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Nature précise de la vérité métaphysique

Thèse.

L'être est vrai, en tant quil est en relation avec f intelligence.

Sens. — La vérité, c'est l'objet en tant que connaissable. On donne donc à une chose la qualification de vraie par rapport à l'intelligence.

Arg. I. — Tout le monde fait usage des locutions suivantes : voilà de l'or vrai, du vrai pain ; c'est un vrai savant. Mais de l'aveu de tous, ces expressions indiquent simplement que l'or, le pain, le savant répondent parfaitement à l'idée que l'esprit en conçoit : c'est donc au point de vue de leurs rapports avec l'intelligence que les objets peuvent être qualifiés de vrais.

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Avg. II. — La même proposition !^e (léniontre par le raisonnement et par voie déliininatlon.

1° La vérité n'est pas une qualité nouvelle surajoutée à l'être. Cette qualité élant elle-même un être, il faudrait en effet se demander si elle est vraie on non. Et de la sorte, (m reculerait jnscju'à rinfini.

2" Le vrai n'i^st pas non plus Tentité des choses, considérée en elle-même et dans son concept absolu. L'être se conçoit comme une pure réalité, et simplement comme ce qui est. La vérité, au contraire, c'est « ce qui est intelligible » ou « connaissable ». Si donc on ne veut pas faire de la vérité un mot vide de sens, il faut admi^ttrc; qu'elle n'est pas l'être lui-même, mais une de ses relations.

.S° En outre, le vrai ne consiste pas dans la relation de l'être avec la volonté ; l'être, considéré dans ses rapports avec l'appétit, lui paraît désirable et se nomme bon.

La seule conclusion possible, c'est qu'il faut considérer le vrai comme la relation de l'être avec l'intellect.

Arg. III. — Le vrai n'est pas seulement ce qui est, c'est « ce qui est intelligible » ; mais être intelligible, c'est être susceptible d'être compris, ce qui indique une relation d'ordre intellectuel. La formalité du vrai ajoute donc à la notion d'êlre, celle d'un rapport avec l'intelligence, et de même que le bien est l'ohjet de la volonté, ainsi le vrai est l'objet de l'intelligence.

v^ II. — Existence de la vérité métaphysique.

59. Vérité de tout être. — D'après les ontologistes, les objets créés n'ont pas de vérité proprement dite. C'est en Dieu seul que réside leur intelligibilité et qu'ils peuvent être connus. Nous avançons contre eux la proposition suivante :

TuKSE Tout être est vrai.

Arg. gén. — Un être est vrai en tant qu'il est connaissable (n. oH). Or tout être est connaissable. Tout être est donc vrai.

La mineure est incontestable, car la cognoscibilité d'un être est subordonnée cà deux conditions nécessaires et suffisantes : 1" il est nécessaire que l'être possède une certaine réalité, c'est-à-dire qu'il ne soit pas le néant, car le néant ne renferme en lui-même aucun élément qui le rende suscepti-

bit' d'être connu ; 2° il faut que cet être soit discernable de toute autre entité. Or — a) tout être possède des caractères positifs qui le constituent intrinsèquement; — b)il est un et distinct de tout autre. Tout être est donc connaissable.

Arg. part. — Un être est ou incréé, ou créé. Sans doute, à l'un comme à l'autre, l'intellect humain ne peut se conformer que dans une certaine mesure ; mais cette conformité est parfaite dans l'intelligence divine, qui, étant infinie, se trouve on équation parfaite avec son essence infinie, et par elle comprend parfaitement toutes les existences et tous les possibles. Tout être est donc vrai.

Telle est la pensée de S. Thomas : « La cognoscibilité de chaque être, dit-il, se mesure sur le degré de son être. » Bossuet dit dans le même sens : « La vérité, c'est ce qui est. » C'est aussi l'avis des scolastiques, comme en fait foi leur axiome : « Ens et verum convertuntur. »

Corol. — Il suit de là que tout ôlre est connaissable, au moins pour une intelligence qui lui sera proportionnée ; et il l'est non seulement dans le fait de son existence, mais encore dans ses caractères constitutifs : 1" dans les modes de son essence (sa nature) ; 2° dans les modes de son existence (son origine, sa fin). Ces éléments sont, en effet, l'être ou quelque chose de l'être, et partant connaissables. C'est dire que tout être est intelligible par ses caractères constitutifs, ou explicable. (Voir Principe de raison suffisante, n. 156, 165.)

§ III. — Fondement de la vérité métaphiisigue. 60. Nature de ce fondement. — L'école de Locke et les positivistes placent l'essence de la vérité dans la relation des objets avec l'intelligence humaine 1. Mais l'intellect humain est contingent, changeant, relatif et fini ; aussi n'y a-t-il point pour eux de vérité absolue, immuable, éternelle, nécessaire ; toute vérité est variable, arbitraire et relative. — On soutiendra contre eux les thèses suivantes :

TnksE I

La vérité dépend essentiellement de F intellect divin ; elle ne

peut dépendre essentiellement de l'intellect hum,ain.

