TOME VI
rageraens, l’influence efiective n’en était pas moins très précieuse, pour soutenir la science naissante dans la crise vraiment décisive qui allait résulter de son inévitable conflit avec le système entier de l’ancienne philoso|)hie théologico-métaphysique, d’où elle devait alors se dégager irrévocablement. La nature de cette lutte indispensable indique d’ailleurs clairement que la science n’y pouvait être, en général, utilement protégée que par les seuls pouvoirs temporels, spontanément étrangers aux graves animosités abstraites du pouvoir spirituel, soit tbéo logique , soit même métaphysique , dont il fallait subir le redoutable antagonisme : en sorte que, comme l’art, et comme l’industrie, la science avait aussi, d’une manière encore plus directe peut-être, un haut intérêt spécial à l’établissement de la grande dictature tempolelle, monarchique ou aristocratique, dont la consolidation graduelle constituait la destination la plus immédiate du mouvement politique propre à cette seconde phase. Aucune autre progression élémentaire ne peut aussi clairement indiquer que si, par une hypothèse heureusement contradictoire, la concentration politique avait pu, au contraire, s’accomplir au profit du pouvoir spirituel, déjà devenu essentiellement rétrograde, l’évolution moderne eût été radicalement impraticable.
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Notre comparaison fondamentale des deux principaux systèmes de dictature temporelle indique encore très nettement, sous ce nouvel et dernier aspect, la supériorité essentielle du mode normal ou français, sur le mode exceptionnel ou anglais, en vertu de motifs fort analogues à ceux précédemment indiqués envers les beaux-arts , et seulement ici plus prononcés. Car , la science ne pouvant ordinairement inspirer aux grands un véritable attrait intellectuel, devait bien moins compter qne l’art sur les encouragemens aristocratiques, tandis que la suprématie d’un pouvoir central devait lui être habituellement beaucoup plus favorable , outre que cette centralisation pouvaitutilement contenir, à un certain degré, une trop grande dispersion ultérieure des spécialités scientifiques, qu’il serait aujourd’hui si important de régler. On ne saurait douter que les spéculations abstraites, dontla science doit être essentiellement composée, n’aient dû suivre, en général, un cours plus libre et plus élevé sous la dictature monarchique que sous la dictature aristocratique , dont l’influence, surtout en Angleterre, a trop tendu à subordonner les recherches scientifiques aux considérations pratiques. Enfin , le premier mode devait être, par sa nature, beaucoup plus favorable que le second à l’incorporation finale de l’ë-
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volulion scientifique au système de la politique moderne, et tendait aussi à mieux assurer sa pro> pagation graduelle chez toutes les classes, en lui procurant plus d’infiuence sur l’éducation générale. Toutefois, l’autre système devait être, pour la science, comme pour l’art, plus &vorable à la spontanéité des vocations et à l’originalité des travaux , par suite même d’un moindre encouragement et d’une direction moins homogène. 11 faut aussi noter que les graves inconvéniens qui lui sont propres, aujourd’hui généralement avoués, ne devaient se développer principalement qne sous la troisième phase , comme je l’expliquerai bientôt. Pendant la seconde, ils furent heureusement compensés par la première influence de l’esprit protestant, qui, sans être, au fond , nullement favorable aux recherches spéculatives, d’après sa préoccupation caractéristique des conditions temporelles, et sans être d’ailleurs plus compatible que l’esprit catholique contemporain avec la tendance finale de l’évolution scientifique, constituait alors, d’après son principe révolutionnaire du libre examen individuel, un étal de demi-indépendance mentale très avantageux à l’essor correspondant de la philosophie naturelle, dont les grandes découvertes astronomiques durent, à cette époque, s’accomplir sur-
tout chez des populations protestantes. On voit, en sens inverse, là où la nouvelle politique rétrograde du catholicisme put prendre un véritable ascendant , cette évolution éprouver bientôt uu funeste ralentissement, dont la cause n’est pas équivoque, particulièrement en Espagne, malgré les germes très précieux que le moyen-âge y avait développés.
