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TOME VI

PHU.OSOPHIE POSITIVE.

aux dépens du trivium ^ el ce progrès eût même été déjà plus sensible si le cours officiel de ces cliangemens graduels n’avait fait que suivre fidèlement la marche presque unanime des mœurs et des opinions, au lieu d’être souvent dirigé par des vues systématiques sur la nécessité de maintenir artificiellement l’ancienne éducation, jugée indispensable à l’ensemble de la politique rétrograde, qui commençait à dominer partout d’une manière plus ou moins prononcée, comme je l’ai expliqué (1).

(i) Let m<$mnrablcs efforts (tes jesnites, afin de s'emparer alors de l'cToIutinn scienliGqDC , ont eerlainement beanconp concoora h celte propagation des c’tudes positives, sans qne ces vains projets pussent d’ailleurs offrir auenn danger rondamental, en un temps oii Tmeompatibilite' mutuelle entre la science et la théologie était déjii trop prononcée ponr ne pas rendre nécessairement illusoires ces tentatives d’absorption. Aussi, malgré les grandes iaeilités individuelles que eette puissante corporation pouvait présenter à l'existence spéculative, tonte l’habileté de satactiqirc n’y a pn réellemeo t jamais produire on agréger nn senl homme de génie, parce qu’aucun éminent penseur ne voulait snbordonner son indépendance mentale h une politique oh la science était nécessairement subalternisée. Ce n’cit pas que la scienee ne puisse, cl même ne doive, se lier finalement k des vues vraiment politiques: mais il faut que lenr caractère toit large et leur destination éminemment populaire, au lien de se rapporter & des intérêts partiels et antisocianz; il fautenGn, que la politique y soit directement relative an propre essor de l’esprit positif, quand il sera assez complètement formé pour mériter d’dtre liabituelleracnt envisagé comme le régulateur mental des sociétés modernes j ce qui n’est point encore, h beanconp prêt, sodisammenl possible, snrlont h défaut de la généralité convcDable.

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tendant la troisième phase, l’élément scientifique, désormais intimement incorporé à la sociabilité moderne, reçoit un accroissement fondamental de puissance sociale parfaitement analogue à celui que nous avons apprécié envers l’élément esthétique, et meme encore mieux caractérisé , à cause d’une nature plus évidemment progressive. Jusque alors la science avait reçu, comme l’art, des encouragemens facultatifs, quoique déjà systématiques, entraînant toujours une sorte d’obligation personnelle; maintenant, au contraire, d’après le grand éclat résulté de l’admirable mouvement propre à la phase précédente, l’active protection des sciences devenait, pour tous les gouvernemens occidentaux, un véritable devoir, généralement reconnu, et dont la négligence eût entraîné un blâme universel , sans que son accomplissement normal dût exiger habituellement aucune gratitude individuelle, sauf la reconnaissance générale toujours due à l’état. £n même temps, les relations croissantes de la philosophie naturelle , surtout inorganique , soit avec l’ensemble des procédés militaires, soit avec l’essor industriel , devenu le principal objet de la politique européenne, détennineiit, à cette époque, une grande extension dans l’itiUuence sociale des sciences, soit par la création d’écoles .spéciales où

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l’éducation scientifique commence à dominer, soit par l’institution plus ou moins rationnelle de la nouvelle classe directement destinée à la réalisation permanente des rapports essentiels entre la théorie et la pratique. Aussi, quoique les savans, par l’appréciation plus difficile, plus lente, et moins populaire, de leurs travaux propres, ne pussent ordinairement prétendre à l’heureuse indépendance privée que les poètes et les artistes commençaient alors à obtenir partout, cependant leur nombre beaucoup moindre, et leur coopération plus nécessaire à l’utilité publique, tendaient déjà à une équivalente consolidation de leur existence sociale.

