TOME VI. l
vers ordres de phénomènes. Ainsi, la conception scolastique du xiii* siècle, en commençant l’incorporation directe de l’élément scientifique au système de la société moderne, avait aussi donné, à sa manière , une image, anticipée mais expressive , de l’esprit d’unité çt de rationnalité qui devra finalement diriger la culture normale de la science réelle, quand son évolution préliminaire sera suffisamment accomplie. L’isolement de l’esprit scientifique dans l’antiquité, après la séparation fondamentale entre la philosophie naturelle et la philosophie morale, n’avait certainement pu tenir à l’extension des connaissances réelles, alors bien moindre qu’au, moyen-âge, mais à l’antipathie primitive des deux philosophies , et surtout à leur commune incompatibilité avec le milieu pulythéique où s’accomplissaient simultanément leurs évolutions respectives. Quand la transaction scolastique eut enfin agrégé l’une d’elles à la suprématie sociale longuement conquise par l’autre, ce premier isolement devait spontanément cesser, jusqu’à ce que l’essor caractéristique de l’esprit positif vint bientôt déterminer son irrévocable éloignement de toutes deux, et, par suite, sa propre spécialisation provisoire.
Cette première systématisation scientifique, aussi précaire qu’knparfaite, et cependant la plus
satisfaisante que permit l’époque, s’accomplit principalement d’après deux conceptions générales qu’il importe ici d’apprécier sommairement , comme servant de base , l’une à l’astrologie, l’autre à l’alchimie, si longtemps prépondérantes. On se forme aujourd’hui de très vicieuses notions de ces’ deux mémorables doctrines, en les enveloppant, d’après une superflcielle critique, dans le dédain confus qui s’attache indistinctement à tout l’incohérent assemblage de ce qu’on a nommé, depuis le XVII* siècle, les sciences occultes. Pour éclairer celte vague appréciation par une analyse vraiment philosophique, il suffit de remarquer que cette aveugle flétrissure s’attache à la fois à des croyances purement rétrogrades, héritage transformé des superstitions polythéiques ou même fétichiques, et à des couceptions éminemment progressives, dont le vice essentiel ne résultait alors que d’une extension trop audacieuse de l’esprit positif, avaut que la philosophie théologique pût être suffisamment éliminée : la magie, entre autres, est dans le premier cas; mais l’astrologie et l’alchimie sont, an contraire, dans le second, quoique les haines religieuses aient souvent tourné contre elles celle étrange confusion vulgaire, quand la secrète antipathie entre la science et la théologie devint enfin manifeste.
Sans doute, l’astrologie du moyen-âge, malgré son éminente supériorité envers l’astrologie antique, dont on ne sait plus la distinguer, retient, comme celle*ci, mais à un degré beaucoup moindre, une certaine influence fondamentale de l’état, encore nécessairement théologique à tant d’égards, de la philosophie dominante, même après la grande transformation scolastique: car elle suppose toujours l’univers subordonné à l’homme, ou du moins disposé pour lui; ce qui constitue le principal caractère philosophique de l’esprit théologique, dont la découverte du mouvement de la Terre a pu seule directement commencer l’ébranlement décisif, ainsi que je l’ai expliqué dans le second volume de ce Traité {voyez la vingtdeuxième leçon ). Néanmoins, à cela près , il n’est pas douteux, sous un autre aspect, que cette doctrine reposait aussi sur une disposition très progressive, et seulement trop hasardée, à subordonner tous les phénomènes quelconques à d’invariables lois naturelles, comme la qualiflcation normale d’astrologie judiciaire le rappelait directement. L’analyse scientifique était alors beaucoup trop imparfaite pour que l’esprit humain pût assigner aux phénomènes astronomiques leur vraie position rationnelle dans l’ensemble de la physique, ce que tant de savans actuels seraient même inca-
pables d’établir méthodiquement; en sorte que aucun principe ne pouvait encore contenir l’exagération idéale attribuée aux influences célestes. Dans une telle situation , il convenait certainement que notre intelligence, s’appuyant sur les seuls phénomènes dont elle ei)t ébauché déjà les lois effectives, tentât d’y ramener directement tous les autres phénomènes quelconques, même humains et sociaux. Aucune marche scientifique ne pouvait assurément être alors plus rationnelle: la seule universalité de cette tendance , aussi bien que son opiniâtre persévérance jusqu’à l’avantdernier siècle, suffiraient à indiquer son harmonie nécessaire, sociale autant que mentale, avec l’ensemble de la situation correspondante. Les savans qui la condamnent aujourd’hui d’une manière absolue, sans en comprendre la destination historique, tombent eux-mêmes journellement dans une aberration fort analogue, et peut-être plus vicieuse encore, surtout moins excusable, quoique heureusement moins susceptible d’activité, en rêvant, par exemple, la future explication de tous les phénomènes biologiques, même cérébraux, d’après des influences électriques ou magnétiques, ce qui constitue, comme on sait, l’utopie favorite de presque tous les physiciens actuels, par suite des hypothèses fantastiques que
PHILOSOPHIB POSITIVE.
