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TOME VI

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alors, de même qu’aujourd’liui, presque également goûtés chez les divers peuples européens , pendant que l’admiration de Corneille et celle de Shakespeare y devaient sembler profondément inconciliables. Jusqu’à ce que la réorganisation finale ait suffisamment .développé le caractère propre de notre sociabilité , enfin dégagée de tout mélange contradictoire, la. vie publique ne saurait y donner lieu, dans l’ordre le plus élevé des compositions poétiques, à une expression convenablement prononcée, ni dramatique, ni même épique. Aucun éminent génie esthétique ne l’a réellement tenté pour le premier genre ; et les puissans efforts relatifs au second, tout en faisant hautement ressortir l’admirable supériorité de leurs immortels auteurs, n’ont que mieux constaté l’impossibilité d’un tel succès, dans la situation transitoire des sociétés modernes. On doit en écarter le merveilleux poème d’Arioste , comme bien plus relatif, en effet, à la vie privée qu’à la vie publique. Quant à l’œuvre de Tasse, il suffirait de remarquer son étrange coïncidence avec le succès universel d’une composition principalement destinée à effacer, par le ridicule le plus irrésistible , le dernier souvenir populaire de cette même chevalerie dont la gloire y était immortalisée. Rien n’est assurément plus propre

qu’un tel rapprochement historique à faire nettement sentir que la nouvelle situation sociale ne permettait plus le plein succès de semblables sujets, les plus beaux néanmoins que le berceau général de la civilisation moderne pût, évidemment, offrir au génie poétique: tandis que, chez les anciens, les chants d’Homère retrouvaient encore, après dix siècles, dans presque toute leur intensité, les dispositions populaires relatives aux premières luttes de la Grèce contre l’Asie. Un pareil contraste n’est pas moins sensible envers l’œuvre du grand Milton , s’efforçant d’idéaliser les principes de la foi chrétienne, au temps même où elle s’éteignait irrévocablement autour de lui chez les esprits les plus avancés. Sans pouvoir réaliser suffisamment un résultat esthétique radicalement incompatible avec la transition révolutionnaire des sociétés modernes, ces immortels essais n’ont prouvé, de la manière la plus décisive, que la pleine conservation, et même l’extension intrinsèque , des facultés poétiques de l’humanité.

L’ensemble de l’admirable essor que nous venons d’apprécier confirme hautement l’accroissement notable, pendant tout le cours de cette seconde phase , du caractère éminemment critique, déjà sensible sous la phase précédente, et même

(lès l’oiigine, au inoyeii-âj;c, d’une telle évolution, surtout envers l’organisme catholique , principale base de l’ordre antérieur. D’abord , dans un état aussi avancé de la progression négative , le mouvement esthétique devait partout concourir involontairement à l’ébranlement universel, par cela seul qu’il tendait à développer, chez toutes les classes quelconques de la société européenne , un premier degré habituel d’activité mentale, dont les suites n’y pouvaient dès lors être que radicalement contraires à la conservation du régime ancien : ce qui faisait, à celte époque, participer spontanément à l’élaboration critique même les poètes et les artistes les plus dévoués aux antiques doctrines, comme je l’ai déjà indiqué au chapitre précédent. Mais, en outre, presque tous les organes éminens de ce grand mouvement esthétique ont alors manifesté, sous des formes équivalentes ipioique très variées, en Italie, en Espagne, eu France, et en Angleterre , une active coopération volontaire aux principales attaques systématiques contre la constitution catholique et féodale. La poésie dramatique, en général, y était, pour ainsi dire, forcée par suite de l’anathème sacerdotal dont le théâtre avait été frappé, quand l’église eut été contrainte de renoncer à l’espoir, si unanime au quinzième siècle, d’en conserver la direction

