Farges, Théorie fondam. de l'Acte et de la Puiisance
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:{. — Au sens le plux large, l'acte, ou plutôt « l'acte métaphysique » signifie l'existence, et s'oppose à la pure possibilité, dont il est comme In perfection.
29. Espèces d'actes. — L'.icte peut ùliv divise'' à trois points de vue différculs :
a) Au point de vue de sd nature, l'actp est double. On bien il raufre l'ol)jel dans telle on telle espèce, et alors on le nomme essentiel \ tel <'st le principe en vertu duquel telle matière se trouve être du 1er et non de l'or. Ou bien il donne à l'objet un perfectionnement accidenlel ; comme par ex., la science dans un homme savant ; et dans ce cas l'on &st en présence d'une jii'opriêtê, d'un décident ou d'un mode : c'est l'acte accidentel.
b) Au point de vue do l'ordre, l'acte est premier ou second, mais de diverses façons. Dans Voràw^Anhx connaissance, l'acte premier est celui qui est d'abord connu: telle est l'opération d'une faculté ; et l'acte second, c'est la faculté d'où procède cette opération. Mais dans l'ordre réel, celui dont il s'agit le j)lus souvent, l'opération n'est qu'un acte second ou dérivé ; l'acte j)remier c'est l'acte dont il dérive : par ex., la faculté de raisonner.
c) Au point de vue de la perfection, on distingue Wcie pur et l'acte imparfait ; l'un est sans mélange, l'autre est mélangé de puissance. L'acte pur, c'est Dieu. Ouant aux êtres créés, ils j)assent de la puissance à l'acte ou de l'acte à la puissance : ce ne sont donc jamais des actes purs. Notre intelligence en fournit un exemple.
§11. — La Jouissance.
30. Sa nature. — La puissance proprement dite (du verbi! latin pos.s'6'), est une capacité réelle à (juehiae chose.
t° C'est une capacité, une aptitude, une habileté ; en cela, elle ressemble à la puissance logique et idéale, appelée d'une manière impropre et très équivoque du nom de puissance, car (»lle se réduit plutôt à la simple possibilité, dont il sera question au chapitre suivant.
2° C'est une capacité réelle. C'est, en ell'et, quelque chose qui existe déjà dans un sujet réel : voiïà dans quel sens l'Ecole l'a ([ualifiée de « subjective ' »,Il faut donc voir en elle une réalité,
1 . Dans le langage moderne, ce mot de « subjectif » a un sens tout opposé : il désigne ce qui est purement idéal et sans réalité objective.
2Gr) ONTOLOGIE
tandis que la pure possibilité ou puissance logique reste de nature purement idéale.
3° C'est une capacité à quelque chose, c'est-à-dire à produire ou à recevoir un acte ; en cela, la puissance s'oppose à l'acte, car la puissance implique par elle-même imperfection ou absence d'un degré d'être à la réalisation duquel elle tend.
31. Espèces de puissances réelles. — La puissance est actice on passive. La première est une aptitude à /a/re quelque chose, et telle est la volonté humaine ; la seconde, une aptitude à recevoir, et en ce sens nous disons que le marbre, le bois ou la toile ont la puissance passive de recevoir des figures, moyennant l'intervention active de quelque agent.
L'une et l'autre peuvent être prochaines ou éloignées, selon qu'elles sont réductibles à l'acte sur-le-champ et immédiatement, ou seulement par degrés progressifs. Ainsi l'enfant est en puissance éloignée de devenir mathématicien, tandis que chez le jeune homme, cette puissance est plus prochaine.
Enfin, au point de vue théologique, la puissance est nalurelle ou surnaturelle. La première est celle qui ne dépasse pas les forces ou les lois de la nature ; la seconde, appelée aussi vertu infuse, est la faculté d'agir et de pâlir dans un ordre supérieur à celui des forces et des lois de la nature.
