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Principales méthodes fausses en philosophie

Il y a six défauts dans lesquels, au cours des siècles, sont

\. Voir les auteurs de ces méthodes: en particulier Cousin, Introd. à l'hisloire de la Phil., leç. XIII, p. 405. — II, p. 59. — IV et VU.

tombés les philosophes ; la vraie méthode doit s'en méfier avec soin. Ces défauts viennent tous d'un usage trop e.xolusif de quelque critère. Les critères, nous l'avons vu, sont de deux sortes : les uns intrinsèques, et le rationalisme ne connaît que ceux-là ; les autres extrinsèques et la méthode (C autorité n'en veut pas d'autre. Les critères intrinsèques à leur tour sont au nombre de deux : l'expérience, dont \ empirisme se contente, et la raison pure, à laquelle Vidéalisme s'enchaîne. La méthode d'autorité enfin peut être exagérée de deux manières : soit qu'on fasse appel également <à toute autorité ou qu'on se borne à une seule : il y a donc la méthode éclectique et la méthode systématique.

C'est entre le rationalisme et le fidéisme, entre l'empirisme et l'idéalisme, entre la méthode éclectique et la méthode systématique, que la vraie méthode doit se frayer une voie, comme le montreront les propositions suivantes.

Thkse I

290. I^a métfiode philosophique ne doit pas être la méthode rationaliste, ni la méthode d autorité, mais la méthode scolastique ou mixte.

L — La méthode rationaliste est celle qu'ont suivie les rationalistes de tous les temps. Elle soutient la puissance infinie, l'infaillibilité, pour ainsi dire, de la raison individuelle, et professe le mépris de toute tradition, de toute autorité, soit divine, soit humaine dans l'étude des sciences. Or ces deux principes sont complètement irrationnels.

1° Il est souverainement déraisonnable de ne pas se souvenir que notre raison individuelle est encore, comme elle l'a toujours été, infirme et sujette à l'erreur. Quelle témérité, par conséquent, d'appeler l'autorité du genre humain ou celle des plus grands sages, à plus forte raison celle de Dieu, au tribunal de sa raison individuelle, comme si elle leur était bien supérieure ; et de se livrer au fol orgueil de penser tout seul en dehors du sens commun et sans tenir compte d'aucune autorité !

2° Sans parler de la raison divine, il est inadmissible que la raison de tous les peuples et de tous les hommes n'ait su rien voir ni rien comprendre dans aucune question. Bien plus.

il n'est guère possible qu'une opinion soutenue par les plus grands sages, les hommes les plus éminents par leur science et leur génie, dont la vie tout entière a été consacrée à l'étude de la philosophie, ne soit pas appuyée sur d'excellentes raisons (n. 239). De là cet axiome : « Il faut croire les hommes de l'art » ; on doit respecter le sentiment commun, et ne s'en écarter que sur de graves motifs et après rnùre réflexion.

II. — La méthode d'autorité est ceWe que suivent lefidéisme et le traditionalisme ; d'après ces systèmes, l'autorité de la révélation ou de la tradition serait le seul critère qu'on puisse admettre en philosophie. Mais c'est la contradictoire qui est vraie : la philosophie étant une science de raison, la méthode d'autorité ne saurait être admise, seule et à l'exclusion des autres. En outre, cette méthode a un fondement faux, savoir l'impuissance de la raison : si cette impuissance était telle que sans le secours de la révélation, la raison ne put arriver à la connaissance d'aucune vérité philosophique, elle serait incapable aussi de démontrer le fait de la révélation (n. 244).

La vraie méthode est donc la méthode scolastique, qui associe admirablement, l'histoire le prouve, la raison et l'autorité ; et qui, tout en respectant l'autorité, n'en a pas moins étendu le domaine de la raison aussi loin que possible.

ThÎCSE II

291. // ^îe faut admettre ni la méthode purement idéaliste, ni la méthode purement empirique, mais les nnir ensemble.

I. — Ni la méthode purement idéaliste. — L'idéalisme transcendental avec Kant, Hegel ; l'idéalisme proprement dit avec Platon, Descartes, Rosmini ; l'ontologisme absolu avec Gioberti, font tous un éloge exagéré de la méthode synthétique, et, après avoir rejeté complètement l'expérience, traitent a priori toutes les sciences. Mais cela répugne à la raison d'être de la science : celle-ci se compose, en effet, de principes et de conclusions ; or, d'une part, il est impossible d'arriver aux principes et aux vérités universelles autrement que par induction : «Sûvarov Sî rà -Auficàou (tBMpriTKi, ù aii St' i7îayu>yr,; ; d'autre part, la méthode a priori ne peut conclure qu'à des hypothèses qui, seraient-elles possibles, peuvent manquer de toute réalité, surtout quand il s'agit de vérités que l'expérience seule peut démontrer.

II. — A7 la ))iétlio(le enipirifjue. — Il V a des empiristes qui, après avoir rejeté les spéculations de la raison humaine, admettent Vinduction de Hacon, strictement limitée aux choses connues par l'expérience : tels sont les mati'.vialisics et les positivistes. D'autres appliquent surtout l'induction aux faits psychologiques, aux facultés del'iïme: tels sont Ueid, Dugald- Stewart, Royer-CoUard et les autres rationalistes. INlaisla méthode de Bacon et de Reid est incomplète, car l'induction sans le syllogisme est absolument incapable, par ex., de prouver l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, et autres vérités que l'expérience seule ne peut atteindre.

La vraie méthode doit donc être un juste mélange des deux ;

elle doit unir et employer successivement, selon les besoins

du sujet, l'analyse et la synthèse, l'induction et la déduction.

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