Cet admirable mouvement spéculatif, déterminé, à travers beaucoup d’obstacles, par un très petit nombre d’hommes de génie, dans un milieu convenablement préparé, présente, en général, deux progressions très distinctes, mais intimemeut solidaires, l’une purement scientifique, ou positive, composée des découvertes capitales en mathématiques et en astronomie, l’autre essentiellement philosophique, et presque toujours négative, relative aux efforts, d’abord spontanés, ensuite systématiques , de l’esprit scientifique contre la tutelle théologico-métaphysique, devenue alors vraiment oppressive ; cette seconde progression , que nous devrons reprendre au sujet de l’évolution philosophique proprement dite , ne doit être ici considérée que comme indispensable à la première. Or, celle-ci, à laquelle l’Allemagne, l’Italie, la France et l’Angleterre prirent chacune une si noble part, offre pour centre princl-
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pal l’investigation vraiment fondamentale due au génie du grand Kepler, et qui, préparée par la découverte initiale de Gipernic et par l’utile élaboration de Tycho-Brahé, constitue enfin le vrai système de la géométrie céleste ; tandis que , sous un autre aspect, devenue la source nécessaire de la mécanique céleste, elle se lie spontanément à la découverte finale de Newton, d’après la création préalable de la théorie mathématique du mouvement par Galilée, indispensablement suivi d’Huygbens. Entre ces deux séries, dont l’enchaînement est direct, l’ordre historique interpose naturellement l’immense révolution mathématique opérée par Descartes, et qui, intimement liée à son entreprise philosophique, vient aboutir, vers la fin de celte seconde phase, à la sublime découverte analytique de Leibnitz, sans laquelle le résultat newtonien n’aurait pu suffisamment devenir le principe actif de l’éminente opération réservée à la phase suivante pour le développement final de la mécanique céleste. Chacune des deux premières séries offre une filiation historique assez évidente désormais pour qu’il soit inutile d’y insister ici : il est clair que la découverte du mouvement de la terre, et l’exacte révision de toutes les données astronomiques, ne permettaient plus de conserver, avec
l’expédient caduque des épicycles, l’antique hypothèse des mouvemens circulaires et uniformes , enfin directement remplacée par l’heureuse législation de Kepler, dernier résultat capital que comportât l’application de l’ancienne géométrie; d’un autre côté , ce principe ne pouvait conduire à la théorie de la gravitation sans la fondation de la doctrine abstraite du mouvement curviligne, soit libre, soit forcé; mais aussi, d’après une telle base, il amenait nécessairement à cette loi générale, dont l’invention, ainsi préparée, n’eût pas échappé, sans doute, à Jacques Bernoulli, par exemple, si Newton l’eût manquée. L’autre série, bien plus relative à la méthode qu’à la science, et par cela même encore plus éminente, doit être naturellement beaucoup moins appréciée du vulgaire des géomètres, aujourd’hui si éloignés d’une disposition vraiment rationnelle envers les principales parties de l’histoire mathématique, et qui ne sentent d’ordinaire que les seuls résultats; c’est pourquoi une indication plus directe n’y sera pas sans importance. Préparée par l’indispensable généralisation de l’algèbre, due au génie original de Viète, la conception fondamentale de Descartes sur la géométrie analytique a constitué, ce me semble, la principale création de la philosophie mathématique, qui, ouvrant à la fois à la
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géométrie le champ le plus étendu , et à l’ana-> lyse la plus heureuse destination, organisait en6n la relation élémentaire de l’abstrait au concret, sans laquelle les recherches mathématiques ten-^ dent à une incohérente et stérile activité : aucune idée mère ne devait autant influer sur l’ensemble des progrès ultérieurs. Sa tendance nécessaire à déterminer la création de l’analyse infinitésimale me paraît spécialement incontestable : car, en obligeant désormais à traiter* sous un point de vue commun la théorie des courbes quelconques, elle a directement conduit aussi à généraliser abstraitement les vues primordiales d’Archimède, soit quant aux tangentes, soit surtout quant aux quadratures; or, les efforts graduellement tentés à ce sujet ne pouvaient aboutir qu’à l’admirable invention de Leibnitz , si heureusement provoquée, pendant la génération intermédiaire, par les lumineux essais de Wallis et de Fermât.