piéporidérante. Toutefois, celte opposition devait être plus profondément marquée, surtout en France, dans la comédie, d’après son aptitude spéciale à refléter l’instinct moderne. Rien n’est plus sensible, en efl'et, chez notre incomparable Molière, exerçant à la fois son irrésistible critique, avec le plus heureux sentiment de l’ensemble de la situation sociale, contre l’esprit catholique et l’esprit féodal, sans épargner davantage l’esprit métaphysique, et eu ne négligeant pas d’ailleurs de rectifier, par une salutaire censure, chez les diverses classes ascendantes, les aberrations inséparables d’une progression purement empirique , contrairement à leur vraie destination sociale. Cette éminente magistrature morale fut activement protégée contre les rancunes sacerdotales et nobibaires par l’instinct confus qui, dans la jeunesse de Louis, XIV, lui fit spontanément soupçonner la tendance momentanée d’une telle critique à seconder l’établissement simultané de la dictature royale. Quelle que soit la source réelle d’une sembable protection , elle n’en méritera pas moins toujours, par l’importance de ses eflets, la reconnaissance de la postérité : il est d’ailleurs sensible que rien d’équivalent n’aurait pu s’accomplir sous la dictature aristocratique.

Tel est donc le vrai caractère général de cette

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seconde phase, principale époque, à tous égards, de l’universelle évolution esthétique des sociétés modernes, jusqu’à l’avénement ultérieur de leur réorganisation fiuale.II ne nous reste plus enfin qu’à apprécier maintenant la singulière transformation de ce mouvement pendant la troisième phase essentielle de la transition révolutionnaire, parvenue à l’état purement déiste , qui devait constituer le dernier terme naturel de la philosophie négative. Nousdevrons principalement y saisir comment cette modification nécessaire a finalement déterminé, surtout en France, siège fondamental de l’ébranlement, une incorporation encore plus intime de l’élément esthétique à la sociabilité moderne.

Sous cet aspect capital , cette nouvelle phase se distingue partout de la précédente par le caractère plus élevé et plus décisif qu’y prend de plus en plus l’encouragement systématique des beaux-arts , comme celui de l’industrie , tandis que la progression négative devenait aussi plus complète et plus irrévocable. Jusque alors, en effet, la protection de l’art n’était point , pour les gouvernemens modernes, un véritable devoir, mais un simple calcul facultatif, dans le seul intérêt de leur gloire ou de leur popularité, ainsique je l’ai expliqué cidessus. Pendant la troisième phase, au contraire, l’admirable développement esthétiquequi venait de

s’accompiir avait tellement augmenté l’importance sociale de l’art, son essor continu était devenu tellement nécessaire aux populations modernes , qiieles pouvoirs dirigeants durent universellement reconnaître désormais l’obligation permanente de le seconder par d’aclife encourageraens réguliers, dont le cours journalier ne procédât plus d’aucune générosité personnelle, maisd’une juste sollicitude publique. En même temps, la propagation croissante de la vie esthétique chez les diverses classes de la société européenne, tendait directement à consolider l’indépendance sociale des poètes et des artistes, en leur assurant, bien plus qu’aux suvans , une existence affranchie de toute protection quelconque; l’heureuse nature de leurs productions devant les rendre hahituellement susceptibles d’une appréciation à la fois plus complète, plus immédiate, et plus vulgaire. L’institution des journaux, qui commençait alors à prendre une importance réelle, quoique encore purement littéraire, vint déjà seconder cet ensemble de dispositions naissantes, eu fournissant à de jeunes talens une honorable situation , bientôt destinée à une si large extension , et dans laquelle l’illustre Bayle avait d’abord trouvé, vers la fui de la phase précédente, un heureux refuge contre les divers genres de persécution théolo-

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gique; il est d’ailleurs évident que, par son influence indirecte , comme puissant moyen de vulgarisation universelle, cette innovation capitale devait tendre à la consolidation sociale de tous les beaux-arts , maigre qu’elle semblât exclusivement destiuée au seul art poétique.

