‹ Cours de philosophie positive (volume 3)Chapitre 23 sur 37 · QUARANTE NEUVIEME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE NEUVIEME LEÇON

Relations nécessaires de la physique sociale avec les autres .

branches fondamentales de la philosophie positive. • j[|

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Avec quelque scrupuleuse exactitude que l’on s’efforçât de se diriger constamment, dans fa nouvelle philosophie politique, d’après l’esprit général, à la fois scientifique et logique, que je viens de caractériser, les conditions essentielles de la positivité n’y sauraient être, en réalité, suffisamment remplies, tant que la science sociale y serait conçue et cultivée comme entièrement isolée, sans avoir convenablement égard aux indispensables relations indiquées par son véritable rang encyclopédique. La subordination ration nelle de la physique sociale envers l’ensemble des autres sciences fondamentales, suivant la liiérar- * chie scientifique que j’ai établie , constitue , à mes yeux, un principe d’une telle importance qu’il comprend , en quelque sorte , d’une manière implicite et indirecte mais necessaire, toutes les diverses prescriptions philosophiques relatives au

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mode propre d’institution générale de cette science nouvelle, tandis qu’il ne pourrait, kau

contraire, être suppléé par àucupe dalles. On peut maintenant assurer, sans aucune exagération, que c’est surtout le défaut d’accomplissement réel de cette grande condition préalable, dont rien ne saurait dispenser, qui a, de nos jours, essentiellement paralysé tous les efforts tentés, même par les meilleurs esprits, pour traiter l(g questions sociales d*une manière vraimenübositiye, transformation dont la néces-i site et meme la ppssibililé.ne sont plus, au fontt, susceptibles désormais d’aocune contestation directe, quoique personne n’ait jusqu’ici convenablement saisi l’ensemble des obligations intellectuelles qu’inipose une telle rénovation. Soit qu’4$f envisage le système des diverses données indis-

que fiuissent par suivre involontairement à cet égard les intelligences qui semblaient d’abord les mieux disposées (i). Il importe donc beaucoup d’examiner ici directement l’ensemble de ces relations nécessaires, quoique leur explication soit implicitement comprise dans les considérations analogues déjà présentées à l’égard des autres sciences fondamentales, surtout au volume précédent envers la science biologique, ce qui nous permettra d’abréger maintenant, à un haut degré, cette indispensable opération , sans nuire aucunement à son efficacité essentielle.

(i) Pour mieux caractériser ici cette importante observation , je crois devoir en indiquer, avec franchise, an exemple remarquable cl récent, qui me semble doublement décisif, soit parce qu’il se rapporte à un f- esprit présentant d’incontestables symptômes d'une véritable force scientifique, malgré la déplorable éducation métaphysique qui le domine essentiellement, soit aussi parce que l’aberration dont il s’agit résnlte d’un emploi abusif de la méthode historique proprement dite, la plus convenable néanmoins aux saines explorations sociologiques. Dans l’importante discussion qui eut lieu, en France, en t83l , sur l’hérédité de la pairie, l’un des plus éminens défenseurs de cette hérédité (M. Guizot) , afin de produire son opinion sous un aspect vraiment scientifique, s’efforça de la motiver principalement par celte prétendue indication historique, que , d’après l’ensemble du passé, la marche progressive de la civilisation hnmaine tend nécessairement il augmenter sans cesse l’influence sociale et politique de l’hérédité. Un tel argument, delà part d’un tel esprit^ne saurait, sans doute, être regardé comme un simple artifice de circonstance ; il suppose une sincère et profonde conviction personnelle, au moins momentanée : et cependant ton pourrait h peine imaginer nnc observation plus radicalement et plus directement contraire è l’universelle réalité des plicno

CeUe mtime subordination philosophique n’a jamais pu être plus irrécusable et plus prononcée que dans le cas actuel, où elle est néanmoins si profondément méconnue jusqu’ici. Elle y résulte immédiatement, en effet, du rang incontestable que notre hiérarchie fondamentale assigne nécessairement aux phénomènes sociaux après toutes les autres catégories principales de phénomènes naturels, en vertu delà complication supérieure, de la spécialité plus complète, et de la personnalité plus directe, qui les distinguent si hautement même des phénomènes les plus élevés de la vie individuelle. Pour concevoir, en général, comment

