‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 12 sur 291 · ftnpor tance de la philosophie · texte numérisé non relu

ftnpor tance de la philosophie

6. Excellence de la philosophie. — Sur cette question, il y a deux erreurs opposées : les uns enseignent qu'il faut placer au-dessus de la philosophie les sciences expérimentales et mathématiques; d'autres pensent que la philosophie est l'émule, l'égale de la théologie, et qu'elle a droit à 1' « autonomie » complète. Mais c'est le contraire :

1" /ai philosophie a le pas sur les sciences naturelles. — Ces sciences, en effet, sont spéculatives ou pratiques. Or, au point de vue spéculatif, la philosophie est supérieure aux autres sciences par la dignité de son objet. Son objet est le plus grand et b^ plus beau, puisqu'elle embrasse Dieu, l'àme, le monde ; — le plus vaste, puisqu'elle atteint toutes les matières que se partagent les autres sciences ; — le plus élevé enfin, puisqu'elk» recherche les principes premiers. Jamais les sciences expérimentales et mathématiques ne sauraient atteindre Dieu, ni l'àme, ni les principes premiers du monde, sans sortir de leur domaine.

Au point de \\.u\ pratique, l'excellence d'une science dépend de V excellence de la fin qu'elle vise. Or les sciences physiques et mathématiques tendent immédiatement au bien temporel ; la philosophie, au contraire, en prouvant l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, excite à la pratique de la vertu, à la fuite du mal et dirige l'bonuiie vers sa fin dernière dans l'ov-

b NOTIONS PRELIMINAIRES

dre naturel. A ce double point de vue, la philosophie est donc bien supérieure aux autres sciences.

2° La théologie est supérieure à la philosophie. — Elle l'est dans son objet: elle traite principalement de choses qui, par leur dignité, leur élévation, dépassent la raison : tels sont les mystères. — Elle l'est dans son principe de connaissance et son motif de certitude : ce principe est la lumière divine même ; ce motif est la véracité du témoignage divin. La philosophie, au contraire, ne s'appuie immédiatement que sur la lumière naturelle et la véracité de la raison humaine. — Elle l'est dans sa fin : le but de la théologie est de mener l'âme à la béatitude surnaturelle ; le but de la philosophie est de la mener à la béatitude naturelle.

C'est dans ce sens que la philosophie a été appelée la « servante » de la théologie; l'inférieure, en effet, ne peut être complètement indépendante de sa supérieure, mais elle doit, sans jamais trahir la vérité, lui rendre des services.

7. Utilité de la philosophie. — i^es anciens, grecs et latins, ont vanté jus(|u'à l'excès l'utilité de la philosophie, ignorants qu'ils étaient de la révélation ; les rationalistes modernes, eux aussi, l'egardent la philosophie comme l'unique règle des mœurs, la suprême maîtresse de la vie. De telles louanges sont exagérées ; loin de nous cependant l'opinion contraire et non moins erronée des gens qui refusent toute utilité à la philosophie. Son utilité est incontestable surtout à trois points de vue :

1° Elle perfectionne les plus nobles facultés de rame, savoir la raison et la volonté : c'est elle qui fournit à l'une les règles du jugement, et à Pautre les règles de conduite.

2" Elle est le lien synthétique de toutes les sciences. C'est elle, en effet, qui donne les principes universels et fondamentaux sur lesquels toutes s'appuient, et qui les relie entre elles. Toutes les sciences, remarque S. Thomas, sont en relation par les principes communs, en ce sens que toutes s'éclairent de ces principes.

,3° Elle sert de préambule à la théologie. Aussi les anciens la nommaient ajuste titre, tantôt « Etlide préparatoire à la foi chrétienne », tantôt « Prélude et auxiliaire du christianisme » rhristianismi prœludium et auxilium, tantôt « le Pré-

SLR LA PHFLOSUl'HIE EN GENERAL 7

para leur à la doctrine do l'évangile » nd Evangeliiim pœdarjo- (jns. « Personne, dit livs justement Suarez, ne peut devenir théologien qu'après avoir assis les solides fondements de la métaphysique ». Rien de plus vrai : et ce n'est pas seulement la méthode scolastique, ce sont aussi les vérités philosophi- ({ues, f[ui sont d'un secours indispensable à ceux ([ui se proposent d'étudier la théologie.