j’ai tant combattues. Enfin , considérée quant à son action nécessaire sur l’éducation universelle de la raison humaine, l’astrologie judiciaire du moyen-âge a certainement rendu le plus éminent service, pendant les quatre ou cinq siècles de son ascendant réel, dont il reste encore tant de traces, en faisant activement pénétrer partout un premier sentiment fondamental de la subordination des phénomènes quelconques à des lois invariables, qui les rendent susceptibles de prévision ralir^inelle: car, une fois qu’on admettait les chimériques principes relatifs aux influx et aux pronostics, les prédictions astrologiques avaient habituellement un caractère aussi scientifique que les calculs astronomiques d’où elles résultaient.
Une semblable appréciation s’applique également à l’alchimie, d’ailleurs intimement liée à l’astrologie, comme je l’ai noté au premier chapitre du tome troisième : toutefois , sa conception générale devait être moins philosophique, d’après la nature plus compliquée et l’état moins avancé des études correspondantes, alors à peine ébauchées. Sa rationnalité primitive n’est pas plus équivoque, en se reportant à la situation correspondante des connaissances chimiques. J’ai expliqué , en effet, au sujet de la chimie, que les spéculations relatives aux phénomènes de composition
et de décomposition, radicalement impossibles tant que l’antique philosophie n’avait admis qu’un seul principe, n’avaient pu trouver une première base que dans la doctrine d’Aristote sur les quatre élémens. Or, ces élémens étaient, par leur nature, essentiellement communs à presque toutes les substances effectives , réelles ou même artificielles; en sorte que, tant que cette doctrine a prévalu, la fameuse transmutation des métaux ne devait pas être jugée plus chimérique que les transformations journalières accomplies par les chimistes actuels entre les diverses matières végétales ou animales, d’après l’identité fondamentale de leurs premiers principes. Ainsi, en jugeant l’alchimie , on oublie trop aujourd’hui que l’absurdité des audacieuses espérances qu’elle suscitait n’a pu être vraiment démontrée que depuis les découvertes capitales propres à la seconde moitié du siècle dernier. Il est d’ailleurs évident que l’alchimie tendait aussi heureusement que l’astrologie vers l’universelle propagation active du principe fondamental de toute philosophie positive, l’invariable subordination de tous les phénomènes à des lois naturelles, ainsi étendu des grands effets généraux aux moindres opérations particulières. Car, sans méconnaître la haute inûuence de l’esprit théologique sur les illusions des alchi-
a'JS PHILOSOPHIE POSITIVE.
mistes, on ne peut douter que leur admirable persévérance pratique ne supposât nécessairement, et par suite ne rappelât avec énergie, une telle invariabilité: si le vague espoir d’une sorte de miracle contribuait presque toujours à soutenir leur courage contre des désappointemens journa* liers, en même temps la permanence des lois physiques pouvait seule les engager à poursuivre leur but autrement que par la prière, le jeûne, et les autres expédiens religieux.
