‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 38 sur 40 · SI · texte numérisé non relu

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vrait s’en tenir toujours aux seules généralités fondamentales que j’en ai ci-dessus détachées. Car, le but philosophique de toute théorie biologique devant être, comme je l’ai établi , de constituer une exacte harmonie entre l’analyse anatomiquè et l’analyse physiologique , cela suppose évidemment qu’elles h’ont pas d’abord été calquées l’une sur l’autre, et que chacune d’elles a été préalablement opérée d’une manière distincte. Rien ne saurait donc dispenser aujourd’hui les véritables phrénologistes, pour assurer à leur doctrinè une consistance durable et un développement rationnel , qui lui garantissent enfin droit de cité dans lp monde savant, de la stricte obligation de reprendre , par une série directe de travaux anatomiques, l’analyse fondamentale de l’appareil cérébral , en faisant provisoirement abstraction de toute idée de fonctions, ou, du moins, en ne l’employant qu’à titre de simple auxiliaire de l’exploration anatomique. Ceux d’entre eux qui ont déjà reconnu, quoique d’une manière beaucoup trop vague , l’évidente nécessité, dans la détermination de la prépondérance relative de chaque organe cérébral'chez les divers sujets, de ne plus s’en tenir uniquement à la considération grossière du volume ou du poids de l’organe, mais d’avoir égard aussi au degré d’activité, cstimé.ana-

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loimquemeul, par exemple, d’après l’énergie desa circulation partielle, seront probablement disposés à bien comprendre la haute importance d’une telle .considération.

A cette analyse anatomique de l’appareil cérébral , il faudra joindre, dans un ordre d’idées entièrement distinct quoique pâràllèle, l’analyse purement physiologique des diverses facultés élémentaires, qui devra finalement être constituée, autant que possible, en harmonie scientifique avec la première : toute idée anatomique devra, à son tour, être provisoirement écartée dans ce second travail , uu lieu de la fusion anticipée qu’on veut habituellement opérer entre les deux points de vue. Sous ce nouvel aspect , et abstraction faite de toute localisation , la situation actuelle de la phrénologie n’est guère plus satisfaisante. Car, la distinction spéciale des diverses facultés fondamentales, soit intellectuelles, soit même affectives, ainsi que leur énumération , y sont encore conçues le plus souvent d’une manière très superficielle , quoiqu’il n’y ait d’ailleurs aucune comparaison à faire, quant à la positivité, avec les vaines analyses métaphysiques. Si les- métaphysiciens avaient confondu toutes leurs notions psychologiques et idéologiques dans une vâgue et absurde unité, il est fort probable que les phrénologistes , au con-

traire, onl trop multiplié aujourd’hui les fonctions vraiment élémentaires. Gall en avait établi vingtsept , ce qui, sans doute, était déjà exagéré ; Spurz.heini en a porté le nombre à trente-cinq, et chaque jour il tend à s’augmenter, faute de principes rationnels d’une circonscription rigoureuse, qui puisse régler la verve facile des explorateurs vulgaires. A moins qu’une saine philosophie n’y mette ordre, tout phrénologue créera bientôt une faculté, en même temps qu’un organe, pour peu que le cas lui semble opportun , avec presqu’au- •tant d’aisance que les idéologues ou psychologues construisaient jadis des entités. Quelle que soit l’extrême variété des diverses natures animales, ou même celle des dilférens types humains, il est néanmoins sensible, puisque les actes réels supposent presque toujours le concours de plusieurs facultés fondamentales, que cette multiplicité effective, fût-elle beaucoup plus grande encore , se trouverait suffisamment représentée d’après un très petit nombre de fonctions élémentaires relatives aux deux genres dans lesquels se subdivisent l’ordre moral et l’ordre intellectuel. Si, par exemple, le nombre total des facultés était réduit à douze ou à quinze très tranchées , leurs combinaisons binaires , ternaires, quaternaires, etc., correspondraient, sans doute, à des types bien plus multi-

