TOME IV
semble aujourd’hui nécessaire, à très juste tilre, qu’afin de lui permettre un choix convenable, qu’elle 11’a pu songer à s’interdire. Si quelques esprits excentriques comprennent le droit d’examiner comme imposant le dev oir de ne se décider jamais, la raison publique ne saurail persévérer dans une telle aberration ; et, de sa part, l’indécision prolongée ne prouve réellement autre chose que l’absence encore persistante des principes propres à terminer la délibération , et jusqu’à l’avénement desquels le débat ne pourrait en effet être clos sans compromettre dangereusement l’avenir social. De même, dans l’ordre temporel, en s’attribuant le droit général, provisoirement indispensable, quoique finalement anarchique, de choisir et de varier à son gré les institutions et les pouvoirs propres à la diriger, la société actuelle n’a nullement prétendu s’assujétir à l’exercice indéfini de ce droit, lors même que, cessant d’être nécessaire, il lui serait devenu nuisible. Ayant ainsi voulu seulement se procurer une faculté esv sentielle, bien loin d’imposer aucune entrave à ses progrès ultérieurs, elle ne saurait hésiter à soumettre ses choix aux règles fondamentales destinées à en garantir l’efficacité, lorsque enfin de telles conditions auront été réellement découvertes et , reconnues. Jusque-là , quelle plus sage mesure
pourrait-elle effectivement adopter, dans l’intérêt même de l’ordre futur, que de tenir librement ouverte la carrière politique, sans aucun vain assujétissement préalable, qui pût gêner l’essor encore ignoré du nouveau système social? A quel titre les vains détracteurs absolus de la politique révolutionnaire condamneraient-ils une telle situation, sans produire aucune conception vraiment propre à en préparer le terme définitif? Du reste, quand ce terme sera venu, qui oserait contester sérieusement à la société le droit général de se démettre régulièrement de ses attributions provisoires, lorsqu’elle aura trouvé enfin les organes spéciaux destinés à les exercer convenablement? Malgré tant d’amères récriminations contre l’altitude toujours hostile de la doctrine révolutionnaire, n’est-il pas, au contraire, évident que, de nos jours, les peuples ont, d’ordinaire, trop avidement accueilli les moindres apparences de principes de réorganisation, auxquelles, par un empressement funeste, ils voulaient sacrifier, sans motifs suffisans, des droits qui ne leur semblent qu’onéreux? Nos contemporains n’ont-ils pas, sous ce rapport, mérité bien plutôt, de la part des vrais philosophes, en beaucoup d’occasions capitales, le reproche d’une confiance généreusement exagérée, trop favorable à de dangereuses illusions,
au lieu de la défiance systématique, si aigrement critiquée par ceux qui peut-être sentent secrètement leur impuissance radicale à soutenir une ^véritable discussion? Ainsi, la doctrine révolutionnaire , loin d’opposer d’insurmontables obstacles à la réorganisation politique des sociétés modernes, constitue, en réalité, d’une manière encore plus évidente et plus directe que ne le fait, de son côté, la doctrine rétrograde, l’indication d’un ordre indispensable de conditions générales, qui ne doivent jamais être négligées dans l’accomplissement d’une telle opération.
