‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 32 sur 40 · TOME III. /e · texte numérisé non relu

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que nous le reconnaîtrons directement dans la leçon prochaine. . ' * •

Ces aperçus préliminaires tendent à caractériser le véritable esprit philosophique qui doit présider à la formation ultérieure de la théorie positive de l’animalité, essentiellement fondée sur la co-relation des deux notions élémentaires de l’irritabilité et de la sensibilité, profondément distinguées de toute propriété physique. Écartant à jamais toute vaine recherche sur les causes de ce double principe animal, cette théorie consistera uniquement à comparer entre eux tous les divers phénomènes généraux qui s’y rattachent, d’après leur exacte analyse préalable , afin de découvrir leurs lois effectives; c’est-à-dire, comme à l’égard des autres phénomènes naturels, leurs vraies relations constantes soit de succession , soit de similitude. A l’imitation de toute autre théorie positive, elle sera directement destinée à faire prévoir rationnellement le mode d’action d’un organisme animal donné, placé dans des circonstances déterminées, ou réciproquement quelle disposition animale peut être induite de tel acte accompli d’animalité, suivant la formule scientifique fondamentale que j’ai établie en commençant ce traité sommaire de philosophie biologique (voyez la quarantième leçon). Les fausses tentati-

ves actuelles pour expliquer l’irritabilité et la sensibilité tendent certainement à nous éloigner d’un tel but final , bien loin de pouvoir nous en rapprocher, en faisant inévitablement négliger la recherche directe des. lois réelles de l’animalité, quoique la prévision des phénomènes soit aujourd’hui unanimement regardée, en principe, comme constituant à la fois le principal caractère de toute doctrine v raiment scientifique, et la mesure la moins équivoque de son degré général de perfection.

Afin de prévenir, autant que possible , toute vicieuse interprétation , il convient de remarquer ici qu’une semblable constitution de la physiologie animale, tout en la séparant désormais profondément de la philosophie inorganique, lui conserve nécessairement avec elle de larges relations fondamentales, qui suffisent à maintenir la rigoureuse continuité du système toujours unique de la philosophie positive. Comme je l’ai déjà indiqué ci-dessus, c’est surtout par la physiologie végétative cfue s’établit ce contact général.

11 ne faut jamais perdre de vue, en effet, la double liaison intime de la vie animale avec la vie organique , qui lui fournit constamment une base préliminaire indispensable , et qui , en même temps, lui constitue un but général non moins

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nécessaire. On n’a plus besoin aujourd’hui d’insister sur le premier point, qui a été mis en pleine évidence par de saines analyses physiologiques : il est bien reconnu main tapant que , pour se mouvoir et pour sentir, l'animal doit d’abord vivre , dans la plus simple acception du terme, c’est-àdire végéter ; et qu’aucune suspension complète de cette vie végétative ne saurait, en aucun cas, être conçue sans entraîner, de toute nécessité, la cessation simultanée de la vie animale. Quant au second aspect, jusqu’ici beaucoup moins éclairci, chacun peut aisément reconnaître, soit pour les phénomènes d’irritabilité ou pour ceux de sensibilité, qu’ils sont essentiellement dirigés, à un dégré quelconque de l’échelle animale, par les besoins généraux de la vie organique, dont ils perfectionnent le mode fondamental , soit en lui procurant de meilleurs matériaux, soit en prévenant ou écartant les influences défavorables : les fonctions intellectuelles et morales n’ont point elles-mêmes ordinairement d’autre office primitif. Sans une telle destination générale, l’irritabilité dégénérerait nécessairement en une agitation désordonnée, et la sensibilité en une vague contemplation ; dès-lors, ou l’une et l’autre détruiraient bientôt l’organisme par une exercice immodéré, ou elles s’atrophieraient spontanément, faute de

stimulation convenable. C’est seulement dans l’espèce humaine, et parvenue même à un haut

