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Comment le sens n'est pas un critère universel

Beaucoup de sensualistes et de positivrsies prétendent, après Epicure, que nos sens sont la mesure, la règle de toutes nos connaissances ; aussi d'après eux, ne doit-on accorder aucune foi aux vérités que les sens ne peuvent percevoir. — Parmi eux, Galuppi prend le sens intime ou la conscience pour critère universel.

Thèse

Ni les sens externes, ni la conscience, ne ■peuvent être pris

pour un critère unii'ersel de vérité.

A. — Les sens externes. — Le critère suprême doit être universel ; or les sens externes ne nous font percevoir que les qualités sensibles ; quant aux choses immatérielles et nécessaires, Dieu, l'àme,... le sens ne les connaît pas. Les sens externes ne sont donc pas la source universelle de vérité.

D'autre part, le sensualisme repose sur un fondement faux. Ses chefs, en effet, affirment qu'il n'y a aucune faculté distincte des sens, partant, aucune vérité absolue ; ce qui est insoutenable (Anthropol., n. 8r3, 122).

B. — Aa conscience. — Elle ne s'étend pas à tous les objets de nos connaissances ; elle ne saisit pas, par ex., les dernières causes. Elle n'est que la condition qui nous manifeste les différents critères de certitude. 11 est donc impossible d'en faire l'unique critère.

254. La perception intellectuelle n'est pas un critère universel. — D'autres, avec Descartes, placent le motif supri^me do certitude dans la vue claire tie l'intellect : tout ce que nous percevons avec clarté, disent-ils, est vrai. Donc l'idée claire et distincte, prise au point lie vue subjectif, doit être le motif suprême de certitude. — De l'idée claire ne différent guère : 1" l'évidence purement subjective qui se définit : « la perception de la convenance ou de la non-convenance des idées entre elles » ; 2» l'intuition a priori, d'après laquelle la raison pure percevrait immédiatement la vérité, en vertu de sa structure naturelle, comme les innéistes le soutiennent.

Tmkse L'idée claire ne peut être un critère universel de vérité.

Preuves. — 1. Elle ne s'étend pas à toute évidence. L'idée claire, en effet, ne se rencontre qu'en nitHaphysique ; elle ne regarde donc que la perception de, l'intellect et non celle des sens. Elle exclut mèm<^ l'cvidence de l'aulorité fondée sur des motifs extrinsèques.

2. Elle renverse l'o/Y/zr naturel de\a connaissance humaine, car on connaît l'existence de choses avant leur notion, les faits clairs avant les idées claires, par ex., l'existence de l'édipse, avant la notion claire de l'éclipsé. Du reste, l'idée claire est le signe de la pure possibilité et non de l'existence des choses.

.3. Les conséquences de l'opinion contraire confirment notre thèse. Si l'on peut révoquer en doute les faits dont l'essence ne nous est pas connue par une idée claire, le scepticisme presque universel a la porte ouverte.

255. L'instinct de la nature est-il un critère universel ? — Reid et ses disciples ont enseigné qu'une sorte de suggestion, qu'une

inspiration de la nature pousse l'esprit à affirmer ou à nier sans motifs ni raisons évidemment connus; c'est celte inspiration qu'on nomme instinct aveugle de la nature. — Jouffroy s'en écarte peu, (|uand il pose comme fondement de toute certitude, l'acte de foi aveugle en la véracité naturelle de nos facultés. — Les partisans de l'école senlimentale admettent, après Jacobi, une certaine force affective, une propension de la nature, pour règle suprême de toutes nos connaissances. Mais toutes ces opinions sont fausses.

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Xi l'instinct aveugle, ni la foi aveugle, ni la force affective, ne peuvent être le suprême critère de la certitude. A. — Ce n'est pas l'instinct aveugle. — Le critère universel

est un moyen pour discerner le vrai du faux. Donc un instinct aveugle, qui implique le manque de toute connaissance, de toute lumière, ne saurait être le critère qui fait distinguer le vrai du faux.

B. — La foi aveugle en la véracité de nos facultés serait un assentiment sans motif et partant déraisonnable ; elle n'est donc pas davantage un critère. De fait, si nous nous fions à nos puissances de voir et de connaître, c'est parce qu'elles nous font voir et connaître avec la lumière de l'évidence objective, comme le prouve l'expérience. De même que c'est en marchant que nous prenons foi en notre puissance de marcher.

C. — La force affectiœ n'est pas une faculté cognitive, mais appétitive. Or l'appétit ne connaît rien, loin de pouvoir saisir toutes les vérités.

Pour la même raison, nous ne pouvons admettre, comme moyen universel de connaître la vérité avec certitude, le sens moral, le sens flivia ou tout autre sens purement affectif.

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