TOME VI. 2 I
322 PlULOSOPHIE POSIXrVE.
philosophique du progrès humain, sous la secrète impulsion naturelle de l’histoire générale des sciences mathématiques. Toutefois, cette heureuse innovation ne pouvait aucunement fructifier tant que sa vérification eflfective restait bornée à une seule évolution partielle, quelle qu’en fût de plus en plus l’extrême importance: puisqu’il faut au moins deux cas pour s’élever, par leur rapprochement, à une généralisation durable, même envers les plus simples sujets de nos spéculiitions quelconques; et, en outre, un troisième cas devient toujours indispensable pour confirmer la comparaison primitive. La première de ces deux conditions logiques était, à la vérité, facilement remplie d’après l’évidente conformité de la progression industrielle avec la progression scientifique; mais il restait à satisfaire à l’autre condition, en vérifiant une telle convergence par une convenable appréciation de la troisième évolution élémentaire. Car, suivant une étrange coïncidence, l’évolutjon morale et politique, qui présentait , au fond , la plus irrésistible confirmation , et qui, en effet, au moyen-âge, avait inspiré au catholicisme l’ébauche imparfaite de cette notion fondamentale, ne pouvait plus être employée alors à une semblable démonstration , d’après l’inévitable ascendant piovisoire du mouvement
PHYSIQUE SOCIALE. SsS
de décomposition, qui, dès le xiv* siècle-, disposnit de plus en plus toutes les classes de la société européenne à concevoir comme une période de rétrogradation les temps qui , au contraire, ont été le plus profondément caractérisés par le perfectionnement universel de la sociabilité humaine, ainsi que je crois l’avoir pleinement établi désormais. On comprend dès lors quelle devait être, au début de la troisième phase, l’importance vraiment décisive de la grande controverse, si heureusement agrandie et rationalisée à la fois par l’éminent Fontenelle et le judicieux Perrault, à l’occasion de l’aveugle obstination de certains classiques français à méconnaître le mérite général de la moderne évolution esthétique comparée à l’ancienne. L’appréciation extrêmement délicate d’uue telle comparaison, suivant nos explications antérieures, provoquait nécessairement une discussion très approfondie, où tendaient successivement à s’introduire tous les principaux aspects sociaux, malgré les efforts continus de Boileau et de ses coopéraleurs pour restreindre une contestation philosophique dont iis se sentaient radicalement incapables de soutenir dignement l’extension inévitable. D’après lu sage direction que Fontenelle, appuyé surtout sur l’évolution scientifique, sut habilement imprimer
ai. .
3a4 PHILOSOPHIE POSITIVE.
à l’ensemble de cette éminente controverse, quoique le sujet primitif du débat restât enveloppé d’un doute général qui subsiste encore essentiellement, la notion du progrès humain , spontanément secondée par l’instinct universel de la civilisation moderne, s’établit alors d’une manière aussi systématique que pouvait le comporter la gi’ande anomalie apparente relative an moyen-âge. Cette prétendue exception à la loi du progrès n’a pas cessé de se faire sentir jusqu’à présent, malgré d’insulTisantes rectiBcations partielles ; et j’ose dire qu’elle ne pouvait être convenablement résolue que par la théorie fondamentale d’évolution, à la fois intellectuelle et sociale, établie, pour la première fois , dans cet ouvrage. Néanmoins, il serait injuste de ne point signaler spécialement, à ce sujet, l’heureuse Influence indirectement émanée, pendant la seconde moitié de la phase que nous achevons d’apprécier, du développement spontané de la doctrine critique et transitoire qu’on a si improprement qualifiée d’économie politique. En effet , cette élaboration provisoire, en fixant enfin l’attention générale sur la vie industrielle des sociétés modernes, quoique avec tous les graves inconvéniens philosophiques inhérens à la nature vague et absolue de tonte conception métaphysique, comme je l’ai
indiqué au quaranle-septièiue chapitre, tendit à ébaucher l’appréciation historique de la vraie différence temporelle entre notre civilisation et celle des anciens 3 ce qui devait ultérieurement conduire à se former une juste idée politique de la sociabilité intermédiaire, dont la nature propre n’aurait pu être autrement aperçue, suivant l’universelle obligation logique de ne juger aucun état moyen que d’après les deux extrêmes qu’il doit réunir. C’est, sans doute, sous l’influence d’une telle préparation mentale, que l’illustre économiste Turgot fut amené, vers la fin de cette troisième phase, à construire directement sa célèbre théorie de la perfectibilité indéfinie, qui, malgré son caractère essentiellement métaphysique, servit ensuite de hase au grand projet historique conçu par Condorcet, sous l’indispensable inspiration de l’ébranlement révolutionnaire, selon les explications spéciales du quarante-rscptième chapitre, naturellement complétées au chapitre qui va suivre. J’ai d’ailleurs suflisamment apprécié d’avance, dans cette même quarante-septième leçon , avec toute l’importance spéciale que méritait une telle exception , la tentative éminemment prématurée du grand Montesquieu pour concevoir enfin directement les phénomènes sociaux comme aussi assujettis que tous les autres
3a6 PUILOSOPlllE POSITIVE.