mines sociaux. En se rappelant que partout les diverses professions liaient, dans l’origine, essentiellement héréditaires, que d’abord on héritait mime de l’esclavage et de la liberté, et que, jusqu’à des temps très rapproches, la naissance constitua tonjours la principale condition d’nn pouvoir quelconque, quand on considère, en un mot, les divers te'moignages, anssi décisifs qnenombrenx,qni montrent , au contraire, l'influence sociale de l’hérédité comme constamment décroissante à mesure qne l’évolntion humaine s’accomplit, il devient presque impossible de comprendre une hallucination aussi complète, chez on esprit aussi distingué, qni, appliquant à son sujet le meilleur mode d’exploration' directe, a pourtant vu, dans des phénomènes aussi caractérises, l’inverse de la réalité la moins équivoque. Cette aberration décisive nie parait singulièrement propre à faire sentir combien l’excessive complication des observations sociales exige, de toute nécessité, qne l’esprit s'y prépare rationnellement à voir, non-seulement d’après une ‘ indispensable conception préliminaire de l’ensemble du développement humain, mais, avant tout, par une étude préalable et graduelle des divers* systèmes d’observations scientifiques déjà soumis à une exploration pleinement positive envers des phénomènes plus simples.

ccs caractères irrécusables déterminent ainsi 1 é-

troite dépendance rationnelle de la science socio-

logique envers les différentes branches anterieures . , •

de la philosophie naturelle, il suffit de considérer . ^ »

d’abord que l’étude positive du développement

social suppose, de toute nécessité, la co-relation

continue de ces deux notions indispensables ...

l’humanité qui accomplit le phénomène, et 1 en- lf ..

semble constant des influences extérieures quel- ^ , • conques, ou le milieu scientifique proprement dit, . ^ ^ qui domine cette évolution partielle et secondaire de l’une des races animales. Sans 1 usage perma- • nent d’un tel dualisme philosophique, aucune spéculation sociale ne saurait, évidemment, ja- , , v mais comporter une vraie positivité. Or, le pre- ... mier terme de ce dualisme fondamental subordonne directement la sociologie à l’ensemble d# la philosophie organique, qui fait seul connaître • les véritables lois de la nature humaine; et le se- « cond la lie aussi, d’une manière non moins inévi- » ’ table, au système entier de la philosophie inorga- ^

nique, duquel seul peut dériver une juste appré- , dation des conditions extérieures d existence de l’humanité. En un mot, l’une de ces deux grandes, sections de la philosophie naturelle détermine, # en sociologie, l’agent du phénomène, et 1 autre . le milieu où il ‘se développe. Comment 1 éludé „ .

47e PHILOSOPHIE POSITIVE.

 ^ une te^e évolution pourrait-elle devenir aucunement positive, tant qu’elle sera toujours pour- . suivie en y faisant abstraction totale de cette , double co-relation? Tel est, sous le point de vue purement scientifique, le principe propre et direct de la subordination nécessaire de la science sociale envers l’ensemble de la philosophie naturelle. On voit que, sous ce rapport, nous sommes spontanément conduits à envelopper ici, dans une commune appréciation sommaire, les trois

parties essentielles de la philosophie organique proprement dite, la chimie, la physique, et l’astronomie', toutes également relatives à l’étude du milieu social. Cette concentration naturelle du sujet, qui permettra d’abréger beaucoup la leçon actuelle, ne saurait d’ailleurs y altérer essentiellement la netteté .des considérations principales, pourvu que, en temps opportun, le mode de par-

• ^cipation philosophique propre à chacune de ces trois sciences soit suffisamment signalé. Quant à la méthode proprement dite, l’indispensable obligation de subordonner convenablement les études sociales au système graduel des autres études fondamentales, resuite, dune manière encore plus directe et plus évidente, de la complication su-

* périeure qui caractérise de tels phénomènes, ddhl 1 examen scientifique ne saurait être ntile-

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ment tenté qu’après la préparation rationnelle résultant de l’examen préalable des autres catégories successives de phénomènes moins compli-" qucs. Telle est la double appréciation philosophique à laquelle nous devons ici spécialement procéder, dans les limites qui viennent d’être indiquées, en parcourant en sens inverse notre série encyclopédique, afin de considérer d’abord les relations les plus intimes et les plus directes, comme à l’égard de tous les cas analogues traités, dans les volumes précédeus. Nous devrons ensuite, pour compléter cette indispensable opération, caractériser enfin la réaction nécessaire, soit scientifique, soit logique, que la sociologie, une fois constituée, devra, par sa nature, exercer ultérieurement, à son tour, sur l’ensemble des sciences antérieures, réaction encore moins soupçonnée aujourd’hui que l’action principale elle-même.

