TOME VI. i
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nous avons apprécié , au cinquante-troisième cha> pitre, le mémorable développement initial, et qui déjà avait secrètement déterminé la dégénération croissante de l’esprit purement théologiqne en esprit métaphysique, uniquement apte à préparer l’ascendant universel de l’esprit franchement positif. L’intime connexité de ces deux évolutions simultanées n’empêche pas que notre appréciation historique ne doive provisoirement les traiter comme distinctes, suivant nos explication.^ préliminaires , jusqu’aux temps prochains où le génie philosophique et le génie scientifique auront suffisamment accompli leur essor préparatoire, en acquérant enfin, l’un la pleine positivité, l’autre l’entière généralité, qui leur manquent encore, et dont ce Traité est directement destiné à organiser l’indispensable combinaison normale , seule base possible de la r^énération sociale. Dans cette séparation transitoire de deux progressions que leur nature commune appelle certainement n se confondre bientôt d’une manière irrévocable, il convient évidemment d’examiner d’abord le mouvement scientifique, sans lequel le mouvement philosophique resterait essentiellement inintelligible, malgré la réaction effective, jusqu’ici très secondaire , du seconil sur le premier : d’où résulte, à leur égard , la confirmation S|^ciale de
l’ordre général établi , au préambule de ce chapitre, entre les quatre aspects partiels propres à la grande série positive que nous achevons d’étudier. Malgré l’importance prépondérante de cette double appréciation finale, il est clair que nous sommes d’avance heureusement dispensés de nous y arrêter autant qu’envers les deux autres évolutions déjà considérées , puisque les trois premiers volumes de ce Traite ont été directement consacrés, non-seulement à caractériser pleinement, sous tous les rapports fondamentaux, le véritable esprit scientifique et l’esprit philosophique correspondant, mais aussi à expliquer suffisamment, par une anticipation naturelle , la vraie filiation historique des principales conceptions scientifiques, ainsi que leur influence graduelle, à la fois positive et négative, sur l’éducation philosophique de l’humanité : ce qui ne nous laisse plus à accomplir ici d’autre opération essentielle que la seule coordination générale de ces diverses vues historiques , alors nécessairement isolées , en écartant d’ailleui's , comme pour les deux premières progressions, tout ce qui pourrait dégénérer en histoire concrète ou spéciale de la science ou de la philosophie, également incompatible aveclanature et la destination de notre élaboration dynamique , aussi bien qu’avec ses limites indispensables.
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De même que pour les deu.v cas précédeqs , il faut d’abord apprécier l’origine de la moderne évolution scientifique, au sein du régime monotbéique propre au moyen-âge, aussitôt que l’entier développement de l’organisme catholique et féodal put y permettre le libre essor continu d’une activité philosophique qui n’avait jamais été réellement suspendue, mais dont le cours général avait dû être longtemps ralenti par les justes préoccupations politiques qui, pendant les deux phases antérieures, dirigeaient surtout les plus éminens esprits vers l’élaboration, bien plus urgente, du nouvel état social. Quoique cette progression fût nécessairement liée au développement initial de la philosophie naturelle dans l’ancienne Grèce, ce n’est pourtant pas sans raison qu’elle est habituellement traitée comme directe, non-seulement à cause de cette mémorable recrudescence après un ralentissement très prolongé, mais principalement en vertu des caractères beaucoup plus décisifs qu’elle dut alors manifester de plus en plus : pourvu toutefois que ces différences fondamentales ' ne fassent jamais négliger l’inévitable enchaînement qui rattachera toujours les découvertes des Kepler et des Newton à celles des Hipparque et des Archimède.
