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Quels sont les divers degrés du procédé déductif

I^e procédé déductif comprend dans son développement trois étapes successives : 1° lètat de la question ; 2" la démonstraiirm de la thèse ; .3° la solution des difficultés.

I. — L'état de la question contient lui-môme cinq parties : la définition, la division, la position de là thèse, l'histoire de la thèse et les principes de solution. — Il faut avant tout définir ou du moins explitiuer en quelques mots la chose dont il s'agit, pour peu qu'elle soit exprimée en termes obscurs. — Mais, comme chaque chose a diiïérents points de vue, on les doit séparer par la division, afin de pouvoir les examiner plus clairement l'un après l'autre. — Une fois qu'on a éliminé ce qui ne se rapporte pas à la discussion présente, on pose la thèse : celleci ne doit exprimer que la chose en question : et pour cela, autant que 1. Rabier, Log., ch. x. — Gralry, Log., tom. II, L. IV.

faire se peut, l'énoncé de la thèse ne comprendra qu'un sujet et un attribut. — Quand la thèse est ainsi posée, il est bon de donner les diverses opinions qui ont été émises à son sujet ; ces opinions, surtout si l'on a PU soin de montrer les raisons qui militent en leur faveur, facilitent en effet beaucoup la solution. — Il faut enfin donner un exposé clair des /jz-inci/jes' sur lesquels va s'appuyer iminédialement la solution.

II. — La démonstration de la thèse a aussi ses règles, .\vant tout, on doit donner un argument général, dont la majeure exprimera le principe de solution ; la mineure, les divers médiums de démonstration qu'on va développer ; la conclusion est la thèse même qu'il s'agit de prouver (n. 153). — On procède ensuite à l'examen de chaiiue prémisse. La majeure ressort généralement avec évidence des explications données en posant la question ; autrement il faudrait la démontrer par un autre syllogisme. Il tant, pour prouver la mineure, autant de syllogismes que celle-ci contient de parties distinctes ; la mineure de chacun de ces syllogismes se prouve de la même manière, et ainsi de suite jusqu'à co iiu'on arrive avec évidence à la conclusion désirée. — On confirme généralement la conclusion par plusieurs raisons qui n'ont qu'une importance secondaire ou n'ont pu être énumérées dans l'argument général. On peut aussi y ajouter plusieurs coroWflj'res qui expliquent ou étendent le sens de la thèse.

III. — La solution des difûcullés peut s'opérer de trois manières : 1. En réfutant les raisons que l'adversaire allègue en faveur de son système ; 2. En répondant aux objections (jui attaquent les preuves de la thèse ou s'efforcent de démontrer sa fausseté ; d.En donnant des scolies, qui élucident les dernières difficultés.

281. Comment la déduction est un complément de l'induction. — !-•' ])i'opre de l'iiuluctiou est (riiiierer les lois du monde, qu'elles soient certaines ou simplement hypothétiques. Or la déduction confirme les lois hypothétiques, e.xplique les lois certaines et en découvre de nativeUes ; à ce triple point de vue, elle complète donc l'induction.

1° EUe confirme /es lois /ii/pot/iétif/iies. — Une hypothèse devient certaine, lorsque, après avoir expliqué par elle les faits les plus connus, on en peut déduire d'autres faits qu'une expérience postérieure vient à constater. C'est par ce procédé que la théorie des ondulations sur la nature de la lumière a vaincu les hypothèses rivales.

2" E/le explique les lois certaines. — Pour qu'une loi soit explicfuée et tenue pour scientifique, il faut qu'on en ait découvert la raison suffisante ; une loi reste purement empirique.

tant qu'on n'a pas démontré qu'elle dérive d'une loi supérieure ou plus générale. Or cela, dans bien des cas, c'est la déduction qui le démontre, en déduisant, par ex., inie loi de deux ou plusieurs autres lois qui en sont les causes partielles. C'est ainsi que la loi de la gravitation des planètes s'explique par deux autres lois qui régissent les mouvements centripètes et centrifuges.