Relativement à la biologie, la profonde subordination philosophique de la science sociale est tellement incontestable que personne n’oserait plus désormais en méconnaître directement le principe évident, parmi ceux qui , dans l’application réelle, n’y ont essentiellement aucun égard. Cette contradiction presque universelle entre la maxime et l’usage ne tient pas seulement aujour-

radicàlement vicieuse des

études sociales : elle résulte aussi du caractère philosophique beaucoup trop imparfait que présente encore la science biologique elle-même chez la plupart des esprits actuels, sauf un petit nombre d’éminentes exceptions , comme je l’ai spccialemen t établi dans la quarantième leçon. 11 faut, sous ce dernier point de vue , attribuer surtout cette insuffisante prépondérance actuelle de la philosophie * biologique dans l’ensemble des théories sociales, à l’imperfection plus prononcée qui distingue la partie transcendante de la biologie , relative à l’étude générale des phénomènes intellectuels et moraux. C’est, en effet, par une telle partie que doit naturellement s’établir la principale subordination directe de la sociologie envers la biologie , dont les autres branches ne sauraient cependant y être immédiatement négligées. Or, la physiologie

* cérébrale étant d’institution toute récente , et son état scientifique naissant, encore trop vaguement

* ébauché, ayant été à peine reconnu des esprits même les plus avancés ( voyez la quarante-cinquième leçon), on ne saurait s’étonner que les relations fondamentales entre la sociologie et la biologie n’aient pu être jusqu’ici convenablement

* organisées. Quand on s’eu occupera directement, il y faudra distinguer sous deux aspects principaux, également indispensables,- l’un primitif,

l’autre continu, la dépendance iné\ itable des saines éludes sociales envers l’étude préalable delà nature humaine. Sous le premier rapport, la biologie doit d’abord fournir le point de départ nécessaire de l’ensemble des spéculations sociales, d’après l’analyse fondamentale de la sociabilité humaine, et des diverses conditions organiques qui délerminentson caractère propre. Mais, en outre, les termes les plus élémentaires de la série sociale ne pouvant comporter presque aucune exploration directe, ils doivent être essentiellement construits en appliquant la théorie positive de la nature humaine à l’ensemble de circonstances correspondant, en concevant les faibles renseigneniens isolés que peut immédiatement admettre cette première ébauche de la société comme bien plutôt destinés à faciliter et à perfectionner cette détermination rationnelle qu’à suggérer eux-mêmes le vrai caractère d’une telle enfance de l’humanité. Quand le développement social est devenu trop prononcé pour qu’une pareille déduction continue à rester possible, comme je l’expliquerai ci-dessous, alors commence, sous le second point de vue, une invariable participation sociologique, toutefois moins directe et moins spéciale, de la théorie biologique de l’homme, à laquelle l’évolution de l’humanité doit, évidemment, ^ montrer toujours conforme.

480 PHJI.0S0PHIE POSITIVE.

Il eri résulte, dans le système entier des études sociologiques, soit statiques, soit dynamiques, de précieuses vérifications continues, et quelquefois même d’heureuses indications générales , ainsi, que je l’ai déjà indiqué à la fin de la leçon précédente. Ces vérifications et ces indications sont immédiatement fondées, avec une irrésistible rationnalité , sur l’invariabilité nécessaire de l’organisme humain, dont les diverses dispositions caractéristiques soit physiques, soit morales, soit intellectuelles, doivent se retrouver essentiellement les mêmes à tous les degrés de l’échelle sociale , et toujours identiquement coordonnées entre elles, le développement plus ou moins étendu que l’état social leur procure ne pouvant jamais altérer aucunement leur nature, ni, par conséquent, créer ou détruire des facultés quelconques, ou seulement même intervertir leur mutuelle pondération primitive. A toute époque de l’évolution humaine, un aperçu sociologique direct ne saurait donc être scientifiquement admis, quelque puissantes que semblent d’ailleurs les inductions historiques sur lesquelles il repose , s’il est contradictoire aux lois connues de la nature humaine: si, par exemple, il suppose, chez la plupart des individus , un caractère très prononcé de bonté ou de méchanceté j s’il représente leSj

affections sympathiques comme habituellement supérieures aux affections personnelles j s’il indique une prépondérance effective et commune des facultés intellectuelles sur les facultés affectives , etc. Dans tous les cas semblables, qui sont, à vrai dire , bien plus multipliés déjà que ne doit d’abord le faire présumer l’extrême imperfection actuelle de la théorie biologique de l’homme, les propositions sociologiques quelconques devront être aussi bien soumises, d’après ce seul contrôle, à une indispensable rectification ultérieure , que si elles supposaient à la vie humaine une durée exorbitante, ou si elles contredisaient, à tout autre égard matériel, les lois physiques de l’humanité: puisque les conditions intellectuelles et morales de l’existence humaine, quoique plus difficiles à apprécier, et par suite beaucoup moins connues jusqu’ici que ses conditions matérielles, ne sont certainement, au fond, ni moins réelles, ni moins impérieuses, lorsque enfin on parvient à les dévoiler nettement. C’est ainsi, par exemple, que, d’un tel point de vue biologique, toutes les doctrines politiques actuelles devraient être proclamées radicalement vicieuses, par cet unique motif scientifique que , dans leur irrationnelle appréciation des phénomènes politiques, soit actuels , soit antérieurs, elles conduisent toujours

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