‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 31 sur 40 · UA · texte numérisé non relu

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Quelque imparfaite que soit évidemment jus-; qu ici, d’apres la leçon précédente, la théorie générale des phénomènes organiques fondamentaux j on doit néanmoins reconnaître qu’elle est aujour» d hui conçue dans un esprit beaucoup plus scientiflque (ou, si l’on veut, moins arriéré) que eelul qui préside habituellement aux principales explications de la physiologie animale. Car, les phénol mènes végétatifs, considères d’une manière rigou-^ reusement isolée et' strictement universelle, ne constituent, en realite 4 par leur nature , qu’un ordre spécial et déterminé d’actes continus de composition et de décomposition : ils sont dont radicalement assimilables, sous leurs aspects les plus

essentiels, aux simples phénomènes inorganiques. Bien loin qu’il soit irrationnel de les en rapprocher, comme on s’ellorce de le faire aujourd’hui, c’est au contraire une telle subordination qui caractérise surtout leur explication réelle, conformément à l’esprit fondamental de toute philosophie positive, qui prescrit de lier, autant que possible, les phéuomènes les plus particuliers aux plus généraux, ainsi que j’ai eu tant d’occasions de l’établir dans cet ouvrage. Sous ce rapport, l’école physico-chimique de Boerrhaave n’a réellement péché que par exagération , faute de données suffisantes et de réflexions assez approfondies.C’est par là que doit s’introduire spontanément, ainsi que je l’ai expliqué dans les leçons précédentes et surtout dans la dernière, le lien fondamental entre la philosophie inorganique et la philosophie biologique, qui peut faire désormais concevoir l’ensemble de la philosophie naturelle comme formant, en réalité, un système homogène et continu, abstraction faite des vains rapprochemens métaphysiques enfantés chaque jour par des imaginations anti-scientifiques.

Mais, par une suite necessaire des mêmes principes philosophiques, un tout autre esprit doit essentiellement dominer les théories vraiment rationnelles relatives à la vie animale proprement

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dite, c est-a-dire aux phénomènes élémentaires d’irritabilité et de sensibilité. Ici , en effet , il n’y a plus aucune base possible d’analogie pour permettre d’instituer quelques comparaisons réelles avec les phénomènes inorganiques , qui ne peuvent jamais nous présenter rien de semblable. On ne saurait méconnaître un tel axiome à l’égard de la sensibilité. Tout au plus pourrait-on, quant à l’irritabilité, en ne considérant que le simple fait de la contraction envisagée en elle-même, espérer de découvrir quelques phénomènes vraiment analogues dans le monde inorganique, en examinant sous cet aspect avec plus d’attention certains mouvemens suscités par la chaleur et surtout par l’électricité. Mais , quelque intérêt réel que puissent jamais offrir de semblables ràpprochemens , ils deviendraient certainement illusoires, et par cela même, directement nuisibles à la science, si l’on prétendait en induire aucune explication quelconque de l’irritabilité. Car, ce n’est point l’effet contractile , isolément considéré, qui caractérise, en réalité, la fibre irritable; c’est essentiellement la production d’un tel effet à la suite d’une indispensable innervation, surtout quand cette stimulation devient volontaire. En n’écartant ainsi, de la notion fondamentale du phénomène, aucun de ses élémens nécessaires, on reconnaît aisément que

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l’irritabilité est aussi radicalement étrangère au monde inorganique que la sensibilité elle -même, dontelle est d’ailleurs rigoureusement inséparable.

Cette double propriété vitale doit donc êtreconc.ue comme strictement primordiale chez les êtres, ou plutôt dans les tissus, qui en sont susceptibles, et, par suite, comme absolument inexplicable, au même degré, et par les mêmes motifs philosophiques, que la pesanteur, la chaleur, etc. , ou toute autre propriété physique fondamentale , c’est-àdire, en vertu d’une impossibilité aussi prononcée de la rattacher rationnellement à aucune autre catégorie quelconque de phénomènes élémentaires. Elle ne présente, sous ce rapport, de différence logique vraiment essentielle que sa spécialité nécessaire , comparée à la généralité plus ou moins évidente de ces propriétés physiques, ce qui ne saurait influer sur la possibilité d’explication, puisqu’une telle spécialité se trouve toujours en harmonie exacte avec celle non moins, tranchée de la structure correspondante.. C’est à ce titre fondamental que l’on doit justement regarder l’école physico-chimique comme ayant directement tendu à engager la science physiologique dans une voie d’aberration radicale , qui a profondément entravé ses véritables progrès, quoiqu’elle ait été et soit peut-être encore provisoirement utile par

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son antagonisme naturel avec la direction métaphysique, dont la prépondérance eût été, sans un tel obstacle, encore plus nuisible. Il est déplorable, en effet, que , faute d’une direction philosophique assez fortement arrêtée, tant de hautes intelligences modernes se soient long-temps consumées en efforts nécessairement illusoires, pour imaginer d’incompréhensibles explications de l’irritabilité et de la sensibilité, où des fluides fantastiques analogues à ceux de nos physiciens ont rempli naturellement un office indispensable. Aucun cas de ce genre ne m’a jamais semblé plus regrettable, que celui de l’illustre Lamarck , employant, avec l’admirable naïveté qui le caractérisait toujours, son beau génie zoologique à forger de vaines hypothèses physiques pour expliquer la sensibilité, sans jamais s’apercevoir que, à quelque degré de complication qu’il élevât graduellement ses suppositions gratuites, il parvenait tout au plus à représenter vaguement la transmission mécanique des impressions produites sur les extrémités nerveuses, mais nullement à rendre raison de l’acte de la perception , qui demeurait ainsi constamment intact, quoiqu’il constitue évidemment l’élément le plus essentiel de tout phénomène de sensibilité. Et cependant, presque tous les physiologistes qui n’appartiennent point à l’école mé-

