CHAPITRE TROISIÈME
l'existence.
« Tout ce qui existe, dit Aristote, existe ou en puissance ou en acte. » L'acte et la puissance sont donc deux modes d'existence, sur lesquels il faut insister pour éclairer la nature de l'existence elle-même. On étudiera donc en deux articles : I. L'Acte et la Puissance : — II. La nature de l'Existence.
ARTICLE I
UActe et la Puissance * .
27. Notion préliminaire. — a) L'acte et la puissance ne sont pas susceptibles d'une définition stricte ; car, nous l'avons déjà vu. les éléments simples et fondamentaux ne peuvent se définir, puisqu'il est impossible, dans les définitions, de remonter à l'infini. Or l'acte et la piiissance'feont des notions premières et simples.
b) Toutefois il est facile de saisir exactement le sens de ces deux notions, en les comparant ensemble, car l'acte est à la puissance « ce que l'édifice est à ses matériaux, ce que la veille est au sommeil, ce que l'action de voir est à la faculté visuelle de celui qui tient les yeux fermés ». Quand la vision s'effectue, l'œil possède en acte « Syvapitxwç » ce qu'auparavant, il ne détenait qu'en puissance « èvcjoyizwç ».
c) L'acte est donc cette délertnination, cette perfection, ce complément dont l'être en puissance se trouve privé. Et la puissance, c'est l'état d'une chose déjà partiellement existante, qui ne jouit encore que d'un être incomplet et imparfait, comme le poulet dans l'œuf : c'est un devenir.
L'acte et la puissance ont une très grande importance ; ils sont « la clef et le fondement » de toute la philosophie péripatéticienne. Aussi en traiterons-nous avec le plus grand soin dans trois paragraphes : 1. JJacte ; 2. Lapuissance ; .3. Leurs rapports.
§ I. — VActe.
28. Sa nature. — 1. — Au sens vulgaire, « le mot acte (du verbe latin aç/ere) désigne tout d'abord l'opération ; c'est en ce sens qu'il est généralement entendu par le vulgaire ».
2. — Au sens strict, l'acte est ce par quoi l'être se détermine et se parfait. Etre en acte, c'est donc avoir une existence complète, tandis que ^/re en puissance, c'est n'avoir qu'une existence incomplète et comme enveloppée dans les causes. Le passage de la puissance à l'acte est appelé évolution de l'être ou simplement mouvement. Au contraire, le passage du néant ou de la pure possibilité à l'existence, %e norcvnxe création (Cosmol., n. 18).