3" La déduction aide à trouver de nouvelles lois, cela par deux moyens : 1. Elle étend à de nouvelles applications semblables, au moyen de l'analogie, une loi certaine ; ainsi se multiplient les diverses applications d'une loi, et même se découvrent parfois d'autres lois.

2. Elle étend, à cause de leur dépendance, les variations qui se produisent dans un genre de phénomènes cà un autre genre qui dépend du premier. Ainsi, c'est une loi que, lorsque la quantité des corps varie, leur qualité varie aussi, à cause de la stricte dépendance de la qualité et de la quantité ; de Là, on a pu déduire que la mécanique, la physique, la chimie, peuvent être réglées par des calculs, suivant l'axiome : « Les nombres gouvernent le monde. »

ARTICLE IL

Des diverses Méthodes.

La méthode peut être divisée à un double point de vue : au point de vue de l'objet, elle varie avec les diverses sciences auxquelles on l'applique ; au point de vue de la fin qu'on se propose, il y a la méthode (Vinvention et celle de démonstration.

^ I. — Méthode des diverses sciences i.

Les philosophes modernes mettent tout leur soin h expliquer les méthodes des différentes sciences. Mais, à notre avis, ils développent plus qu'il n'est utile cette partie de la Logique, appelée avec raison Logique appliquée. La philosophie doit exposer sa propre méthode, et ne traiter des autres qu'en général seulement.

\. Ualmcs, Philos, fondam., tome I, L. !, cli. iv. — Fonsegrive, Lng., leç . 12, Vi, M, 15, 16, n.- E. Blanc, l.og., cli. XIX.

SECONDE PARTIE, CRITIQUE 22i)

282. Faut-il traiter toutes les sciences avec la même méthode ? — Quelciucs pliilosophes ont enseigni- qu'il fallait trailor loutos les sciences avec la même méthode, .\insi Fichte, Shelling, HV'gel, veulent tirer toutes les sciences d'une source unique, l'étude du tô lycô ; Descartes ne connaît que la méthode mathématique ; Bacon, Locke, Condiilac, que la seule induction. Or ces opinions sont fausses.

A. — L'opinion de Hegel et des Allemands repose sur un fondement faux. Parmi les sciences, les unes ont pour objet Aqs êtres de r«won, telle est la T^ogique; les autres, au contraire, ont pour objet des êtres réels, l'Ontologie, par ex., la Cosmologie, etc. Or il est impossible que des sciences, d'ordre si complètement différent, découlent d'une seule et même source (n. 248).

B. — L'opinion de Bacon et de Descartes n'est pas moins erronée. La méthode est le chemin que prend l'esprit pour arriver au vrai ; il y aura donc autant de méthodes que de genres de vérités à connaître. Et, puisque les sciences ne sauraient se ramener à la physique ou aux mathématiques, comme on l'a vu dans la division exposée plus haut (n. 261), leur méthode ne saurait donc se ramener ni à l'induction des physiciens, ni à la déduction des mathématiciens. Chacune doit avoir ses principes et sa méthode propres.

Ceci posé, sans nous occuper de la Théologie qui relève de Vautorité, ni de la Philosophie dont nous exposerons longuement la méthode (n. 289), qu'il nous soit permis de dire un mot d'ensemble sur les méthodes des autres sciences.

283. Méthode des sciences physiques. — A. — Les sciences expéi'iinentales, les plus concrètes de toutes, sont surtout développées par l'induction. Celle-ci commence par V examen des faits, et se termine par la vérification de l'induction. Aussi chimistes et physiciens sont-ils tout entiers dans les méthodes d'investigation : parmi ces méthodes on compte les tables de Bacon, telles que la table de présence, la table d'absence, la table de degrés, etc. , dont l'utilité incontestable a été parfois l'objet de louanges excessives. — Une fois l'hypothèse ou l'induction faite, on ne met pas moins de soin aux méthodes de vérification. Stuart Mill les ramène à cinq : méthode de concordance, méthode de différence,

méthode unie de concordance et de différence, méthode de variations concomitantes, et méthode des résidus.

