‹ Cours de philosophie positiveChapitre 19 sur 38 · TOME VI · texte numérisé non relu

TOME VI

2g0 PHILOSOPHIE POSITIVE.

avec les principaux besoins de l’évolution mentale sous la phase que nous achevons d’apprécier : toutefois, son officé, évidemment provisoire, était déjà très voisin de son entier accomplissement; et son influence, qui, d’après l’anarchie philosophique, s’exagérait ù l’instant où elle aurait dû décroître, commençait alors à devenir dangereuse, suivant l’explication précédente, en tendant à imprimer à la culture naissante de la philosophie organique une impulsion trop exclusivement analytique, contraire à sa nature et à sa destination. INéaninoius, ces aberrations, seulement imminentes , ne pouvaient se développer que plus tard, et ne produisaient encore que des inconvéniens secondaires ; en sorte que cette époque peut être envisagée comme le plus bel âge de l’esprit de spécialité scientifique , personnifié par la constitution des académies , dont les membres n’étaient point alors parvenus à oublier entièrement la conception fondamentale de Bacon et de Descartes, où l’analyse spéciale n’était envisagée que comme une préparation nécessaire à une synthèse générale, toujours présente aux savons de la seconde phase, quelque lointaine que dût leur sembler sa réalisation ultérieure. La tendance dispersive des travaux de détail fut, à cette époque, très heureusement contenue par l’active impulsion

générale qui déterminait spontanément les savans , comme les artistes , et d’une manière même plus efficace quoique moins explicite , à seconder le grand ébranlement philosophique propre au siècle dernier, et dont la direction anti-théologlque devait tant sympathiser avec l’instinct scientifique : j’ai assez expliqué la puissante consistance mentale que cette indispensable opération révolutionnaire dut recevoir d’une telle assistance permanente , hautement caractérisée surtout chez l’éminent géomètre qui fut l’un des chefs principaux de celte élaboration dissolvante. Malgré sa nature purement négative , qui la rendait assurément peu susceptible de constituer aucune liaison solide , l’infiuence provisoire de cette philosophie, en vertu de sa seule généralité, quelque imparfaite qu’elle dût être, servit réellement , à cette époque , à empêcher l’esprit scientifique de perdre totalement de vue les considérations d’ensemble, qu’on affectait, au contraire , de reproduire sans cesse , d’après des aperçus plus ou moins superficiels. Par cette réaction temporaire , où cette philosophie transitoire rendait à la science l’équivalent des services qu’elle en recevait, les sa vans trouvèrent alors, comme les artistes, outre une immédiate destination sociale , qui les incorporait davantage au

aga philosophie positive.

mouvement universel , une sorte de supplément momentané à l’absence de toute vraie direction systématique; tandis que, de nos jours, l’irrationnelle prolongation de cette situation mentale, maintenant trop arriérée, n’aboutit, au contraire, chez les uns et les autres, qu’à justifier ordinairement leur déplorable aversion de toute idée générale.

Après avoir suilisamment caractérisé l’ensemble du développement scientifique depuis le moyenâge , il ne nous reste plus maintenant , pour compléter enfin notre indispensable appréciation de la progression moderne , qu’à y considérer sommairement le mouvement élémentaire de recomposition sous un quatrième et dernier aspect général, quant à l’évolution philosophique proprement dite, en tant que provisoirement distincte de l’évolution purement scientifique correspondante, jusqu’à ce que l’esprit scientifique et l’esprit ydiilosophique , essentiellement identiques au fond, aient acquis, l’un la généralité, l’autre la positivité, qui leur manquent encore. Mais, malgré la nécessité historique de cette distinction transitoire , il est clair que notre appréciation de la progression scientifique doit nous permettre d’abréger beaucoup celle de la progression philosophique , dont les diverses phases

