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A plus forte raison le pur syncrétisme est-il faux

A. — Exposé. — De ménie que le positivisme est une exagération de la méthode empirique, ainsi le syncrétisme est une exagération de la méthode éclectique. Cousin, suivant la trace des anciens néoplatoniciens et des panthéistes modernes de l'Allemagne, a fondé cet éclectisme : rassemblage des divers systèmes de philosophie qu'il a ramenés à quatre : l'empirisme, l'idéalisme, le scepticisme et le mysticisme.

D'après lui, aucun de ces systèmes n'est faux : ils sont seulement incomplets. Aucun n'est faux; l'erreur n'est, en effet, pour Cousin, qu'une vérité incomplète ; aucun n'est complet, la vérité ne s'y rencontre pas intégralement. Le vrai système, l'éclectisme, doit donc fondre ensemble les éléments disséminés dans les autres systèmes.

B. — Réfutation. — Ce système est faux, car on peut évidemment réunir en un tout des choses opposées, par ex., l'empirisme qui affirme la matérialité de l'ùme, avec l'idéalisme qui affirme sa spiritualité, .\ussi l'éclectisme absolu, Cousin lui-même l'avoue en plusieurs endroits, impliquerait l'identité des contraires : ce qui ne serait autre chose qu'un retour déguisé au scepticisme ou au panthéisme des vieux néoplatoniciens ou des modernes allemands.

Tout cela vient du faux principe de l'éclectisme : non, l'erreur n'est pas une vérité incomplète, c'est la négation même de la vérité fn. 188). 11 est donc faux de dire qu'on trouve dans les divers systèmes réunis la somme de toutes les vérités. Aussi Cousin a-t-il dil atténuer sa méthode éclectique, peut-être même vers la fin de sa vie, l'a-t-il complètement abandonnée, selon la remarque de M. de Margerie. « Longtemps avant 1864, dit-il, M. Cousin avait déjà notablement tempéré la ferveur systématique de son éclectisme, et commençait à n'en garder que ce qu'il y a de raisonnable. »

§ II. — Virile Méthode de p/ii/osophie.

295. Définition delà méthode analytico-synthétique. — La méthode anahjliro-sijnthétique ou empirico-rationnelle, est celle qui emploie à tour de rôle l'analyse et la synthèse, linduction et la déduction. On la définit: La voie naturelle par laqaeUe l esprit monte par degrés du particulier à l'unirerse/, et redescend ensuite par la déduction à diverses conclusion s particulières .

Elle comprend deux parties : la première est inductive ; c'est la réunion et l'ordonnance des faits qui nous permettent de nous élever aux vérités générales et aux causes dernières ; la seconde, dite aussi déductive, syllogistique, synthétique ou démonstrative, descend des vérités générales aux vérités particulières.

Cette méthode tient donc le milieu entre l'empirisme et l'idéalisme ; d'après elle, en effet, nous acquérons nos connaissances en partie par l'induction, en partie par le syllogisme : les sens ayant perçu les phénomènes sensibles, l'intellect, au moyen de l'induction, s'élève aux notions générales ; puis, au moyen du syllogisme, il redescend à des connaissances particulières et nouvelles.

396. Quelle est donc la vraie méthode philosophique ? Thèse La inétJiode anahjtico-sijntliétique est la vraie méthode philosophique.

Preuve. — La vraie méthode philosophique est celle qui s'adapte à la nature de thomnie et à la nature de la science philosophique elle-même. Or telle est la méthode analyticosynthétique. On le prouve par deux raisons :

1° Par la nature de l'homme. — L'homme se sert, en philosophie, de ses sens et de sa raison, de telle façon cependant que la connaissance commence par les sens et s'achève par l'intellect. Or l'analyse, qui est la première partie de la méthode analytico-sijnthétique, exige le secours des sens externes et internes, car l'expérience ne peut se faire sans la perception des objets singuliers. La synthèse, seconde partie delà méthode analijtico-synthétifine, consiste à faire des déductions par la puissance et la pénétration de la raison, c'est-à-dire de

celte (iuullé qui, dans le syllogisme, peut saisir le lien entre les deux tenues, par leur coiuparaison avec; un troisième.

