radicale entre 1;» puissance intellectuelle des croyances religieuses et leur • puissance sociale, et ensuite sur une’ vicieuse appréciation de 'celle-ci, faute d’a-
voir sudisamment écarts du. point de vue ancien les Ixabitudes. modernes. -En Vertu même de l’incorporation plus intime du polythëismp au système entier d.e l’existence humaine , on doit éprouver plus de difliculté à déterminer avec précision sa participation propre à chaque ac- Cion sociale; tandis que, sous le monothéisme, cette coopération, quoique, au fond, beaucoup moindre , doit cependant sembler mieux tranchée, d’après la division plus n^te 'qui s’établit alors entre la vie active et la vie spéculative, comme je l’^^xpliquerai au chapitre suivant. Il serait d’ailleurs peu rationnel de chercher dans le polythéisme le genre spécial de pro^iytisme, et par suite de fanatisme, qui doit naturellement appartenir surtout au monothéisme, dont l’esprit, nécessairement bien plus exclusif, inspire, envers toute autre croyance; cette profonde répugnance que ne sauraient éprouver au même degré ceux qui, admettant déjà un très -grand nombre de dieux, doivent être peu éloignés d’y en adjoindre' de nouveaux , aussitôt que -la-' conciliation, devient, possible. On ne peut sainement appréèier l’efficacité morale et sociale du polythéisme qu’en la comparant au principal office qui lui était des-^ tiud dans l’ensemble de l’évolution humaine, et qui 'devait essentiellement différer de «celui du
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moootbéi9Dxe : or, de ce point de vue, nous reconnaîtrons bientôt que l’influençe politique de l’nit n’a Certes été ai moins étendue ni moins indispensable que celle de l’autre ; en sorte que cette considération ne saurait aucunement affaiblir l’irrécusable concours de preuves variées qui représente le polythéisme comme le plus grand développement possible de l’esprit reli^eux, dont le monothéisme a réellement commencé la décadence directe et croissante.
Afin de mieux apprécier la vraie participation générale du polythéisme à l’évolution fondamewtale de l’intelligence humaine, il faut l’examiner séparément, d’abord sous le point de vue scientifique, ensuite sous le point de vue poétique ou artistique, et enfin sous le point de vue industriel.
Sous le premier aspect, on doit aujourd’hui être d’abord frappé .surtout des obstacles essentiels qu’une telle philosophie théologique devait, par sa nature, directement opposer à l’essor de tout véritable esprit scientifique, alors obligé de lutter, présqu’à chaque pas/contre des explications religieuses très détaillées de la plupart des phénomènes, tendant spontanément à repousser comme impie toutë idée d’invariabilité des lois physiques. Les graves inconvéniens. du polythéisme. sont, à cet égard, assez évidens et assez connus pour n’e|tlger ici
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aucun examen formel, auquel suppléerait d’ailleurs, dans la leçon suivante, l’appréciation générale de l’influence contraire si lieureuseraent inhérente au monothéisme. Mais, quelle que soit, sous ce rapport, l’admirable supériorité du monothéisme, et quoique la principale éducation scientifique de l’humanité ait dû s’accomplir sous sa tutelle, il faut bien cependant, puisque cette éducation a évidemment commencé sous l’empire du polythéisme, qu’il ne lui ail pas été absolument antipathique, et qu’il ait même primitivement tendu, à divers titres, à la seconder directement, suivant un certain mode nécessaire, que je dois maintenant caractériser sommairement. ’
D’abord, les philosophes ont presque toujours apprécié beaucoup trop faiblement l’importance capitale du pas vraiment décisif franchi par l’intelligence humaine, <]uand elle s’est enfin élevée du fétichisme' aii polythéisme proprement dît. Quelque simple que doive nous paraître aujourd’hui ce premier progrès, ‘il était peut-être plus fondamental qu’aucun autre perfectionnement ultérieur ; car cette grande création des dieux constitue certainement, par sa nature, le premier essor général de' l’activité purement spéculative projire à^notre intelligence, qui jusque-là n’avait fait essentiel lement que suivre sans effqrt, à la
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manière des animaux , une tendance spontanée à animer directement tous le.s corps extérieurs, projiorlionnellement à l’intensité effective de leurs phénomènes (i). Mais, outre que notre vie intellectuelle a ainsi commencé immédiatement à prendre un caractère distinct, par le seul exercice provisoire qui pût alors exister, oette grande révolution théologique a constitué, sous un autre aspect j pour, l’état mental définitif, une premièrè et indispensable préparation , sans laquelle la conception ultérieure des lois naturelles invariables fût demeurée indéfiniment impossible. A la vérité, le polythéisme, quoique représentant désormais la matière comme es.sentiellement inerte, subordonnait tous les phénomènes à une multitude de volontés éminemment arbitraires, incompatibles avec toute grande idée de règles constantes. Néanmoins, par cela même que chaque corps n’était plus directement divinisé, les détails secondaires