Quoique absorbé par toutes ces éminentes opérations, l’esprit scientifique dut soutenir, vers le second tiers de cette phase, une lutte vraiment décisive contre l’ensemble de la philosophie dominante. Les découvertes astronomiques de Co-r pernic et de Kepler, et même celles de Tycho-i Brahé sur les comètes, étaient trop directement contraires à la nature de cette philosophie , oi^
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même à ses dogmes formels , pour qu’un tel conflit pût être longtemps évité , et la science y devait enfln combattre, non-seulement la théologie, mais encore davantage la métaphysique, plus active et plus ombrageuse. Cet antagonisme est déjà manifesté, au xvi* siècle, par d’éclatans symptômes, et surtout par la mémorable hardiesse de Ramus, dont la tragique destinée montrait assez que les haines métaphysiques n’étaient pas moins redoutables que lès haines théologiques. J’ai assez indiqué, au vingt-deuxième chapitre, les caractères essentiels qui devaient réserver la découverte capitale du double mouvement de notre planète à devenir le sujet immédiat de la discussion principale, quand le grand Galilée eut enfln levé le seul obstacle rationnel qui s’opposât î^sa propagation universelle, tant entravée au siècle précédent, et que l’esprit théolc^co-métaphysique devait désormais redouter comme nécessairement imminente. L’odieuse persécution qui s’y rattache consacrera toujours le souvenir populaire de la première collision directe de le science moderne avec l’ancienne philosophie. On doit , en effet , regarder cette époque comme celle où le principe fondamental de l’invariabilité des lois physiques a commencé à se montrer incompatible avec les çonceptions théologiques, dont l’influence CQnsrr
tiluait dès lors le seul obstacle essentiel à l’entière admission de cet indispensable principe, parce qu’elle seule neutralisait, à cet égard, l’énergique entrainement spontanément produit par une longue expérience unanime, comme je l’expliquerai davantage au sujet de l’évolution philosophique. C’est aussi à l’appréciation directe de cette évolution qu’il convient évidemment de renvoyer la considération historique des admirables tentatives contemporaines de Bacon, et surtout de Descartes, pour proclamer enfin les caractères essentiels de l’esprit positif, par opposition à l’esprit métaphysico-théologique.
Je dois cependant signaler ici , comme directement relative à la progression scientifique, l’audacieusftconception de Descartes sur le mécanisme général de l’univers. Car, en se reportant convenablement à la situation correspondante de l’esprit humain, il sera facile de reconnaître que son ascendant temporaire, à peine étendu pleinement à deux générations, et .sur la perpétuité duquel Descartes ne s’était fait probablement aucune grave illusion, dut être provisoirement indispensable à l’avénement ultérieur de la saine mécanique céleste , alors silencieusement préparée par les travaux d’Huyghens , complétant ceux de Galilée. On a vu , en effet , au vingt-huitième
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chapitre, relativement à la théorie fondamentale des hypothèses, que, dans le passage déhnitlf de l’état métaphysique à l’état vraiment positif, l’éducation préliminaire de la raison humaine eûge, comme une dernière transition , rapide mais inévitable , surtout envers les plus importantes conceptions, ce régime intermédiaire, où l’intelligence, avant de renoncer franchement aux questions inaccessibles et aux notions absolues de la philosophie primitive , s’efforce d’assujétir ces vains problèmes à d’illusoires tentatives de solution positive, fondées sur la substitution des fluides imaginaires aux entités chimériques, et dont toute l’elRcacité réelle se réduit à disposer enfin notre entendement à la seule habitude rationnelle des lois invariables propres aux phénomènes coirespondans. Toutes les parties essentielles de la philosophie naturelle, sauf l’astronomie convenablement conçue , nous offrent encore, par suite de l’éducation anti-philosophique des sa vans actuels, de trop profonds vestiges d’une semblable disposition, pour qu’on doive s’étonner qu’elle ait dû alors se manifester d’abord au sujet des phénomènes célestes , suivant les explications des trois premiers volumes de ce Traité.
