La Logique est-elle une science ou un art ? — Parmi
les philosoplies, dons In suile fies Ages, les uns ont fait de la Logique une élude spcculalive ; les autres une étude pratique ; ceux-ci l'appellent une science ; ceux-là un art ; certains, l'un et l'autre à la fois. Ce qui faisait dire à d'Alembert : « On ne ^ait souvent quel nom donner à la plupart des connaissances où la spéculation se réunit à la pratique, et l'on dispute, par exemple, tous les jours dans les écoles, si la Logique est un art ou une science. Le problème serait bientôt résolu
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en n-pondant (|ii'('IIp ost n la fois l'un cl l'aiitro. » Ce sora aussi noire llifsc :
Tiii:sE La Loijùiiir rst une science et un art, à des litres différents.
I. — La LogifiiiP est vraiment une science et une science spéciale. — La science, en elTct, est la connaissance des raisons ou des causes. Or la Logique donne les règles de la discussion, mais elle ne les livre pas sans raisons, elle apporte des preuves qui les démontrent ; elle les explique à la lumière de l'évidence ; elle les discute scientifiquement. Exemples : La définition doit in(li((uer le genre et la dilîérence ; un syllogisme ne peut avoir que trois termes : autant de thèses raisonnées et prouvées. La Logique est donc vraiment une science ; elle n'est pas seulement l'instrument des sciences, c'est la science des instruments (lu savoir.
D'autre part, la Logique a un objet propre et distinct de toute autre science ; elle discute l'ordre que la raison doit mettre dans ses opérations ; elle ne s'occupe des actes de la raison qu'en tant qu'ils sont méthodi((uement ordonnés ; aussi la définition, la division et la démonstration, qui sont les modes du savoir, sont-ils appelés à juste titre l'objet formel de la logique. Or il n'y a pas une autre science i|ui ait un objet semblable ; la Logique est donc bien une science spéciale.
II, — La Logique est un des arts libéraux. — L'art, en effet, enseigne (i bien faire une chose. Or la Logique enseigne à bien ordonner le? opérations de l'intellect, aussi l'appelle-t-on « l'instrument des sciences, l'art des sciences ». Par conséquent la Logique est un art. — D'autre part, c'est parmi les arts libéraux qu'on la range, l'ouvrage qu'elle nous enseigne étant une œuvre de l'esprit ; la Logique n'a donc rien de commun avec ces arts mécaniques qui enseignent à bien faire des travaux Minnuels (Ontol., n. SI).
15. Conclusion sur limportance de la Logique. — L'importance de la Logique est manifeste à trois points de vue.
L Son excellence. — Si l'on fait si grand cas des sciences qui étudient les lois et les êtres de la nature, même les plus petits comme un atome d'oxygène ou une molécule d'eau, quelle estime ne devra-t-oii pas professer pour l'étude de la raison elle-même, qui recherche ces lois, étudie ces êtres, et nous apparaît comme une image ou un reflet de l'éternelle raison ? — D'un autre côté, la Logique par sa certitude peut être classée parmi les sciences exactes, si bien que quelques auteurs ont tenté de lui appliquer la méthode algébrique.
Cependant la Logique n'a pas par elle-même le pas sur les autres par-
lies de la philosophie. Les sciences qu'on étudie pour elles-mêmes sont, en effet, bien au-dessus de celles qu'on étudie comme un moyen d'en acquérir d'autres (n. 9) et la Log-ique est précisément de ces dernières.
tl. Son utilité. — Il y a plusieurs qualités intellectuelles utiles entre toutes, telles que la pénétration, la rectitude du jugement, une méthode facile et sure, Tordre et la suite des idées et des raisonnements. Or la Logique, qui étudie l'économie du processus rationnel, a précisément pour liut de faire naître ou au moins de développer toutes ces qualités.
