PREMIÈRE PARTIE, NATURE DE l'kTRE 2G
apte à texislencp. Entro l'oxistonco et lo néant, on conçoit un être qui n'est point le rit-ant, qui ne jouit point de l'existence, mais qui cependant est capable d'exister. Un tel être est dit possible. On lui oppose l'impossible, qui n'est susceptible d'aucune réalisation.
Il faut donc : 1° discerner le possible du néant. Le premier rcnlerme en lui-même un élément qui le rend positivement concevable ; le s('Cond est unepure négation ou privation (l'èlrc. L'un peut recevoir l'existence ; l'autre n'en sera jamais ca])able,
2° 11 faut aussi recon naître une différence fondamentale en Ire le possible et la puissance proprement dite ou réelle. L'être en puissance jouit d'un commencement d'existence. Il est enveloppé dans ses causes, plus ou moins prochaines ou éloignées, à la manière du poulet dans l'œuf ; au contraire, ce qui est purement possible n'existe pas, même en puissance, dans la création. Son unique réalité se trouve dans les idées et la toute-puissance de Dieu (n. 28).
39. Espèces de possibilité. — H y a deux sortes de possibilités : l'une est iiilrinshque, l'autre extrinsèque.
|o Est intrinsèquement possible tout être dont l'essence n'implique aucune contradiction ; c'est en ce sens que le cercle rond se conçoit comme possible. Par contre, le fait d'être contradictoire dans son essence rend un être intrinsèquement irréalisable. Tel est le cercle carré.
2° Un être intrinsèquement possible l'est aussi d'une manière extrinsèque, lorsqu'il existe une cause capable de le produire. Si celte cause fait défaut, l'être est extrinsèquement impossible. En consé(iuence :
a) Un être, Intrinsèquement possible et extrinsèquement réalisable, est adéquatement possible ou « productible », selon l'expression des philosophes modernes. Par ex., le monde, l'homme, avant la création.
h) En outre, la possibilité intrinsèque est dite absolue ou métaphysique, tandis que la possibilité extrinsèque est toujours relative à telle ou telle puissance, créée ou incréée.
6-) Enfin, la possibilité relative est, en quelque sorte, susceptible d'un triple degré. Relativement à Dieu, tout ce qui ne répugne pas intrinsèquement est absolument possible, par ex. : la création ex niliilo. Relativement aux créatures,
certaines choses sont phxjsiquement possibles, d'autres physiquement impossibles, suivant qu'elles sont ou non, conformes aux lois de la nature physique, par ex. : la résurrection d'un mort. Enlin, on appelle moralement possible ou impossible ce qui s'harmonise avec les lois de la nature morale ou les contredit ; par ex. : il est impossible que tous les hommes mentent, mais il peut se faire que tel homme soit menteur.
40. Origine de la notion de possibilité. — A. — La notion de possibilité s'acquiert par abstraction ; on connaît d'abord l'être actuellement existant ; par ex. : tel triangle. Puis, faisant abstraction de l'existence individuelle, on conçoit cette figure comme type indéfiniment imitable ou possible.
B. — La notion d'existence est donc antérieure h celle de possibilité. — Ajoutons à cela que l'être n'est dit possible que par rapport à l'existence. Par conséquent la notion de possibilité présuppose celle d'existence. (( Impossible de concevoir la possibilité pure, autrement que par rapport à l'existence *. »
Rosmini est donc dans l'erreur en soutenant que l'idée d'être, qu'il appelle innée, représente l'être possible : à son avis, la possibilité ne serait pas connue après l'existence ; mais l'existence après la possibilité -.
ARTICLE II
Fondement des possibles.
Nous allons rechercher d'où vient l'aptitude des possibles à l'existence. Pourquoi, par ex., le cercle rond est-il inirinsèg'î/ewew^ possible, tandis que le cercle carré est impossible?
41 . Fondements faux assignés aux possibles- — Les erreurs philosophiques svu- ce point sont au nombre de quatre :