Tel est donc le cercle profondément vicieux dans lequel l’esprit humain se trouve aujourd’hui renfermé à l’égard des idées sociales, obligé désormais, pour maintenir, d’une manière même très imparfaite, la position vraiment intégrale du problème politique, d’employer simultanément deux doctrines incompatibles, qui ne sauraient conduire à aucune solution réelle, et dont chacune, provisoirement indispensable, a néanmoins besoin d’être péniblement contenue par l’an tagonismede l’autre. Cette déplorable situation, qui, par sa nature, tendrait à se perpétuer indéfiniment, ne saurait admettre d’autre issue philosophique que l’uniforme prépondérance d’une doctrine nouvelle. ■* - » * . .. .. <r
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destinée, en réunissant enfin, dans une commune » solution, les conditions d’ordre et celles de progrès , à absorber irrévocablement les deux opinions opposées, en satisfaisant mieux que chacune d’elles, et sans la moindre inconséquence, à tous les divers besoins intellectuels des sociétés actuelles. La doctrine critique, et ensuite la doctrine rétrograde , ont successivement exercé une domination très prononcée et presque absolue , pendant le premier qugrt de siècle écoulé depuis le commencement de la révolution française ; mais cette double expérience a suffi pour constater à jamais l’impuissance radicale de l’une et de l’autre à l’égard de la réorganisation sociale, toujours si vainement" entreprise. Aussi, dans la seconde partie de ce demi-siècle, ces deux doctrines ont définitivement perdu leur activité prépondérante ; et , malgré leur antipathie nécessaire, elles ont dû participer,^ peu près également , à la direction journalière des débats politiques, où l’une fournit toutes les idées essentielles de gouvernement, et l’autre les principes d’opposition. A des intervallesde plus en plus rapprochés, la société, en attendant une marche plus rationnelle, accorde tour à tour à chacune d’elles une suprématie partielle et momentanée , selon que le cours naturel des événemens fait redouter davantage l’of^iressive décrépitude du sys-
tème ancien ou l’imminence de l’anarcliie matérielle. Ces fréquentes fluctuations, qui caractérisent notre temps, sont souvent attribuées, chez les individus, à la corruption ou à la faiblesse humaines, qu’elles doivent, en effet, puissamment stimuler : mais cette explication, évidemment trop étroite, ne pouvant s’appliquer à la société prise en masse, qui, cependant, ne’semble guère moins versatile, il faut bien rapporter surtout une telle tendance à la cause plus profonde et plus générale que je viens d’indiquer, et reconnaître que, même dans les cas privés , de semblables changemens doivent être souvent le résultat involontaire d’une nouvelle position , susceptible de rappeler plus spécialement le besoin de l’ordre ou celui du progrès, trop isolément sentis à une époque où si peu d’esprits comprennent réellement l’ensemble de notre état politique.
Organe propre et spontané de ces déplorables oscillations, une troisième opinion, essentiellement stationnaire, a dû graduellement s’interposer entre la doctrine rétrograde et la doctrine révolutionnaire, formée en quelque sortê, sans aucune conception directe, de leurs débris communs. Malgré la nature bâtarde et la constitution contradictoire de cette opinion intermédiaire, il faut bien historiquement la qualifier aussi de doctrine,
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puisqu’elle trouve aujourd liui tant d’emphatiques docteurs, qui s’efforcent de la présenter comme le type final de la philosophie politique. Humble et passive sous l’impétueux essor de l’esprit révolutionnaire, et même pendant la réaction rétrograde qui lui succéda , elle a depuis, par le discrédit croissant des deux doctrines antagonistes, obtenu peu à peu, sans ellort, une prépondérance aussi active que le comporte son caractère équivoque. Depuis un quart de siècle, elle occupe principalement, et de plus en plus, par les différentes sectes qui s’y rattachent, l’ensemble de la scène politique, chez tous les peuples avancés. Les partis les plus opposés ont été graduellement contraints, pour conserver leur activité, d’adopter uniformément ses formules caractéristiques, au point de dissimuler sôuvent, aux observateurs mal préparés, la véritable nature du conflit social, Iqui, néanmoins, continue encore, de toute nécessité, à subsister uniquement, faute d’un mobile vrai* ment nouveau, entre l’esprit révolutionnaire 'et l’esprit rétrograde. Quoique ces deux moteurs ne cessent point d’ctre les seuls principes actifs des divers ébranlemens politiques, cependant le résultat final de leurs impulsions opposées tourne essentiellement, d’ordinaire, à l’uniforme accroissement de la doctrine mixte et stationnaire, dont
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l’ascendant universel, quoique provisoire , est désormais irrécusable.
Cette évidente prépondérance , qui irrite , sans les instruire , les deux écoles- actives, constitue, à mes yeux , le symptôme le plus caractéristique de la commune réprobation dont la raison publique, d’après nos grandes expériences contemporaines, tend de plus en plus à frapper définitivement les principes absolus de la doctrine rétrograde et de la doctrine révolutionnaire , malgré l’inévitable contradiction , ci-dessus expliquée , qui néanmoins l’oblige toujours à les employer spéculativement, en s’efforçant de les neutraliser les uns par les autres. Rien ne peut mieux indiquer qu’un tel symptôme la parfaite opportunité actuelle des essais philosophiques destinés à dégager réellement les sociétés modernes de cette orageuse situation , en produisant enfin directem ent les principes essentiels d’une vraie réorganisation politique. Une semblable élaboration, impraticable sous l’empire, oppressif ou entraînant, de l’une ou de l’autre des deux philosophies antagonistes, n’est devenue possible que depuis qu’une doctrine équivoque, interdisant, par sa nature, toute préoccupation exclusive, a permis de saisir le double caractère fondamental du problème social,. dont toutes les faces n'avaient pu jusque alors être simultanément
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considérées. En même temps , cette doctrine bâtarde sert naturellement de guide à la société actuelle pour main tenir, d’une manière aussi précaire que pénible, mais seule provisoirement possible, l’ordre matériel indispensable à l’accomplissement, de cette grande opération philosophique , et sans lequel la transition générale serait radicalement entravée. Tel est le double office, capital quoique nécessairement passager, que remplit aujourd’hui l’école stationnaire , dans la grande évolution finale des sociétés modernes. Peut-être notre faible nature exige-t-elle en effet, afin de développer pleinement cette indispensable influence , que les chefs de cette école se sentent animés d’une confiance absolue dans le triomphe définitif de leur doctrine, bien que cette illusion soit certainement beaucoup moins nécessaire, et par suite moins excusable, que je ne l’ai expliqué envers la doctrine révolutionnaire, où nous l’avons vue strictement inévitable. Mais, quoi qu’il en soit, ce grand service est, en réalité, profondément altéré par une erreur aussi fondamentale, qui tend à consacrer, comme type immuable de l’état social, la misérable transition que nous accomplissons aujourd’hui.
