‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 14 sur 291 · PHILOSOPHIE RATIONNELLE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE RATIONNELLE

NOTIONS PRÉLIMINAIRES '

12. Définition du mot << Logique ». — Si nous consultons son étyinoiogio, la « Lofjuiuc » (/o'/oj, parole, raison) désigne la scifiuco (1(! la raison ou la science rationnelle. — C'est la science rationnelle, disons-nous, et ce n'est pas seulement une science conforme à la raison, comme toutes les sciences ; c'est une science qui dirige l'opération même de la raison pour aider l'homme à procéder avec ordre, facilité et sans erreur, dans la recherche de la vérité. Aussi a-t-on pu l'appeler «. science de l'instrument des sciences ».

Mais comme le propre de la raison est de passer d'une chose à une autre, afin d'arriver par le connu à la connaissance de l'inconnu, c'està-dire de raisonner, la Logique s'appelle aussi science du raisonnement. — D'autre part, le raisonnement ne saurait exister en aucune manière sans jugement, ni le jugement sans idées ; aussi certains auteurs, avec Zigliara, appellent-ils la Logique la science qui apprend à bien juger ; et d'autres, avec les auteurs de Port-Royal, l'art de penser. — Enfin, comme le but du raisonnement est la démonstration, et le but de la démonstration la science, fondement de tous les arts, la logique est appelée par Aristote la science de la démonstration ; par beaucoup de modernes, la science des sciences ; et par Bacon, après S. Thomas, l'art des arls .

13. Définition de la Logique. — ("est la. science qui cliriçjc rers la vérité les opérations de l'intellect.

1° C'est une science ou un svstème de connaissances (n. 4, \°) ; par conséquent la logique artificielle diffère de la logique naturelle, non pas sans doute spécifiquement, mais comme

i. Aristote, Logique, traJ. par Barthélémy Saint-Hil.iire. — Bossuet, Logique. — Port- Royal. VArt de penser. — Gratry, Logique. — Fonsegrive, Rabier,... Logique. — Kant, Logique. — Franck, Histoire de la logique dans rOccident. — Mercier, Logique.

le parfait diffère de l'imparfait, et l'art de la nature. La logique naturelle n'est autre chose qu'une disposition innée en vertu de laquelle tous les hommes emploient convenablement leurs facultés pour découvrir avec certitude nombre de vérités, de vérités élémentaires surtout. La logique scientific^ue, elle, avec ses règles méthodiques, peut atteindre des vérités plus élevées ou plus complexes.

2° C'est la science des opérations de l'inteUect. Ces mots visent le côté matériel de la logique, et la distinguent do l'Éthique qui oriente vers le ])ien les actes de la volonté.

3° C'est la science qui diririe les opérations de l'intellect. C'est donc, à un certain point de vue, une science pratique ; en cela elle diffère de la Métaphysique et en particulier de la Psychologie. En effet, la Métaphysique traite de la vérité en elle-même, prise objeclwement ; la J^ogique, au contraire, s'occupe du sujet ([ui pense : son but est de perfectionner l'instrument, qui doit rechercher cette vérité. — De même la Psychologie étudie les opérations de l'esprit telles qu'elles sont, la Logique telles qu'elles doivent être ; la première les étudie en elles-mêmes, en ce qu'elles ont d'absolu, l'autre en tant qu'elles concourent à une lin ; celle-là étudie la nature, celle-ci les règles de la raison humaine.

4° C'est la science qui dirige vers le vrai ; c'est là le but de la Logique ; en cela elle diffère de la sophistique et de la logi^ que formelle des kantistes. La sophistique mène à l'erreur, non pas au vrai ; et, paraissant savoir, malgré son ignorance, elle n'est qu'une science trompeuse. — Quant aux modernes, pour qui la Logique n'a d'autre but que de déterminer avec soin les /ormes ou lois de la pensée, ils s'appuient sur cette fausse supposition de Kant qu'entre l'objet et l'intellect aucun passage n'est possible

Page 1