ont toujours été déterminées par celles de la première , à partir de la division fondamentale , organisée dans les écoles grecques, entre la philosopliie naturelle devenue métaphysique , et la plûlosophie morale restée théologique , comme je l’ai tant expliqué. En outre, d’après la fusion provisoire opérée entre ces deux philosophies, sous l’ascendant métaphysique de la scolastique proprement dite , pendant la dernière période du moyen-âge, nous avons reconnu que l’esprit scientifique et ce nouvel esprit philosophique étaient restés essentiellement unis jusqu’à la fin de la première partie de l’évolution moderpç : en sorte que nous n’avons plus réellement à considérer le mouvement philosophique que sous les deux autres phases, où il s’est de plus eu plus isolé du mouvement scientifique , jusqu’à ce que celui-ci ait rempli les conditions qui doivent lui procurer une entière suprématie , par une convenable prépondérance prochaine de l’esprit d’ensemble sur l'esprit de détail , tous deux enfin devenus également positifs. Néanmoins, pour que cette appréciation puisse être siillisamment caractéristique, il faut d’abord revenir brièvement sur ce point de départ , dont l’importance historique est encore trop peu comprise, afin de mieux déterminer la vraie nature de cette philoaophiç

3p4 PHILOSOPHIE POSITIVE.

transitoire que , dans le cours ^les trois derniers siècles, la science devait toujours tendre à annuler graduellement.

La grande transaction scolastique avait réalisé autant que possible, le triomphe social de l'esprit métaphysique, dont la profonde impuissance organique s’est trouvée ainsi dissimulée, pendant quelques siècles, d’après son intime incorporation à l’ensemble de la constitution catholique, laquelle, par ses éminentes propriétés politiques, lui rendit certes un large équivalent de l’assistance mentale qu’elle en reçut provisoirement. Dès lors, en effet, la philosophie métaphysique, toujours bornée auparavant à l’étude du monde inorganique, compléta son domaine fondamental, en étendant aussi ses entités caractéristiques à l’homme moral et social; ce qui produisit, comme je l’ai noté, un état , très précaire mais fort remarquable, d’apparente homogénéité intellèctuelle, qui n’avait jamais pu exister encore depuis le partage primordial opéré sous la première décadence du polythéisme. En acceptant ainsi le dangereux secours de la raison , la foi monothéique commençait à se dénaturer d’une manière irrévocable, aussitôt que, cessant de reposer exclusivement sur la spontanéité universelle, liée à une révélation directe et continue, elle subit la protection

PHYSIQUE SOCIALE. agS

(les dëmoiistralions, nccessairemeut susceptibles de controverse permanente et même de réfutation ultérieure, qui composaient la doctrine nouvelle que, |)ar une étrange incohérence, ou qualifiait déjà de théologie naturelle. Cette dénomination historique caractérise très heureusement la conciliation passagère qu’on avait ainsi tenté d’organiser entre la raison et la foi, et qui ne pouvait réellement aboutir qu’à l’absorption totale de la seconde sous la première : car, elle représente le dualisme contradictoire alors établi entre l’ancienne notion de Dieu et la nouvelle entité de la Nature, centres respectifs des deûjc philosophies théologique et métaphysique. L’imminent antagonisme de ces deux conceptions générales semblait alors devoir être suOisamment contenu par le principe fondamental <|ui, sous l’iniluence inaperçuedel’iuslinct positif, les subordonnait l’une et l’autre à la nouvelle hypothèse d’un Dieu créateur primordial de lois invariables, qu’il s’était au.ssitùt interdit de jamais changer, et dont l’application spéciale et continue était irrévocablement conliée à la Nature; ce qui constitue assurément une tiction fortanalogueà celledes publicistes actuels sur la royauté constitutionnelle. Cette étrange combinaison, où l’on tentait de concilier le principe théologique avec le princi|)e positif.