Il serait, certes, bien superflu d’insister ici sur l’application spéciale, à cette doctrine intermé-
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diaire, de notre universel critérium logique, fondé sur la considération d’inconséquence. Par la nature d’une telle doctrine, il est évident que Fin— oonséquence s’y trouve, de toute nécessité, directement érigée en principe, en sorte qu’elle y doit être spontanément encore plus profonde et plus complète que dans les deux doctrines extrêmes. A leur égard, les inconséquences radicales que nous avons ci-dessus indiquées sont seulement le résultat effectif de leur discordance fondamentale avec l’état présent de la civilisation ; mais, ici, elles résident immédiatement dans la constitution propre de cet étrange système. La politique stationnaire fait hautement profession de maintenir les bases essentielles du régime ancien , pendant qu’elle entrave radicalement , par un ensemble de ^précautions méthodiques, ses plus indispensables conditions d’existence réelle. Pareillement, après une solennelle adhésion aux principes généraux de la philosophie révolutionnaire, qui constituent sa seule force logique contre la doctrine rétrograde, elle se hâte d’en prévenir régulièrement l’essor effectif, en suscitant à leur application journalière des obstacles péniblement institués. En un mot, cette politique, si fièrement dédaigneuse des utopies, se propose directement aujourd’hui la plus chimérique de toutes les utopies, en voulant
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fixer la société dans une situation contradictoire entre la rétrogradation et la régénération, par une vaine pondération mutuelle entre l’instinct de l’ordre et celui du progrès. Ne possédant aucun principe propre, elle est uniquement alimentée par les emprunts antipathiques qu’elle fait simultanément aux deux doctrines antagonistes. Tout A) reconnaissant l’inaptitude fondamentale de chacune d’elles à diriger convenablement la société actuelle, sa conclusion finale consiste à les y appliquer de concert. Sans doute, une telle théorie sert utilemeut à la raison publique d’organe provisoire pour empêcher la dangereuse prépondérance absolue de l’une ou de l’autre philosophie; mais, par une nécessité non moins évidente, elle tend directement à prolonger, autant que possible, leur double existence, première base indispensable de l’action oscillatoire qui la caractérise. Ainsi, cette doctrine mixte, qui , considérée dans sa propre destination transitoire, concourt, par une influence nécessaire, ci-dessus expliquée, à préparer les voies définitives de la réorganisation sociale, constitue, au contraire, quand on l’envisage comme finale, un obstacle direct à cette réorganisation , soit en faisant méconnaître sa véritable nature, soit en teudant à perpétuer sans cesse les deux philosophies opposées qui l’entra-
vent également aujourd’hui. Pourrions-nous espérer aucune vraie solution du double problème social, par une doctrine alternativement conduite , dans son application journalière, à consacrer systématiquement le désordre au nom du progrès, et la rétrogradation, ou une équivalente immobilité,?au nom de l’ordre?