Dans cette nouvelle situation, plus ou moins commiine à toutes, les parties de la grande république européenne , on voit se développer au plus haut degré, quant à l’évolution scientifique, les différences essentielles ci-dessus caractérisées, à tant d’autres égards, entre les deux systèmes principaux de dictature temporelle; de manière à manifester complètement la supériorité naturelle du mode monarchique sur le mode aristocratique, auparavant neutralisée parles influences spirituelles, comme je l’ai expliqué. Subitement entraîné du catholicisme à une philosophie pleinement négative, en évitant heureusement la

transition protestante, l’esprit français retient, du moins en partie , de l’ancienne éducation catholique, l’instinct de contemplation et de généralité qu’elle avait spontanément développé, et qui tendait à contenir alors la prépondérance trop exclusive des considérations pratiques; en même temps, sa nouvelle éducation révolutionnaire lui inspire la hardiesse et l’indépendance devenues indispensables au libre essor de la philosophie naturelle , dés lors incompatible avec l’as - Cendant rétrograde du catholicisme chez les autres peuples préservés du protestantisme : en sorte que tous les avantages propres à la protection monarchique durent alors se réaliser directement , et assurer désormais à la France la principale impulsion scientiGque, qui, dans la phase précédente, avait successivement appartenu aussi à l’Allemagne, à l’Italie, et à l’Angleterre, sauf la seule prépondérance passagère du mouvement cartésien. Dans le mode inverse , la dictature aristocratique particulière à l’Angletere y laisse les savans essentiellement assujétis à la dépendance des protections privées, pendant que l’exoi bilan te préoccupation nationale des intérêts industriels n’y permet guère d’apprécier que les découvertes spéculatives immédiatement susceptibles d’applications matérielles; en même temps, l’esprit pro-

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lestant, dont ia première influence révolutionnaire avait, sous la phase précédente, favorisé d’aliord l’évolution scientifîc]ue, alors déCnitivement incorporé au gouvernement, manifeste nécessairement son antipathie théologique contre l’entière extension du génie positif, après avoir, au début de cette troisième phase, tristement signalé cette influence, en ternissant, par d’ahsurdes rêveries, la vieillesse du grand Newton. L’exclusive nationalité qui dès lors caractérise la politique anglaise, fait déjà sentir, jusque sur le développement des sciences , sa déplorable influence, en disposant à n’adopter activement que les méthodes et les découvertes indigènes ; comme on le voit clairement, envers les sciences mathématiques elles-mêmes, malgré leur universalité plus éclatante , soit par la répugnance à l’introduction usuelle de la géométrie analytique , encore aujourd’hui trop peu familière aux écoles anglaises, soit par l’obstination analogue contre l’emploi des formes et des notations purement infinilésimales, si justement préférées partout ailleurs (1). Ces ir-

(i) An début de celte phase, cette tendance irrationnelle et oinbragenie me semble fortement marqnëe dans la cSlèbre conlroverse & laquelle donna lieu, entre l’Angleterre et l'Allemagne, la prioritii d’invention de l'analyse infinitésimale. Cette longue querelle, diij^ si bien sentie par Fonlcnelle, et ensuite si bien ingec par Lagrange, dont

ruliunnelles dispositions sont d’aulaat plus cho- ({uantes qu’elles forment un étrange contraste avec l’admiration exagérée dont la, France était dès lors saisie pour le génie de Newton , par suite de la réaction nécessaire contre l’hypothèse des tourbillons, en faveur de la loi de la gravitation; on sait comment cette transformation conduisit, et concourt aujourd’hui, à méconnaître, avec une sorte d’ingratitude nationale, l’éminente supériorité de notre incomparable Descartes, dont le génie , à la fois scientilique et philosophique, n’a réellement

IVmiacDte ilvciaioa, aussi impartiale que rationnelle, ne tronve plus aucune opposition quelconque, offrit pendant presque tout son cours , un mémorable contraste entre la rectitude et la loyauté de Leibnitz ainsi que de la plupart de ses partisans, et les injustes subtilités de la polémique anglaise. La conduite de Kewton, en cette grave occasion, fut assurément très pen honorable: puisque, d’un seul mot, il pouvait terminer cette scandaleuse discussion, en se déclarant peisonncllcment convaincu, comme il ne pouvait manquer de l’étre, de la parfaite originalité deLeibnitz, la sieune n’étant pas d’ailleurs contestée: or, ce mot, pressé de le dire, il ne le prononça jamais, en évitant toutefois, par un silence trop prudent, qu’on pût lui reprocher formellement aucune^articulation contraire. J'espère que cette juste improbation ne sera point attribuée k de vaines préventions nationales, dont je me suis montré, j’ose lu dire, pleinement affranchi, comme l’ont noblement signalé les illustres critiques d’Édimbourg, dans leur bienveillant examen des deux premiers volumes de ce Traité, en juillet tS38 : d’ailleurs, pour une controverse où la France était parfaitement désintéressie, il serait difficile, ce me semble, do soupçonner l’impartialité historique d’un Français jugeant, après plus d’un siècle, une discussion scientifique entre l’Angleterie et l’Allemagne.

