IP POINT
24. At'.s- essences considérées matèfiellement.dwts leur existence
physique, sont divisibles, changeantes,
contingentes et temporelles.
Preuve. — Les essences, en tant qu'elles se trouvent dans les choses elles-mêmes, participent à leur manière d'être, selon le principe : « tel être, telle manière d'être. » C'est pourquoi les essences des êtres matériels sont divisibles, par ex., les deux éléments d'un être humain peuvent se dissocier. — Elles sont changeantes ; par ex., l'eau peut être transformée en hydrogène et oxygène, et réciproquement. — Elles sont contingentes ; les êtres vivants naissent, meurent et auraient pu ne pas exister. — Enfin elles sont temporelles. On découvre en elles mouvement et succession ; elles sont donc mesurées par le temps.
Cela est vrai, avons-nous dit, si l'on se place au point de vue matériel, car si l'objet matériel change de forme, la forme en elle-même ne change pas. Donc, dans l'hypothèse où la forme de l'eau reste attachée à l'eau, elle ne peut être dépouillée des propriétés essentielles à l'eau. Mais cette nécessité n'est pas absolue ; elle reste liypothétique.
m» POINT
25- Considérées dans [intellect divin ou humain, les essences
sont indivisibles, immuables, nécessaires et éternelles,
mais de façons différentes.
A. — Dans l'intellect divin, qui est « le lieu des essences », celles-ci ne diffèrent pas des idées ou archétypes divins, non plus que de l'essence de Dieu. En lui, elles sont chose absolument simple et immuable, positivement nécessaire et éternelle.
B. — Dans l'intelligence humaine, les idées des diverses essences ne sont pas chose réellement immuable, ni même positivetnent nécessaire et éternelle ; rien de tel, en effet, ne peut se rencontrer dans les créatures. Toutefois, l'idée par ex., de cercle ou de triangle est l'image ou la représentation d'une essence immuable et ncessaire, en sorte que le cercle et le triangle ne semblent pas susceptibles d'une conception différente. Nécessité et éternité, dans le cas présent, sont dites négatives, parce qu'elles font seulement abstraction du temps et de tout lieu. Elles ne sont pas positives, parce qu'elles n'assi-
PREMIKRR PARTIE, NATL'RF. DE l'kTRE 2^)7
gnent pas à notre idée du cercle et du Iriangle. la qualité d'exister en soi de toute éternité.
C'était une erreur de Platon do regarder les essences comme des réalités subsistant en soi, indépendamment des choses et de l'intellect divin.
IVe POINT
26. Considérées dans les rrén titres, les essences sont des participations analogues et imparfaites dune même essence ^ivine.
Nous disons : dune même essence divine. Celle-ci est essentiellement simple ; elle est unique, positivement immuable et éternelle (Théod., n. 42 j.
1° Ce sont des participations de rcssence divine. Dieu seul, en effet, est l'être par essence, l'être pleinement être ; toutes les autres réalités doivent donc lui emprunter et leur être, et leur degré d'être, comme des ruisseaux issus d'une même source.
2° Ces participations se l'ont cependant par similitude et non par émanation. Aussi les appelle-t-on analogues, non univoques. Leur nature a quelque ressemblance avec celle de Dieu ; elle n'est pas formellement la même ; sans quoi Dieu devrait être pierre, plante et collection de toutes choses.
3° Elliîs sont imparfaites. — Toutes les perfections reconnues aux diverses essences doivent être possédées à un degré éminent et inépuisable par l'essence suprême de Dieu, qui se ti'ouve par rapport aux essences créées dans les mêmes conditions que « le nombre parfait par rapport aux nombres imparfaits qu'il renferme ».