degré de civilisation, ainsi que je l’ai déjà indiqué ailleurs , qu’il est possible de concevoir une sorte d’inversion de cet ordre fondamental , en se représentant, au contraire, la vie végétative comme essentiellement subordonnée à la vie animale, dont elle est seulement deslinée'à permettre le développement, ce qui constitue , ce me semble la plus noble notion scientifique qu’on puisse se former de l’humanité proprement dite, distincte de l’animalité i encore une telle transformation ne devient-elle possible, sous peine de tomber dans un mysticisme très dangereux , qu’autant que5 par une heureuse abstraction fondamentale, on transporte à l’espèce entière, ou du moins à la société, le but primitif qui , pour les animaux, est borné à l’individu, ou s’étend tout au plus momentanément à la famille, ainsi que je l’expliquerai directement dans le volume suivant (1). Une exception aussi spéciale et purement artifi-

(1) Un philosophe de l'e'cole métaphysico- théologique , qoi foc d'ailleurs nn penseur énergique, a, de nos jours, prétendu caractériser l'homme parcelle formule retentissante : une intelligence servie par des organes. Si cette phrase a un sens positif, il rentre sans doute dans celui que je riens d’expliquer. Mais 1a définition inverse serai t évidemment beaucoup plus vraie, surtout pour l’homme primitif, non perfectionné par nn état social très développé , comme cet auteur |a supposait principalement. A quelque degré que puisse parvenir la et-

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ciel le, d’ailleurs si facile à expliquer, ne saurait aucunement altérer l'universalité d’une considération que vérifie, d’une manière si prononcée, l’ensemble du règne animal, où la vie animale se montre toujours destinée à perfectionner la vie organique. C’est donc uniquement par une abstraction scientifique, dont la nécessité est, du reste, aujourd'hui hors de toute contestation, que nous pouvons provisoirement concevoir la première isolée de la seconde , qui eq est , en réalité, strictement inséparable, sous le double aspect fondamental que je viens de signaler. Ainsi la théorie positive de l’animalité devant continuellement reposer sur celle de la vitalité générale, elle se trouve par là combinée , d’une manière intime et indissoluble , avec l’ensemble de la philosophie inorganique, qui fournit directement à la physiologie végétative, comme nous l’avons reconnu, ses hases rationnelles indispensables.

Mais, en outre, indépendamment de cette relation universelle et nécessaire, il en existe évi-

vilisation, ce ne tera jamais que étiez un petit nombre d’hommes

d’élite que l'intelligence pourra acquérir , dam l'ensemble de l’organisme, nnc'prépondérance aasez prononcée pour devenir réellement le but essentiel de tonte existence humaine, an ben d’étre seulement employée, k litre de simple instrument , comme moyen fondamental de procurer une plus perfaile satisfaction des principaux besoins organiques j ce qui, abstraction faite de toute vaine déclamation, caractérise cer t, uniment le cas le plot ordinaire.

demment de plu» directes quoique secondaires, dans le développement même des phénomènes

purement animaux, surtout en ce qui concerne l’irritabilité, dont les actes définitifs sont certainement subordonnés aux lois les plus générales de h» physique inorganique. Nous qvons, en effet, bien reconnu, en traitant de la philosophie mathématique, que les lois fondamentales de l’équilibre et du mouvement, par cela même qu’elles ont été établies en faisant toujours abstraction complète de l’origine effective des mouvements et des efforts , doivent nécessairement se vérifier à l’égard de tous les ordres quelconques de phénomènes, sans aucune exception qui puisse être -, propre aux phénomènes physiologiques. Ainsi, aussitôt que, par l’irritabilité primordiale de la fibre musculaire, la contraction réelle a été produite, tous les nombreux phénomènes de mécanique animale qui peuvent en résulter, soit pour la station, soit pôur la locomotion, sont inévitablement sous la dépendance des lois générales de la mécanique, pourvu que, dans la judicieuse application de ces lois, on y ait toujours, bien entendu , convenablement égard , de même qu’en tout autre cas, aux conditions caractéristiques de l’appareil , que les physiologistes peuvent seuls suffisamment connaître. Tel est le mode spécial