Je devais ici m’arrêter spécialement à cette double appréciation philosophique de la partie la plus importante et la plus méconnue de l’évolution scientifique propre au moyen-âge , envisagée soit quant au progrès spécial de l’esprit positif, soit quant à son intime incorporation â la sociabilité moderne. Sous l’un et l’autre aspect, j’espère que ces indications sommaires feront enfin rendre une véritable justice historique à deux immenses séries de travaux , qui ont tant et si longtemps contribué au développement de la raison humaine, malgré les graves abeiTatious qu’elles ont suscitées. En succédant nécessairement aux astrologues et aux alchimistes du moyen-âge , les savans modernes n’ont pas sevüement trouvé la .science déjà ébauchée par l’utile persévérance de ces hardis précurseurs^ mais , ce qui était plus
(lifiTicile encore , et non moins indispensable , ils ont aussi trouvé suffisamment établi l’indispensable principe général de l’invariabilité des lois naturelles: son admission populaire n’aurait pu certainement être déterminée par une influence plus active et plus profonde , dont nous recueillons les heureux résultats, en oubliant trop leur source nécessaire. L’action morale de ces deux grandes conceptions provisoires, qu’une irrationnelle ingratitude faitexclusivementqualifier d’aberrations, ne fut pas d’ailleurs moins favorable que leur action mentale à l’éducation préliminaire de la société moderne. Car , tandis que l’astrologie tendait à inspirer habituellement une haute idée de la sagesse humaine, d’après les prévisions relatives aux lois les plus simples et les plus générales, l’ alchimie relevait avec énergie le digne sentiment de notre puissance réelle, déprimé par les croyances théologiques, en nous inspirant d’audacieuses espérances sur notre active intervention dans les phénomènes les plus susceptibles d’une modification avantageuse.
Telle est l’appréciation fondamentale de l’origine nécessaire de la moderne évolution scientifique, au sein du régime monothéique propre au moyen-âge, et considéré surtout dans sa dernière phase. 11 était superflu d’y indiquer expressément
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l’heureuse influence secondaire évidemment exercée, à cet égard, par l’évolution industrielle et ensuite par l’évolution esthétique, qui avaient dû précéder ce premier essor scientifique , auquel l’une assignait spontanément une relation directe et permanente avec les travaux journaliers , et pour lequel l’autre préparait les plus vulgaires intelligences par un indispensable éveil spéculatif. D’après ce point de départ général, qui seul devait nous offrir une véritable dilbculté, à cause des funestes préjugés dont il est encore l’objet chez les meilleurs esprits actuels, nous pouvons aisément accomplir, autant que l’exige notre but principal, l’examen rapide de cette progression capitale, pendant les trois phases successives que nous avons établies, à tant d’égards, dans l’histoire moderne, et qui vont ici continuer à se distinguer entre elles suivant des principes fort analogues à ceux déjà employés pour les autres progressions.