III. Sa nécessité. — N'hésitons pas à l'affirmer : la Logique est nécessaire à tous ceux qui veulent se livrer d'une manière sérieuse à l'étude des sciences. En effet, il y a en Logique bon nombre de l'ègles sur la division, la définition, le sophisme, etc., dont la connaissance précise est absolument indispensable pour la recherche, la démonstration, la défense et l'enseignement des vérités scientifiques.
Du reste, si l'art est nécessaire à l'architecte ou à l'ouvrier pour exécuter avec ordre et facilité un ouvrage manuel, il faut également, de toute nécessité, un art pour diriger la raison dans ses opérations, qui sont non moins difficiles. Or cet art, c'est la Logique.
16. Histoire de la Logique. — La Logique vulgaire est innée dans l'esprit humain, mais la Log'ique artificielle a dû se constituer et passer par deux phases : l'une de formation, l'autre d'évolution ou de progrès.
I. Première phase. — C'est dans l'Inde, avec Kapila et Gotoma qu'elle a commencé ; on en rencontre les premières ébauches chez Parménide et Zenon, les Eléates, et surtout chez Socrate et Platon. Mais il faut attendre Aristote, le père et le fondateur de la Logique, pour la voir se constituer en science proprement dite. Le premier, ce philosophe a formulé les règles de la Logique et les a exposées tout au long, surtout dans son Organon. Les fidèles interprètes du Stagyrite ont vigoureusement défendu son (Puvre contre les académiciens, les pyrrhoniens et les néoplatoniciens. Ensuite les SS. Pères l'ont préservée des ténèbres de l'oubli, et, au moyen âge, les plus célèbres docteurs, S. Thomas surtout, l'ont partout répandue et commentée avec éclat dans les écoles.
II. Seconde phase . — Dans les temps moderin,es, beaucoup ont négligé cette gymnastique de la raison qu'avaient léguée les anciens, et ont ouvert à la Logique des horizons nouveaux.
1. — Les uns, après avdii- fait fi dos règles du syllogisme, ont essayé de
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fonder avec Bacon la rniHliode empirique, ou avec, Descartes et les philosophes allemands, la méthode idéaliste. Delà, pour nous, la nécessité de discuter les règles de la vraie méthode.
2. — Les autres, avec les disciples de Kant, après avoir nié ou du moins révoqué en doute les principes de toutes les sciences.sont tombés dans de fatales erreurs sur la certitude. D'où l'usage qui a prévalu d'insister sur la critique de la connaissance humaine.
Notons toutefois que ni la Méthodologie ni la Critique ne ont un changement radical de la logique des Anciens, mais une simple amplification.
17. Division de la Logique. — Il importe de la diviser en deux parties : la Dialectique et la Critique. Cette division est légitime, c'est la plus usitée et la plus commode.
A. — Elle est légitime, f^a division d'une science doit découler de sa définition. Or la logique a été d'abord définie : la science des opérations de l'intellect... : voilcà la Dialectique, qui soumet à l'analyse ces opérations. C'est en outre la science qui dirige vers la vérité : voilà la Critique, qui recherche si ces mômes opérations peuvent arriver au vrai, et par quels procédés.
B. — C'est aussi la plus usitée. La première partie, en effet, ne diffère guère de la logique mineure, la seconde de la logique majeure des anciens. De même chez les modernes, qui appellent avec raison la dialectique, Logique formelle, et la critique, Logique matérielle (n. 19, 167).
C. — C'est enfin la plus commode pour la réfutation dos deux principales erreurs des logiciens : la sophistique et le scepticisme ; la première qui enseigne l'erreur, la seconde qui ruine la certitude. Les sophistes, en effet, par des arguments captieux enseignent le faux sous l'apparence du vrai ; nous les combattrons dans la première partie. La seconde partie sera dirigée conti'e ceux qui rejettent la rectitude de toutes ou de quelques-unes de nos facultés cognitives, ou qui, par des fausses méthodes, la mettent en danger.