‹ Cours de philosophie positiveChapitre 20 sur 38 · TOME VI · texte numérisé non relu

TOME VI

3o6 PHILOSOPHIE POSITIVE.

suffisamment l’introduction décisive d’une philosophie nouvelle , montrer vaguement le terme. général de son essor initial, et faire imparfaitement pressentir les conditions principales de sa préparation graduelle pendant les deux siècles qui devaient précéder son élaboration d’ensemble: ni l’un ni l’autre des deux illustres fondateurs n’avait alors en vue qu’un développement provisoire, destiné à rendre successivement positifs tous les divers élémens essentiels des spéculations humaines, afin de permettre ultérieurement une systématisation définitive, dont aucun d’eux ne supposait réellement la possibilité immédiate, quelque confusément qu’il en dût concevoir la nature et la destination. La situation fondamentale de l’esprit humain restait donc encore nécessairement transitoire, jusqu’à l’évolution décisive de la science chimique, et surtout de la science biologique. Pour tout cet intervalle, il n’y avait vraiment lieu qu’à modifier, par un dernier amendement général, le partage primordial organisé par Aristote et Platon entre la philosophie naturelle et la philosophie morale, en faisant avancer chacune d’elles d’une phase dans le développement élémentairedont laloi sert de base à tout ce Traité, mais en continuant à laisser entre elles une divergence non moins radicale, et même bien pluspro-

ïîoncée; puisque la première, désormais passée à l’état positif, devait être beaucoup plus contradictoire envers la seconde, devenue purement métaphysique, que lorsque celle-ci était théologique et l’autre métaphysique , comme à l’origine de cette indispensable séparation provisoire ; ce qui devait faireaisément prévoir le peu de durée d’une transaction aussi incohérente , malgré sa nécessité actuelle. Descartes, appréciant une telle situation avec plus de profondeur et de netteté que sou illustre collègue, entreprit directement de régulariser cette nouvelle répartition, où il étendit le domaine positif autant qu’on pouvait l’oser alors , en y faisant rentrer jusqu’à l’étude intellectuelle et morale des animaux , d’après sa célèbre hypothèse d’automatisme, dont j’ai spécialement indiqué, au quarante-cinquième hapitre, l’office momentané, sans en dissimuler l’inévitable danger j il ne laissa à la métaphysique que le seul domaine qui ne pût encore lui être ôté, en la réduisant à l’étude isolée de l’homme moral et de la société. Mais, en coordonnant ces attributions extrêmes de l’ancienne philosophie, son génie éminemment systématique l’emporta à leur donner trop d’importance, en tentant de leur imprimer une rationnalité plus consistante qu’il ne convenait à la dernière fonction provisoire d’une doctrine prêle à s’éteindre

bigiti^eu by Googk

SOUS la prochaine extension simultanée de l’évo^ lution scientifique et de l’ébranlement révolutionnaire : aussi cette seconde partie de son élaboration philosophique, beaucoup moinsen harmonie avec l’état fondamental des esprits, n’ent-elle point, à beaucoup près, surtout en France, l’éclatant succès de la première, même quand Mallebranche s’en fut exclusivement emparé. Quanta Bacon , qui n’avait en vue aucun partage méthodique, et qui , au contraire, poursuivait surtout la régénération des études morales et sociales, il était spontanément préservé de toute semblable déviation : mais cependant la haute impossibilité, bientôt constatée, de rendre déjà positives ces deux parties extrêmes du système philosophique, dut nécessairement conduire son école à reconnaître également, d’une manière plus ou moins explicite, le besoin provisoire de la répartition établie', ou plutôt modifiée, par Descartes, eu évitant ainsi toutefois de lui attribuer, en général, une aussi vicieuse consistance. La recherche prématurée d’une unité encore impossible ne pouvait alors aboutir certainement qu’à tout replacer sous l’uniforme domination d’une métaphysique plus ou moins prononcée, comme le montrèrent avec tant d’évidence, à la fin de' cette pliase, ou au commencement de la suivante, les vains efforts, pres-

PH.KSIQUE SOCIALE. SoQ

(^ue simultanés, de Malebranche et de Leibnitz, pour établir une entière coordination philosophique, l’un d’après sa fameuse prémotion physique, l’autre par sa célèbre conception des monades. Quoique la seconde tentative fût d’ailleurs beaucoup plus progressive que l’autre, en tant que fondée sur un principe beaucoup moins théologique, toutes deux furent cependant également impuissantes à dissoudre réellement la répartition fondamentale, quelque contradictoire, et par suite provisoire qu’elle dût justement sembler déjà: ce qui peut faire spécialement sentir combien devait être profonde une telle nécessité transitoire^ contre laquelle a ainsi échoué l’énergique génie du gi'and Leibnitz..