Sous la première phase , en effet , la marche de la science est, en général, comme celle de l’industrie, et celle de l’art, essentiellement spontanée, c’est-à-dire qu’elle résulte surtout d’un simple prolongement naturel des principales influences initiales que nous venons de voir constituées au moyen-âge, sans aucune intervention importante des encouragemens spéciaux qui furent en-
aSi
suite organisés. C’est alors que l’on peut le mieux apprécier la liaute utilité des chimères astrologiques et des illusions alchimiques pour soutenir la nouvelle classe spéculative jusqu’à cet é^ahlissemeiit ultérieur: aussi tel est l’aspect grossier sons lequel seulement ont été quelquefois appréciées l’astrologie et l’alchimie, dont la haute influence mentale est encore totalement méconnue. Tandis que l’esprit métapiiysique, désormais rappelé à sa nature critique, dont la scolastique l’avait momentanémentécarté, n’était essentiellement préoccupé que des luttes décisives des rois contre les papes, où il devait trouver la plus convenable alimentation, la science, placée .sous sa dangereuse tutelle , eût été presque abandonnée , si déjà le régime antérieur ne l’avait profondément liée, par ce double attrait, au système de l’existence moderne. Pour bien sentir une telle nécessité, il faut observer que la philosophie naturelle, alors trop imparfaite , ne pouvait encore se recommander par ces grandes applications pratiques qui lui rattachent aujourd’hui les plus grossiers intérêts : en outre, la faible énergie des facultés scientifiques chez presque tous les hommes ne lui permettait point de compter sur les heureuses sympathies personnelles que l’art a seul le privilège d’exciter suflisamment, et que ne pouvaient assu-
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rément éprouver alors tant de chefs dont l’esprit se contentait aisément des explications théologiques, ou du moins métaphysiques. Les princes capables, comme Charlemagne et le grand Frédéric, de goûter réellement les sciences, sont nécessairement très rares, tandis que les inclinations esthétiques de François I®'’ et de Louis XIV doivent être beaucoup plus communes. Ainsi, les astronomes et les chimistes ne pouvaient, à cette époque, être convenablement accueillis qu’à titre d’astrologues et d’alchimistes, puisqu’ils ne devaient d’ailleurs trouver que de très faibles ressources dans les universités, qui n’étaient, parleur nature, pleinement favorables qu’à l’esprit purement métaphysique, dont l’esprit scientifique tendait déjà à se séparer nettement. Celte influence propre et directe était alors d’autant plus nécessaire aux savans, que le catholicisme, devenu peu à peu rétrograde, comme je l’ai expliqué, à mesure que s’accomplbsait sa décomposition politique, commençait à manifester son antipathie finale pour l’essor scientifique qu’il avait d’abord tant secondé, et dont désormais il craignait justement l’action irreligieuse sur tous les esprits actifs : beaucoup d’exemples ont assurément prouvé à (|uelle désastreuse oppression la science aurait été ainsi exjiosée, en un temps où la décadence eu-
ropéenne du catholicisme n’empéchait point encore son grand ascendant intérieur, si les conceptions astrologiques et alchimiques ne lui avaient assuré partout, et au sein même du clergé, d’actives protections individuelles.
Quant au progrès spéculatif, il ne peut, à cette époque, donner lieu à aucun mouvement capital dans les connaissances déjà ébauchées. La chimie devait rester longtemps encore à l’état préliminaire d’acquisition des matériaux, qui continuèrent à s’accumuler rapidement : l’astronomie seule, et la géométrie qui lui restait adhérente, pouvaient sembler susceptibles d’améliorations plus décisives; mais, au fond, la première n’avait' pas suffisamment épuisé les ressources que comportait l’artifice des épicycles pour prolonger la durée de l’antique hypothèse des mouvemens circulaires et uniformes, dont l’irrévocable élimination était réservée à la phase suivante, et la seconde était arrêtée, par l’inévitable imperfection de l’algèbre , au simple prolongement de l’ancien esprit géométrique , caractérisé par la spécialité des recherches et des méthodes, en attendant la grande révolution cartésienne. Aussi le principal perfectionnement dut-il alors consister, à l’un et l’autre titre, dans l’extension simultanée de l’algèbre naissante et delà trlgonométrîc , enfin complétée par l’usage
des tangentes, et dans l’utile impulsion qui s’ensuivit pour l’astronomie , commençant dès lors à préférer babituellement les calculs aux procédés graphiques, en même temps que les observations, soit angulaires, soit surtout horaires, devenaient également plus précises. C’est pendant cette première phase que se développe le plus complètement la puissante stimulation scientihque propre aux conceptions astrologiques, qui, par leur nature, proposaient coulinuellement aux travaux astronomiques le but le plus étendu elle plus décisif, en faisant directement prévaloir, au plus, haut degré, la détermination des aspects binaires, ternaires, et même quaternaires, où se trouve le plus parfait critérium des théories célestes, puisqu’elle exige le perfectionnement simultané des études relatives aux divers astres correspondans, comme je l’ai expliqué au vingt-troisième chapitre : , l’utile excitation primitive que le catholicisme, avait, à cet égard, spécialement procurée pour le. calcul des fêtes mobiles, était certainement très faible en comparaison de cet énergique aiguillon, permanent.