Sens. — Rien ne peut être appelé vrai, si ce n'est en vertu

de sa conformité avec les idées divines : la vérité se trouve

donc dans xni état de primitive et essentielle dépendance vis-

{. Lillré, Conservation, p. 01. Ibid.. p. 31.

SECONDE PARTIE. PROPRIÉTÉS DE l'ÉTRE 283

ii-vis dp l'intelligeiico rie Dieu ; ce n'est qu'en second lien et indirectement qu'elle dépend de l'intellect créé.

V" Partie. — La vérité est un mode essentiel des choses. Elle relève donc essentiellement de cette intelligence, dont dé- [)t'nd l'être même de toutes choses. Or tout dépend essentiellement de l'intelligence divine ; car rintelligence- divine, et elle seule, apparaît, d'une part, comme la raison formelle de toute réalité, soit actuelle, soit possible ; elle seule, d'autre part, grâce à son infinité, comprend et mesure tous ces êtres, par une parfaite é(|uation. T..a vérité dépend donc essentiellement de l'intellect divin.

IP Parfit;. — La vérité ne dépend pas essentiellement d'une intelligence dont elle peut indilleremment demeurer connue ou inconnue ; or l'intellect créé peut également connaître ou ignorer ce qui est; un tel intellect est, en efîet, contingent; il peut être ou n'être pas, sans que pour cela toute réalité, toute vérité, soit actuelle, soit possible, cesse d'être. La vérité ne se rapporte donc qu'accidentellement à l'esprit humain.

Corol. — L'intellect divin est la mesure de la vérité ; l'intellect créé, au contraire, a pour mesure prochaine la vérité, pour mesure dernière l'intellect divin. — « L'intelligence divine, dit Dupont, est la mesure do la vérité qui mesure à son tour l'intellect humain '. »

On contredit par là les Kantistes et quelques libres-penseurs, qui revendiquent lautonomie pour la raison humaine.

TnfcsE n 61. Af/ vérité, même participée par i intellect humain, est eu vu certain sens, éternelle, nécessaire et immuable. Explication. — On a intercalé dans lénoncé de la thèse ces mots : en un certain sens, parce que seule, la vérité divine est chose positivement éternelle, nécessaire et immuable ; la nécessité, l'éternité et l'immutabilité de la vérité humaine no sont qu'idéales, car elle ne les possède que dans la mesure où elle est la représentation de la vérité divine.

Arg. I. — Dans la véiùté participée, il convient de considérer trois éh'ments : les essences ct)nnues, les intelligences qui les connaissent, et l'équation entre essences et intelligences. Or : l*» les essences sont, en un certain sens, indivisibles, éternelles, nécessaires et immuables (n. 23) ; 2° les intelligences

{. Ontologie, p. !'5.

créées possèdent aussi une essence pareillement immuable ; 3° enfin l'opération intellectuelle, clans ce qu'elle a d'essentiel, est soumise <à des lois nécessaires. Donc la vérité participée est, en un certain sens, éternelle, nécessaire et immuable.

A)'fj. II. — Si la vérité était contingente et variable, il n'y aurait plus rien de certain; il ne pourrait donc subsister ni science, ni moralité, ni société ; tout le progrès deviendi^ait impossible. La science, en effet, ne peut se passer de principes nécessaires, non plus que la moralité de lois immuables, indispensables au maintien de la société.

Cette thèse vise le pantliéisiiie, le rationalisme, le relativisme et la doctrine du progrès indéfini (Hég-el, Schérer, Renan), suivant laquelle « Le vrai n'est plus vrai en soi. .. Le vrai, le beau, le juste se font perpétuellement, parce qu'ils ne sont autre chose que lesprit humain qui, en se déployant, se trouve et se reconnaît » (Schérer).

ARTICLE IL

La Fausse fé.

La fausseté donne Heu aux mêmes problèmes que la vérité. Nous en rechercherons la nature, l'existence et la cause.

62. Nature de la fausseté métaphysique. — De même que la vérité consiste dans l'équation de l'objet avec l'intelligence, ainsi la fausseté n'est autre que leur non-équation. — La fausseté métaphysiqtie est donc : U inadéqualion ou labsence de conformité de l'objet avec l'intellect divin. C'est là le caractère d'un objet irréel et impossible, comme un cercle carré.

La fausseté métaphysique se distingue de la fausseté logique et morale. — 1. La fausseté logique e^i un défaut de conformité entre l'esprit et l'objet ; cette fausseté de la connaissance se nomme erreur. — 2. La fausseté morale est un désaccord entre la parole de l'homme et sa pensée : cette fausseté du langage n'est autre que le mensonge.

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