d’jnlroduction directe et nécessaire de la philosophie inorganique dans l’étude précise du premier ordre des fonctions animales proprement dites. Il en est de même, quoique en sens inverse , envers les fonctions relatives à la sensibilité, où cette philosophie doit inévitablement intervenir en ce qui concerne la première des trois parties essentielles du phénomène fondamental, c’est-à-dire, l’impression primitive sur les extrémités sentantes , soigneusement distinguée de sa transmission par le filet nerveux , et de sa perception par l’organe cérébral. Cette impression s’opère toujours, en effet , par l’intermédiaire indispensable d’un véritable appareil physique correspondant, soit lumineux, soit acoustique, etc., sans lequel l’existence du monde extérieur ne pourrait être que vaguement sentie par l’organisme, et dont l’étude propre, suivant les lois physiques convenables, doit nécessairement constituer un élément capital de l’analyse positive du phénomène. Non-seulement les notions acquises dans les principales branches actuelles de la physique doivent ainsi être rationnellement appliquées à la physiologie animale: chacun peut aussi constater aisément aujourd’hui qu’une telle application exigerait souvent, dans ces diverses doctrines, des progrès qui ne sont pas encore accomplis, et même, à certains égards ,

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la création de quelques doctrines nouvelles, comme

la théorie des saveurs , et surtout celle des odeurs, où il y a, sans doute, plusieurs lois générales et purement inorganiques à établir sur leur mode fondamental de propagation , dont l’étude est entièrement négligée par nos physiciens, quoiqu’elle ait été jadis le sujet de diverses tentatives grossières. Tels sont , en aperçu, les différens points de vue généraux d’après lesquels il doit ici rester incontestable que la philosophie positive, tout en consacrant irrévocablement l’individualité nécessaire de la science biologique , la subordonne néanmoins, par d’indissolubles relations, à l’ensemble des études inorganiques. On peut ainsi vérifier clairement, à cet égard, que, comme je l’ai déjà indiqué dans la quarantième leçon , c’est surtout la chimie qui s’applique spontanément à la physiologie végétative, et principalement la physique à la physiologie animale , quoique les deux ordres de fonctions exigent, sans doute, l’emploi combiné des deux sections fondamentales de la philosophie inorganique. 11 serait désormais inutile d’insister davantage ici sur ces relations scientifiques, dont le principe et le caractère sont maintenant assez nettement établis.

Abstraction faite dorénavant de toute vaine tentative d’explication de la double propriété fonda-

mentale qui distingue la vie animale, il reste uéan- ' moins certain que les notions élémentaires que l’on se forme habituellement aujourd’hui de l’irritabilité et de la sensibilité n’ont point encore acquis le véritable caractère scientifique qui doit finalement convenir à leur nature, surtout en ce que chacun de ces deux attributs de l’animalité n’est pas rattaché, d’une manière assez énergiquement arrêtée, à la. considération exclusive d’un tissu correspondant. Cette indispensable condition, dont je dois signaler ici l’extrême importance philosophique , n’a été jusqu’à présent rigoureusement remplie, à ma connaissance, que dans le système physiologique de M. de Blainville.

La doctrine de Bichat, encore prépondérante aujourd’hui, est , à cet égard, radicalement vicieuse, puisqu’elle représente l’irritabilité , et la sensibilité elle-même , comme plus ou moins inhérentes à tous les tissus quelconques, sans aucune distinction d’organiques et animaux. Quelques éclectiques ont cru, il est vrai, pouvoir conserver essentiellement cette doctrine, en se bornant à la purger de sa notion la plus évidemment erronée, celle qui se rapporte à la prétendue sensibilité organique, c’est-à-dire, à la sensibilité sans conscience, dont la seule définition est directement contradictoire. Mais, en procédant ainsi ,

011 n’a pas suffisamment compris que la théorie métaphysique de Bicliat sur les forces vitales constitue, par sa nature, un tout indivisible , qui ne saurait être admis ou rejeté par fragmens , et dont un des élémens les plus indispensable^ êon-siste précisément dans cette même sensibilité organique, quelque absurde qu’en soit la notion. Car, suivant la pensée de Bicliat , la sensibilité organique est le germe nécessaire de la vraie sensibilité animale, qui n’en différerait que par un plus haut degré d’exaltation. Il en est à peu près ainsi de même, sous le point de vue qui nous occupe, de la contractilité organique , surtout de celle que Bichat distingue par la qualification de sensible , comparée à la contractilité animale proprement dite. On 11e saurait nier que Bicliat conçoit tous les tissus comme étant nécessairement sensibles et irritables, avec de simples différences de degré: une telle théorie ne peut d’aiileurs comporter aucun amendement.