Dans la partie historique de ce volume, j’expliquerai naturellement l’analyse fondamentale de l’ensemble tout spécial de conditions sociales, qui, pour l’Angleterre, d’après la marche caractéristique de son développement politique , a du procurer à la monarchie parlementaire, tant proclamée par la doctrine mixte, une consistance éminemment exceptionnelle, dont le terme inévitable est néanmoins, là même , désormais imminent, ainsi que l’indique de plus en plus l’expérience contemporaine. Cet examen, qui serait ici très déplacé , mettra , j’espère , en pleine évidence l’erreur capitale des philosophes et des hommes d’état, qui, d’après l’appréciation vague ou superficielle d’un cas unique et passager, ont si vainement proposé et poursuivi, comme solution finale de la grande crise révolutionnaire des sociétés modernes , l’uniforme transplantation, sur le continent européen, d’un régime essentiellement local, alors irrévocablement privé de ses
appuis les plus indispensables, et surtout du protestantisme organisé, qui, en Angleterre, constitua sa principale base spirituelle. L’état d’enfance où languit encore la science fondamentale du développement social, permet seul de comprendre comment une semblable abemition a pu aujourd’hui entraîner un grand nombre de bons esprits. Mais ce déplorable ascendant devra nous faire attacher, en lieu convenable, une extrême importance à la discussion ultérieure de cet unique aspect spécieux de la doctrine stationnaire, qu’une exacte analyse historique caractérisera spontanément, en constatant la profonde inanité nécessaire de cette métaphysique constitutionnelle sur la pondération et l’équilibre des divers pouvoirs, d’après une judicieuse appréciation de ce même état politique qui sert de base ordinaire à de telles fictions sociales.
Au reste, tant d’immenses efforts entrepris, depuis un quart de siècle, afin de nationaliser eu France, et chez les autres peuples restés nominalement catholiques , cette sorte de compromis transitoire entre l’esprit rétrograde et l’esprit ré-' volutionnaire , sans que néanmoins ce vain régime .ait pu encore acquérir, ailleurs que dans sa terre natale, aucune profonde consistance politique, suffiraient ici, sans doute, à défaut d’une démons-
Digitizec
tration directe, pour vérifier clairement, par une voie décisive, quoique empirique, l’impuissanceradicale d’une semblable doctrine à l’égard de la grande question sociale. Cette prétendue solution n’aboutit évidemment, en réalité, qu’à faire passer la maladie de l’état aigu à l’état chronique , en tendant à la rendre incurable , par la consécration absolue et indéfinie de l’antagonisme transitoire qui eu constitue le principal symptôme. D’après sa destination propre, une telle politique est nécessairement condamnée à n’avoir jamais aucun caractère vraiment tranché, alin de pouvoir devenir indifféremment rétrograde ou révolutionnaire , sans jamais être avec vigueur ni l’une ni l’autre, suivant les impulsions alternatives qui résultent spontanément du cours général des événemens, dont elle subit passivement l’irrésistible influence.
Son principal mérite est d’avoir reconnu la double position fondamentale du problème social; elle a senti, en principe, combien il importe de concilier aujourd’hui les conditions de l’ordre et celles du progrès. Mais n’ayant réellement apporté, dans l’examen de la question, aucune idée nouvelle, destinée à la satisfaction simultanée de ces deux grands besoins sociaux , sa solution pratique dégénère inévitablement en -un égal sacrifice de l’un à l’autre. Quant à l’ordre, eu
effet, elle est d’abord contrainte , par sa nature, à renoncer essentiellement à rétablir aucun véritable ordre intellectuel et moral, à l’égard duquel elle ne dissimule guère son inévitable incompétence. Or, ainsi bornée à la simple conservation d’un ordre purement matériel, la position générale de cette politique doit bientôt se trouver radicalement fausse , obligée de lutter journellement contre les conséquences naturelles d’un désordre dont elle a directement sanctionné le principe essentiel; ce qui la réduit, d’ordinaire, à ne pouvoir agir qu’à l’instant même où le danger est devenu imminent, et, par suite, souvent insurmontable. D’une autre part, cette importante fonction y demeure spontanément attribuée à la royauté, seul pouvoir encore vraiment actif de l’ancien système politique, surtout eu France, et autour duquel tendent essentiellement à se rallier aujourd’hui tous ses autres débris, spirituels et temporels. Or, la pondération systématique, instituée par la métaphysique stationnaire, tout en proclamant le pouvoir royal comme principale base du gouvernement, l’entoure méthodiquement d’entraves toujours croissantes, qui, restreignant de plus en plus son activité propre, lini— raient même par le dépouiller graduellement de l’énergique autorité qu’exige aujourd’hui l’accom-