Tandis que l’élément esthétique obtenait ainsi naturellement, dans son incorporation finale à notre sociabilité, plus d’indépendance et plus d ascendant, son essor spécial subissait nécessairement une mémorable altération , jusqu’ici trop confusément appréciée, d’après l’inévitable épuisement du régime artificiel et précaire sous la prépondérance duquel avait dû s’accomplir l’admirable évolution propre à la phase précédente. La subordination systématique des plus grandes compositions modernes à l’imitation de l’antiquité, constitue, évidemment, un principe trop factice, trop contraire à l’originalité et à la popularité dont les beaux-arts ont surtout besoin, pour comporter une longue durée efièctive, comme je l’ai ci-dessus expliqué, malgré le prolongement des causes politiques d’où était surtout dérivé sou empire provisoire, et qui d’ailleurs ne pouvaient plus avoir, à cet egard, autant d’influence, à mesure que le progrès même delà transition révolutionnaire tendait davantage à écarter les obstacles qui empê-

chaient d’apprécier le vrai caractère fondamental du nouvel état social. Quoique ce caractère fût, sans doute, encore très vaguement entrevu, et presque toujours mal apprécié, cependant l’instinct spontané de la situation devait graduellement développer d’universelles répugnances contre l’imitation esthétique de l’antiquité, d’où le génie moderne venait assurément de tirer tout ce qu’elle pouvait fournir de véritablement capital , par d’immortels chefs-d’œuvre, dont l’influence croissante, en propageant le goût des beau.\-arts, devait naturellement mieuA manifester la nécessité d’une marche nouvelle , susceptible de produire habituellement des impressions plus complètes et plus unanimes. Aussi , dès le début de cette troisième phase, voil-ou s’élever , surtout en France , où ce régime provisoire avait le plus prévalu , une disposition très prononcée à son irrévocable extinction, toujours poursuivie ensuite sous diverses formes, mais jusqu’ici sans aucun autre succès possible qu’une sorte d’anarchie esdiélique., destinée à persister jusqu’à ce qu’un sentiment assez net de la réorganisation finale puisse enhn commencer à fournir à l’art moderne la direction et la destination qui doivent constituer son état normal. Cette tendance initiale à l’émancipation poétique, déjà marquée par quelques essais directs de composition indé-

pendante, est alors principalement caractérisée par cette grande discussion sur la comparaison entre les anciens et les modernes, qui est devenue, à tant d’égards, un véritable événement dans l’histoire générale de l’esprit humain , comme je l’indiquerai de nouveau au sujet de l’évolution philosophique. Une telle controverse , heureusement étendue, par les défenseurs des modernes , à tous les aspects du mouvement mental, devait achever, en effet, de discréditer radicalement l’ancien régime esthétique, chez le public impartial, étranger aux controverses littéraires, et jugeant seulement d’après l’instinct naturel de l’harmonie nécessaire entre les conceptions poétiques et les sympathies socidles qu’elles doivent émouvoir. Pendant tout le reste de cette phase, l’absence d’aucune autre régularisation suilisante a pu seule , surtout en poésie, conserver à ce système d’art une vaine existence passive, malgré son évidente caducité, tant constatée par son impuissance à inspirer de nouveaux chefs-d’œuvre. Mais le système inverse , précédemment apprécié comme anomalie propre à l’Angleterre et à l’Espagne, subit alors pareillement , d’une manière non moins décisive, une décadence simultanée, caractérisée par une équivalente stérilité, d’après l’inévitable éloignement graduel des populations modernes ,

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même dans ces deux pays, pour les souvenirs sociaux du moyen-âge, jusqu’à ce que la régénération philosophique ait partout ramené les esprits , sous ce rapport, à une juste appréciation historique, sans susciter aucune dangereuse inclination rétrograde. Ce double déclin nécessaire dans l’ordre le plus élevé des productions esthétiques explique aisément pourquoi cette époque n’offre , en effet, de véritable progrès poétique qu’à l’égard des compositions relatives à la vie privée, et, à ce titre, essentiellement soustraites au régime fondé sur l’imitation de l’antiquité, comme je l’ai ci-dessus indiqué: encore ce progrès ne s’étend-il point aux compositions dramatiques, où Molière est certainement resté jusqu’ici sans émule, malgré d’heureuses tentatives secondaires. Quant aux productions destinées à la représentation épique des mœurs privées , et qui constituent encore le genre à la fois le plus original et le plus étendu des créations littéraires propres à la société moderne , on voit alors surgir, parmi beaucoup d’estimables témoignages de l’universelle spontanéité d’un tel essor, les admirables chefs-d’œuvre de Lesage et de Fielding, qui suffiraient seuls à prouver que la médiocrité des autres travaux contemporains n’indique aucune dégénération réelle dans les facultés poétiques de l’humanité. Relativement aux arts