J’ai suilisamment expliqué , au cinquante-lroi-
sième chapitre, comment le premier essor scientifique avait spontanément déterminé, il y a plus de vingt siècles, cette division capitale, entre la philosophie naturelle et la philosophie morale, dont l’ascendant provisoire devait diriger jusqu’à nos jours la marche générale de l’esprit humain ; en permettant à la plus simple des deux branches une vie assez indépendante de l’existence propre à la plus compliquée , pour que l’une pût librement parcourir les divers degrés de l’état métaphysique, tandis que les nécessités sociales, encore plus que sa difficulté supérieure, retiendraient davantage l’autre à l’état purement théologique , désormais parvenu toutefois à sa dernière phase essentielle. D’après cette séparation primitive, nous avons ensuite reconnu comment la philosophie naturelle avait dû rester, non-seulement étrangère, mais extérieure à l’organisation finale du monothéisme catholique, qui, forcé plus tard de se l’incorporer, tendit dès- lors à se dénaturer irrévocablement, par ce célèbre compromis qui constitue la scolatique proprement dite , où ia théologie se rend profondément dépendante de la métaphysique , comme je l’indiquerai spécialement au sujet de l’évolution philosophique. Cette extrême modification de l’esprit religieux dut être heureusement décisive pour l’évolution scienti-
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fique, désormais protégée directement par l’ensemble des doctrines dominantes, du moins jusqu’à l’époque, alors encore éloignée, où son caractère anti-tliéologique serait suffisamment développé. Mais, abstraction faite de l’influence .scolastique , et avant même qu’elle pût devenir pleinement ilistincte, il n’est pas douteux que le catholicisme devait exercer spontanément une action immédiate et continue pour seconder, par une utile stimulation , l’essor universel de la philosophie naturelle, en commençant aussi à l’incorporer profondément au système de la sociabilité moderne, d’après une tendance encore plus directe et plus complète que celle ci-dessus expliquée pour l’essor esthétique , laquelle résultait surtout de l’organisation , et non de la doctrine , tandis que l’autre était également inhérente à toutes deux.
Nous avons, en eflet, reconnu , dans le volume précédent, combien le passage du polythéisme au monothéisme devait être, en général, spontanément favorable, soit au développement propre de l’esprit scientifique, soit à son influence habituelle sur le système commun des opinions humaines. Tel était le caractère éminemment transitoire de la philosophie monothéique, phase vraiment extrême de la philosophie théologique ,
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que, loin d’interdire directement, comme le polythéisme, l’étude spéciale de la nature, elle devait d’abord y attirer , à un certain degré, les contemplations universelles, pour l’appréciation détaillée de l’optimisme providentiel. Le polythéisme avait rattaché tous les phénomènes principaux à des explications si particulières et si précises, que chaque tentative d’analyse physique tendait nécessairement à susciter un conflit immédiat envers la formule religieuse correspondante : après même que, sous un tel régime mental et social, cette incompatibilité radicale se fut développée au point de pousser spontanément les j>enseurs à un monothéisme plus ou moins explicite, l’esprit d’investigation n’y resta pas moins profondément entravé par les justes craintes que devait inspirer l’opposition vulgaire , rendue plus redoutable par l’intime confusion entre la religion et la politique; en sorte que l’essor scientifique avait toujours été essentiellement extérieur à la société ancienne , malgré les encouragemeus exceptionnels qu’il y avait heureusement reçus. Au contraire, le monothéisme, réduisant les diverses explications religieuses à une vague et uniforme intervention divine, admettait, et même invitait, les scrutateurs de la nature à explorer assidûment les détails des phénomènes, et même à dévoiler