Tel était donc le premier résultat général de la haute impulsion philosophique imprimée par Bacon et par Descartes, sous l’influence spontanée de l’évolution scientifique: l’esprit positif, ayant enfin conquis son émancipation partielle , devenait senl maître de la philosophie naturelle proprement dite; l’esprit métaphysique, dès lors essentiellement isolé, exerçait sur la philosophie morale sa vaine domination provisoire, dont le terme naturel était déjà appréciable : par là s’esl trouvée irrévocablement dissoute, la systématisation passagère qu’avait établie , à la fin du moyem»

3lO PHILOSOPHIE POSITIVE.

âge, l’uiiiforrae assujettissement des diverses conceptions humaines au pur régime des entités. Dès ce moment, il n’a pu réellement exister aucune philosophie quelconque, jusqu’à la tentative directe que j’ai entreprise dans cet ouvrage pour l’organisation totale de la philosophie positive, dont tous les élémens principaux m’ont paru assez élaborés désormais pour que sa construction finale devînt possible, d’après l’extrême extension que je m’efforce de lui donner , en y faisant rentrer les études sociales, comme Gali y a suffisamment ramené les études morales; et, si j’échoue, l’interrègne philosophique se prolongera nécessairement jusqu’à une plus heureuse élaboration ultérieure. Car, pendant tout cet intervalle d’environ deux siècles, l’esprit d’ensemble, qui doit essentiellement caractériser toute philosophie digne de ce nom, quelles qu’en soient la nature et la destination , n’a pu véritablement se trouver nulle part ; pas plus chetceux qui, continuant à s’appeler philosophes, entreprenaient désormais la vaine appréciation directe des phénomènes les plus spé-r ciaux et les plus compliqués, sans la fonder sur celle des phénomènes les plus simples et les plus généraux, que chez les savans eux-mémes qui, faisant ouvertement profession d’une spécialité alors indispensable, devaient borner leurs re-

cherches préparatoires à l'analyse |>artielle d’un seul ordre de phénomènes. Par suite d’un tel isolement, la métaphysique a dû perdre rapidement le crédit universel qu’elle avait jusque alors conservé, et qui tenait essentiellement à son intime solidarité antérieure avec l’évolution scientifique, depuis la séparation grecque entre le domaine métaphysique et le domaine théologique. En même temps, les plus éminens penseurs s’étant naturellement tournés vers les sciences, sauf un très petit nombre d’immortelles exceptions, la philosophie proprement dite, qui, au fond , cessait ainsi d’exiger de graves études préparatoires, dès lors sans consistance mentale entre la science et la théologie , a dû bientôt tomber aux mains des simples littérateurs, qui, en l’appliquant à la démolition radicale de l’ancienne organisation spirituelle, lui ont heureusement procuré, sous la troisième phase , une destination sociale susceptible de dissimuler momentanément sa profonde caducité intrinsèque, comme je l’ai suffisamment expliqué. Quant à son activité propre et directe, elle s’est dès lors nécessairement consumée, comme aujourd’hui, en une vaine et fastidieuse reproduction des [>rincipales aberrations, soit intellectuelles, soit politi(|ues, qui avaient agité les anciennes écoles grecques, les unes