Digilized by GoogU;

ag6 PHILOSOPHIE positive.

porte l’empreinte caractéristique de l’esprit métaphysique qui l’avait élaborée, et qui s’y était évidemment ménagé la plus belle part, en faisant désormais de la Nature l’objet des contemplations et même des adorations journalières, sauf la stérile vénération réservée à. la majestueuse inertie de la divinité suprême , solennellement réduite à une vague intervention initiale , où la pensée devait de moins en moins remonter. Jamais le bon sens vulgaire n’a pu réellement admettre, ces subtilités doctorales, qui neutralisaient radicalement toutes les idées de volonté arbitraire et d’action permanente, sans lesquelles les croyances théologiques ne sauraient conserver leur véritable caractère fondamental : aussi doit- on peu s’étonner que l’instinct populaire poursuivit alors tant de docteurs de l’accusation d’athéisme; puisque la doctrine transitoire, ainsi qualifiée ultérieurement, n’a pu consister au fond qu’à pousser ju&r qu’à l’entière intronisation de la Nature cette première restriction scolastique de la conception monothéique, comme je l’ai expliqué au chapitre précédent. Suivant une inversion vraiment décisive, témoignage direct de l’irrévocable décadence de toute théologie, ce que d’abord la raison public jugeait impie , semble constituer maintenant la disposition la plus religieuse, qu’on s’épuise

vainement à produire par de nombreuses démonstrations, où j’ai montré l’une des principales causes historiques de la dissolution mentale du monothéisme. On voit donc que le compromis scolastique n’avait effectivement constitué qu’une situation profondément contradictoire, dont la stabilité était impossible, quoique son influence, d’ailleurs inévitable, .ait été longtemps indispensable au développement fondamental de l’évolution scientifique, selon nos explications antérieures. ■ :J

.t Aucune discussion spéciale ne peut mieux caractériser cette tendance générale que la grande controverse scolastique entre les réalistes et les nominalistes, si activement prolongée sous la première phase moderne, et dont l’ensemble marque très nettement la haute supériorité de la métaphysique du moyen-âge sur celle de l’antiquité, où l’action naissante de l’esprit positif était nécessairement beaucoup moindre. La marche progrès sive de ce long débat mesure en effet , avec beaucoup d’exactitude, l’accroissement continu de l’influence philosophique propre > à l’évolution scientiflque, dont l’essor graduel devait spontanément déterminer l’ascendant croissant du nominalisme sur le réalisme : car, sous ces formes qui semlilent aujourd’hui si vaines, commençait alors

philosophie positive.

secrètement la lutte inévitable de l’esprit positif contre l’esprit métaphysique, dont le principal caractère consiste directement à personnifier des abstractions qui ne sauraient avoir, hors de notre intelligence, qu’une simple existence nominale. Jamais les écoles grecques n’avaient, assurément, pu oflrlr une contestation aussi élevée, ni surtout aussi décisive, soit pour ruiner enfin le régime des entités, soit même pour faire déjà soupçonner la nature éminemment relative de la vraie philosophie. Quoi qu’il en soit, il reste évident que l’esprit métaphysique et l’esprit positif, presque aussitôt après leur triomphe combiné sur l’esprit monothéique, dernière modification possible de l’esprit religieux , commençaient ainsi à tendre vers une irrévocable séparation, qui ne pouvait aboutir qu’à l’entier ascendant du second sur le premier.

Pendant la première phase de l’évolution moderne, nous avons vu, d’un côté, la métaphysique occupée surtout de seconder par son action critique l’heureuse insurrection du jwuvoir temporel contre la constitution catholique, tandis que, de son côté, la science naissante se livrait principalement à l’accumulation préalable des diverses observations, sous les inspirations astrologiques et alchimiques : en sorte que, malgré

leur divergence croissante, aucun grave conflit ne pouvait directement surgir entre elles. Mais il n’en devait plus être ainsi quand, sous la seconde phase, l’ébranlement protestant eut mis, même chez les peuples restés nominalement catholiques, la philosophie métaphysique en possession presque exclusive , ou du moins prépondérante , de l’autorité spirituelle qu’elle avait toujours convoitée; en même temps que l’esprit scientifique commençait à manifester son vrai caractère fondamental, par la convergence graduelle de son élaboration spontanée vers des découvertes décisives , [ileincment incompatibles avec l’eusemble de l’ancienne philosophie, aussi bien métaphysique que théologique. On voit par là comment l’admirable mouvement astronomique du xvi® siècle dut nécessairement y conduire enfin la science à une opposition directe envers la métaphysique, succédant partout, sous des formes diverses mais équivalentes, à la théologie proprement dite, dont elle tendait dès lors à reconstruire, à son profit, l’antique domination, à la fois mentale et sociale. Par la nature même d’un tel antagonisme, il devait d’abord être gravement défavorable à la science, comme le prouvent alors tant de tristes exemples, analogues à ceux de Cardan, de Ramus, etc. Mais l’évolution logique proprement dite est celle