pliés qu’il n’en peut réellement exister, en se bornant même à distinguer, d’après le degré normal d’activité de chaque fonction , deux autres degrés nettement caractérisés, l’un supérieur, et l’autre inférieur. Mais l’exhorbitanle multiplication des facultés fondamentales n’est pas, en elle-même, aussi choquante que la frivole irrationnalilé de la plupart des prétendues analyses qui ont jusqu’ici présidé à leur distinction. Dans l’ordre intellectuel surtout , les aptitudes ont été presque toujours fort mal caractérisées, mème[ abstraction faite des organes. C’est ainsi, pour me borner ici à un seul exemple très pronoucé, qu’on a introduit une prétendue aptitude mathématique fondamentale, d’après des motifs qui auraient du également conduire à créer autant d’autres aptitudes spéciales à l’égard de la chimie, de l’anatomie, etc., si toute la boîte osseusen’eût pas été préalablement distribuée en irrévocables compartimens. La caractéristique a même été établie avec une telle légèreté, qu’on a choisi comme principal symptôme <l’un semblable talent, l'insignifiante facilité que tant d’esprits médiocres apportent dans la rapide exécution des calculs numériques les plus auto*matiquement formulés, et qui, d’après le futile emploi qu’elle suppose d’un temps précieux, est, sans doute, beaucoup plus décisive ordinairement

contre la capacité réelle de celui qui la présente qu’elle ne peut prouver en sa faveur. Un tel mode d’appréciation témoigne une profonde ignorance de la vraie nature des spéculations mathématiques, qui sont bien loin d’avoir un caractère intellectuel aussi spécial que l’imaginent les esprits disposés à confesser naïvement leur inaptitude à cet égard , sans soupçonner la portée des indications directes qu’ils fournissent aiusi contre eux à tout observateur philosophe. Quoique l’analyse des facultés affectives, nécessairement beaucoup plus tranchées, soit certainement bien moins imparfaite, elle présente néanmoins , dès le premier examen, plusieurs doubles emplois très sensibles. C’est ainsi, par exemple, que, après avoir justement admis la bienveillance et la sympathie comme dispositions élémentaires, Spurzheim a cru devoir ériger la justice en un nouveau sentiment fondamental, quoique ce ne soit évidemment que le résultat de l’usage de ces facultés, éclairé, en chaque cas, par une convenable appréciation intellectuelle des rapports sociaux (i).

(i) Celle erreur est d’autant moins excusable qne Gall l'avait déjà soigneusement évitée et même signalée. On pourrait, en sens inverse, reprocher à Gall le prétendu organe de la théosophie, superfétation évidemment absurde, justement écartée par Spurzheim, si nne telle notion eût été, dès l'origine, autre chose qn’unc simple concession dictée par la prudence, et dont la nécessité réelle était seule très contestable.

Pour perfectionner ou rectifier celte analyse élémentaire des diverses facultés cérébrales , il serait, je crois , fort utile d’ajouter, à l’observation générale et directe de l’homme et de la société , une judicieuse appréciation physiologique des cas individuels les plus prononcés, en considérant surtout le passé. L’ordre intellectuel, qui a le plus besoin de révision, comporterait principalement l’application la plusétendue et la moins équivoque de ce procédé complémentaire. Si, par exemple, de telles monographies avaient été préalablement entreprises à l’égard des principaux géomètres, aocieus ou modernes, elles auraient vraisemblablement prévenu l’aberration grossière que je viens de signaler, en montrant, avec la dernière évidence, que ce qu’on nomme l’esprit mathématique, loin de constituer aucune aptitude isolée et spéciale, présente toutes les variétés que peut olTrir, en général, l’esprit humain dans tous ses autres exercices quelconques , par les difléreutes combinaisons des vraiesfacultés éléinen taires. C’est ainsi que tel grand géomètre a surtout brillé par la sagacité de ses inventions, tel autre par la force et l’étendue de ses combinaisons , un troisième par le génie du langage, manifesté dans l’heureux choix de ses notations, et dans la perfection de son style algébrique , etc. Un pourrait certaine-

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nement découvrir, ou du moins vérifier, toutes les principales facultés vraiment fondamentales de notre intelligence, par cette seule classe de monographies scientifiques , qui comporterait plus de précision qu’aucune autre, si elle était convenablement couçueet judicieusement exécutée par un esprit assez compétent. Il en serait de même, quoiqu’à un Lien moindre degré, pour les monographies analogues des plus éminens artistes. Cette considération, généralisée autant que possible, se rattache à l’utilité fondamentale-de l’étude philosophique des sciences, tant sous le point de vue historique que sous le rapport dogmatique, pour la découverte des véritables lois logiques, que j’ai établie, au début de ce traité , comme l’une de ses principales applications directes seulement il s’agit ici de la détermination préalable des diverses facultés élémentaires, et non des lois de leur action effective; mais les motifs doivent être essentiellement analogues.