Même dans l'ordre naturel, toute créature est douée d'une puissance ohédienlielle, qui consiste « à se plier aux volontés du pouvoir divin, qui peut en faire tout ce qui n'est pas contradictoire ». Elle est inépuisable comme la puissance de Dieu.
32. Existence de la pure puissance. — Cette existence a été niée, chez les anciens, parles Eléates (Zenon), chez les modernes par l'école de Leibnitz et quelques autres (Herbart, Fouillée) ; à leur avis, tout ce qui existe est pleinement en acte. Nous leur opposerons la tiièse suivante :
Tin":sE
// existe dans les êtres physiques un étal de puissance, soit active, soit passive. Preuve. — 1° Elle est fournie par les faits les plus vulgaires de la perception externe ou interne. En effet, tout révèle dans le monde une multitude innombrable d'actions et de réactions mutuelles, produisant des évolutions de tout genre : de nouvelles générations apparaissent, et passent soit du non-être à l'être, soit de telle manière d'être à telle autre ; par ex. : je
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pense, je marche, je; souffre, j'agis au dehors... Or ces productions ne sont pas des créations nouvelles : ce sont des évolutions, c'est-à-dire des passages de la puissance à l'acte. Il existe donc un état de puissance, soit active, soit passive.
2° D'innomhrahles phénomènes scientifiques, empruntés à Ja mécanique, à la ])hysique, à la chimie, à la hiologie, viennent à l'appui de cette assertion ; ainsi la substance du sel ('•lait contenue en puissance dans les molécules du chlore et du sodium, de même que celh^ de l'eau dans les gaz hydrogène et oxygène. C'est aussi un fait acquis à la science que le germe ne contient pas en miniatun^ l'organisme complet de l'animal ou de la plante ; celui-ci n'y est qu'à l'état de puissance, et, pour ainsi parier, comme sous une forme spirituelle *.
3" Ce qui confirme cette thèse, c'est le caractère absurde de l'opinion opposée. Nier l'état de potentialité, c'est prétendre que la puissance de construire, d'écrire, etc., disparait quand elle ne s'exerce point; c'est dire que l'homme endormi est aveugle, et que le professeur en vacances est un ignorant". Dt^ la sorte, tout mouvement comme tout progrès deviendraient impossibles.
Kleutgen a donc eu raison de dire : « Les pliilosophes grecs plus anciens qu'Aristote s'entortillent en toutes sortes de difflcultés, parce (|u'ils distinguent seulement ce qui est et ce qui n'est pas, sans faire attention que ce qui est peut être en acte ou actuellement \actu,èvépysia.) DU bien seulement quant à la puissance {polentia, SùvafAêt)^ . » La nolion de puissance {le devenir) est, en effet, la clef de toute révolution cosmique.
i; III. — Rapports de Pacte et de la puissance.
33. Nature de ces rapports. — En comparant l'acte et la puissance, on découvre des axiomes importants qui peuvent se grouper à quatre points de vue * :
1. — Perfection de l'acte et de la puissance : — 1° « L'acte est meilleur que la puissance ». Mais ce n'est pas assez dire: — 2° « une chose est d'autant plus parfaite qu'elle est plus en
\. Farges, Théorie fond., p. 30-35 ; la Vie et l'Evolution, p. 176 ; Matière et Forme, ]i. 169-170. — 2. Farges, rWo)-!e /bnd., p. 32.— 3, La philos. scolastique,t. IiL<:.i,a.3.— 4. Farjîes, Théorie fond., p. 113.
acte, et d'autant moins parfaite qu'elle est davantage en puissance ». Aussi, — 3° « l'acte pur, c'est-à-dire Dieu, est absolument parfait ». Mais dans les créatures, — 4° « l'acte est la perfection de la puissance <) ; car l'acte est ce qui achève toute chose, — or, 3° « la perfection suprême d'une chose, c'est son opération ».