à d’invariables lois naturelles : on a dû remar* quer alors qiie l’inévitable avortement d’une conception trop supérieure à l’ensemble de la phase correspondante n’a permis à celte mémorable élaboration d’autre influence réelle que celle relative, non à l’admirable instinct qui l’avait inspirée, mais aux graves aberrations, théoriques ou pratiques, qui en accompagnèrent le cours, surtout quant à l’action politique des climats, et à l’irrationnelle admiration de la constitution transitoire propre à l’Angleterre.
Après avoir ainsi totalement apprécié la moderne évolution philosophique, depuis son origine au moyen-âge jusqu’au début de la grande crise française, terme naturel de notre analyse actuelle, il est impossible de n’y pas remarquer, encore plus clairement qu’envers nos trois autres évolutions partielles, que son ensemble, confusément composé d’une foule de spécieux débris mêlés à quelques matériaux très précieux mais très rares et surtcul fort iucobéreiis, constitue seulement ime simple élaboration préliminaire, qui ne peut trouver d’issue que dans une ébauche directe de la régénération humaine. Quoique cette conclusion Anale du présent chapitre soit déjà résultée séparément de chacune des progressions élémentaires propres à la sociabilité moderne , son
importance vraiment Foiulamentale m’oblige à terminer ce grand travail en la faisant sommairement ressortir de leur rapprochement général, fiar l’indication des lacunes caractéristiques qui leur sont communes, et dont j’avais dû préalablement écarter la considération explicite, afin de ne pas troubler l’examen historique de chaque mouvement principal.
Des évolutions purement partielles, essentiellement indépendantes les unes des autres, malgré leur secrète connexité naturelle, longtemps accomplies sous la seule impulsion nécessaire ^des influences spontanément émanées de l’ensemble d’une situation sociale généralement méconnue, sans aucun sentiment rationnel de leur marche et de leur destination, devaient exiger, comme nous l’avons pleinement reconnu pour chacune d’elles, l’indispensable ascendant d’un instinct continu de spécialité plus ou moins exclusive, tendant à faire dominer de plus en plus l’esprit de détail sur l’esprit d’ensemble, suivant l’appréciation brièvement indiquée au titre même de ce chapitre. Ce développement isolé et empirique de chacun des nouveaux élémens sociaux était évidemment le seul possible en un temps où toutes les vues systématiques se rapportaient uniquement au régime qui devait s’éteindre; en même temps
3a8 piiiLOSOPniE positive.
