La fausseté métaphysique est-elle possible
Thèse
En soi et par soi, comme aussi aux yeux de Dieu, toutes les
choses sont vraies ; mais elles peuvent, par accident,
paraître fausses pour un intellect créé.
I. — En soi et par soi, toutes les choses sont vraies ; en effet, comme
SECONDE PARTIE, PROPRIKTKS DF, l'i-TRE 2(S'j
on la vu, tout ôtre est vrai et jouit du cararlèie d'infelligibilité. Il n'y a donc pas de fausseté fondamentale.
//. — liien n'est faux pour l'iiUellect dioin. Tout ce ([ui existe est ou l'œuvre de Dieu ou celle des créatures. Dans le premier cas, Dieu connaît toutes choses telles qu'elles sont, puisque toutes sont modelées sur les idées divines ; autromeni Dieu ne serait plus l'infinie sagesse. Dans le second, il ne peut ignorer les effets des causes secondes sans cesser d'être cause première. Il n'y a donc pas de fausseté métaphysique.
///. — Mais accidentellement, un objet peut avoir une fausse apparence pour un intellect créé ; celui-ci cherche la vérité dans les objets par l'intermédiaire des sens et des autres moyens de connaissance, et il peut arriver qu'il juge sur de simples apparences, c.-à-d., que trompé par les apparences, il préjuge de lessenco d'une chose qui, en réalité, est différente.
Ce terme de « préjuger » indiiiue bien que l'erreur ne peut se trouver dans la simple appréhension (Log., n. 2.5 bis, 177). Seul le jugement intellectuel en peut être entaché, lorsqu'il attribue à un objet une qualité (|ui ne lui convient pas.
64. Cause ou origine de la fausseté métaphysique. Thksk Ordivairemeiit, In fdiissetê vient en partie de t objet, en partie (les sens, en partie de la volonté.
I . — La fausseté peut provenir des objets ; bien que vraies en ellesmêmes, les choses peuvent cependant engendrer l'erreur par leur apparence trompeuse, lorsqu'elles ne manifestent au premier coup d'œil qu'une partie de leur nature, ce qui porterait à les confondre avec d'autres ; ainsi le cuivre paraît être de l'or, parce qu'il en a la couleur.
//. — La fausseté tire en partie son origine des sejis ; « la connaissance nous est acquise par les sens, dont l'objet propre sont les qualités sensibles » ; mais l'erreur peut s'introduire dans la perception extérieure, soit à cause du mauvais état des organes, soit en raison d'un accident affectant le milieu ou les objets eux-mêmes. La fausseté peut donc tenir partiellement aux sens. C'est ce (jui a lieu lorsqu'un bâton plongé dans l'eau apparaît brisé.
///. — Enfin la fausseté peut aussi procéder de la volonté. — Rien ne saurait être entaché de fausseté, si l'intelligence ne se méprenait sur la véritable nature des choses ; or toute erreur peut dépendre dans une certaine mesure du mouvement de la volonté (Log., n. 188).