L’analyse phrénologique fondamentale est donc entièrement à refaire, suivant l’esprit philosophique que je viens de caractériser, d’abord dans l’ordre anatomique , et ensuite dans l’ordre purement physiologique. Après avoir convenablement opéré ces deux analyses préliminaires, en les distinguant avec beaucoup de soin , et en dirigeant

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chacune d’elles conformément à sa nature, il faudra finalement établir entre elles une exacte harmonie générale, qui peut seule constituer dignement la physiologie plirénologique sur ses véritables bases rationnelles. Mais ce grand travail, qu’on peut déjà, d’après les deux leçons précédentes , regarder comme essentiellement institué à l’égard de la physiologie végétative et même de la physiologie animale proprement dite, n’est pas seulement conçu jusqu’ici, dans son ensemble, pour la physiologie cérébrale, en vertu de sa complication supérieure et de sa positivité plus récente.

Dans l’exécution difficile de cette grande opération scientifique , les phrénologistes devront certainement s’aider, d’une manière plus complète et mieux entendue qu’ils ne l’ont fait jusqu’ici , des moyens généraux que fournit la philosophie biologique pour perfectionner toutes les études relatives aux corps vivans, c’est-à-dire, de l’analyse pathologique, et surtout de l’analyse comparative proprement dite. L’introduction rationnelle de ces deux puissans auxiliaires n’est aujourd’hui qu’à peine ébauchée en phrénologie : aussi n’en a-t-on tiré encore aucun parti essentiel , si ce n’est pour les généralités préliminaires. Sous le premier point de vue, on n’a point jusqu’ici convenablement appliqué aux phénomènes intellectuels et

moraux le lumineux aphorisme fondamental de philosophie médicale, dont l’esprit humain est redevable à M. Broussais, et qui consiste, ainsi que je l’ai indiqué dans la quarantième leçon , à concevoir tous les phénomènes quelconques de l’état pathologique comme ne pouvant constituer jamais qu’un simple prolongement des phénomènes de l’état normal , exagérés ou atténués audelà de leurs limites ordinaires de variation. 11 est néanmoins impossible de rien comprendre aux différens genres de folie , si leur examen scientifique n’est continuellement dirigé par ce grand principe. Or, d’après cette même assimilation nécessaire entre les cas pathologiques et les cas purement physiologiques, rien ne serait plus propre que l’étude judicieuse de l’état de folie à dévoiler ou à confirmer les véritables facultés fondamentales de la nature humaine, que cette triste situation tend à faire si énergiquement ressortir, en manifestant successivement chacune d’elles dans une exaltation prépondérante, qui la sépare nettement de toutes les autres (1). Les médecins,

(1) Il faut signaler, 1 cet égard, une remarque générale, éminemment judicieuac, faite récemment par M. Broussais , et qui peut éclairer beaucoup le diagnostic de la folie, aussi bien que les vraies indications physiologiques que l’on doit indnire d’un tel genre d'observations pathologiques. Elle consiste en ce que, quand l’altération principale porte directement sur les organes intellectuels, ordinairement destinés,

spécialement occupés d’un tel ordre de maladies, et qui, presque toujours, sont, encore moins que la plupart des autres , sous le rapport intellectuel , ou même sous le rapport moral , au niveau de leur importante mission, tendent néanmoins, depuis Pinel, dans l’étude de ce qu’ils ont nommé les monomanies , à donner cette direction aux explorations qu’ils se sont trop exclusivement réservées. Mais une appréciation préalable beaucoup trop imparfaite du véritable état normal , et un sentiment trop vague et trop incomplet de son indispensable similitude avec l’état pathologique, ont rendu jusqu’à présent ces travaux à peu près stériles pour l’amélioration de la physiologie cérébrale. Quoique les maladies mentales ne soient plus, sans doute, sacrées , comme elles l’étaient pour Hippocrate, leurs monographies n’en consistent pas moins encore, le plus souvent, daiis l’inintelligible accumulation de prétendues merveilles, qui éloignent toute idée de rapprochement positif avec l’état normal : ce sont habituellement des travaux plutôt littéraires que vraiment scientifiques. L’extrême difficulté d’un tel genre d’exdans l’eut normal , Il régler l’équilibre des diverses facultés affectives , la suppression de cette influence régulatrice peut laisser un trop libre développement au penchant ou au sentiment le plut prononcé, ce qui déguise souvent àl’observaleur vulgaire le véritable siège de l’aliénation, et pourrait ainsi donner h l’cotcmblc du traitement une fausse direction.