Cette sommaire appréciation historique de l’é-
volution scientifique propre à la seconde phase devait être ici réduite aux grands progrès mathématiques et astronomiques qui en ont principalement caractérisé l’ensemble. Toutefois, le dernier tiers de cette mémorable période offre une nouvelle exten.sion fondamentale de la philosophie naturelle, par les travaux vraiment créateurs de Galilée sur la barologie, suivis de tant d’heureuses découvertes secondaires, et par d’équivalentes créations ultérieures en acoustique et en optique. En un temps où l’on ne savait encore s’étonner que des effets les plus exceptionnels, rien n’est surtout plus admirable, rien ne peut mieux caractériser la destination de la science moderne à régénérer les moindres notions élémentaires, que la découverte décisive due au génie du grand Galilée, dévoilant enfin, suivant la juste appréciation de Lagrange, les lois profondément inconnues des plus vulgaires phénomènes, dont l’étude, à la fois rattachée à la géométrie et à l’astronomie, est si légitimement regardée comme le véritable berceau de la physique proprement dite. C’est alors que se trouve constituée , entre les astronomes et les chimistes, une nouvelle classe indispensable, spécialement destinée à développer le génie de l’expérimentation, d’après une conception corpusculaire très heureusement
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adaptée à la nature des phénomènes correspondans, quoique son irrationnelle extension absolue puisse devenir ailleurs très dangereuse aux véritables progrès scientifiques , comme je l’ai expliqué au quarante-unième chapitre : mais ces iuconvéniens, alors très éloignés, n’empêchaient nullement ni l’utilité immédiate et spéciale d’une telle doctrine, ni même son eilicacité générale et continue contre le vain régime des entités. En considérant aussi la division spontanée qui s’établit simultanément, d’apres la rapide extension des deux sciences, entre les purs géomètres et les simples astronomes, jusque alors investis de l’un et l’autre caractère , on reconnaîtra que l’organisation générale du travail scientifique, surtout envers la philosophie inorganique, seule alors vraiment active, s’effectue déjà sur le même plan qu’aujourd’hui, comme le montre clairement le peu de changement survenu jusqu’ici dans la constitution provisoire des académies , quoiqu’il y ait tout lieu de la croire désormais essentiellement épuisée, ainsi que je l’indiquerai bientôt. Quant aux autres branches fondamentales de la philosophie naturelle, il est clair, suivant ma théorie hiérarchique, que la chimie, et surtout l’anatomie, n’avaient encore pu sortir de l’état purement préliminaire, destiné à la seule accu-
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mulation des matériaux , quelle qu’ait dû être la haute importance ultérieure des nouveaux laits dont elles s’enrichirent alors, et principalement des immortelles découvertes de Harvey sur la circulation et sur la génération , qui imprimèrent aussitôt une si active impulsion aux observations physiologiques, jusque alors si imparfaites, sans que toutefois le temps fût venu de les incorporer à aucune véritable doctrine biologique. L’étrange hypothèse de Descartes sur l’automatisme des animaux montre assez quelle était alors la vraie situation des idées physiologiques , désormais ballolées entre d’insuffisantes explications mécaniques et de vaines conceptions ontologiques, sans pouvoir trouver une base rationnelle qui leur fut réellement propre.