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trouvé ensuite d’autres dignes rivaux que le grand Leibnitz, et de nos jours l’immortel Lagrange, si peu com[)ris encore du vulgaire des géomètres.

Quant au mouvement scientifique propre à cette troisième phase, sans pouvoir offrir une originalité aussi fondamentale que sous la phase précédente, il présente cependant une éminente portée, bien supérieure à celle du mouvement esthétique correspondant, et qui laissera toujours subsister des créations capitales, dues à des penseurs nullement inférieurs à leurs prédécesseurs, quoique appliqués k des difficultés d’une autre nature. En considérant d’abord, suivant notre hiérarchie, les sciences mathématiques, par lesquelles, en effet, s’établit le mieux la ffliation des deux phases, on y doit distinguer deux principales séries de progrès : l’une, relative au principe newtonien, pour la construction graduelle de la mécanique céleste, et qui donne lieu naturellement à l’essor des diverses théories essentielles de la mécanique rationnelle; l’autre, d’ailleurs intimement liée à celle-ci, remonte à l’impulsion analytique de Leibnitz, émanée delà grande révolution cartésienne, et détermine l’admirable développement de l’analyse mathématique, ordinaire ou transcendante, tendant à généraliser et à coordonner toutes les conceptions géométriques et mécaniques. Dans la pre*

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inière série, Maclaurin , et surtout Clairaut, établissent d’abord, au sujet de la figure des planètes, la théorie générale de l’équilibre des fluides, pendant que Daniel Bernoulli construit suffisamment la théorie des marées; ensuite, d’Alembert et Euler, relativement à la précession des équinoxes, complètent la dynamique des solides , en constituant la difficile théorie du mouvement de rotation, en même temps que le premier fonde, d’après son immortel principe, le système analytique de l’hydrodynamique, déjà ébauchée par Daniel Bernoulli ; enfin , Lagrange et Laplace complètent la théorie fondamentale des perturbations, avant que le premier se consacrât surtout aux éminens travaux de philosophie mathématique qui devaient le mieux caractériser

son puissant génie , comme je l’indiquerai au chapitre suivant. La seconde série est essentiellement dominée par la grande figure d’Euler, dévouant sa longue vie et son infatigable activité à l’extension systématique de l’analyse mathématique , et à développer l’uniforme coordination que sa prépondérance devait introduire dans l’ensemble de la géométrie et de la mécanique, où jusque ^lors son intervention avait été secondaire ou passagère : succession à jamais mémorable de spéculations abstraites, où l’analyse développe

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enfin loule siipuissante fécondité, sans dégénérer en un dangereux verbiage, tendant à dissimuler, sous des formes trop respectées, une profond<; stérilité mentale, ainsi qu’on l’a vu depuis très fréquemment, par suite de l’esprit antiphilosopbique qui distingue aujourd’hui la plupart des géomètres. En considérant l’ensemble de ce double mouvement mathématique, on ne peut s’empêcher de noter comment l’Angleterre y trouva la juste punition de l’étroite nationalité scientifique qu’elle avait tenté tle se constituer, suivant les deux exclusions connexes ci-dessus signalées : car, il eu résulta directement que , même pour la première progression, les savans anglais ne purent prendre en général, sauf le seul Maclaurin, qu’une part très secondaire à l’élaboration syslématûjue de la théorie newtonienne, dont le développement et la coordination analytique durent presque uniquement appartenir à la France, à l’Allemagne, et enfin à l’Italie, si dignement représentée par le grand Lagrange.