D’après les principes établis ci-dessus, il est aisé , ce me semble, de reconnaître que toute conception de ce genre s’oppose ,de la manière la plus directe, à la constitution vraiment rationnelle de la science physiologique sur les bases positives qui lui sont propres; en sorte qu’un tel examen concerne l’un des points les plus fondamentaux

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de la philosophie biologique. Si, eu effet, les deux propriétés caractéristiques de l’animalité pouvaient appartenir indistinctement à tous les tissus, et que, par conséquent, il n’existât point, à propçpment parler, de tissus vraiment animaux, toute différence scientifique fondamentale entre la physiologie animale et la simple physiologie organique disparaîtrait nécessairement par cela seul. Dès-lors, attendu qu’il est impossible de méconnaître aujourd’hui que les phénomènes de la vie végétative sont, par leur nature, sous la dépendance directe et générale des lois universelles du monde inorganique , on ne saurait comprendre pourquoi il cesserait d’en être ainsi à l’égard de la vie animale, qui, dan? une semblable hypothèse, n’offrirait plus* en réalité, qu’un développement supérieur des mêmes propriétés élémentaires. Les plus vicieuses prétentions de l’école physico-chimiqüe, se trouveraient ainsi justifiées aussitôt , du moins en principe, sans qu’on pût contester logiquement avec elle autrement quç sur l’application actuelle ; puisque tous les effets physiologiques se réduiraient aloçs , par cette identité fondamentale des deux vies , à un ordre spécial d’actes chimiques et physiques, comme ils le sont certainement dans la simple vie organique. 11 faut s’étre bien familia-

risé, par l’étude historique de l’esprit humain, avec le triste spectacle des inconséquences capitales auxquelles est assujettie notre faible intelligence , même chez les plus émineus génies, pour ne point s’étonner que Bichat, qui avait si profondément senti l’indispensable nécessité de maintenir à la physiologie un caractère scientifique pleinement original, ait néanmoins établi , avec une prédilection marquée, une théorie qui tendrait nécessairement à autoriser l’usurpation totale du domaine de la physiologie par le système des sciences inorganiques. Les biologistes n’auraient plus alors d’autre moyen de conserver leur indépendance intellectuelle, que de nier directement la nature physico-chimique des phénomènes mêmes de la vie végétative : or, une telle manière de voir, excusable sans doute au temps de Bichat , ne saurait être soutenue aujourd’hui par aucun esprit vraiment au niveau du progrès général de la science physiologique dans le siècle actuel. D’ailleurs, il est évident que si, par cette issue, on pouvait échapper aux envahissemens de l’école physicochimiqufe, ce ne serait que pour retomber, par une nécessité directe, sous la domination exclusive de l’école métaphysique , puisque l’on aurait ainsi rétabli, dans la physiologie végétative au moins, le pur régime des entités. Une telle théorie

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tend doüc à perpétuer la déplorable situation

oscillatoire de ,1a science physiologique entre ces deux impulsions contrairement vicieuses, et ne saurait, par conséquent, convenir au véritable état normal : ce qui doit faire nettement ressortir la haute importance de cette discussion.

Ces considérations sommaires suffisent pour indiquer ici combien il est indispensable à la biologie rationnelle de concevoir toujours l’irritabilité et la sensibilité comme nécessairement inhérentes à deux tissus déterminés, modifications profondes et nettement tranchées du tissu cellulaire primordial, afin que la spécialité des notions anatomiques se trouve exactement en harmonie avec celle que l’on veut, à si juste titre, maintenir aux idées physiologiques ; ou, en un mot, que les pensées élémentaires de tissu et de propriété ne cessent jamais de se correspondre parfaitement. Le caractère scientifique de la physiologie actuelle, qui en est à peu près restée , à cet égard , à la doctrine de Bichat, est donc encore, sous ce nouvel aspect fondamental, essentiellement défectueux, chez la plupart des biologistes. ' ...