En terminant cette rapide appréciation historique, il ne faut pas négliger de signaler sommairement cette seconde phase de l’évolution scientifique comme étant celle ou l’esprit positif devait commencer à manifester en meme temps son vrai caractère social et sa prépondérance populaire.' L’heureuse disposition croissante des populations modernes à accorder leur confiance aux doctrines fondées sur des démonstrations réelles, quoique opposées à d’antiques croyances, est déjà hautement constatée, vers la fin de cette
période, par l’universelle adoption du double mouvement de la Terre, un siècle avant que la papauté, d’après une inconséquence superflue, en eût enfin toléré solennellement l’admission chrétienne. C’est ainsi que l’irrévocable dissolution graduelle de l’ancienne discipline spirituelle était partout accompagnée déjà d’une sorte de foi nouvelle, germe élémentaire d’une réorganisation ultérieure, et spontanément déterminée, sans aucune intervention spéciale, soit par la suffisante vérification des prévisions scientifiques, soit même par la seule concordance de tous les juges compétens, chez les esprits qui, par divers motifs quelconques, ne pouvaient directement apprécier la validité des démonstrations fondamentales, et dont la confiance n’était pas cependant plus aveugle, en principe, que celle des différens savans les uns pour les autres, quoique son exercice dut être plus étendu, à raison du moindre accomplissement des conditions logiques d’une émancipation active, toujours accessible à quiconque voudrait la mériter. De telles habitudes, incessamment développées, témoignaient dès-lors clairement que l’anarchie provisoire des intelligences sur les doctrines morales et sociales ne tenait, au fond, à aucun chimérique amour du désordre perpétuel , mais uniquement au défaut de
conceptions susceptibles de remplir suffisamment les obligations ide positivité rationnelle , sans lesquelles l’esprit moderne était justement résolu à refuser désormais son assentiment volontaire. Cette aptitude nécessaire de la nouvelle autorité mentale à déterminer spontanément la convergence à la fois la plus stable et la plus étendue , se montre déjà certainement bien plus propre encore à l’action scientiBque qu’à l’action esthétique; puisque celle-ci, malgré son efficacité plus énergique et plus immédiate, est gravement entravée par les différences de langues et de moeurs, tandis que l’autre , en vertu de la généralité et de l’abstraction supérieures des conceptions élémentaires qui s’y rapportent, permet évidemment la plus vaste communion intellectuelle. On pouvait assurément prévoir, dès la fin de cette phase, que la foi positive comporterait un jour une universalité beaucoup plus complète et plus fixe que celle de la foi monotbéique aux plus beaux temps du catholicisme, dont la circonscription territoriale avait dû être, comme je l’ai fait voir, gravement restreinte par la nature vague et discordante des idées théologiques, où l’unité n’a jamais pu s’établir, et surtout durer, sans l’assistance continue d’une certaine compression artificielle, essentiellement inutile
à l’unitë scientifique, toujours fondée sur la puissance spontanée de la démonstration, nécessairement irrésistible à la longue, quoique d’abord très peu active. En un temps où les divergences nationales étaient encore très énergiques, surtout depuis la dissolution générale du lien catholique , l’institution des académies vient déjà oiFiir un irrécusable témoignage de la tendance cosmopolite propre à l’esprit scientifique , par le noble usage qui s’introduit partout d’y admettre des membres étrangers, de manière à présenter la nouvelle classe spéculative comme éminemment européenne : cet heureux caractère est alors plus spécialement prononcé en France, où, depuis Charlemagne, le génie étranger avait toujours reçu un généreux accueil, et quelquefois même, par une injuste délicatesse, au détriment du génie national. Quant à l’infiuence de l’évolution scientifique sur l’éducation générale, elle commence alors à s’y manifester nettement, malgré la conservation du système d’éducation organisé , sous l’impulsion scolastique, dans la dernière pliasc du moyen-âge, et qui subsiste encore aujourd’hui avec de simples modifications accessoires, qui u’en changent pas l’esprit: on voit dès lors, en effet, ainsi qu’on l’a vu depuis à un degré plus avancé, le quadrivium acquérir une importance croissante