plorations excuse , jusqu’à un certain point, cette imperfection plus prononcée , qui tient néanmoins surtout à l’insuilisance plus profonde des observateurs, plus occupés, d’ordinaire, à régenter grossièrement leurs malades qu’à en analyser judicieusement les phénomènes. Aussi les divers successeurs de Pinel n’ont-ils réellement ajouté jusqu’ici rien d’essentiel aux améliorations introduites, il y a quarante ans, par cet illustre médecin , soit dans la théorie ou dans le traitement de l’aliénation mentale.

Quoique l’étude des animaux ait été certainement moins stérile au perfectionnement réel delà physiologie intellectuelle et morale, il reste cependant incontestable que ce puissant moyen d’exploration a été jusqu’ici essentiellement vicié par le déplorable ascendant que conservent encore, chez la plupart des naturalistes, les vaines subtilités métaphysiques sur la comparaison entre l’instinct et l’intelligence, comme je l’ai précédemment expliqué. Si la nature animale ne saurait être rationnellement comprise que d’après son assimilation fondamentale à la nature humaine , proportionnellement au degré d’organisation , il est tout aussi indubitable, en sens inverse, pour cet ordre de fonctions comme pour tous les autres, que l’examen judicieux et graduel des

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organismes plus ou moins inférieurs doit éclairer beaucoup la vraie connaissance de l’homme : l’humanité et l’animalité se servent ainsi l’une à l’autre d’explication mutuelle, suivant l’esprit général de toute saine explication scientifique. L’ensemble des facultés cérébrales, intellectuelles ou affectives, constituant le complément nécessaire de la vie animale proprement dite, on concevrait difficilement que toutes celles qui sont vraiment fondamentales ne fussent point, par cela même , rigoureusement communes , dans un degré quelconque, à tous les animaux supérieurs, et peut-être au groupe entier des ostéozoaires ; car, les différences d’intensité suffiraient vraisemblablement à rendre raison des diversités effectives, en ayant égard à l’association ries facultés , et faisant d’ailleurs provisoirement abstraction, autant que possible, de tout perfectionnement de l’homme par le développement de l’état social : l’analogie puissante que fournissent toutes les autres fonctions tend à confirmer une telle conception. Si quelques facultés appartiennent, d’une manière vraiment.exclusive,à la seule nature humaine, ce ne peut être qu’à l’égard des aptitudes intellectuelles les plus éminentes, qui doivent correspondre à la partie la plus antérieure de la région frontale : et encore cela paraîtra-t-il fort douteux, si l’on compare,

sans prévention , les actes des mammifères les plus élevés à ceux des sauvages les moins développés. Il est, ce me semble , beaucoup plus rationnel de penser que l’esprit d’observation , et même l’esprit de combinaison , existent aussi , mais à un degré radicalement très inférieur, chez les animaux, quoique le défaut d’exercice, résultant surtout de l’état d’isoleméht , doive tendre à les engourdir, et même à en atrophier les organes. On a vainement argué, contre les animaux, du fait même de notre exclusive perfectibilité sociale, sans réfléchir que notre espèce n’a pu se développer ainsi qu’en comprimant, de toute nécessité, l’essor graduel qu’auraient pu prendre tant d’autres espèces animales susceptibles de sociabilité. Les animaux domestiques , quoique n’étant pas toujours, à beaucoup près., les plus intelligens, pourraient fournir à ce sujet d’importantes lumières , en vertu d’une plus facile exploration , surtout si l’on savait judicieusement comparer leur nature morale actuelle à celle, plus ou moins différente, qui devait correspondre aux époques plus rapprochées de leur domestication primi- ' tive; car il serait étrange que les transformations si évidentes qu’ils ont éprouvées sous tant de rapports physiques ne fussent accompagnées d’aucune variation réelle à l’égard des fonctions les

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