‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 106 sur 291 · Définition du doute méthodique. — Le doute mé · texte numérisé non relu

Définition du doute méthodique. — Le doute mé

1. Descaries, Discours sur la méthode. — Rainer, Le Discours sur la méihode. — Balmès, Philosophie fondant , L. I, ch. xvm.

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tlinditjue se définit: (Jnn suspension jjrndente du Jufjfn/ie/il, ji(s<iu'à ce que la vérité apparaisse arec évidence à l'intellect.

I" C'est unft suspension du jugement, par elle-inônie yécV/e, car un état d'esprit où il n'y aurait pas refus d'adhésion s(>rait à tort nommé doulc C'est donc d'une manière fictive et non sérieuse que doutent ceux qui, pesant les motifs pour et contre, comme s'ils essayaient de douter, conservent néanmoins à l'un des deux sentiments une ferme adhésion.

2° C'est une suspension prudente jusqu'à ce que la vérité apparaisse. Le doute est donc méthodique, puisqu'il prépare le chemin à la vérité. Il dilTère du doute sceptique à trois points de vue : 1" Dans son objet : par sa nature le doute sceptique est universel ; le doute méthodi({iie ne l'est pas nécessairement. 2" Dans son but : en effet, en rejetant toute possihilité de certitude, ou en niant l'existence au moins partielle de cette certitude, les sceptiques détournent les hommes de la recherche du vrai ; les dogmatiques au contraire les préparent à rechercher la certitude au moyen du doute méthodique. '.\° Dans son procédé ; puisque dans l'un le doute est transitoire, et dans l'autre définitif; dans l'un, on s'y arrête, et dans l'autre, on en sort. Le doute m(''lhodi(|ue peut donc être réel, sans être sceplique.

266 . Le doute méthodique est-il le commencement de la méthode ? — On peut distinguer les yvv'déi^ primaires et indéuiontrahles, les vérités certaines et démontrables, les vérités douteuses pour nous, mais connaissables.

i° Les vérités primaires ne peuvent être révoquées en doute, même fictivement. Il répugne, en effet, de feindre une chose intrinsèquement impossihle ; or tel serait le doute des vérités primitives, impliquées jusque dans l'affirmation du doute luimême. Comme on l'a dit au commencement de la Critique (n. 171), l'homme primitivement se trouve dans un état de certitude et non de doute, touchant les premiers principes indémontrables : ceux-ci sont le fondement de toute recherche, la certitude de toute nouvelle découverte dépend de leur évidence,

2° Quant aux autres vérités certaines, un philosophe instruit par ailleurs peut en douter fictivement, mais non pas réellement, car nier sciemment la lumière de la vérité perçue est

un mensonge ou une injure à la vérité ; ce que personne ne doit se permettre, et ce qui est dangereux pour tous. Mais il lui est permis de douter fictivement, c'est-à-dire de rechercher par l'argumentation la raison explicite de ses connaissances et la force des motifs pour et contre. Ainsi un chrétien, qui ne peut douter réellement des vérités de la foi, peut en douter tous les jours d'une manière fictive.

3° La suspension réelle du jugement ne commence sérieusement que lorsque l'esprit, cherchant <à s'élever de choses plus connues à d'autres moins connues, de choses certaines à des choses douteuses, arrive à des conclusions qui ne découlent pas évidefmnent des premières véi-itês, ou ne découlent que d'une prémisse probable.

Dans ces matières difflciles. ciuand l'intellect ne peiçuit pas encore clairement le nœud entre le sujet et l'attribut, il reste en suspens et son jugement est, pour ainsi dire, suspendu jusqu'à ce que la vérité se montre clairement. La proposition dont on doute, s'appelait « connaissable », « scibilis » chez les anciens : c'est, en effet, une proposition qui n'est pas connue par elle-même, et qui n'est pas non plus simplement ignorée. Telle est une proposition dont on peut acquérir la science, et qui d'abord douteuse est ensuite mise en lumière par des principes connus.

267 . Règles du doute méthodique. — De ce qui précède on conclura que ce n'est pas le doute universel, mais un doute particulier, qui est le commencement de la méthode : ce doute est plus ou moins étendu selon la puissance d'esprit de chacun, mais on ne doit ni trop le restreindre, ni trop Y étendre.

A. — Il ne faut pas trop le restreindre. En philosophie, il est vrai, il y a bien des raisons de douter; voici les principales : 1 . — La liberté dans les matières controversées : la philosophie n'est pas une science d'autorité, mais de raison, aussi sans rejeter l'autorité historique et les autres motifs de certitude, elle doit jouir d'une vraie et saine liberté de penser. 2. — La nature de l esprit humain, que sa faiblesse retient souvent dans le doute, que les opinions diverses agitent, que les préjugés peuvent jeter dans l'erreur : le doute est donc facile. — 3. Le progrès des sciences, qui apporte parfois à l'esprit de nouvelles raisons de douter, et le dirige en lui montrant les points difficiles. D'où cet axiome : {}\\ homiue doute davantage à mesure qu'il devient savant.

H. — Cependant il ne faut pas trop étendre le doute, ni dans son principe, ni dans sa fin.

1. Bans son principe. On ne saurait révoquer en doute : — I" Les premières vérités, tels que le premier principe, celui de contradiction ; le fait premier de notre existence, la condition première ou aptitnde de l'esprit pour la connaissance du vrai (n. 171). — 2° Ni A^s• co?isé(/t/ences immédiates de ces premières rérités, soit dans l'ordre rationnel, à savoir les principes qu'on appelle a priori et nécessaires; soit dans l'ordre empirique, le témoignage de la conscience et la perception des sens ; — ."{" Il en est de même des conclusions que le raisonnement en tire avec clarté et facilité. — 4° Enfin, on ne peut mettre en doute réel les vérités de la foi ; mais le doute méthodiffue s'étend à toutes les vérités non encore explorées sur lesquelles la lumière n'est pas faite.

2. Datis sa fin. Quand une démonstration a fait le jour sur une proposition douteuse, quand celle-ci se montre avec évidence, aussitôt, il faut rejeter le doute et céder à la certitude : vouloir encore douter, quand les motifs de douter ont disparu, c'est s'exposer au reproche de mauvaise foi. « De même, dit S. Thomas, que le terme d'une route est ce que vise le voyageur, ainsi l'exclusion du doute est le terme que doit viser l'homme qui recherche le vrai, »

ï^ II. — Question de fait.

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