que cette énergique individualité pouvait seule permettre aux forces nouvelles de manifester suffisamment leur caractère et leur tendance. Mais une telle marche, quoique étant à la fois inévitable et Indispensable, n’en doit pas moins être maintenant reconnue comme la principale source nécessaire des dispositions anti-sociales propres à ces diverses progressions préliminaires, dont le cours simultané ne nous a présenté que l’essor graduel d’éléments susceptibles de combinaisons ultérieures, sans être encore nullement parvenus à une association réelle. Cet empirisme dispersif, qui devenait sans objet quand l’évolution préparatoire était suffisamment accomplie, a dû, au contraire, naturellement obtenir dès-lors, d’après son activité continue, une prépondérance plus prononcée, qui constitue véritablement aujourd'hui le plus puissant obstacle à une régénération finale, où l’esprit d’ensemble doit, à son tour, directement prévaloir. Bien loin de reconnaître cette nouvelle nécessité fondamentale, les évolutions partielles s’obstinent à maintenir leur marche antérieure ; et la vaine métaphysique, qui dirige encore les spéculations générales, consacre dogmatiquement ces diverses aberrations spontanées, en s’efforçant d’établir ce désastreux principe que ni l’industrie, ni l’art, ni la science, ni
même la philosophie, n’exigent et ne comportent, dans la sociabilité moderne, aucune véritable organisation systématique: en sorte que leur cours respectif doit être livré, encore plus qu’aupnravant, à la seule impulsion des instincts spéciaux. Or, rien ne peut mieux caractériser ici le vice fondamental de cette pernicieuse conception que de compléter sommairementl’appréclalionhistorique que nous venons d’établir, en montrant directement chacune de nos quatre progressions élémentaires comme ayant dû tendre de plus en plus à s’entraver radicalement par l’exagération croissante de l’empirisme primitif.
Cette tendance est surtout évidente quant à l’évolution la plus fondamentale, celle qui devait vraiment constituer la société moderne; et c’est cependant à son égard que les subtilités doctorales ont le plus absolument insisté, au siècle dernier aussi bien qu’aiijourd’bui, contre toute organisation quelconque, dans les diverses doctrines économiques construites sous l’ascendant métaphysique de l’élaboration négative.
Nous avons, en effet, d’abord reconnu que la progreSvSion industrielle avait été, à partir du XIV® siècle, essentiellement concentrée dans les villes, en sorte que l’industrie agricole, une fois le servage aboli, n’y avait jamais participé qu’a-
33o PHILOSOPHIE POSITIVE.
vec une extrême lenteur et à un degré fort incomplet. Ainsi, par suite de la spécialité d’essor, l’élément, .sinon le plus caractéristique,' du moins certainement le plus fondamental, est resté gravement arriéré dans l’évolution temporelle, de manière à demeurer, presque partout, beaucoup plus adhérent que tous les autres à l’ancienne organisation, comme le montre si nettement, par exemple, la profonde diversité actuelle entre l’industrie rurale et les industries urbaines, quant aux relations respectives des entrepreneurs aux capitalistes. Nous avons même noté que , chez les populations où la compression féodale n’avait pas d’abord suffisamment prévalu, la marche opposée de l’élément industriel dans les villes et dans les campagnes avait souvent provoqué de profondes collisions directes. Yoilà donc un premier aspect capital sous lequel il est évident que l’évolution industrielle appréciée dans ce chapitre, attend nécessairement une action systématique qui puisse établir entre ses divers élémens l’homogénéité convenable à leur intime combinaison ultérieure.
En second lieu, et considérant seulement les indiistries urbaines, les seules dont l’essor social ait été jusqu’ici suffisant, on voit aisément que, par une déplorable conséquence universelle de la prépondérance croissante de l’esprit d’individua-
PIIYSIQVK SOCIALE.