- L’unique accroissement fondamental qu’éprouve, à cette époque, la philosophie naturelle, résulte de l’essor direct de l’anatomie, qui, précédemment réduite à d’insufiisantes explorations
animales, put enfin reposer, à partir seulement du XIV* siècle, sur une série de dissections humaines, jusque alors trop entravées par les préjugés religieux, suivant la juste remarque de Vicq-d’Azyr. Quoique cette première ébauche dût êtr« nécessairement encore plus imparfaite que celle des recherches chimiques, elle n’en avait pas moins déjà une haute importance, en complétant le système naissant de la science moderne, commençant ainsi à s’étendre de l’étude de l’univers à celle de l’homme lui-même, par l’interposition naturelle de la physique moléculaire. Cette extension nécessaire n’était pas moins essentielle, sous le rapport social , pour consolider l’existence de la nouvelle classe spéculative, en y agrégeant spontanément la corporation des médecins, qui, de leur subalternité presque servile chez les anciens, s’étaient déjà élevés, au moyen-âge, à une puissante influence privée, bientôt rivale de l’influence sacerdotale. Malgré les graves obstacles que l’adhérence trop intime et trop prolongée de la science biologique à l’art médical oppose, de nos jours, à leur perfectionnement respectif, suivant les explications de la quarantième leçon, cette inévitable confusion n’en était pas moins d’abord indispensable pour assurer la continuité des travaux anatomiques avant l’érection d’aucun
établissement tliéorique. On sait d’ailleurs comment les conceptions astrologiques et alchimiques étaient intimement liées à des conceptions analogues, douées, à tous égards, des mêmes avantages'provisoires, envers cette troisième branche fondamentale de la philosophie naturelle, dont l’essor naissant dut être si longtemps soutenu par l’énergique chimère d’une médication universelle, tendant aussi, soit à introduire spécialement le principe de l’invariabilité des lois physiques dans les phénomènes les plus compliqués, soit à suggérer d’audacieuses espérances sur l’action rationnelle de l’homme pour modifier utilement son propre organisme : double aspect sous lequel commençait à se manifester dès-lors, comme relativement aux deux autres ordres de phénomènes , l’incompatibilité radicale entre l’esprit scientifique et l’esprit religieux ( i).
Dans la progression scientifique, comme dans la progression esthétique, la seconde phase constitue certainement la période la plus décisive de l’évolution moderne, surtout à cause de l’ad-
(l) Cette incompalibiiilé est dcj!i , ions ce rapport , nettement formulée par un fameux adage latin sur l’impiété des médecins , devenu presque ptoverbial vers la lin de cette première phase, suivant la judiriciise übservaiinn de Burtbez.
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miralile mouvement qu'l, de Copernic à Newton, a posé les bases définitives du vrai système des connaissances astronomiques, bientôt devenu le type fondamental de l’ensemble de la philosophie naturelle. Conformémeut à ce que nous avons reconnu pour les deux autres progressions positives , nous y voyons aussi l’essor scientiBque , j usque alors essentiellement spontané, commencer à recevoir habituellement des divers gouvernemens européens des encouragemens plus ou moins systématiques, graduellement déterminés, soit par l’ascendant spéculatif directement résulté du développement antérieur, soit par l’aptitude pratique que cet exercice préliminaire avait déjà suffisamment annoncée, et d’après laquelle le nouvel art de la guerre, aussi bien que la marche rapide de l’industrie , devaient alors solliciter activement le progrès des doctrines mathématiques et chimiques. Toutefois, en vertu des motifs ci-dessus indiqués, ce système de protection se forme bien plus lentement que celui des beaux-arts, et c’est seulement vers la fin de cette nouvelle phase qu’il s’établit d’une manière vraiment convenable, surtout en France et en Angleterre, repo- .sant sur il’imporlante création des académies scientifiques, dont la principale influence devait donc se rapporter à la phase suivante. Mais, quelque imparfaits que fussent d’abord cesencou-