‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 29 sur 40 · QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON

Considérations philosophiques sur l’étude générale de la vie animale proprement dite.

Quoique, par une invincible nécessité générale, la vie organique -constitue évidemment le fondement indispensable et continu de la vie animale, il est néanmoins très digne de remarque que l’étude de ce dernier genre de fonctions soit réellement à la fois mieux conçue et plus avancée que celle qui, suivant l’ordre rationnel, devait certainement lui servir de préliminaire inévitable. Non- seulement les notions élémentaires de propriétés physiologiques sont ici, comme nous l’a fait voir la leçon précédente, beaucoup- plus nettes et mieux circonscrites : mais, en outre , la méthode comparative, principal caractère logique dé toute spéculation vraiment scientifique sur les corps vivans, y est appliquée d’une manière bien moins incomplète en même temps que plus judicieuse; ou, pour mieux dire, c’est seulement dans l’exploration de ces phénomènes qu’elle a été jusqu’ici régulièrement introduite. Aussi, ce que la physiologie organique présente aujourd’hui de,

PHlLOSOPHiE POSITIVE. •*■•”

moins imparfait se réduit essentiellement à l’étude des phénomènes supplémentaires qui, en réalité, sont empruntés à la vie animale, comme le mécanisme de la circulation proprement dite, celui de la respiration, etc., en sorte que les conditions accessoires y ont été beaucoup mieux examinées que les principales.

Cette sorte d’anomalie philosophique est cependant très facile à expliquer, en ‘considérant que les cas les plus tranchés devaient nécessairement comporter plus aisément une exploration vraiment positive. L’étude des phénomènes purement animaux devait tendre, par sa nature, à constituer, avec une spontanéité plus prononcée, une science nettement distincte, en s’affranchissant plutôt des aberrations physico- chimiques, qui ont tant entravé le progrès réel de la saine physiologie, et qui toutefois ne pouvaient jamais entièrement voiler des différences fondamentales aussi saillantes que celles de l’animalité à la simple existence inorganique.. En même temps que la comparaison biologique devenait ici plus facile par la similitude beaucoup plus évidente des divers organismes, elle était aussi plus habituellement applicable par la multiplicité beaucoup moindre des cas essentiellement comparables. Nous avons précédemment reconnu que, dans l’étude de la,

vie organique, la méthode comparative devait nécessairement, sous peine de stérilité radicale, être étendue jusqu’à son extrême limite, caractérisée par l’organisme végétal, le seul où les fonctions fondamentales fussent nettement dégagées de toute influence accessoire. Or , on conçoit aisément que l’esprit humain n’ait pu s’élever que très lentement et avec beaucoup d’efforts à cet état permanent d’abstraction et de généralité physiologiques, où, en parlant de l’homme, seul et inévitable type primordial de la hiérarchie biologique, il embrasse graduellement, sous un commun aspect , l’ensemble des divers modes de vitalité, y compris même l’économie végétale, sans tomber néanmoins, par une synthèse exagérée, dans ces vagues et abusives considérations qui , rapprochant indistinctement tous les etres naturels, détruisent directement toute base réelle de comparaisons positives. Un point de vue aussi diflicile et aussi nouveau n’a pu être convenablement établi que de nos jours , et uniquement jusqu’ici , chez les esprits même les plus avancés , à l’égard des plus simples aspects généraux de la biologie , c’est-à-dire dans la seule étude statique de l’organisme, ainsi que je l’ai expliqué. O11 ne saurait donc être étonné que la comparaison physiologique se soit d’abord développée surtout

Page 1