taphysique se livrent aujourd’hui, d’une manière plus ou moins prononcée, à ces vaines et stériles spéculations! Sans méconnaître l’évidente inefficacité des tentatives antérieures, on espère toujours que des efforts plus heureux , fondés sur quelque découverte imprévue , finiront par dévoiler un jour le mystère de la sensibilité et de l’irritabilité, quoique les physiciens , dans un ordre d’études infiniment plus simple, aient depuis long' tomps renoncé à pénétrer jamais le mystère de la pesanteur! Rien ne caractérise peut-être avec plus d’énergie l’état actuel d’enfance de la physiologie, que ^obligation incontestable où nous sommes placés de regarder aujourd’hui des esprits, dominés par une disposition aussi profondément irrationnelle , comme constituant néanmoins , par comparaison, les précurseurs les . plus immédiats de la véritable école positive , en ce que leurs aberrations tendent du moins à exciter le développement des explorations directes, quoiqu’ils les fassent souvent dévier; tandis que les doctrines métaphysiques, qui, par le jeu commode et universel de leurs entités, fournissent aussitôt, à tous les phénomènes possibles, des explications encore bien plus creuses et plus stériles , tendent ainsi désormais à comprimer inévitablement tout élan progressif du génie observateur , qui jadis lut, au con-

traire., puissamment secondé par elles , lorsqu’il

s’efforçait de se dégager des entraves de la philosophie théologique.

Malgré l’émiuent service général que l’école physico-chimique rend encore ainsi indirectement au progrès de la science physiologique, eu opposant un obstacle insurmontable à la prépondérance rétrograde de l’école métaphysique , on doit reconnaître, d’un autre côté, que ses vaines tentatives anti-scientiliques sur l’explication fondamentale des phénomènes élémentaires de la vie animale, conservent seules aujourd’hui quelque importance à cette dernière école , en lui constituant aussi un office essentiel , qui consiste à maintenir l’intégrité du caractère original de la physiologie comme science distincte , en empêchant son absorption destructive par la philosophie inorganique : en sorte que la principale utilité des deux écoles se réduit aujourd’hui à se contenir, ou plutôt à s’auuuller , réciproquement, ainsi que je l’ai déjà signalé dans le chapitre précédent. Quoi qu’il eu soit, il demeure certain , d’après les considérations ci-dessus indiquées, que la lutte entre ces deux tendances n’est plus aujourd’hui radicalement engagée que sur l’étude de la vie animale; l’école physico-chimique pouvant désormais être regardée comme étant en pleine et irrévocable

possession du domaine de la physiologie pure* ment organique, qui, par la nature de ses phénomènes, devait, en effet, lui appartenir nécessairement tôt ou tard, quand elle aurait rempli les conditions préliminaires indispensables. Mais, en ce qui concerne la vie animale, les prétentions de cette école sont certainement inadmissibles, par son étroite et irrationnelle obstination à y transporter indûment l’esprit général qui convient exclusivement à la physiologie végétative. Toutefois, une telle école étant de nature éminemment perfectible, et l’absence même de conceptions bien arrêtées devant faciliter encore davantage son indispensable transformation, il y a tout lieu d’espérer aujourd’hui que , du sein de sa génération actuelle , sortira prochainement une école vraiment positive , qui , proclamant une judicieuse séparation irrévocable entre la philosophie biologique et la philosophie inorganique, sans méconnaître leur véritable subordination fondamentale, et concevant l’étude de la première avec le système des divers moyens rationnels convenables à son caractère essentiel, ralliera sans doute spontanément tous les bons esprits qui, le plus souvent à leur insu, ne tiennent réellement encore à la physiologie métaphysique qu’aGn d’empêcher l’absorption totale du domaine de la biologie par les phy-

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sioiens et les chimistes proprement dits. Quant à présent, quelque fondé que doive sembler un pareil espoir, il reste néanmoins incontestable que, chez les biologistes les plus avancés, les théoiies de physiologie organique commencent déjà à être essentiellement conçues d’après le véritable esprit général qui doit finalement les caractériser, tandis qu’il n’en est nullement ainsi pour la physiologie animale, toujours ballottée entre deux tendances contradictoires, radicalement nuisibles l’une et l’autre, quoique très inégalement, à ses progrès réels, sans avoir pu parvenir jusqu’ici' à la vraie situation normale qui lui est propre. C’est pourquoi, malgré l’irrécusable supériorité qui, d’après les motifs ci-dessus expliqués, distingue maintenant la physiologie animale relativement à l’analyse préliminaire de ses principaux phénomènes, elle doit être envisagée comme réellement moins i approchée aujourd’hui que la physiologie organique de sa véritable constitution scientifique. Un tel jugement paraîtrait encore moins douteux , si, suivant la stricte rigueur logique, on ne séparait point de la vie animale l’ensemble des phénomènes intellectuels et moraux, qui en sont effectivement le complément nécessaire, et dont l’étude générale est bien plus imparfaitement conçue, ainsi

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