plus thëologiques y les autres plus ontologiques, mais toutes presque également vicieuses,. et surtout pareillement ambitieuses de ia chimérique théocratie métaphysique que j’ai suiBsamment appréciée, et dont on vit alors, par suite- d’une semblable direction mentale, se renouveler, chez la plupart de ces philosophes incomplets, l’espoir plus ou moins explicite. Les deux cas ont même dû offrir celte grave différence que les controverses antiques avaient naturellement abouti à la systématisation monotliéique , dont l’importance, surtout sociale, était assurément fondamentale, quoique purement transitoire; tandis que ces discussions modernes n’étaient réellement susceptibles d’aucune issue et ne pouvaient ser,vir qu’à empêcher que les élaborations partielles dont l’humanité était alors justement préoccupée n’y fis.sent perdre totalement le souvenir de l’esprit d’ensemble , qu’il faut , à tout prix, toujours maintenir sous une forme quelconque, même seulement spécieuse, afin de conserver l’indispensable continuité de l’évolution générale. Il serait donc superflu d’examiner ici les principales différences européennes d’un mouvement métaphysique partout devenu désormais essentiellement étranger à la marche nécessaire du développement humain. Chacun sait d’ailleurs que ces dif-

PIIÏSIQUE SOCULE. 3l3

férences ont surtout consisté dans les diverses manières d’envisager l’essor abstrait de notre entendement, où les uns ont seulement apprécié les conditions extérieures, tandis que les autres en établissaient exclusivement les conditions intérieures : ce qui a coiislitué deux systèmes, ou plutôt deux modes, également irrationnels et diimériques, par cela même qu’ils séparaient les deux notions de milieu et d’organisme, dont la combinaison permanente constitue la base indispensable de toute saine spéculation biologique, aussi bien envers les phénomènes intellectuels et moraux que relativement à tous les autres, comme je l’ai pleinement démontré aux quarantième et quarante-cinquième chapitres : cette vaine séparation n’était, au reste, qu’une inexcusable .reproduction de l’antique rivalité qui avait divisé jadis les écoles opposées d’Aristote et de Platon, et que la scolastique avait, au moyen-âge, beu-r reusement suspendue. Toutefois, il est juste de noter que le premier ordre d’aberrations était, par sa nature, moins écarté que le second de la marche vraiment normale, puisque, dans l’étude préparatoire de tout sujet biologique, l’influence du milieu devait naturellement être appréciée avant celle de l’organisme, suivant la tendance constante de la véritable philosophie,' passant

3l4 PHILOSOPHIE POSITIVE.

toujours (lu inonde à l’homme, ahn de procéder sans cesse du plus simple au plus complexe : j’ai ci-dessus remarqué , en effet , que cette vicieuse disposition à s’occuper presque exclusivement des influences extérieures s’étendait alors à toutes les études physiologiques, sans exception des moins difficiles ; ce qui doit historiquement atténuer les torts primitifs d’une telle métaphysic]ue, en indiquant, malgré la gravité de ses dangers ultérieurs, qu’elle était alors moins éloignée que sa rivale de la vraie direction positive. Quant à la répartition européenne de ces deux ordres d’erreurs, elle me semble avoir dû hnalement correspondre, en général , à la division entre le catholicisme et le protestantisme, d’après les motifs essentiels (|ui nous ont ex[>Iiqué,* au chapitre précédent, la destihation naturelle des pays catholiques, et surtout de la France, h devenir, sous la troisième phase, le principal siège de l’élaboration négative, dirigée par un esprit métaphysique nécessairement plus critique et dçs lors plus rapproché de l’esprit positif; tandis que, chez les populations protestantes, l’esprit métaphysique, désormais profondément incorporé au gouvernement, avait dû remonter davantage vers l’état purement théologique, et, par suite, procéder, au contraire, plus explicitement de l’homme au monde, en considé-

PHYSIQUE SOCIALE. 3l5

raut surtout, daus l’essor mental, les conditions intérieures, quelque vicieuse que dût être d’ailleurs cette étude , ainsi séparée de toute notion réelle de l’orgahism» humain. Ces tendances respectives à l’aristotélisme ou au platonisme avalent dû toutefois être précédées , en Angleterre , d’une mémorable exception , que j’ai déjà suflisamment appréciée, relativement à l’école passagère de Hobbes, suivi de Locke, laquelle, sous l’impulsion baconienne pour la régénération directe des études morales et sociales, avait dû entreprendre d’abord une critique radicale, et par conséquent aristotélique, dont le développement, et surtout la propagation, devaient ensuite s’opérer ailleurs.