L’ensemble de la physique proprement dite, ébauché, sous la phase précédente, surtout par la création des deux branches qui se rattachent à l’astronomie, c’est- à -dire la barologie et l’optique, se complète alors par l’élaboration scientifique de la thermologie et de l’électrologie , ipii la lient di-

recteiuent à la cliimiu : la première branche, en effet, commence alors à se dégager du vain régime des entités chimériques et des fluides imaginaires, d’après la lumineuse découverte de Black sur les changemens d’état; la seconde, d’abord popularisée par les ingénieux travaux de Franklin , acquiert ensuite une certaine rationalité par les judicieuses recherches de Coulomb, avant d’avoir été altérée par l’abus de l’analyse mathématique. Quant à l’astronomie pure , réduite à la géométrie céleste, elle perd nécessairement la prépondérance fondamentale qu’elle avait dû conserver jusque alors, par suite de la systématisation de la mécanique céleste, tendant à suggérer à priori les principales lois relatives aux perturbations du mouvement elliptique : aussi, parmi beaucoup d’illustres observateurs, l’astronomie ne compte-t-elle alors qu’un seul homme d’un vrai génie, le grand Bradley, dont l’admirable élaboration sur l’aberration de la lumière constitue certainement le plus beau travail dont cette science puisse s’honorer depuis Képler.

Malgré le juste éclat de ces divers ordres de travaux scientifiques, on doit regarder, ce me semble, la création delà véritable chimie comme surtout destinée à caractériser cette phase avec plus d’originalité qu’aucune autre évolution quel-

conque. Jusque alors bornée à une mystérieuse accumulation de faits ,* dominée par les entités alchimiques, la chimie, vers le milieu de cette période, subit une transformation mémorable, quoique purement provisoire , qui me semble fort analogue à la préparation philosophique que l’hypothèse des tourbillons avait opérée, un siècle auparavant, pour la mécanique céleste: tel est l’office préliminaire , aujourd’hui trop méconnu , de la célèbre conception de Stahl, précédée de la tentative trop mécanique deBoërhaave, et déterminant une marche beaucoup plus rationnelle dans l’ensemble des recherches chimiques, surtout entre les mains de Bergmann et ensuite de Schéele. Préparée , sous cette influence transitoire , par les expériences capitales de Priestley et de Cavendisli, l’élaboration décisive du grand Lavoisier vint enfin élever la chimie au rang des véritables sciences, d’après une théorie admirablement conçue, quoique une exploration plus étendue dût bientôt lui ravir un ascendant, dont l’éminente rationnalité n’est pas encore , à beaucoup près , dignement remplacée. Aussi intermédiaire, à divers égards, quant à la méthode que quanta la doctrine, entre la philosophie purement inorganique et la philosophie vraiment organique, cette nouvelle science vient heureusement compléter l’ensemble

(le l’étude fondamentale du monde extérieur par l’institution normale d’un ordre de spéculations physiques sur lequel l’esprit mathématique proprement dit ne peut réellement exercer aucun empire immédiat, si ce n’est à titre d’éducation : ce qui a heureusement érigé dès lops, même quant à la nature morte, un puissant abri contre l’imminente invasion d’un tel esprit, qui, après avoir nécessairement fondé la philosophie naturelle, tend, par une irrationnelle exagération, à en altérer radicalement l’essor ultérieur, jusqu’à ce que la construction finale d’une philosophie pleinement positive vienne directement contenir cette dangereuse intervention , en réduisant, autant que possible, l’esprit purement mathématique à sa vraie destination, comme je l’ai expliqué dans les trois premiers volumes de ce Traité.

Quoique la grande science biologique n’ait pu recevoir que de nos jours sa vraie constitution rationnelle, encore si imparfaite et si chancelante, il importe de signaler, pendant cette troisième phase, l’admirable mouvement préparatoire dont elle devient alors l’objet, en résultat général des divers essais isolés propres aux deux phases précédentes. Les trois aspects essentiels, taxonomique, anatomique, et physiologique, dont la combinaison permanente caractérise ses spéculations fondamentales, y

