Caractère transcendental de la bonté
Thèse
Tout être est bon. tuais la bonté appcu-lient en propre
à F être existant.
I. — Tout être est bon. — !« La première preuve se tire de V intelligibilité de fétre. Tout être est vrai ou intelligible. Or un (Hre qui n'aurait aucune aptitude active ou passive et ne serait l)on à rien, serait un être sans manière d'être et partant inintelligible. Donc tout être est bon.
2*^ La seconde preuve est fournie par V appélibilité de l'être. Tout ce qui est capable d'exciter un désir est b(jn. Or tout être, représentant un certain degré d(î perfection, est susceptible (l'être désiré par la volonté humaine, soit comme lin, soit connue nunen. Du reste, les êtres créés ne seraient-ils voulus que ppr Dieu, la bonté ne leur ferait pas encore défaut. Tout être est donc bon.
IL — La bonté appartient en propre à Cètre existant. La connaissance et Tamour diffèrent en ce que la connaissance peut n'avoir pour objet que l'idéal, taudis que l'amour ne peut désirer qu'une réalité dont il pourra jouir : par ex., on ne désire pas un diner idéal, on a besoin d'une nourriture réelle ; la bonté proprement dite, objet de la volonté, est donc un mode de l'être en tant qu'il est réel ou au moins réalisable.
ARTICLE IL Le Mal.
67. Nature du mal : ses espèces. — A. — La bonté est une perfection; le mal, au contraire, peut se définir: Vabsence (F une perfection chez un sujet qui devrait F avoir.
V" C'est V absence d' une perfection. Le mal n'est pas quelque l'hose de positif. C'est la négation d'une entité réelle et objective : en lui-même, il se confond avec le non-être.
2° C'est l'absence d'une perfection chez un sujet qui devrait l'avoir. Le mal n'est donc pas un néant purement négatif, car
cette sorte de néant n'est rien de bon ni de mauvais. C'est un néant privatif, c'est-à-dire la privation proprement dite d'une qualité naturelle à un sujet. Par ex., la cécité ou privation de la vision est un mal pour l'homme et non pour la pierre, quoi qu'en disent Leibnitz et nombre de modernes, suivant lesquels l'absence dans un être d'une perfection supérieure à sa nature constitue un mal métaphysique.
B. — Il y a autant d'espèces de maux que de s-oites de privations.
fl) Le mal peut être absolu ou relatif; le mal absolu est la privation d'une perfection requise ; ainsi, la maladie est un mal chez les animaux. Le mal relatif est en lui-même un bien ; mais il est un mal lorsqu'on le considère au point de vue du sujet qu'il affecte; par ex. la sentence du jnye, iiuoi(iue bonne en elle-même, est mauvaise relativement au coupable.
b) En outre, le mal est appelé honteux, nuisible et douloureux, suivant (ju'il s'oppose à l'honnêteté, à l'utilité ou au plaisir. Ainsi, le vice est honteux, le poison est nuisible, la torture est douloureuse.
c) Ue plus, le mal est physique ou îuoral ; et c'est là un point d'une importance capitale. On entend par mal physique la privation d'un bien, matériel ou sensible, comme cela a lieu dans la douleur, ou ciille d'un bien intellectuel, ce qui est le cas de l'ignorance. Quant au mal moral ou péché, il n'est autre chose que la privation d'un bien moral ; il consiste donc dans un désaccord entre une action et la règ-le des mœurs ; par ex. : le vol, le parjure, le mensonge.
68. Le sujet du mal. — Les Manichéens, les Néo-platoniciens, les Gnostiques et d'autres encore, tant parmi les anciens que parmi les modernes, soutiennent l'existence d'un principe essentiellement mauvais et générateur de tous les autres maux. A leur avis, le mal n'est donc pas une simple privation ; c'est une entité réelle ; aussi enseignent-ils l'existence de substances intrinsèquement mauvaises. Mais on ne saurait admettre cette opinion.
ÏHKSE
Le mal ne peut exister ai/leurs que daus un sujet bon, mais susceptible de défaillances.
I. — Le mal ne subsiste pas en soi. — Le mal est la privation d'une perfection ; en lui-même, il n'est donc rien ; mais son existence est liée à celle d'un être réel.
« Le mal n'est pas un être, dit S. Thomas ; .seul, le sujet qui subit lé mal, ou la privation d'un bien particulier, est un être réel ; ainsi, lu cécité n'est qu'un non-être ; mais l'être qui en est frappé, jouit d'Une
SKCUNDK PARTIE, PROPIUKTKS DE l'ÈTRË 289
existi'iiio véiil;il)lc. » — De /'ail, tme subslanc.o ontioicmont mauvaise sorait une pure négation «le rètie, une absence totale de perfeetion. In |)rin<Mpe ejisentiellemenl mauvais serait donc un pur néant.
II. — Le mal existe en un sujet bon. — Le mal a pour s'iè^o un (Hre réel : or tout être est hon (n. 6(3) ; donc le mal réside (M (|uel([iie clinsc de hou. — (Ju'ou ne dise pas : le mal est le «•(Mifrairedu hien ; il ne jM'utdonc se rencontrer avec lui. Rien et mal n'alTecleut j)as, en efTet, un même objet sous un même l'apport ; mais ils s'y reiic(»ntrent à des points de vue différents.
III. — Le mal ne peut atteindre guun sujet susceptible de défaillances; il ne s'attacjue donc qu'à la créature, qui par essence est imparfaite et sujette à l'imperfection. La cause première, au coniraire, ne })ouvant s'éloigner du bien, est iiifapa])]e de tout mal.
69. Cause ou origine du mal. — Ce ])oint va fournir une conlirniation de ce (lui précède.
Thkse La cause du )nal n est pas le mal, cest le bien ; toutefois l'être
hon ne tend pas au mal directement, mais indirectement, ou encore il le produit par impuissance.
A. — Ce n'est pas le mal. — Le mal, nous l'avons dit, est une pure privation, un néant. Or le néant ne saurait être une cause. Donc le mal ne peut être cause de rien, même du mal.
H. — Le mal a pour cause le bien. — Toute cause efficiente, étant une réalité positive, est nécessairement un bien. « La causalité, dit S. Thomas, ne peut appartenir qu'à la bonté ; la causalité, en effet, n'appartient ([u'à l'être ; et tout être, en tant que tel, est ])on. »
C. — L'être bon n'est pas cause du mal directement, mais indirectement. L'agent ([ui accomplit le mal, ne peut avoir le mal p(jur fin, car le mal répugne à tout appétit ; ce que veut cet agent, c'est donc un bien au moins apparent ; ainsi le lion en tuant un cerf, a pour hut de se nourrir. De là l'axiome : « tout agent agit pour un hien », ou sous une autre forme : « le mal, en tant que mal, nest point directement dans l'intention ; il n'est voulu que d'une luanière indirecte. »
D. — Très souvent, le mal n'est voulu, ni directement, ni indirectement ; mais il est causé par une impuissance du bleu,
l'iULOSOPlUE. — TOML I n
C'est, par fxemplc, un inanqne de capacité dans l'agent, d'aptitude dans l'organe on rinstrument, un défaut dans la matière employée qui engendre le mal. Ainsi l'ignorance petit tenir à une imperfection de la puissance intellectuelle, la claudication à une Caiblesse de la jambe, la monstruosité à l'évolution incouiplèle du fœtus, etc.