CHAPITRE SECOND
l'essence de l'être.
En tout être se rencontre un élément constitutif, sans lequel cet être ne peut exister, ni être conçu. Cet élément n'est autre que l'essence dont nous allons parler au triple point de vue : I. de sa iVotion ; — IL de sa Connaissance ; — IIL de ses Propriétés.
l'KKMlÈllfc; l'AliriE, NATLllK UK l'ktUK 251
ARTICLE I
Xolion de t essence.
17. Sa définition nominale. — A. — Ce mot à' essence, foinint* le mot laliii eus. est tiré du verbe essê. La notion qu'il exprime est moins abstraite que celle de Tètre. L'être, c'est tout d'abord ce qui est réel et distinct du néant ; c'est, eu second lieu, l'essence possible d'une cbose (n. 7) ; que si l'on lait abstraction de l'existence et de la possibilité, il ne reste que l'essence.
Il est donc illégitime d"identi(ier, avec les positivistes contemporains, l'essence et l'existence. Et Littré s'est mépris en définissant l'essence : « Ce qui est, ce qui existe. »
H. — L'essence reçoit aussi d'autres noms. 1° On l'appelle f/MiWrfi/f^. Do même, en ellet, (jne la notion dôtre répond à la question: telle chose cxiste-t-elle ? la notion d'essence répond à la question : quid sit,quelle est cette chose ? 2° définition, parce (jue la définition exprime le genre et la diirérence, dans lesquels est renfermée l'essence d'une chose (Log., n. 134); 3" forme, car la forme est l'élément spécifique d'un objet ; 4° substance ou nature, suivant que l'essence est considérée comme subsistant en soi, ou comme principe intrinsèque et générateur (natura, nascor) des opérations ; o» enfin raison d'une chose, car l'essence est ce ([ui permet à la raison de concevoir et de comprendre chaque chose.
18. Sa définition réelle. — A. — S. Thomas ne propose aucune définition, proprement dite de l'essence. Il se boriK! à une simple explication, et cela se comprend, car suivant la remarque faite au sujet de l'être (n. 8), les notions les plus communes ne sauraient être définies. Disons donc, après lui, que l'essence désigne l'élément constitutif, et dans les créatures \ élément commun, qui permet de (jrouper les divers êtres créés en genres et en espèces. Ainsi l'humanité constitue l'essence de l'homme. Toute chose, en ellet, substance ou accident, possède un élément constitutif, c'est-à-dire une essence.
B. — C'est pourtant avec exactitude que les modernes ont défini l'essence : l'élément déterminant et spécifique d un objet, ou en d'autres termes, ce qui constitue une chose en elle-même et la distingue de toutes les autres espèces. Par ex., les termes animal et raisonnable caractérisent la nature humaine et la discernent de tout ce qui n'est pas elle.