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donnèrent lieu à d’éminentes élaborations indépen* dantes, essentiellement provisoires par cela même qu’elles n’étaient point dirigées d’après des principes communs , mais destinées à faire enfin dignement ressortir le véritable esprit de chacun d’eux: nettement dévoilé, pour le premier, par les admirables conceptions du grand Linné succédant aux heureuses inspirations de Bernard de Jussieu ; quant au second , par la suite des analyses comparatives de Daubenton, ultérieurement rationnalisée suivant les vues générales de Vicqd’Azyr ; et enfin , pour le troisième , par l’exploration fondamentale de Haller, suivie de l’ingénieuse expérimentation de Spallanzani. Conjointement à cette triple préparation , le génie, éminemment synthétique et concret, de notre grand Buifon caractérisait avec énergie les principales relations encyclopédiques propres à la science des corps vivans, et faisait surtout sentir l’intime solidarité qui la distingue, en même temps que sa haute destination morale et sociale , spécialement signalée d’ailleurs par les utiles indications secondaires de Georges Leroy et de Charles Bonnet : toutefois , en relevant dignement la mémoire scientifique et philosophique de Buifon , que d’envieux détracteurs ont tenté de réduire au simple mérite littéraire, l’impartiale

poslcrilé n’oubliera jamais son aveugle obstination à méconnaître l’importance capitale des conceptions taxonomiques , dont les travaux de son illustre émule suédois pouvaient si bien lui manifester la vraie nature et l’indispensable destination. Au reste, rien de définitif, en philosophie biologique , ne pouvait encore sortir d’une époque où, non-seulement la hiérarchie animale n’était entrevue que d’une manière vague et empirique, mais où même la notion élémentaire de l’état vital restait radicalement confuse et incertaine, puisque, des deux éiémens inséparables du dualisme fondamental qui le constitue, le plus caractéristique et le plus varié était alors totalement subordonné à l’autre, dont l’influence plus simple devait être mieux saisissable ; ce qui donna lieu à tant d’irrationnelles exagérations sur la prépondérance absolue des milieux biologiques , comme si l’organisme était à la fois purement passif et indéfiniment modifiable : cette vicieuse tendance, si prononcée chez tous les penseurs du siècle dernier, conduisit spécialement Montesquieu à ses célèbres aberrations sur l’action sociale des climats. Néanmoins, il importait de signaler ici la première élaboration vraiment scientifique de la philosophie organique , qui , outre son extrême importance directe, est si

heui'eusement destinée , de sa nature , à mettre enfin un terme indispensable à l’esprit de spécialité dispersive émané de la philosophie inorganique , dont le sujet inerte comporte une décomposition presque illimitée , tandis que l’étude de la vie pousse nécessairement à la régénération de l’esprit d’ensemble , par l’indivisible connexité de ses divers aspects, dont la division provisoire et artificielle ne peut longtemps dissimuler la nécessité finale de leur coordination nécessaire. Quoique l’imitation trop servile du régime logique propre aux sciences déjà formées , ait dû d’abord engager naturellement les diverses spéculations biologiques dans une marche trop peu conforme à leurs vraies conditions caractéristiques, il n’est pas douteux cependant que leur développement ultérieur devait finir par dévoiler spontanément une obligation aussi fondamentale, de manière à modifier convenablement le mode primitif, comme on commence à l’apercevoir aujourd’hui, sans que toutefois une transformation aussi contraire à la prépondérance actuelle de la philosophie inorganique puisse être suffisamment réalisée autrement que sous l’ascendant général de la vraie philosophie positive, dont j’ai osé, le premier, entreprendre enfin la construction directe, d’après l’ensemble des différens matériaux antérieurs.

Eu appréciant, au cinquante-troisième cha> pitre, la première apparition du véritable génie < scientiGque , à la fois spéculatif et abstrait , par les spéculations mathématiques des Grecs, j’ai convenablement expliqué pourquoi il avait dû être d’abord éminemment spécial , comme surgissant dans un milieu , philosophique et social , profondément hétérogène à sa nature , laquelle n’aurait pu recevoir son développement caractéristique sans l’indispensable isolement continu des contemplations devenues positives envers toutes celles qui restaient théologiques ou même métaphysiques. Or, les diverses branches fondamentales de la philosophie naturelle n’ayant pu passer simultanément à l’état positif, et leur essor initial ayant dû s’opérer, à de longs intervalles, suivant la loi hiérarchique établie au début de ce Traité, il est clair que cette même nécessité primitive devait toujours subsister, quoique avec une intensité décroissante, jusqu’à ce que tous les aspects élémentaires eussent ainsi été successivement assujettis à une positivité rationnelle, ce qui n’existe point encore envers les études sociales , excepté dans cet ouvrage. L’esprit de spécialité, devenu de plus en plus dispersif à mesure que la philosophie inorganique s’était décomposée, restait donc en suffisante harmonie

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