II. — Définition de la pldlosophie
3. Définition du mot « philosophie >. — Il ressort de ce que nous venons de dire, que la |)liiiosophie emprunte son nom à la « sagesse », et en rev6t les caractères. Il faut donc savoir ce (jue c'est que la sagesse.
fl) D'une manière générale, le mot sagesse, sapientia, qui vient du mot sapere, goûter, savourer une chose, paraît signifier cette manière par excellence de connaître, dont la saveur, pour ainsi dire, produit dans l'esprit une vraie délectation.
6) Dans un sens plus spécial, la sagesse signifie un goiit lion, un jugement juste, qui s'exerce, — tantôt sur une manière de faire; c'est en ce sens que nous disons : tel homme est sage, voici un sage artisan, ce médecin est sage : — tantôt sur les choses considérées en ellesmêmes ou relativement à leur fin ; d'une part, en effet, « quiconque juge les choses comme elles sont en réalité et non pas comme l'opinion les suppose, celui-là est vraiment sage » ; mais d'autre part, on appelle « sages aussi, les hommes capables de bien ordonner les parties d'un tout, et de mener l'ensemble à bonne fin ».
c) Dans un sens encore plus restreint, << la sagesse est l'art de juger l'effet par la cause, et les causes secondes par la cause suprême ». Pur conséquent celui qui saisit les causes éloignées d'un certain ordre de choses, de façon à en porter un jugement droit, est sous ce rapport réellement sage.
4. Définition de la philosophie elle-même. — On peut la définir ainsi : la science des premiers principes de tout ce que l'homme peut connaître à la lumière de la raison.
1° C'est une science. — Il y a en effet, en philosophie, un ensemble de connaissances fondées sur des principes certainsj — méthodiquement liées entre elles par le raisonnement, — et concourant toutes à une même fin : ce sont là précisément les caractères de la science (n. 238).
La philosophie est une science véritable ; ce n'est pas seulement urt ensemble de conjectures ou d'hypothèses invérifiables, comme il sera facile de s'en convaincre. C'est donc une erreur de prétendre, avec les positivistes, que la philosophie n'est autre chose qu'une classification des sciences ; ou, avec les kantistes, que la philosophie spéculative lïe saurait être que la critique des opérations subjectives de l'intellect.
4 NOTIONS PKKLIMINAIRES
2° C'est la science des principes ou des causes, des raisons. Un principe, c'est ce dont une chose procède de quelque façon que ce soit ; une cause, c'est ce qui la produit ; une raison, c'est ce qui l'explique. Ainsi par exemple : l'évidence est principe de la connaissance ; Dieu est cause du monde et de riiomme ; la pensée spirituelle est une des raisons de l'immortalité de l'àme (Ontol., n. 155).
3° Ce ne sont pas des principes quelconques, mais les premiers principes que recherche le philosophe. Le rôle du sage, en effet, est de s'élever jusqu'aux causes dernières ; en cela il se distingue du savant, qui s'arrête aux principes prochains, et recherche en détail les moindres propriétés des choses. On appelle premier principe, celui qui dans la série des causes d'un même genre est le dernier anneau de la chaîne et celui dont tous les autres dépendent,. Comme exemple, citons dans l'ordre logique le principe de contradiction, et, dans l'ordre réel, l'essence de chaque corps, l'âme humaine, Dieu surtout, car, étant la cause des causes, la raison dernière de toutes choses, il est le terme suprême de la philosophie.
4" C'est la science de tout ce qui est connaissable. Ces mots indiquent toute la matière de la philosophie, et on doit les entendre de tout ce qui est ou peut être connu, aussi hien dans l'ordre logique que dans l'ordre ontologique et dans l'ordre moral. En un certain sens, la philosophie est donc une science universelle, et, par l'étendue seule de son ol)jet, elle suffirait à se distinguer des autres sciences particulières.
5" C'est la science de ce qu'on peut connaître à la lumière de la raison. La philosophie « science de raison » doit donc être distinguée de la théologie, qui atteint, à la lumière de la révélation, nombre de principes ignorés de l'homme, voire même inaccessibles à sa raison.
5. Objet spécifique de la philosophie. — La philosophie a un double objet : l'un matériel, ce sont tous les êtres dont elle s'occupe ; l'autre formel, ce sont les divers points de vue sous lesquels elle considère ces êtres.
1" Le monde, l'homme, Dieu, telle est la matière de la philosophie. Mais l'homme peut être considéré à un triple point de vue ; il a une nature physique, une vie intellectuelle, une vie morale. Par conséquent il offre à la philosophie comme une
sua L\ PHILOSOPHIE EN GENERAL 0
tripk' matière on tant qu'cHre physique, être raisonnable, être moral.
2" L'objet formel embrasse \q?, principes premiers, les causes, les raisons que l'on recherche à propos de tout objet. Ces principes, causes ou raisons des choses sont très nombreux ; mais on peut les ramener à V essence et à Y existence. La philosophie, en efïet, recherche en chaque chose : — a) Son essence: Quels sont les principes intrinsèques qui la constituent? C'est la cause matérielle et la cause formelle, comme nous l'établirons en son lieu. — b) Son existence : D'où elle vient et où elle va ? c'est-à-dire quelle est sa cause efficiente et sa cause finale.
Ainsi essence, origine, fin : voilà tout l'objet formel de la philosophie.