3oo

de toutes qui peut le moins être efficacement contenue, soit parce que la portée n’en peut être ordinairement comprise que lorsque son essor est assez développé pour surmonter spontanément tous les obstacles, soit en vertu de l’assistance involontaire qu’elle doit naturellement trouver chez ceuxlà même qui prétendent lui opposer des entraves systématiques. C’est pourquoi la persévérance, d’ailleurs mutuellement inévitable , de ce conflit décisif, y détermina nécessairement , dans le premier tiers du xvii' siècle, l’irrévocable décadence du régime des entités, dès lors accomplie envers les phénomènes généraux du monde extérieur, et par suite plus ou moins imminente relativement à tous les autres, à mesure qu’ils deviendraient suffisamment accessibles à la positivité rationnelle» >.^Tous les élémens principaux de la république européenne, sauf la seule Espagne, alors engourdie par la politique rétrograde , prirent une part capitale à cet immense débat , qui constituait enfin la première ;apparition caractéristique de la philosophie définitive, et qui, par suite, devait exercer, une influence fondamentale sur l’ensemhle des destinées ultérieures de l’humanité. L’Allemagne avait doublement déterminé , au siècle précédent , cette crise décisive , soit par l’ébranlement protestant, soit surtout par les belles découvertes

3oi

astronomiques de Copernic, de Tycho-Brahé, et enfin du grand Kepler : mais, absorbée par les luttes religieuses, elle n’y put activement concourir. Au contraire, l’Angleterre, l’Italie et la France fournirent chacune à celte noble élaboration un éminent coopérateur, en y faisant participer trois immortels philosophes , dont les génies très divers y étaient également indispensables, Bacon , Galilée et Descartes, que la plus lointaine postérité proclamera toujours les premiers fondateurs immédiats de la philosophie positive ; puisque chacun d’eux en a déjà dignement senti le vrai caractère, suffisamment compris les conditions nécessaires, et convenablement prévu l’ascendant final. Comme l’action de Galilée, inséparable de ses admirables découvertes, appartient essentiellement à l’évolution scientifique proprement dite, il serait superflu de revenir maintenant sur cette belle série de travaux qui , tandis qu’on définissait ailleurs, par une discussion directe, l’esprit général de la nouvelle manière de philosopher, se bornait à la caractériser activement, par une extension décisive, sans laquelle les préceptes abstraits eussent été trop vaguement appréciables. Quant aux travaux directement philosophiques de Bacon et de Descartes, également dirigés contre l’ancienne philosophie, et pareillement destinés à

3oa

constituer la nouvelle, leurs difiërences essentielles présentent à la fois une remarquable harmonie, soit avec la nature propre de chaque philosophe, soit avec celle du milieu social correspondant. Ciiacun d’eux établit , sans doute , avec une irrésistible énergie, la nécessité d’abandonner irrévocablement l’ancien régime mental^ tous deux s’accordent spontanément à faire nettement ressortir les attributs élémentaires du régime nouveau; enfin, tous deux proclament hautement la destination purement provisoire de l’analyse spéciale qu’ils prescrivent impérieusement , mais dont ils signalent déjà l’indispensable tendance ultérieure vers une synthèse générale, aujourd’hui si déplorablement oubliée, à l’époque même que la marche nécessaire de l’évolution humaine assigne si clairement à son élaboration directe. Malgré cette conformité fondamentale, rindis|>ensable concours philosophique de Bacon et de Descartes ne pouvait nullement dissimuler l’extrême diversité que l’organisation , l’éducation , et la situation avaient nécessairement établie entre eux. D’une nature plus active, mais moins rationnelle, et, à tous égards , moins éminente , préparé par une éducation vague et incohérente , soumis ensuite à l’influence permanente d’un milieu essentiellement pratique , où la spéculation était étroitement sub-