Il serait facile de confirmer ces conclusions en montrant l'influence de la philosophie, soit pour le bien, soit pour le mal. Ce sont les idées qui mènent le monde : les meilleures, une fois dépravées, deviennent le pire des maux. Aussi entendez S. Paul nous mettre en garde contre la fausse philosophie, Tertullien appeler les faux philosophes « les patriarches de l'hérésie », et voyez que d'erreurs dans les sciences, que (le troubles dans l'ordre social ont semés les philosophes du dernier si.'.-lc.

TV. — Division de la philosophie.

8. Division de la philosophie. — A. — La philosophie recherche les principes des êtres et les principes &&% opérations soit intellecluelles, soit morales. Par conséquent c'est à bon droit qu'on la divise en philosophie rationnelle, réelle et morale ; ou encore en Logique, Métaphiisii/ue et Morale. La première dirige vers le vrai les opérations de l'intellect ; la seconde traite des êtres réels, pris en eux-mêmes et objectivement ; la troisième apprend les règles qui doivent gouverner les actes de la volonté conformément à l'honnêteté naturelle.

A son tour, la Métaphysique s'occupe de l'être en général et des êtres en particulier, savoir : le monde, l'homme et Dieu ; aussi on la subdivise en Ontologie, Cosmologie, Anthropologie et Théodicée.

B. — (>ette division est légitime ; la raison le prouve, et l'histoire aussi.

La raison. — Il existe trois ordres de choses, dit S. Thomas : « l'un qui ne dépend pas de la raison, tel est l'ordre de la nature ; un second que la raison doit étal)lir dans son opération propre ; un troisième qu'elle doit établir dans les opérations de la volonté ». Or, comme la sagesse a pour objet l'ordre des choses, il y a autant âe parties dans la philosophie qu'il y a d'ordres à étudier. Tantôt l'intellect étudie dans ses opérations l'ordre qui leur est propre, c'est « la Logique oii

8 NOTIONS l'nKLTMlNAIRES

philosophie rationnelle » ; tantôt il considère l'ordre des choses en hii-mème, c'est « la philosophie naturelle ou Métaphysique » ; tantôt il dirige vers leur fin les actes de la volonté, c'est « la philosophie morale ».

Llnstoire. — La plupart des grands auteurs, Sénèque le reconnaît, ont admis cette division. Platon s'en servait déjà, les Stoïciens aussi ; S. Augustin l'a approuvée ; elle est peu différente de la division aristotélicienne en « Philosophie théorique et pratique » (n. 0). Enfin c'est elle qu'on a coutume de suivre depuis le moyen âge.

Pour ces raisons, on ne saurait diviser la ppliilosoliie en Logique, Dynamilogie, Anthropologie, Ontologie, Cosmologie, Théologie naturelle. .\ plus forte raison la division de plusieurs uni vers il aires en Psycholo2;ie. Logique, Théodifée et Morale est-elle inadmissible.

9. Ordre de ces parties. — On peut classer les parties de la philosophie de cinq manières, selon le point de vue auquel on se place. — 1° Au point de vue de la dignité, la première sera celle qui a l'ohjet le plus élevé ; telle est la ïhéodicée qui traite de Dieu. — 2" Au point de vue de V utilité, la priorité revient à celle dont la fin est le plus nécessaire. Ainsi la philosophie pratique, la Morale surtout, vient avant la philosophie spéculative. — 3° Au point de vue de l'être ou ontologique, la première partie devra être celle dont l'objet précède les autres objets, dans le temps et dans l'ordre de la causalité. En ce sens nous donnons, avec le P. Gratry, le premier rang à la Théodicée : Dieu, en effet, est l'Etre premier, dont tous les autres dérivent. — 4o Dans l'ordre chronologique du développementnormal àehx connaissance humaine, étant donné quenotie intellect connaît tout d'aboi-d l'universel et les principes généraux,l'Ontologie tientla première place, puisqu'elle embrasseles notions les plus communes. Viennent ensuite successivement : la Cosmologie, la Psychologie, la ïhéodicée ; la première chose, en effet, que l'homme voit directement, c'est le monde ; puis il réfléchit sur lui-même ; en troisième lieu il s'élève à Dieu, raison dernière du monde et de l'âme. Enfin cette philosophie spéculative, hase de la philosophie pratique, est suivie de la Logique et de l'Ethique ; ces deux dernières parties forment en quelque sorte le complément de l'Anthropologie et de

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