(i) SbM ce point de vue, , on doit reeoOnattré la profonde jostesse de l’ancienne maxime vnlgaire qni repreaenuit la crofance aux dienx comme l’apanage exclusif de l’entendement humain: puisque, en ofet. les animanx atipéricnrs parviennent bien à un certain fétichisme, pitis o.u moins analogae au nôtre, quoiqae {dut grossier et moins ctondo ; tandis que les plus intelligens ne paraissant j^ais suKepliblet de s’élever, do mbins spontanément, jusqu’il la moindre eliaucbe do polythéisme proprement dit, qiii exigerait de leur part une Oclivitc d’ima- ^inalton supériente iJeur vraie portée mentale. . ‘
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des plienomènes commençaient à ücvenii' accessibles au premier essor élémentarrtî de l’esprit scientifique, puisqu’on* pouvait les çontempler, à un certain degré, sans rappeler immédiatement la notion théologique correspondante, dès lors relative à un être distinct du corps et résidant presque toujours au loin; tandis que, sous le Fétichisme, cette indispensable séparation était nécessairement impossible, d’après les ex plica lions contenues au chapitre précédent. D’ailleurs, le polythéisme, pleinement développé, introduit spontanément, sous le nom de destin ou de fatalité, une conception générale éminemment propre à fournir ‘un point d’appui primordial au principe fondameu.tal de l’invariabilité des lois naturelles. Quoique les divers phénomènes doivent, sans doute, paraître, dans l’enfance de la raison humaine, infiniment plus irréguliers que notre régime mental - ne nous permet aujourd’hui de le supposer, il est clair cependant que le polythéisme, par la mul- • plicité et l’incohérence de ses indisciptiriables divinités, avait, à cet égard , nécessairerûent dépassé le but, au point de devenii’ directement contraire à ce degré de régularité qu’a dû bientôt manifester l’examen attentifi du monde extérieur. Afin de tout concilier, sans dénaturer une telle philosophic, il a donc fallu ajouter au système un in-
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üispeiisable complément général, en créant un dieu particuKèr pour l’immuabilité, dont tous les autres dieux, malgré leur indépendance propre, devaient, à certains égards, reconnaître la pré-, pondérancel C’est ainsi que la notion du destin constitue le correctif nécessaire du polythéisme, dont elle est, par sa nature, inséparable; sans parler encore de l’office capital qu’elle a du remplir, comme on le verra plus loin, dans la transition finale du polythéisme au monothéisme. Parla, le polythéisme avait donc spécialement ménagé un premier accès au principe ultérieur de l’invariabilité des lois naturelles, en subordonnant à quelques règles con'stantes, quoique profondément obscures, les nombreuses volontés qu’il introduisait habituellement. 11 a même consacré, à certains égards, cette régularité naissante, envers le monde moral, qui lui servait, comme à toute autre théologie, de point de départ universel pour l’explication du monde physique : car, au milieu des cftprices les plus désordonués, il importé de noter que chaque divinité conserve toujours, au fond, son caractère propre, ju^ue dans les plus libres élans de la poésie antique, qui, sans cela, ne pourrait évidemment nous inspirer aucun intérêt soutenu.
Pendant que le polythéisme, après avoir éveillé
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l’aclivité spéculative , permettait ainsi à l’esprit scientifique un faible essor cudimen taire, il tendait éminepiment, d’une autre part, à exciter directement les méditations philosophiques, en élahlissant, entre toutes nos idées quelconques, une première liaison fondamentale, qui, malgré sa nature essentiellement chimérique, n’en était pas moins alors infiniment précieuse. Jamais , depuis cette époque, les conceptions humaines n’ont pu retrouver , à un degré aucunement comparable, ce grand Caractère d’unité de méthode et d’homogénéité de doctrine, qui consliluerétat pleinement normal de notre intelligence, et qu’elle avait alors spontanément acquis sous la domination franche et uniforme du système théologique. C’est seulement à la prépondérance, plus pure encore et plus universelle, de la philosophie positive, qu’il appartiendra, dans un inévitable et prochain avenir, dè réaliser, d’.une manière beaucoup plus parfaite et surtout plus durable , cette propriété fondamentale. Le monothéisme lui-même, quoique résultant d’une systématisation plus avancée, n’a pu satisfaire autant que le polythéisme à une telle - condition, parce que, dans l’état mental, correspondant, une partie des spéculations humaines avait déjà commencé à échapper irrévocablement à la philosophie théologique proprement dite, de