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plus spéciaux, cette phase est nettement cai-acté' risée par l’évolution décisive de la masique dramatique, surtout en Italie et en Allemagne, qui doit tant influer, par sa nature , sur la profoude incorporation populaire de la vie esthétique au système général de l’existence moderne.

11 serait assurément superflu d’insister ici sur l’inévitable accroissement, pendant toute cette troisième période, du caractère critique déjà signalé dans le mouvement esthétique de l’époque précédente, et qui devait toujours se développer davantage à mesure que la désorganisation de l’ancien régime politique devenait plus systématique et plus irrévocable. Mais il faut, à ce sujet, convenablement apprécier l’importante transformation que cette coopération plus active et plus complète à l’ébranlement pliilosophique du siècle dernier a naturellement déterminée dans l’ensemble de l’évolution élémentaire que nous achevons d’examiner. D’abord, cette relation a exercé sur l’art une haute influence provisoire, en lui procurant spontanément, à un certain degré, une , direction générale et une destination sociale, qui ne pouvaient alors autrement exister. Malgré les graves dangers esthétiques d’une philosophie purement négative, dont les inspirations passagères tendaient à neutraliser la vérité fondamentale des

conceptions poétiques, ta caducité nécessaire du régime antérieur devait procurer à cette impulsion très.imparfaite une valeur véritable quoique temporaire, qui subsistera plus ou moins jusqu’à l’avénement ultérieur d’une systématisation positive, correspondante à la réorganisation finale. Cette intime alliance fut alors naturellement personnifiée chez l’illustre poète placé à la tête de l’ébranlement philosophique, à la propagation duquel il consacra, avec tant de succès, l’admirable variété de son talent, sans jamais hésiter, suivant son but principal, à sacrifier les convenances esthétiques aux intérêts, même momentanés, de l’élaboration négative. Quoique profondément funeste au développement propre de l’art, ce dernier régime provisoire a été néanmoins nécessaire pour achever, sous le rapport social, l’évolution préparatoire du nouvel élément, ainsi directement incorporé désormais au grand mouvement politique des sociétés modernes, où il ne pouvait d’abord s’agréger autrement. C’est par là que les poètes et les artistes, à peine affranchis des protections personnelles au début de cette phase, sont alors rapidement parvenus à être en quelque sorte érigés spontanément, à beaucoup d’égards, en cheÊ spirituels des populations modernes contre le système de résistance rétrograde qu’elles

tendaient à détruire irrévocablement : car, les facilités propres à une élaboration purement négative , déjà dc^matiquement préparée , comme je l’ai expliqué, par les métaphysiciens antérieurs, permettaient, en effet, à des intelligences bien plus esthétiques que philosophiques, de s’emparer, contre leur nature, de la direction journalière d’un tel mouvement, où elles trouvaient une source d’activité que l’art proprement dit ne pouvait momentanément leur offrir, et en même temps une heureuse extension des habitudes critiques déjà contractées sous la phase précédente. Mais les suites ultérieures de cette étrange confusion ne devaient pas être moins funestes à la société moderne qu’à l’art lui-même, aussitôt que la transition révolutionnaire serait assex avancée pour permettre, et même pour exiger, l’ascendant immédiat du mouvement de réorganisation positive. Gir, la classe équivoque des littérateurs, issue d’une telle transformation , et malheureusement dès-lors investie jusqu’ici de la suprême direction spirituelle de l’ébranlement social , tend à éloigner spontanément la régénération finale, par son inclination naturelle à prolonger abusivement le règne de l’esprit critique, seul susceptible de maintenir sa prépondérance sociale, comme je l’expliquerai spécialement au chapitre suivant.