leurs lois secondaires, d’abord envisagées comme autant de manirestations de la su[»rême sagesse, dont la considération fondamentale établissait d ailleurs immédiatement une première liaison générale, alors très précieuse quoique fort imparfaite, entre les différentes parties quelconques de la science naissante; c’est ainsi que, par une utile réaction nécessaire, le monotbéisrae, primitivement resuite de 1 élan initial de 1 esprit scientifique, devenait maintenant indispensable à son second âge, soit pour ses progrès spéciaux, soit surtout pour sa propagation universelle , dès lors possible à uii certain degré. Ces importantes propriétés temporaires sont tellement inhérentes au monothéisme, qu’on les trouve aussi, moins prononcées toutefois, dans le monollieisine arabe, dont le premier ascendant fut si favorable à la culture des sciences : mais le monothéisme catholique, par l’éminente supériorité de son organisation caractéristique, devait exercer, à cet égard, chez une population mieux préparée, une influence a la fois bien plus profonde et beaucoup plus durable (i). Son esprit est, sous ce rapport,
(i) Il n’cst pa» inatilc de remaît|aer ici que chacun des deux monoiheismcs a , dès sou origine , heurensement institué une liaison spéciale et continue de son culte essentiel è la seule science naturelle qui fût alors possible, l’un par la relation de sa principale fête aux niouvo-
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directement indiqué par sa mémorable tendance continue, si mal appréciée jasqu’à présent, à restreindre autant que possible toute spéciale intervention surnaturelle, pour faire prévaloir de plus en plus les explications rationnelles, ainsi que je l’ai établi au cinquante-quatrième chapitre, quant aux miracles, aux prophéties, aux visions, etc., restes inévitables du régime polythéique, trop conservés, au contraire, par l’islamisme. Il serait d’ailleurs superflu de s’arrêter ici à faire expressément ressortir l’évidente influence que devait d’abord exercer l’organisation catholique, même avant sa pleine consolidation politique, sur le développement effectif et l’universelle propagation de l’activité scientifique : soit en excitant partout un premier degré de vie spéculative, et déterminant aussi quelques habitudes populaires de dis-
mens da soleil e( de la Inné, l’antre par l’orientation fixe impostic aux attitudes d’adoration ; ce qui, des deux parts, exigc.nît nécessairement une certaine culture permanente des e'tudes astronomiques. Cette stimulation directe, évidemment bien plus profonde et plus complète dans le premier cas que dans le second, est très propre i faire nettement ressortir l'irrationnelle injustice du dédain superficiel qui a conduit tant d’historiens modernes à regarder l’astronomie comme totalement négligée h certaines époques du moyen-âge, tandis que les besoins même du culte chrétien ne pouvaient cesser d’inspirer une active sollicitude pour la conservation et le progrès des denx principales parties de la géométrie céleste.
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cussion rationnelle, de manière à stimuler les moindres germes individuels d’aptitude contemplative, et à disposer, en même temps, les plus vulgaires intelligences à goûter une certaine instruction abstraite; soit en fondant directement sa propre hiérarchie sur le principe de la capacité spirituelle, dont l’ascendant général permettait alors à tout éminent penseur d’ambitionner sans extravagance jusqu’à la plus haute dignité européenne, comme tant d’éclatans exemples l’ont constaté au moyen-âge; soit, enfin, par les immenses facibtés qu’elle offrait naturellement à l’existence mentale, et qui devaient conserver beaucoup de valeur , surtout en Italie , même après que la décadence spontanée du catholicisme aurait essentiellement éteint ses autres propriétés scientifiques. Aussi, dès la seconde phase du moyenâge, quand le nouvel état social commence à acquérir quelque consistance, les mémorables efforts de Charlemagne, et ensuite d’Alfred , pour activer et pour répandre la culture des sciences, viennent-ils manifester, de la manière la plus décisive, la tendance nécessaire de l’esprit catholique, déjà indiquée, sous la phase précédente, par la constante sollicitude des papes pour la conservation des connaissances antérieures , accompagnée de quelques améliorations secon-
