‹ Cours de philosophie scolastiqueChapitre 155 sur 291 · SECONDE PARTIE, PROPRIÉTÉS 1)K L'KTRK · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE, PROPRIÉTÉS 1)K L'KTRK

tiplier les exemples, en remarquant qu'il sullit de nirr la durée temporelle pour penser ['éternité, ou de l'aire abstraction des {[ualités corporelles pour comprendre la spiritualité, etc.

Il en est de môme pour la notion de l'infini. Mais eu égard au caractère plus subtil de cette (|uestion, il ne sera pas inutile d insister.

TnksK u 94. La connaissance de l'infini peut venir du fini.

Preuve. — La notion très imparfaite de l'infini, telle (|ue nous la possédons, suppose trois choses : le concept dV^re, celui de limite, celui do négation de toute limite. Or ce triple concept peut être tiré de la contenq)lation du monde extérieur.

D'abord, il est clair qu'on peut arriA^er au concept général de l'être par la considération de l'univers matériel, et des objets qui le composent.

Puis, la comparaison des objets entre eux engendre la notion générale de limite. Tout sur le globe est limité et circonscrit : ainsi, le minéral est inférieur au végétal ; l'animal est moins parfait que l'homme ; enfin les hommes sont de plus grande ou de plus petite taille. Il n'est donc point malaisé de tirer de la contemplation du monde extérieur la notion de limite.

Enfin on en vient à concevoir la négation de toute limite. La force abstractive de l'entendement permet d'abord de pensera un être qui n'aurait pas telle limite ou telle imperfection déjà remarquée dans un autre. Rien n'empêche ensuite de concevoir dans un être idéal la négation de toute imperfection et de toute limite, c'est-à-dire l'infini, car il n'est autre que l'être sans bornes. La connaissance de l'infini peut donc procéder de celle du fini.

Thèse ni

95. De fait, l'esprit humain remonte ainsi du fini à f infini.

Preuve tirée de l'origine de nos idées. — L'homme connaît, en premier lieu, ce qu'il y a de plus proportionné à sa nature* Or l'intellect humain est fini et limité ; il saisit donc d'abord les objets également finis et limités : autrement il n'existerait pas de proportion entre lintelligence et son objet propre (v. Psych., n. 88). L'esprit humain doit donc s'élever du fini à l'infini.

Preuve fondée sur la nature de la notion d infini. — La

iioti(jn inadéquate de l'infini, telle que nous la possédons présenteiiient, est en partie positive et en partie négative, ou « positivo- négative ». Elle est positive car elle désigne la nature essentiellement positive de rinfini pris en lui-même; elle est négative, parce que notre esprit ne peut, dans son état actuel, comprendre l'infini tel qu'il est dans sa réalité positive. Or il serait inconcevable que la notion d'infini fùit négative, si elle n'était pas tirée du fini, par négation. Donc, par rapport à l'homme, la notion du fini précède celle de l'infini.

On trouvera une confirmation de cette thèse dans ce principe que « les mots sont les signes des idées ». Or c'est un terme négatif qui, de l'aveu de tous, sert à désigner l'infini ; que signifie ce mot infini, sinon ce qui n'est point fini ? Il est donc vrai de dire que l'esprit humain remonte du fini <i l'infini.

Thèse iv

96. La notion itinfini n'est le résultat ni de t addition., ni de

la soustraction d objets finis ; mais elle s obtient

jmr la négation des limites.

Preuve. — Cette thèse indique le mode suivant lequel la noti(jn d'infini se tire du fijii.

I. — Elle n'en sort pas en vertu d'une addition. — « La quantité que l'on augmente a des limites, dit Zigliara, puisqu'elle est finie ; de même (;elle que l'on ajoute ; le résultat de l'addition est donc une entité plus considérable, en laquelle subsiste pourtant toujours la limite. » On n'obtient donc point la notion d'infini par addition du fini au fini.

II. — Elle n'est pas davantage le résultat d'une simple soustraction de limites à un nombre ou à un objet concret ; soustraction et addition sont des opérations mathématiques, incapables de rendre infinie une chose finie.

III. — Elle ne s'obtient donc qu'en niant de l'être en général toute limite et toute imperfection. C'est ainsi que se détermine négativement le concept de la plénitude de l'être.

Si cette thèse est rejetée par les Ontologistes (J. Fabre), les Cartésiens et les partisans de Locke, c'est que les premiers font de Dieu l'objet primordial de la connaissance ; les seconds regardent comme innée l'idée de l'infini ; et, pour les derniers, ce concept est acquis par addition du fini au fini.

Page 1