SUR LA PHILOSOPHIE EN GÉNÉRAL
Avant d'aborder les diverses parties de la |)lillusu|)liie, nous (levons examiner quatre questions préliminaires : VInstoive de cette science, sa déflnilion, sim importance et sa division '.
T. — Histoire de ht idiilosopltie.
1. Origine de la philosophie. — C'f^st à Fvthagore qu'on fait remonter ce beau nom de philosophie. Avant lui, tous ceux ([ul se livraient à l'étude du monde étaient appelés savants, l'vlhagore, au contraire, quand on lui demandait quel était l'art ou la science qu'il professait, répondait, dit-on, avec modestie, qu'il n'était ni artiste ni savant, mais qu'il était simplement philosophe, fdo70'foç, c'est-à-dire ami de la sagesse,
L'origine du mot « philosophie» » laisse entrevoir l'origine de la philosophie elle-même. Cette science, en effet, naquit de ce besoin de connaître, inné dans tout esprit, et dont Aristote a dit : « L'homme désire savoir. » — Par conséquent :
a) Tout homme qui se livre à l'étude de la nature commence à être philosophe. « [^ejouroùun homme « réfléchi, dit Cousin, ce jour-là la philosophie a commencé. »
b) Or, cet amour de l'étude j)ousse surtout à la recherche des causes. Ce qui fait dire à S. Thomas : « La nature a déposé
I. Consulter les Lettres Encycl. .^lerni PaUis de Léon XIII. — Franck, Dicl. des sciences pliilosoph. Art. Philosophie. — CciKsin, Introduction à l'Hist. delà Philost 1- leç.— Gonzalès, Ilist. de la Philos., traduite par le R. P. de Pascal : Introduction. PlIlLOSOl'IIlL. — To.\iL- I 1
2 NOTIONS PRELIMINAIRES
en tout homme le lîesoin de savoir la cause de ce qu'il voit. » C'est pourquoi quiconque recherche la cause, la raison des choses est philosophe au sens large du mot, et cette sorte de recherche s'appelle aussi philosophie. On dit en ce sens : philosophie de la religion, de la jurisprudence, des langues et de toutes les sciences.
c) Mais, au sens strict, celui-là seul est philosophe, qui recherche non pas des causes quelconques, mais les causes dernières. Nous en parlerons hientôt (n. 4).
2. Domaine de la philosophie dans le cours des âges. La philosophie a embrassé, selon les époques, des matières plus ou moins étendues. On peut distinguer trois périodes :
a) A l'origine, presque tous appliquèrent ce mot de phih»sophie à l'ensenihle très complexe de toutes les sciences ou de toutes les vérités que l'intelligence humaine peut connaître avec certitude. Ainsi pour Aristote, la philosophie comprenail deux parties : l'une spéculative, l'autre pratique ; l'une cherchant ce qu'il faut croire, l'autre ce qu'il faut faire. La première embrassait les Matbématiques, la Physique et la Théologie (métaphysique) ; la seconde, la Logique et l'Ethique. C'est dans ce même sens (jne Cicéron définissait la philosophie : « La science des choses divines et humaines et des causes qui les contiennent. »
b) Au moyeu âge, comme on étudiait méthodiquement la théologie dans les écoles, on divisa les sciences en sciences divines et humaines ; celles-ci, connues par la lumière de la raison ; celles-là, par la lumière de la révélation. Il est vrai qu'à cette époque, la philosophie était subordonnée par les scolastiques à la théulogie ; néanmoins, elle en était déjà nettement distincte. Les quatre parties qu'elle embrassait étaient la Logique, la Physique (qui comprenait aussi les. mathématiques), la Métaphysique et l'Ethique.
c) Enfin chez les modernes, surtout depuis Hacon et Descartes, on a séparé de la philosophie les mathématiques et les sciences expérimentales, à cause de l'extension qu'elles ont prise et des progrès qu'on leur a fait faire.
Ainsi donc la philosophie fut à l'origine une science anicerse//e, elle devint dans la suite wnc. science naturelle ou simplement humaine ; elle est aujourd'hui une science humaine