Avant de quitter cette seconde phase, aussi décisive pour l’évolution philosophique que pour l’évolution scientifique , j’y dois sommairement signaler les premiers germes essentiels de la rénovation finale de la [>hilosophie politique, (|ue Hobbes et Bossuet me semblent avoir directement préparée, vers la fin de cette mémorable période, dont le début avait été marqué , sous ce rapport, par quelques heureux essais partiels de Macliiavel, afin de rattacher à des causes purement naturelles l’explication de certains phénomènes polititpies, (|uoique son énergique sagacité ait été es-

sentiellement neutralisée par une appréciation radicalement vicieuse de la sociabilité moderne, qu’il ne put jamais distinguer suffisamment de l’ancienne. La célèbre conception politique de Hobbes sur l’état de guerre primordial et sur le préténdu règne de la force, a presque toujours été gravement méconnue jusqu’ici, d’après les injustes antipathies indiquées au cliapitre précédent; mais, en l’étudiant d’une manière convenablement approfondie, on sentira que, eu égard auï temps, elle a constitué, sous l’obscurité des formes métaphysiques, un puissant aperçu primordial, à la fois statique et dynamique , de la prépondérance fondamentale des inOuences temporelles dans l’ensemble permanent des conditions sociales inhérentes à l’imparfaite nature de Fhumanité; et, en second lieu, de l’état nécessairement militaire des sociétés primitives. En se rappelant l’active consécration contemporaine des fictions métaphysiques sur l’état de nature et le contrat social, on sentira , j’espère, l’éminente valeur de ce double aperçu, qui déjà tendait à introduire énergiquement la réalité au milieu de ces hypothèses fantastiques. Quant à la participation de notre grand Bossuet à cette préparation initiale de la saine philosophie politique, elle est plus évidente et moins contestée , surtout d’après son ad-

PHYSIQUE SOCIALE. 3l7

nirable élaboration historique, où, pour la première fois, l’esprit humain tentait de concevoir les phénomènes politiques comme réellement as* sujettis, soit dans leur coexistence, soit élans leur succession, à certaines lois invariables, dont l’usage rationnel pût permettre, à divers ^ards, de les déterminer les uns par les autres. Malgré que l’inévitable prépondérance du principe théologique ait dû profondément altérer une conception aussi avancée, elle n’a pu dissimuler son émiuente valeur, ni même empêcher son heureuse influence ultérieure sur le perfectionnement universel des études historiques sous la phase sui van te ; Oti sent, au reste, qu’elle ne pouvait naître alors qu’au sein du catholicisme, dont elle constitue la dernière inspiration capitale, puisque l’instinct négatif empêchait ailleurs toute juste appréciation quelconque de l’ensemble de l’évolution humaine. 11 n’est pas inutile de noter, en outre, que la destination spéciale de cette immortelle composition concourait spontanément a mieux caractériser sa nature, en présentant directement l’histoire systématique comme la base nécessaire de l’éducation politique.

Cet examen complet de la seconde, phase de l’évolution philosophique était ici particulièrement indispensable pour expliquer convenabie-

PHILOSOPUIE POSITIVE.

ment la formation historique d’une situation très peu comprise, et qui cependant n’a pu encore subir aucun changement essentiel; mais ce travail même nous dispense d’insister beaucoup sur la troisième phase, qui, sous ce rapport, ne dut être, à tous égards, qu’une simple extension de la précédente. Dans l’ordre moral, on y remarque surtout l’heureuse tendance de l’école écossaise , d’après l’indépendance spéculative plus prononcée que lui procuraient à la Poisson état d’opposition presbytérienne au sein de l’organisme anglican , et son défaut même de principes propres au milieu des vaines controverses sur l’exclusive appréciation des conditions extérieures ou intérieures de l’essor mental. Car cette école, dont toute la valeur était due à l’éminent mérite des penseurs qui s’y trouvaient alors rapprochés sans aucune liaison vraiment systématique, put, à cette époque, utilement tenter de rectifier les graves aberrations critiques de l’école- française, quoique son inconsistance caractéristique ne pût aucunement lui permettre d’en arrêter le cours inévitable, qui n’a pu être vraiment contenu, comme je l’ai montré au quarante-cinquième chapitre, que par l’avénement ultérieur de la saine physiologie cérébrale. Sous l’aspect purement mental, l’un des principaux membres de cette illustre asso-

