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Espèces et règles de la Critique historique

La critique historique est l'art de discerner le vrai du faux dans les sources de l'histoire, qu'il s'agisse des documents écrits, des traditions orales ou des monuments non écrits. Nous devons nous bornera quelques indications sur les espèces et les procédés de la critique des textes.

A. — Il y a lieu de faire, sur un document historique: i' la critique textuelle, 2° la critique littéraire, 3" et la critique réelle.

1. La Critique textuelle. — Avant de rechercher le sens et Li doctrine d'un texte, il faut s'assurer qu'on possède le texte dans sa pureté primitive, et au hesoin le rétablir. Cette critique, indispensable pour les textes anciens, a été appliquée avec grand profit aux manuscrits modernes,par ex. à ceux de Pascal (^t de Bossuet. Or, pour rétablir le texte primitif, il faut : 1" connaitre à fond l'auteur lui-même, c.-à-d. son esprit et son style ; 2° comparer les divers manuscrits pour découvrir les erreurs des copistes et même les gloses et interpolations plus ou moins volontaires. Ce travail exige des connaissances variées et un tact particulier.

2. La critique littéraire, après avoir dégagé des textes donnés les idées et les enseignements qu'ils contiennent, précise le genre dans lequel l'auteur a voulu écrire et la manière dont il a composé son ouvrage. C'est grâce à elle qu'on saura « s'il est purement historien ou encore poëte et moraliste, s'il a été témoin oculaire ou s'il a suivi des sources, si ces sources étaient écrites ou un simple témoignage oral ; s'il a refondu ses matériaux,ou s'il s'est contenté d'abréger ou de compiler '.» On a un exemple de ce genre dans le travail de M. L<anson sur Bossuet ou les Etudes morales et littéraires de M. Faguet.

3. Enfin la critique réelle porte sur Tobjet même du livre, discute la véracité de l'auteur, et, en examinant sa sincérité et ses sources d'information, juge de sa valeur historique et de l'autorité de son témoignage. C'est la recherche, la plus ardue et la plus délicate, que nos voisins d'outre-Rhin et d'outre- Manche appellent Haute critique ou critic|ue supérieure.

Bref, la critique textuelle vérifie la transmission des textes, la critique littéraire en donne l'intelligence, et la critique réelle en établit l'autorité -.

B. — Toutefois, aucune ne peut s'exercer dans un isolement complet, et pratiquement, pour arriver à son but, la critique unira deux procédés : 1° la cv\\À(\nQ externe. Ainsi par exemple, pour savoir si les Mémoires de Sainte-Hélène sont bien l'œuvre de Napoléon I", on consultera les témoi-

1. Lagrange, La Méthode historique, p. H.— Cf. de Sniedt, Principes de Critique historique. — 2. De Smedî, onvr, cilé, cli, vi, vii, viii. — Cf. Grannan, Questions d'Ejriture sainte, cb. ii.

SECONDE PARTIE, r.RITIQVE 220

gnages des contemporains, des intimes du grand capitaine, de ceux qui partagèrent sa captivité, etc. — 2" La critique interne examinera ces Mêninires en eux-mêmes, pour voir s'ils conviennent bien avec le caractère de iSapoléon, avec les autres circonstances de temps et de lieu que l'histoire nous apprend. \j authenticité de l'ouvragi" ainsi démontrée, sa véracité ou le degré de foi dont il est digne sera établi dans un nouvel examen par un double procédé analogue, externe et interne.

La criticlUG est une science autonome dans ses méthodes, ses procédés et son but ; mais pour elle, <'omme d'ailleurs pour les autres sciences, cette liberté ne saurait aller jus([u'.i contredire par ses conjectures et ses hypothèses les vérités démontrées dans les sciences limitrophes, y compris la Théologie : ce serait contraire à la Logique.

§ II. — De la mét/ior/e rf invention et (Tenaeifjftienient \ 287. Ce que c'est qu'enseigner : méthode d'enseignement. — De même que découvrir, c'est produire la science dans son propre intellect, enseigner, c'est prochiire la science dans tinteUect dnn autre, en faisant aijir sa raison naturelle. Ainsi, dans l'enseignement, il y a deux personnes qui agissent, le maître dont la parole remplit le rôle de cause excitatrice, le disciple dont la raison est k proprement parler cause efficiente de la science. Cette définition se prouve par l'expérience et par la raison .

1. Par l expérience. D'une part, en effet, l'élève sent parfaitement qu'il n'est pas purement passif, quand il comprend un enseignement, et tire les conclusions des principes ; d'autre part, tous les professeurs savent qu'ils ne peuvent arriver à rien sans le travail personnel de leurs élèves. Ces deux faits suffiraient à prouver notre thèse.

2. Par la raison. Ou le professeur communique au disciple sa propre science, ou bien il réveille en lui de vieilles connaissances, ou enfin il l'excite à apprendre des connaissances nouvelles. Or les deux pi-emières hypothèses sont fausses : — la première est l'opinion à'Averroès, qui ne suppose qu'une intelligence dans tous les hommes, c'est elle qui comprend tout ; — la seconde est celle de Platon, d'après laquelle la science acquise dans un monde antérieur ^^e réveille dans le monde

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