Caractères de la connaissance humaine des essences
Il n'est pas douteux que loules les essences soient en ellesmêmes susceptibles d'être connues. Dieu les voit toutes parfaitement et intuitivement. Mais l'homme, il est vrai, ne possètb' des essences qu'une notion déduite et imparfaite, ce qui toutefois ne l'empêche point d'être srientifiijue.
I. — Elle est déduite et fondée sur le principe de causalité. En efTet, l'bomme ne perçoit immédiatement que les phénomènes et les actions des corps ; mais comme les actions doivent dériver d'un agent de nature semblable suivant l'axiome operatio sequilar esse : « telle opération, tel agent » ; — un agent ne pouvant être et agir que selon sa nature, — nous concluons sûrement de l'existence et de la nature des opérations à l'existence et à la nature des essences correspondantes.
II. — Elle est imparfaite. — Non seulement nous né pouvons observer que les manifestations incomplètes d'un petit nombre d'essences ; mais notre esprit, en raison de sa nature bornée, est incapable d'en saisir parfaitement et adéquatement aucune : « nous ne connaissons le tout de rien ».
III. — Elle est pourtant scientifique. — S'élever des effets à leurs causes, de l'action à la nature de l'agent, du phénomène à l'essence de la cliose. c'est faire une induction. Or rien de plus scienlifi(|ue que la niétliode inductive.
ARTICLE III
Proitriétès des essences '.
23. Qualités ou propriétés des essences- — Pour bien les conipi-eiidre nous étudierons les essences : 1" dans leur nature idéale ou formelle ; 2" dans leur existence physique ou matérielle : S" dans la pensée de Dieu ou de l'homme d'où elles émanent; 'i" dans leur participation par les créatures.
1. Ualraès, Phil. fondam., L. IV, c. 25 ei 27. — Œuvres de Descaries (édit. Cousin;, t, II, p. 3r.3-3r.5.
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l'-'' POINT
Lea essences des êtres créés, considérées dans leur nalure idéale
ou fur nielle, sont composées, mais indivisiôles, nécessaires,
immuables et éternelles.
A. — Elles sont composées, mais indivisibles. — D'uiil' pari, tout être possède uii genre prochain et une dilîéronfu; spécilique, qui fournissent les éléments de sa définition. Mais genre et diiîérence impliquent distinction ; d'où il suit que l'essencf^ des objets finis est toujours composée. — D'autre part, les éléminits distincts sont unis entre eux de telle manière qu'en ajouter ou en retrancher un seul, ce serait changer l'essence. Si minime, en effet, que puisse être l'addition ou la suppression, la déiinitioii de l'être s'en trouve modifiée, c'est-à-dire ([u'il se produit du mêmcî coup une substitution d'espèce. C'est donc avec raison que les scolastiqu(!s déclarent les essences indivisibles.
Ainsi, dits. Thomas, parler» d'unn subslânce animée et sensible, ces l définir Vaninial : ajoutez le terme raisonnable, vous avez l'espèce humaine ; supprimez le terme sensible, vous êtes en présence de la plante ». Il en est des essences comme des nombres : « Si un nombre est augmenté ou diminué d'une quantité, même très faible, le nombre ne demeure plus le même spécifiquement. »
B. — Elles sont nécessaires, immuables et éternelles. —
a) Xécessaires, car elles ne peuvent être conçues autres qu'elles sont. Par ex., le cercle est rond et n'est pas susceptible de la forme carrée, sans quoi il serait à la fois et ne serait point.
b) Immuables ; en effet, ce qui est nécessaire ne saurait changer. — c) Eternelles, car ce qui est nécessaire, ne pouvant manquer d'exister, n'a ni commencement ni fin. Ainsi, par ex., partout et toujours il a été et il sera vrai que h; cercle est rond et non carré.
C'est donc par erreur que Descartes et ses disciples t'ont dépendre toutes les essences de la libre volonté de Dieu. < Il est inutile, dit ce philosophe, de demander comment Dieu eût pu faire de toute éternité que deux fois quatre n'eussent pas fait huit ; car il ne faut pas penser que les vérités dépendent de l'entendement humain, mais seulement de la volonté de Dieu... 1 »
i. Œuvres de Descaries (édit, Cousin), t. II, p. 353-355.