plissement réel d’une telle destination, si le cours naturel de l’évolution sociale ne devait point prévenir l’entier développement de cette constitution contradictoire (i) qui veut le régime ancien, moins ses plusévidentes nécessités politiques, et qui a déjà conduit , en plus d’une grave occasion, jusqu’à dénier dogmatiquement aux rois le choix vraiment libre de leurs premiers agens. Les conditions du progrès ne sont pas, au fond, entendues, par cette politique parlementaire, d’une manière plus satisfaisante que celles de l’ordre véritable. Car, n’appliquant à la solution aucun principe propre et nouveau, les entraves que, dans l’intérêt de l’ordre, elle est forcée de mettre à l’esprit révolutionnaire , sont toutes nécessairement empruntées à l’ancien système politique, et, par suite, tendent inévitablement à prendre un caractère plus ou moins rétrograde et oppressif, selon l’explication fondamentale, ci-dessus établie, de la doctrine critique. On le vérifie aisément, par exemple, à l’égard des restrictions
(i) Celte situation transitoire a cte', de nos jours, très heureusement formulée par la célèbre maximede M. Tliiers : Le roi règne, et ne gouverne pas. L’immïnse crédit, si rapidement obtenu par cette subtile formule métaphysique, témoigne à la fois, et de l’irréfocablc décadence de l’esprit monarchique, et de la nature éminemment passagère d’un régime fondé snr une telle inconséquence politique, qui n’est cependant qu’une exacte expression sommaire de ce qu’on nomme aujourd’hui l’esprit constitutionnel. x t
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habituelles de la liberté d’écrire , du droit d’élection , etc., restrictions toujours puisées dans d’irrationnelles conditions matérielles, qui , éminemment arbitraires , parleur nature, oppriment et surtout irritent à un degré plus ou moins prononcé, sans que le but qu’on s’y propose soit jamais suffisamment atteint; la multitude des exclus étant ainsi nécessairement beaucoup plus choquée que ne peut être satisfait le petit nombre de ceux auxquels s’appliquent des privilèges aussi vicieusement motivés.
Tout examen plus spécial de la doctrine mixte ou stationnaire, qui n’est, à vrai dire, qu’une dernière phase générale de la politique métaphysique, serait ici prématuré , et d’ailleurs essentiellement inutile. Au point de vue où.l’espritdu lecteur doit être maintenant établi , il est évident que la réorganisation finale des sociétés modernes ne saurait être aucunement dirigée par une théorie aussi précaire et subalterne , qui ne peut, au fond , que régulariser la lutte politique fondamentale, en tendant à l’éterniser, et qui, dans son utilité momentanée, ne sé prqpose, en réalité, que cet office purement négatif* toujours très imparfaitement rempli d’ailleurs , empêcher les rois de rétrograder .et les peuples de bouleverser. Quelque importance que puisse avoir cet incôn- TOME îv. • . . * &
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1 l/f PHILOSOPHIE POSITIVE.
testable service, une telle régénération ne s’accomplira point sans doute avec de simples empêchemens.
Cette analyse fondamentale des trois systèmes d’idées qui président aujourd’hui à toutes les discussions politiques, a désormais suffisamment constaté, à des titres divers, mais également irrécusables, leur commune impuissance radicale pour diriger la réorganisation sociale, impuissance ' de jour en jour plus sentie par les meilleurs esprits, malgré l’évidente nécessité, ci-dessus expliquée, qui, d’ailleurs, exige provisoirement « * l’emploi simultané de ces trois doctrines, jusqu’à leur uniforme absorption définitive par une phi-
• ^ losophië nouvelle, susceptible de satisfaire à la
* fois, d’après un même principe, aux différentes
* conditions générales du problème actuel. Afin de
• A compléter ici une telle appréciation préliminaire,
• de manière à mieux manifester l’urgente opportunité d’une semblable philosophie, il nous reste maintenant à caractériser sommairement les principaux dangers sociaux qui résultent inévitablement de la déplorable prolongation d’un pareil
: ' ’état intellectuel, et qui tendent, par leur nature, à s’aggraver de jour eu jour. 11 eût. été aussi in-' juste que prématuré de les considérer plus tôt, avant qu’on y pût saisir spontanément la partici-
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pation directe et constante de la métaphysique * # révolutionnaire, de la métaphysique rétrograde, et de la métaphysique stationnaire. Quoique les deux dernières écoles s’accordent souvent, à cet égard, pour renvoyer surtout à la première, ** comme cause immédiate de la crise, le blâme principal, il est néanmoins évident que le déve- ■
loppement continu des pernicieuses conséquences de l’anarchie intellectuelle, et par suite morale, doit leur être également imputé, puisque, aussi .* radicalement impuissantes à découvrir le remède;» elles concourent d’ailleurs, non moins directe-' ment que leur antagoniste, à l’indéfinie proion- ,
galion du mal, dont elles entravent le' vrai '** traitement. La profonde discordance qui existe aujourd’hui entre la marche générale des gouvernemens et le mouvement fondamental des sociétés, tient, sans doute, tout autant à l’esprit vicieuse- *f '• ment hostile de la politique dirigeante qu’à la • tendance finalement anarchique des opinions po- , pulaires. Sous les divers aspects que nous allons .4^ examiner, la perturbation sociale ne procède pas moins, en réalité, dés rois que des peuples,* avec • j cette différence aggravante contre les premiers'V^ * ^ que la solution régulière semblerait devoir émar ' . , *
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décharger rationnellement la politique révolulion- • naire de la responsabilité trop exclusive
s’efforce de rejeter sur elle, et que, d’ordi
• "elle-même accepte avec trop de facilité.