Quoi qu’il en soit , le véritable terme nécessaire de la préparation sociale propre à l’élément esthétique n’en est ainsi que plus hautement caractérisé, puisque son irrévocable incorporation à la sociabilité moderne s’est trouvée poussée, par cette exagération temporaire, au-delà même de la destination normale la plus conforme à sa nature fondamentale.

L’ensemble de l’appréciation historique que nous venons d’accomplir montre donc que l’évolution esthétique , depuis son origine au moyenâge, jusqu’à lu tin de la dernière phase essentielle de la double transition moderne , est graduellement parvenue au point de ne pouvoir plus recevoir de nouveaux développemens autrement que par l’élaboration directe de la réorganisation universelle , comme nous l’avions déjà reconnu pour révolution industrielle , base principale de notre état social. Nous devons maintenant procéder à une équivalente démonstration envers l’évolution scientiâque proprement dite, et ensuite quant à l’évolution purement philosophique, en tant qu’elles peuvent être distinguées provisoirement l’une de l’autre, suivant nos explications préliminaires: ce qui doit enfin çonduire à faire spontanément sortir, de leur commune terminaison , le vrai principe immédiat de la systématisation spirituelle, et, par

suite , temporelle , qui ne saurait trouver ailleurs aucune base sufBsante.

Parmi les diverses aptitudes fondamentales de notre intelligence, les facultés scientifiques et philosophiques sont assurément, chez presque tous les hommes, les moins énergiques de toutes, comme je l’ai directement expliqué au quarantecinquième chapitre et au cinquantième, en caractérisant l’imperfection de notre constitution cérébrale : aussi leur influence immédiate sur la vie réelle, soit privée, soit publique, est-elle ordinairement beaucoup moindre que celle des facultés esthétiques , à leur tour surpassées, à cet égard, par les facultés industrielles ou pratiques, dont l’activité continue , à la fois plus facile et plus urgente, doit être communément prépondérante. Mais, malgré cette moindre énergie naturelle, l’esprit scientificfue ou philosophique finit, de toute nécessité , par obtenir indirectement le principal empire dans l’ensemble de l’évolution humaine, soit individuelle, soit surtout sociale, d’après son éminente destination relativement aux conceptions générales sur lesquelles repose tout le système de nos idées quelconques à l’égard du monde extérieur et de l’homme lui-même : l’extrême lenteur des grands changemens qui s’y rapportent, confirme simultanément leur impor-

tance et leur difficulté supérieures , quoiqu’elle ait souvent dissimulé la réalité d’un ascendant élémentaire que sa propre permanence devait rendre moins appréciable. Nous a vons pleinement reconnu que toute la civilisation ancienne dépendait inévitablement du premier essor spéculatif de l’humanité, caractérisé par une spontanéité parfaite, et aboutissant à une philosophie purement théologique , qui n’a pu ensuite que se modifier de plus en plus, en tendant vers son irrévocable extinction , sans toutefois pouvoir encore être suffisamment remplacée. 11 s’agit maintenant d’expliquer comment, à partir du moyen-âge, véritable source, à tous égards, des grandes transformations ultérieures, l’esprit humain, après avoir essentiellement épuisé les plus hautes applications sociales que comportât cette philosophie primitive, a dès-lors commencé à tendre directement, quoique avec un instinct très confus de sa marche nécessaire, vers la suprématie finale d’une philosophie radicalement différente, et même opposée, destinée à constituer la base rationnelle d’une réorganisation vraiment durable, seule conforme à la nature propre de la civilisation moderne. Or, cette grande évolution philosophique a nécessairement continué à dépendre de plus en plus de l’évolution scientifique proprement dite , dont

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