On doit, toutefois, reconnaître que, pour Bichat, cette erreur capitale était presque inévitable, vu l’extrême imperfection , à cette époque, de l’analyse anatomique des tissus, dont Bichat lui-

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même, il ne faut jamais l’oublier, fui l’immortel créateur. Des observations mal faites ou mal discutées pouvaient permettre alors de croire à l’existence effective de la sensibilité dans des parties réellement dépourvues de nerfs; ce qui devait, aux yeux de Bichat, constituer autant de preuves de sa théorie , comme il l’a si fréquemment remarqué, surtout quant à la sensibilité qui, suivant lui, se développerait avec beaucoup d’énergie dans les ligamens à la suite de leur torsion , bien qu’elle dût rester inaperçue" par tout .autre mode de stimulation. Mais une meilleure exploration a depuis clairement démontré, envers presque tous les cas de ce genre, ou que les symptômes de sensibilité avaient été abusivement attribués à tel organe privé de nerfs au lieu d’ètre rapportés à la lésion simultanée de quelques nerfs voisins, ou que le tissu nerveux existait effectivement, quoique difficile à apercevoir. Si, en quelques rares occasions, une semblable rectification n’a pu encore être catégoriquement opérée , à cause de la difficulté supérieure des circonstances ou de l’insuffisance des observateurs, il serait certainement absurde, d’après les plus simples principes de la philosophie positive, de vouloir, par ce seul motif, repousser ou même ajourner l’usage d’une conception aussi évidemment indispensable à la

physiologie rationnelle , et déjà fondée sur tant de cas irrécusables, bien plus nombreux et surtout plus décisifs que ceux qui continuent à paraître exceptionnels. Cette considération doit s’appliquer à la comparaison des divers organismes , comme à celle des différons tissus de l’organisme humain. Les prétendus animaux sans nerfs, sur lesquels l’école métaphysique a tant insisté , disparaissent graduellement à mesure que les progrès, intellectuels et matériels, de l’anatomie comparée disposent les observateurs à mieux généraliser la notion du système nerveux et à le reconnaître avec plus d’exactitude dans les organismes inférieurs : c’est ainsi , par exemple , qu’on l’a récemment découvert chez plusieurs animaux rayonnés. 11 est donc temps d’ériger en axiome philosophique l’indispensable nécessité des nerfs pour un degré quelconque de sensibilité, sauf à traiter les exceptions apparentes comme autant d’anomalies à résoudre par les perfectionnements ultérieurs de l’analyse anatomique.

On doit faire subir une transformation analogue aux notions ordinaires relatives à l’irritabilité, qui sont encore essentiellement dominées par la théorie de Bichat. Ce grand physiologiste pouvait concevoir, par exemple, les contractions du cœur comme directement déterminées, indépen-

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dammcnt de toute action nerveuse, par la stimulation immédiate résultante de l’afflux du sang. Mais il est aujourd’hui bien reconnu, surtout depuis les importantes expériences de Legallois, que l’innervation est tout aussi indispensable à l’irritabilité de ce muscle qu’à celle d’aucun autre ; et, en général , que la distinction fondamantale de Bichat, entre la contractilité organique et la contractilité animale, doit être entièrement abandonnée. Toute irritabilité est donc nécessairement animale, c’est-à-dire qu’elle exige une innervation correspondante, de quelque centre immédiat que procède d’ailleurs l’action nerveuse. Ce sujet attend néanmoins encore plusieurs éclaircissemens essentiels qui, s’ils ne sont point indispensables à la certitude logique d’un principe désormais hors de toute atteinte directe, doivent toutefois influer beaucoup sur son usage scientifique effectif. Je ne fais pas seulement allusion A la distinction proposée par divers physiologistes contemporains entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs , quoiqu’une telle question soit bien loin d’être sans importance philosophique. Mais j’ai surtout en vue une considération plus directe et plus capitale, dont l’incertitude et l’obscurité actuelles présentent de bien plus graves iuconvéniens, qu’on chercherait vainement à dissimuler.

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