. * . doute, cette anarchie résulte imraédial é développement continu du droit ansou
> * .. examen , dogmatiquement conféré à tous
dividus par le principe fondamental de la doctrine * critique., Mais, comme je l’ai précédemment in-
>* diqué', le droit d’examiner n’impliquant point , • par lui-même, l’absence nécessaire de toute déci-
, . sion fixe et commune, si néanmoins l’application ' ♦vne cev dogme produit aujourd’hui de tels effets, ■■■■- ’l® cela .tient essentiellement à ce qu’il n’existe point « * «encore de principes susceptibles de réaliser enfin ■Via convergence fondamentale des intelligences ; et, t » jusqu’à leur avènement, ce désordre doit iuévita- ^ , blement persister. Ôr , quoique la doctrine révo- ,
£ t /blcment, persister. Or ,s quoique
. dÿfipnnaire, par une extension démesurée, tende
1 „ directement , ainsi que je n’ai point hésite a le
* montrer sans détour, à perpétuer, d’une manière
presque indéfinie, cette absence de prirtéipes de
ralliement, une telle lacune me semble cependant devoir être encore plus justement reprochée à la politique stationnaire, qui prétend qu’il n’y a* Tjj* point lieu à s’occuper d’une semblable recherché, ^ ’ (ju’elle interdit effectivement, et surtout à la doc- .
trine rétrograde qui, par une proposition vraiment dérisoire , ose préconiser aujourd’hui , comme seule solution possible de l’anarchie intellectuelle, la chimérique réinstallation sociale ’ de ces mêmes vains principes dont l’iuevitahle décrépitude a primitivement amené celte anarchie. , •'
Ces deux dernières doctrines tenteraient donc ,* • inutilement désormais, aux yeux impurtiauxd’uiie , * saine philosophie , d’éluder la responsabilité^^ chaque jour plus imminente et plus grave, que doit aussi faire peser sur elles la pernicieuse prolongation d’un désordre qu’il serait fort injuste d’attribuer exclusivement à la doctrine qui paraît en constituer la cause immédiate et conslatile.
Quoi qu’il en soit, il s’agit maintenant d’envisager surtout en elles-mêmes les suites effectives d’une situation générale, fi laquelle concourent * :-~vitahlement , chacun à sa manière, les*" trois y *
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d’idées entre lesquels le moudq politique ►
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est aujourd’hui si déplorablement partagé. Sans ■ " ? le motif d’équité que je viens de signaler, il importerait peu d’examiner ici à quel point ce désordre évident des esprits doit être imputé à une instigation directe, ou à une répression radicalement vicieuse.
En vertu de leur complication supérieure, et . par suite aussi de leur plus intime contact avec l’ensemble des passions humaines, les questions sociales devraient, par leur uature, encore plus scrupuleusement que toutes les autres , rester concentrées chez un petit nombre d’intelligences d’élite, que la plus forte éducation préliminaire,
• convenablement suivie d’études directes, aurait
• » graduellement préparées à en poursuivre avec
* succès la difficile élaboration. Tel est, du moins ,
• S cet égard , avec une pleine évidence, le véritable
état normal de. l’esprit humain , pour lequel toute aptre situation constitue réellement, pendant les époques révolutionnaires , une sorte de cas pathologique plus ou moins caractérisé, d’ailleurs provisoirement inévitable et même indispensable,
' . comme je l’ai expliqué. Quels doivent donc être les profonds ravages de cette maladie sociale, en un temps où tgus les individus , quelque inférieure que puisse être leur intelligence, et malgré l’absepce so’tiveut totale de préparation convenable,
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