PHYSIQUE SOCIALE. 3ig

ciation, le judicieux Hume, par une élaboration plus originale sur la théorie de la causalité, entreprend avec hardiesse, mais avec les inconvéniens inséparables de la scission générale entre la science et la philosophie, d’ébaucher directement le vrai caractère des conceptions positives. Malgré toutes ses graves imperfections, ce tra vailconstitue, à mon gré , le seul pas capital qu’ait fait l’esprit humain vers la juste appréciation directe de la nature purement relative propre à la saine philosophie , depuis la grande controverse entre les réalistes et les nominalistes , où j’ai ci-dessus indiqué le premier germe historique de cette détermination fondamentale. On doit aussi noter, à cet égard, le concours spontané des ingénieux aperçus de son immortel ami Adam Smith sur l’histoire générale des sciences, et surtout de l’astronomie, où il s’approche peut-être encore davantage du vrai sentiment de la positivité rationnelle; je me plais à consigner ici l’expression de ma reconnaissance spéciale pour ces deux émiuens penseurs, dont l’influence fut très utile à ma première éducation, philosophique, avant que j’eusse découvert la grande loi qui en a nécessairement dirigé tout le cours ultérieur. . .

Quant à la préparation graduelle de la saine philosophie politique, ébauchée, sous la seconde

phase, par Hobhcs et par Bossuet, comme je viens de l’expliquer, ou doit d’abord remarquer l’heureuse amélioration qui commence, au siècle dernier, à s’introduire partout dans les compositions historiques , où la marche fondamentale * du développement social devient de plus en plus le but spontané des plus célèbres productions ; autant du moins que peut le permettre l’absence irréparable de toute théorie d’évolution , dont l’usage élèvera nécessairement à la dignité scientifique des travaux restés jusqu’ici essentiellement littéraires, malgré ces utiles modifications, où l’école écossaise s’est tant distinguée. 11 serait injuste d’oublier, à ce sujet, l’élaboration bien plus modeste , mais encore plus indispensable , des utiles et ingénieux éru'dits qui, sous la seconde phase, et surtout sou^ la troisième, dévouèrent leur infatigable activité à l’éclaircissement partiel des principaux points de l’histoire antérieure, dans tant d’iutéressans mémoires de notre ancienne Académie des inscriptions , dans l’importante collection du judicieux Muratori, etc. Trop dédaignés aujourd’hui de nos savans, dont la marche spéciale est, toutefois, en beaucoup d’occasions, encore moins rationnelle, ces estimables travaux figurent , à mes yeux , pOur la préparation de la sociologie positive, comme les accu-

PHYSIQUE SOCULE. 321

mutations analogues de matériaux provisoires , sous la première phase, et même sous la seconde, pour la formation ultérieure de la chimie et de la biologie : c’est uniquement grâce aux lumineuses indications, directes ou indirectes, qui en sont naturellement dérivées, que la sociologie peut maintenant commencer à sortir enfin de cet état préliminaire, où toutes les autres sciences avaient déjà passé , et s’élever convenablement à la positivité systématique que je m’efforce de lui imprimer ici.

Malgré l’incontestable utilité de ces diverses améliorations, la seule conception capitale qu’on doive regarder comme réellement propre à cette troisième phase consiste dans la grande notion du progrès humain, qui, sous l’ascendant même de l’élaboration négative, prépare directement le principe d’une vraie réorganisation mentale, comme je l’ai expliqué au quarante-septième et au quarante-huitième chapitre. Son premier germe devait spontanément ressortir, même dès la seconde phase, de l’ensemble de l’évolution scientifique, qui, plus clairement qu’aucune autre, suggère l’idée d’une vraie progression, dont les termes se succèdent par une irrécusable filiation nécessaire. Aussi, avant la fin de cette phase, Pascal avait-il réellement formulé, le premier, la conception

Page 1