(iaires. Cette seconde phase u’était pas même terminée lorsque , par exemple , le savant Gerhert , devenu pape, ût servir son pouvoir à l’établissement général du nouveau mode de notation arithmétique, dont l’élaboration graduelle, pendant les trois siècles précédons, était enfin achevée, quoique cette innovation capitale n’ait dû, par sa nature, devenir vraiment usuelle que longtemps après, quand l’essor universel de la vie industrielle aurait fait assez éuergiquement sentir la nécessité de simplifier et d’abréger les calculs les plus communs. Le système normal de l’éducation que recevaient alors, non-seulement tous les ecclésiastiques, mais aussi une foule de laïques, témoigne clairement cette tendance permanente du catholicisme , à l’état ascendant, vers la culture scientifique: car, si le trivium, auquel s’arrêtait la masse des élèves, était, comme aujourd’hui, purement littéraire et métaphysique, il est clair que tous les esprits distingués allaient habituellement jusqu’au çuaiiriViufn , directement consacré aux études mathématiques et astronomiques. Toutefois, il faut reconnaître que, en vertu des hautes préoccupations politiques, à la fois spirituelles et temporelles , que j’ai suilisamment expliquées comme nécessairement propres à la seconde période du moyeu-âge , les princi-
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paux progrès scienlifiqiies n’y durent point être dirigés par le monothéisme catholique, qu’absorbaient justement des soins bien plus importons, mais par le monothéisme arahe, si heureusement destiné, pendant ces trois siècles, à cet indispensable relai, et dont l’ascendant présida aux utiles améliorations qui s’introduisirent dans les anciennes connaissances mathématiques et astronomiques, surtout d’après l’essor distinct de l’algèbre, et la féconde extension de la trigonométrie, double / progrès qu’exigeaient hautement les besoins croissons de la géométrie céleste. On conçoit aisément aussi que, sous la première phase, la profonde perturbation habituellement résultée des grandes invasions occidentales avait dû faire provisoirement dépendre du monothéisme byzantin la principale culture scientifique. C’était donc seulement à la troisième phase que devait appartenir la manifestation pleinement décisive des éminentes propriétés du catholicisme pour l’essor initial de la moderne évolution scientifique, après ces deux utiles fonctions temporaires successivement remplies par les deux autres monothéismes, auxquels leur vicieuse organisation ne pouvait permettre de rester vraiment progressifs aussi longtemps, à beaucoup près, que l’a été le monothéisme catholique, quoique celte même imperfection
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leur eût d’abord procuré une marche plus rapide, en les dispensant tous deux de la longue et pénible élaboration intérieure qui avait été indispensable au calliolicisine afin d’établir, entre les deux pouvoirs élémentaires, cette division fondamentale, où nous avons reconnu, à tous égards, la première base nécessaire des plus grands progrès ultérieurs.
Tant que ces sollicitudes politiques avaient dû justement prévaloir, c’est-à-dire, jusqu’à l’entière ascension de l’organisme catholique et féodal pendant le onzième siècle, l’essor scientiSque, alors nécessairement rattaché à la doctrine d’Aristote , n’avait pu être encouragé que par les heureuses dispositions spontanées que nous venons d’appréoier, mais qui ne pouvaient encore neutraliser sufâsamment l’ancienne antipathie fondamentale entre la philosophie naturelle, devenue métaphysique, et la philosophie morale, restée théologique. Mais, quand la pleine réalisation de cette grande création politique eut enfin essentiellement épuisé l’aptitude constituante de celle-ci, l’autre, dont l’impuissance organique cessait ainsi de maintenir la subalternité primitive, dut alors, à sou tour, tendre directement vers la prépondérance spirituelle, comme seule apte à diriger activement le mouvement mental, qui dès-lors succédait au mouvement social. Cette lutte inévitable dut se
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terminer bientôt par l’avénemeut universel de la scolastique , qui constituait l’ascendant décisif de l’esprit métaphysique proprement dit sur l’esprit purement tliéologique, et qui préparait nécessairement le triomphe ultérieur de l’esprit positif, par cela meme que l’étude du monde extérieur commençait ainsi à dominer l’étude immédiate
de l’homme, comme je l’ai indiqué à la fin du cinquante -quatrième chapitre. La consécration solennelle qui s’attacha dès lors à l’autorité d’Aristote, fut à la fois le signe éclatant de cette mémorable transformation , et la condition indis pensable de sa durée, puisque cet expédient pouvait seul contenir, même très-imparfaitement, les divagations illimitées que devait susciter une telle philosophie activement cultivée. Cette grande révolution intellectuelle, dont la portée est encore trop peu comprise, a déjà été assignée, dans la leçon précédente, comme la principale origine de la décomposition spontanée propre à la philosopliie catholique ; or, son efficacité positive ne fut pas moins réelle que son activité négative; car, c’est d’elle que dérive certainement l’accélération toujours croissante dès lors imprimée à l’évolution scientifique. Par là, en effet, celle-ci se trouve enfin directement incorporée, pour la première fois, à la sociabilité humaine, d’après son intime