lisme et de spécialité, le développement moral y est resté fort en arrière du développement matériel ; tandis qu’il semble au contraire qu’en acqué* rant de nouveaux moyens d’action , l’homme a plus besoin d’en régler moralement l’exercice , aSn qu’il ne soit nuisible ni à lui ni à la société. La na^re absolue et immuable de la morale religieuse l’ayant forcée, comme je l’ai indiqué, de laisser pour ainsi dire en dehors de son empire ce nouvel ordre de relations humaines, que son organisation initiale n’avait pu suffisamment prévoir, il a été tacitement abandonné au simple antagonisme spontané des intérêts privés, sauf la vaine intervention accessoire de quelques vagues maximes générales, dont l’ascendant réel devait d’ailleurs rapidement décroître, suivant nos explications antérieures, par l’inévitable décadence du pouvoir propre à eu diriger l’application active, et même ensuite par l’irrévocable dissolution des croyances nécessairement transitoires qui leur servaient de base mentale. C’est ainsi que la société industrielle s’est trouvée, chez les modernes, radicalement dépourvue de toute morale systématique, destinée à une sage régularisation pratique des divers rapports élémentaires qui en constituent l’existence journahère. Dans les innombrables contacts permaneos entre les produc-
33a PHILOSOPHIE POSITIVE.
leurs et les consommateurs, ou entre les différentes classes industrielles, et surtout entre les entrepreneurs et les ouvriers , il semble convenu que, suivant l’instinct primitif de l’esclave émancipé, chacun doit être uniquement préoccupé de son intérêt personnel , sans se regarder comme coopérant à une véritable fonction publique : et cette déplorable tendance ressort tellement de l’ensemble de la situation moderne, que des économistes, d’ailleurs estimés, en ont osé tenter l’apologie directe, en s’élevant dogmatiquement contre toute systématisation quelconque de l’enseignement moral. Rien ne peut mieux caractériser un tel désordre que son contraste universel avec l’ordre admirable relatif à l’ancienne sociabilité militaire, où, sous l’influence prolongée d’une puissante organisation , tous les rapports étaient soumis à des règles invariables , assignant à chacun des devoirs et des droits justement relatifs à sa propre participation à l’économie correspondante : la constitution actuelle des armées offre encore assez de traces de cette antique régularisation pour faire immédiatement sentir les graves lacunes que présente, sous cet aspect, l’état spontané de l’association industrielle, eu égard à l’opposition fondamentale des deux sortes d’activité, sufGsamment indiquée en son lieu.
D’après une apprécialion plus spéciale , et non moins décisive, il est aisé de reconnaître que l’aveugle empirisme sous lequel s’est jusqu’ici essentiellement accomplie l’évolution industrielle, y a graduellement suscité des difficultés intérieures qui tendent directement à entraver son développement futur par une sorte de cercle profondément vicieux , dont la seule issue possible se trouve dans une systématisation convenable du mouvement industriel, laquelle est, à son tour, inséparable d’une élaboration directe de la réorganisation générale. Nous avons, en effet, remarqué, comme un caractère essentiel de l’industrie moderne, sa tendance croissante à utiliser autant que possible les forces extérieures, en chargeant chaque agent, même inorganique, de la plus haute élaboration que sa nature puisse comporter, et réservant de plus en plus l’homme à l’action , principalement intellectuelle, convenable à son organisation supérieure. Cette disposition nécessaire , déjà sensible au moyen-âge, à la suite de l’émancipation personnelle, s’est continuellement accrue pendant les deux premières phases modernes, et nous l’avons vue parvenir à un irrévocable ascendant vers le milieu de la troisième phase , par l’emploi étendu des machines. Tel est assurément l’aspect le plus philosophique de l’industrie, conçue comme des-