PHYSIQUE SOCIALE. 3o3

ordonnée à l’application. Bacon n’a qu’imparfaitement caractérisé le véritable esprit scientifique, qui, dans ses préceptes, flotte si souvent entre l’empirisme et la métaphysique, surtout envers l’étude du monde extérieur, base immuable de toute la philosophie naturelle; tandis que Descartes, aussi grand géomètre que profond philosophe, appréciant la positivité à sa vraie source initiale, en pose avec bien plus de fermeté et de précision les conditions essentielles, dans cet admirable discours où, en retraçant naïvement son évolution individuelle, il décrit, à son insu, la marche générale de la raison humaine; cétte appréciation concise sera toujours relue avec fruit , inéine après que la diffuse élaboration de Bacon n’offrira plus qu’un simple intérêt historique. Mais, sous un autre aspect fondamental, quant à l’étude de l’homme et de la société , Bacon présente, à son tour, une incontestable supériorité sur Descartes, qui, en constituant, aussi bien que l’époque le comportait, la philosopliielnorganlque, semble abandonner indéfiniment à l’ancienne méthode le domaine moral et social ; pendant que Bacon a surtout en vue l’indispensable rénovation de cette seconde pioitié du système philosophique, qu’il ose même concevoir déjà comme finalement destinée à la régénération totale de l’humanité ;

3o4 PHILOSOPHIE POSITIVE.

différence qu’il faut attribuer, soit à la diversité de leurs génies , l’un plus sensible à la rationnalité, l’autre à l’utilité, soit à ce que la position du premier devait lui faire mieux apprécier qu’au second l’état radicalement révolutionnaire de l’Europe moderne 5 double distinction alors correspondante à celle entre le catholicisme et le protestantisme. On doit toutefois noter, à ce sujet , que l’école cartésienne a spontanément tendu à corriger les imperfections de son chef, dont la métaphysique n’a certainement jamais obtenu, en France, l’ascendant qu’y prenait sa théorie corpusculaire; au lieu que l’école baconienne a bientôt tendu, en Angleterre, et même ailleurs, à restreindre les hautes inspirations sociales de son fondateur, pour exagérer, au contraire , ses inconvéniens abstraits, en laissant trop souvent dégénérer l’esprit d’observation en une sorte de stérile empirisme, trop aisément accessible à une patiente médiocrité. Aussi , quand les savans actuels veulent donner une certaine apparence philosophique au déplorable esprit de spécialité exclusive qui domine parmi eux, on peut remarquer qu’ils affectent partout de s’appuyer sur Bacon, et non sur Descartes, dont ils ont déprécié même la mémoire scientifique; quoique les préceptes du premier ne soient cependant pas moins contraires, au fond

PHYSIQUE SOCIALE. 3o5

que les conceptions du second à cette irrationnelle disposition , directement apposée au but commun que ces deux grands philosophes ont également proclamé.

Quelle que fôtj dans l’évolution générale de l’humanité, l’importance vraiment fondamentale de ces ' deux élaborations convergentes , il est néanmoins évident que, ni séparées, ni même réunies, elles ne pouvaient aucunement suffire, soit pour la doctrine, soit seulement pour la méthode, à constituer réellement la philosophie positive, dont le véritable esprit ne pouvait alors être suffisamment caractérisé que par les études géométriques ou astronomiques, et commençait à peine à s’étendre aussi aux plus simples théories de la physique proprement dite , sans même embrasser déjà l’ensemble élémentaire de la science inorganique, puisque la chimie n’y devait être convenablement assujétie que vers la- fin de la phase suivante. On comprend surtout combien l’avénement , encore moins préparé, de la science biologique était’, à cet égard , profondément indispe'nsable , cdàime seul apte à faire dignement apprécier la nouvelle manière de philosopher sous les aspects les plus nécessaires à son extension finale aux conceptions morales'et sociales, suivant le noble but indiqué par Bacon. Cette grande impulsion ne pouvait donc que signaler

Page 1