2" Par la naltire de la philosophie. — La philosophie est, eu elïet, une suite de conclusions tirées des principes rationnels : ou trouve donc deux choses dans cette science, /es majeures et les conclusions des syllogismes. Les majeures des syllogismes, telles que, par ex., F ordre de la nature est constant ; le monde est conlinyent, sont obtenues par induction, c'est-à-dire par analyse : h lirt tx; àpx<^ç ôSô; scùtà îo-tiv ; c'est ensuite la déduction ou synthèse, qui tin; les conclusions.

La méthode aiuilytico synthétique s'ada])te donc à la nature de la science et à la nature de l'homme ; c'est elle qu'il faut prendre pour la vraie méthode philosophique.

L'autorité confirme notre thèse, car Arislote, S. Tliomas, Albert le Grand, Scot et beaucoup de modernes, ont regardé l'induction unie au S3'llogisnie conune l instrument complet de 1 invention et de la démonstration (n. 288). Bien que plusieurs scolastiques aient trop négligé l'observation et l'expérimentation, telle est bien la vraie tradition de l'Ecole.

297. Notre méthode est bien celle de S. Thomas. — La méthode analytico-synthélique est celle tfu'a employée S. Thomas, en Philosophie et en Théologie. Doué d'un vaste génie, connaissant les sciences de l'antiquité et du moyen âge, il n'a pas seulement fait usage du syllogisme ou de la déduction, il a cultivé aussi l'induction. Son génie pénétrant lui a sans doute plus servi que l'observation du monde extérieur, mais, c'est toujours après une courte analyse des faits qu'il s'élève aune vaste synthèse.

Il ne sera pas superflu de prouver notre assertion.

1. Les moyens ordinaires de certitude qu'emploie S. Thomas sont très variés : les phénomènes qui se présentent aux sens, tels que le mouvement, la génération, l'ordre, le gouvernement du monde ; l'autorité des philosophes, des Saints Pères, de l'Ecriture ; les perceptions des sens internes et de l'intellect, l'abstraction, le jugement, le raisonnement.

2. Or, dans l ordonnance de ces moyens, il donne toujours la priorité de temps aux faits sensibles : « la connaissance intellectuelle, dit il, commence d'une certaine façon par la connaissance sensible. » Puis une fois les phénomènes expérittientés, il s'élève immédiatement aux raisons, aux causes der=

nières. Ensuite, comme pour achever de décrire le cercle, il redescend aux conclusions. Ainsi procède-t-il méthodiquement, aussi bien dans l'ensemble de ses ouvrages que dans chaque question en particulier.

Prenons pour exemple sa Somme Théologique. Il est vrai que dans la série des questions il suit l'ordre ontologique : Dieu, les Créatures, le retour des créatures à Dieu. Mais dans l'étude de chaque question, il applique la méthode analytico-synthétique. C'est ainsi qu'il s'élève tout d'abord par les créatures jusqu'à l'existence de Dieu : c'est la voie analytique. Il étudie ensuite les créatures, leur fln dernière, les actes et les moyens nécessaires à leur fln. Or dans toutes ces questions, s'il fait usage de la synthèse, c'est toujours après l'analyse, pour peu que le sujet s'y prête. En outre, dans chaque question, après avoir exposé les raisons de douter en ces termes : Videtur quod non, il apporte un argument d'autorité en faveur de la solution, et, après ces mots : Respondeo dicendum, il expose et défend directement sa thèse ; il termine en répondant aux objections et aux raisons de douter.

Telle est aussi la méthode que nous suivrons dans ce cours de philosophie scolastique, composé d'après la pensée d'Arislote et de S. Thomas.

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