R. — Les sciences nahu^eUes, zoologie, botanique, géologie, etc. se proposent de donner une définition scientifique des êtres ou des lois qui composent le monde. Elles poursuivent ce but surtout au moyen des classifications, qui, lorsqu'elles ne sont pas purement artificielles, expriment ce que les êtres ont entre eux de commun, et ce qu'ils ont de différent, en d'autres termes, l'essence des choses.

284. Méthode des sciences mathématiques. — Si l'analyse est 1.1 principale méthode des sciences physiques, la synthèse est au contraire la méthode par excellence des mathématiques.

La synthèse prend pour point de départ les définitions et les axiomes sur les nombres, les figures et les mouvements que l'intellect a tirées de l'expérience. Il y a, en effet, dans la nature des quantités de toutes sortes, des figures de genres différents, dont la perception concrète, la vue d'un cercle, par ex., conduit l'esprit à une notion abstraite et absolue. Or tout le procédé de la méthode mathématique consiste dans la déduction, qui nous fait passer successivement d'une quantité à une autre, en démontrant, au moyen d'une troisième quantité, qu'il y a égalité entre les deux premières. Il est donc évident que ce qu'on nomme ana/tjse mathématique n'est autre chose en réalité qu'une synthèse ou une déduction.

Il ne faut pas, dès lors, s'étonner si la méthode mathémalir/ue plaît à beaucoup de gens : d'une part, les définitions et les axiomes mathématiques sont absolus et nécessaires ; d'autre part, leur objet tout superficiel s'imagine aisément. Les vérités mathématiques participent donc à la fois à l'évidence des sens et à celle de la raison. De là vient l'erreur de ceux qui dédaignent les vérités purement morales ou métaphj'siques, et n'acceptent que ce qui revêt une forme mathématique ! « La cause, dit S. Thomas, en est aussi à l'habitude, s'ils ont été nourris dans les mathématiques, ou bien au peu de pénétration de l'esprit, car les gens à imagination puissante n'ont pas toujours un esprit profond. »

285. Méthode des sciences morales. — Les sciences morales sont celles qui étudient les phénomènes et les lois de t activité humaine et libre. Les seuls êtres moraux sont les hommes, en tant qu'ils se dirigent par l'intellect et la volonté.

Or, plus les lois morales diffèrent des lois physiques, plus la (liffioulté de les déterminer augmente. Aussi, de toutes les sciences morales, ne parlerons-nous ici que de deux, qui en sont, l'une le couronnement et l'autre le fondement.

I. — Dans les sciences sociologiques, la grande règle, c'est la /jnn/eiice. Il ne faut pas, par ex., que des lois nouvelles viennent troubler toutes les coutumes d'un peuple ; il ne faut pas non plus empêcher tout progrès par horreur de la nouveauté... Entre l'école révolutionnaire des uns et le conservatisme des autres, il faut choisir un juste milieu.

II. — Dans les sciences liislonques qui nous transmettent les faits moraux, et partant servent de base aux sciences morales, il faut suivre avec soin les règles de la Critique historique.

(Critique, en grec y.piziy.ri, vient du mot z^otvw, je juge, et signifie : //// juç/emeiif porù' sur une œuvre hunidine ((uelcon- </ue. Au sens où les philosophes l'entendent, c'est Venseiiihle des rèfjles qui dirigeuf, l'esprit, dans les jugements qu'il doit porter sur les œuvres des /tomuies, surtout sur Vnutorilê de leur témoignage historique. Sur ce dernier point, il faut distinguer avec soin une triple forme ou tendant-e delà critique.

[/une est destructive, c'est l'hypercritique ou scepticisme historique, qui suspecte a priori tous les témoignages et rejette avec mépris les plus anciennes traditions, surtout en matière religieuse, sauf à les remplacer par les hypothèses les plus fantaisistes et les plus arbitraires. Une autre forme est la crédulité aveugle, qui admet pt conserve sans examen sérieux toute tradition, toute espèce de récit. Entre ces deux extrêmes est la critique qu'on pourrait nommer éclectique : elle étudie les faits historiques avec une saine liberté, mais ne rejette une tradition (((nstante que pour de sérieuses j-aisons.

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