connexité antérieure avec le système philosophique ainsi devenu dominant, et dont elle-même devait ensuite tendre à déterminer l’élimination finale, après quatre ou cinq siècles de préparation graduelle, selon nos explications ultérieures. Cette nouvelle progression scientifique, dès lors plus ou moins perpétuée jusqu’à nos jours, se manifeste bientôt , non-seulement par une active culture des connaissances grecques et arabes, mais surtout par la création , à la fois en Orient et en Occident, de la chimie, où l’investigation fondamentale de la nature faisait un pas vraiment capital, en s’étendant désormais à un ordre de phénomènes destiné à constituer le nœud principal de la philosophie naturelle , comme lien général entre les études organiques et les éludes inorganiques, suivant les notions établies dans le troisième volume de ce T raité. La science commence déjà tellement à exciter la principale sollicitude des plus éminens penseurs, que cette ardeur naissante est même poussée jusqu’à des tentatives beaucoup trop prématurées pour comporter encore aucun succès soutenu, quoiqu'elles dussent ofinr d’énergiques témoignages de la transformation mentale, et même, à certains égards, quelques précieuses indications ultérieures : telles sont, par exemple, les heureuses conjectures où le
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grand Albert déposa les premiers germes historiques de la saine physiologie cérébrale. Enfin, l’barmonie fondamentale de ce nouvel essor intellectuel avec la vraie situation générale des esprits actifs, se trouve évidemment caractérisée, delà manière la plus décisive , par l’empressement continu qui attirait des milliers d’auditeurs aux leçons des grandes universités européennes, pendant la dernière phase du moyen-âge: car, celte influence mémorable, très supérieure à celle des plus célèbres écoles grecques, ne s’attachait pas seulement aux controverses métaphysiques proprement dites j le développement naissant de la philosophie naturelle y avait certainement une grande part , en un temps où la prépondérance de l’organisation spirituelle entretenait une ardeur spéculative peut-être plus vive et surtout plus pure que celle qui existe aujourd’hui sous l’ascendant momentané des seules inspirations temporelles.
Les diverses sciences étaient alors trop peu étendues, et surtout leur véritable esprit était encore trop peu développé , pour nécessiter déjà la spécialisation croissante qui devait ultérieurement décomposer la philosophie naturelle, et qui , après avoir provisoirement rendu des services vraiment fondamentaux, présente aujourd’hui tant d’entraves aux plus indispensables progrès de notre
intelligence et de notre sociabilité, comme je l’expliquerai bientôt. A cette mémorable époque, l’uniforme assujétissement des principales conceptions humaines au pur régime des entités scolastiques, directement liées entre' elles par la grande entité générale de la nature, établissait une certaine harmonie mentale, à la fois scientifique et logique , qui ii 'avait pu encore exister au même degré, si ce n’est sous l’ascendant universel du polythéisme antique, et qui ne pourra être désormais retrouvée que d’après l’entière organisation de la philosophie positive, jusqu’ici purement rudimentaire. Quoique cette union incomplète et artificielle, où l’esprit métaphysique s’efforcait de combiner la théologie avec la science^ ne comportât certainement aucune stabilité, elle n’en offrait pas moins dès-lors les avantages essentiels toujours inhérens à de semblables tentatives, et qui se manifestèrent déjà, d’une manière émi-^ nente, par la direction vraiment encyclopédique des hautes spéculations abstraites, profondément marquée surtout chez l’admirable moine Roger Bacon, dont la plupart des savans actuels, si dédaigneux du moyen-âge, seraient assurément incapables, je ne dis point d’écrire , mais seulement de lire, la grande composition , à cause de l’immense variété des vues qui s’y trouvent sur tous les di-