II. — Oppositions et rotiveitances de l'acte et de la puissance. D'une part : — 1° « L'acte et la puissance sont choses opposées » ; rien en effet ne peut, sous le même rapport, être à la fois parfait et imparfait. — 2° Ce qui revient à dire « qu'un même objet n'est pas en même temps et au même point de vue à l'état d'acte et à cekii de puissance » : par ex., personne ne se trouve simultanément en acte et en puissance de penser une même idée. C'est pourquoi — 3° « il n'y a pas de milieu entre la puissance et l'acte ». Tout effort réel d'une puissance, si rudimentaire soit-il, est déjà un acte '.D'autre part, — 4° « l'acte et la puissance appartiennent à un même genre », car l'être ne change pas d'exercice en passant de la puissance à l'acte-
III. — Passage de la puissance à l'acte. — 1° « Une puissance incapable de passer à l'acte serait sans raison d'être » ; la puissance est faite uniquement en vue de l'acte auquel elle tend tout entière. — Toutefois 2" « la puissance ne peut par elle-même passer à l'acte ». Elle n'effectue ce passage que sous l'influence d'un autre principe déjà en acte. En effet, la puissance consiste dans un défaut d'acte ; elle ne pourrait donc s'actuer que par le moyen d'un acte dont, par hypothèse, elle est dépourvue. De là l'axiome : « tout ce qui est mu, reçoit son mouvement d'un autre» (ou d'une autre partie de luimême). — En outre, 3° « tout ce qui passe de la puissance à l'acte, subit un changement » ; tout changement consiste, en effet, en ce que le sujet reçoit un élément qui lui manquait auparavant, ou en ce qu'il abandonne quelque chose dont il jouissait antérieurement. — Aussi, 4° « L'être immuable, et celui-là seul, est acte pur ; tout être susceptible de changement est un composé d'acte et de puissance. » L'être immuable ne peut ni perdre, ni acquérir ; c"e§t le contraire qui s'observe chez les êtres sujets au changement.
IV^ — Antériorité de l'acte ou de la puissance. — 1° « Dans
d. Farg'es, Théorie fond., p. 34.
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los (Hn^s susceptibles dv changement, la puissance est antérieui'i^ à l'acte ». Si une chose change, en effet, c'est parce ([u'il préexistait en elle une puissance de changer. — Mais, 2° en soi et ontologiquetnent « l'acte précède la puissance ». Aucune puissance, en effet, ne passerait à l'acte, sans la préexistence d'un acte. — Voilà pourquoi, 3° « le parfait est antérieur à l'imparfait * ».
0(1 voit par ces considératicins combien Hcnan cl les Ilég-èliens soiil ilniis l'erreur, en rejel.int Tacle pour ne coaservcr iiiio la puissam-e. D'après eux, « lo grand progrès de la criticiue conteinporaiiu! a été de suiislituer la cali-g-orie du devenir à celle tle l'être - ! »
AMTICLK 11.
Xn/iirc de l'Existence.
34. Nature de l'existence. — D'après ce ([in piécède, on est en mesure de déterminer la nature de l'existence :
A. — Le mot existence (sistentia ex) signifie être en dehors de la possibilité. — En soi, l'existence n'est pas suscc^plible dune définition rigoureuse; mais c'est à bon droit qu'on l'a appidée : « L%irte on l'aclnalion de t essence. »
(^est — 1° ïactnation, car, au sens large, l'acte est une perfecti((n. C'est — 2° l'actuation de l'essence idéale, ou de l'être purement possible, dont, par conséquent, la perfection consiste à exister. L'existence, c'est la réalité suprême de l'être.
B. — On peut concevoir deux modes d'actuation de l'essence : ou bien elle subsiste par elle-niènie ; ou bien, si elle se trouve en puissance d'exister, elle reçoit l'existence d'un agent extérieur. Dans le premier cas, on a l'Etre essentiellement existant et subsistant, c'est-à-dire Dieu, qui seul jouit de cette prérogative. Dans le second, on a l'être incapable de subsister par soi, ou la créature. — Nous allons en conséquence rechercher si, dans les êtres créés, l'essence est ou n'est pas distincte de l'existence.