tinée, sous les iuspirntions de la science, à développer l’action rationnelle de l’humanité sur le monde extérieur : ce qui aboutit, d’une autre part, à élever graduellement ta condition et même le caractère de l’homme, jusque chez les moindres classes, en y consacrant l’intervention humaine à la seule administration judicieuse des forces matérielles , toujours empruntées, autant que possible, au milieu même où cette action doit s’accomplir. Mais, quelle que doive être l’heureuse influence ultérieure de cette grande transformation , quand elle deviendra convenablement développable , elle a spontanément manifesté une immense difiiculté intérieure, tenant à la spécialité d’évolùtion, et dont le dénouement doit de plus en plus devenir indispensable à la libre extension du mouvement industriel. Car, il n’est pas douteux, malgré les iroides subtilités de nos économistes, que cette aveugle extension empirique de l’emploi des agens mécaniques est immédiatement contraire, en beaucoup de cas, aux plus légitimes intérêts de la classe la plus nombreuse , dont les justes réclamations tendent nécessairement à susciter des collisions de plus en plus graves, tant que les relations industrielles scmt abandonnées à un simple antagonisme physique, par l’absence de toute systématisation rationnelle. Pour compren-
dre suffisamment toute la profondeur d’une telle entrave, il faut ajouter que cette influence n’appartient pas seulement, comme on le croit d’ordinaire, à l’emploi des machines, mais qu’elle s’étend , en général, à tout perfectionnement quelconque des procédés industriels ; de quelque manière qu’il puisse être réalisé, il en résulte effectivement toujours une diminution correspondante dans le nombre des individus occupés, et par suite une perturbation plus ou moins grave et plus ou moins durable dans l’existence des populations ouvrières. Ainsi , par suite de la spécialisation déréglée qui devait jusqu’ici présider à la marche de l’industrie moderne, son propre essor détermine un obstacle permanent , qui ne peut être suffisamment neutralisé que sous l’influence d’une systématisation judicieuse, destinée à prévenir ou à réparer tous les maux qui en sont susceptibles, ou même à modérer les embarras insurmontables par unesage prévoyance et une résignation rationnelle.
Ces trois ordres de considérations sur les graves lacunes de l’évolution industrielle appréciée dans ce chapitre , viennent converger spontanément vers une douloureuse observation finale, dont la justesse est, ce me semble, irrécusable, sur la disproportion notable entre ce développement spécial et l’amélioration correspondante de la
condilion humaine chez la majeure partie des populations modernes , surtout urbaines. Un loyal et judicieu.x historien anglais, M. Hallam, a convenablement établi, de nos jours, que le salaire des ouvriers actuels est sensiblement inférieur, eu égard au prix 'des denrées les plus indispensables, à celui de leurs prédécesseurs au xiv* et au XV* siècle : beaucoup d’influences incontestables, comme l’extension ultérieure d’un luxe immodéré, l’emploi croissant des machines, la condensation progressive des ouvriers, etc., expliquent aisément ce triste résultat. Ainsi, pendant que d’ingénieux progrès procuraient aux plus pauvres artisans modernes des commodités inconnues à leurs ancêtres, ceux-ci avaient probablement obtenu, sous la première phase, et même sous la seconde, une plus complète satisfaction des premiers besoins physiques. En outre, le rapprochement plus fraternel des entrepreneurs et des travailleurs, tant que la prépondérance des anciennes classes avait contenu sulfisamment l’ambitieuse tendance des premiers à substituer leur domination bourgeoise à celle des chefs féodaux , procurait aussi aux populations ouvrières une meilleure existence morale, où leur droits et leurs devoirs devaient être moins méconnus que sous l’ascendant ultérieur du déplorable
égoïsme suscité par l’extension croissante d’un empirisme dispersif. Plus on approfondira ce grand sujet de méditations politiques, mieux on sentira, en général, que les intérêts propres des classes inférieures concourent spontanément aujourd’hui avec les nécessités fondamentales qu’une saine analyse historique dévoile irrécusablemeiit dans l’évolution préparatoire des sociétés modernes : en sorte que le vœu spéculatif d’une réorganisation systématique , loin de constituer une vaine utopie philosophique, suivant l’aveugle dédain de presque tous les hommes d’état, tend, au contraire, à s’appuyer nécessairement sur un puissant instinct populaire, qui n’a plus besoin, pour être convenablement écouté, que de trouver enûn des organes suffisamment rationnels.
11 est donc certain désormais, sous tous les aspects principaux , que l’évolution sociale de l’industrie moderne n’a pu être jusqu’ici que simplement préparatoire : elle a introduit de précieux élémens pour un ordre réel et stable, mais sans pouvoir aucunement dispenser de l’élaboration directe d’une réorganisation ultérieure, impérieusement exigée par de graves lacunes destructives, tendant à arrêter le mouvement antérieur, et tenant à l’esprit de spécialité dispersive sous lequel cette préparation avait dû s’accomplir